Afrique du Sud | Les Forces et les Failles | SAPERE
SAPERE · Les Forces et les Failles · Arrêté au 20 juillet 2026 · Tendance depuis 2020
🇲🇱 Mali
24,8 millions d’habitants. Un sous-sol qui n’a jamais tant rapporté : l’or à des cours records, deux mines de lithium entrées en production. Un territoire que l’État n’a jamais si peu tenu : Kidal perdue, Bamako sous blocus carburant. Entre les deux, la Russie.
SAPERE 2.2 · L’or paie la guerre, la guerre dévore l’État
Fragile, béquilles multiples
1,8/5
11,85
Rente minière record · territoire contesté · pouvoir sans sortie
Tendance depuis 2020 : en recul. Deux coups d’État, la rupture avec Paris puis la CEDEAO, la perte de Kidal et un blocus des corridors : la rente s’est envolée, la robustesse s’est effritée.
Ce score mesure la capacité à absorber un choc et à préserver sa liberté d’action, non le niveau de vie ni la popularité du gouvernement. À 1,8/5, le Mali fonctionne sous béquilles : la rente aurifère finance l’État, l’Africa Corps russe soutient l’armée, l’UEMOA porte la monnaie et la dette. Si l’une cède, l’ensemble vacille.
PIB nominal 2025
~22,7 Mds $
FMI · environ 121e rang mondial · ~946 $ par habitant
PIB PPA
~73 Mds $
Environ 115e rang mondial · ~0,04 % du PIB mondial
Exportations · poids mondial
~0,02 %
~5 à 6 Mds $ · or (80 à 85 % des recettes), coton, bétail, lithium naissant
Importations · poids mondial
~0,03 %
~7 à 8 Mds $ · carburants, machines, riz, médicaments, tout par la route
En résumé

Le paradoxe malien tient en deux dates. Le 13 février 2026, Bamako renouvelle pour dix ans le permis de Loulo-Gounkoto, la plus grande mine d’or du pays, après avoir arraché 430 M$ au canadien Barrick. Le 25 avril 2026, une offensive coordonnée du FLA et du JNIM reprend Kidal à l’État et coûte la vie au ministre de la Défense, Sadio Camara.

Jamais le sous-sol n’a autant rapporté : l’or approche des sommets historiques, deux mines de lithium sont entrées en production en quinze mois. Jamais l’État n’a si peu tenu son sol : depuis septembre 2025, le JNIM étrangle les corridors routiers qui approvisionnent en carburant un pays enclavé, et l’électricité de Bamako dépend des citernes qui passent sous escorte. Les 4 et 5 juillet, une deuxième offensive coordonnée en dix semaines a frappé Gao, Sévaré, Anéfis et les abords de la capitale ; le JNIM a mis à prix la tête du chef de l’État.

La transition, elle, s’est institutionnalisée : partis politiques dissous en mai 2025, mandat présidentiel de cinq ans renouvelable sans élection depuis juillet 2025. Le Mali de 2026 est un État à deux vitesses : une machine à capter la rente qui fonctionne, un appareil de contrôle du territoire qui recule, et entre les deux, une dépendance russe qui grandit.

9 piliers de puissance SAPERE
Niveau \ Tendance depuis 2020
En baisse
= Stable
+ En hausse
Solidement ancré4,0-5,0
Résilient3,0-3,9
Sous tension2,5-2,9
Économie et finance 2,5
Fragile1,5-2,4
Autonomie stratégique 1,8Démographie et capital humain 1,7Gouvernance et institutions 1,6Énergie et ressources 1,6
Diplomatie, influence et information 2,0Industrie et technologie 1,8Innovation et savoir 1,5
En défaillance1,0-1,4
Défense et sécurité 1,3
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Score global : 9 piliers SAPERE 2.2 · somme pondérée = 1,8/5. Aucun atout dominant identifié. Faiblesses prioritaires : Défense et sécurité (1,3), Innovation et savoir (1,5), Énergie et ressources (1,6), Gouvernance et institutions (1,6), Démographie et capital humain (1,7), Industrie et technologie (1,8), Autonomie stratégique (1,8), Diplomatie, influence et information (2,0).
Qui tient le pays ?
Le général d’armée Assimi Goïta et le noyau militaire de 2020. Arrivé par deux coups d’État (août 2020, mai 2021), promu général d’armée en 2024, Assimi Goïta a été doté en juillet 2025 d’un mandat de président de cinq ans, renouvelable « autant de fois que nécessaire, jusqu’à la pacification du pays », sans élection. Les partis politiques ont été dissous par décret le 13 mai 2025, l’organe législatif (le CNT) est nommé, la primature est tenue par le général Abdoulaye Maïga. La mort au combat du ministre de la Défense Sadio Camara, pilier du régime, en avril 2026, a ouvert une inconnue dans le premier cercle.
Centre de gravité
Le palais de Koulouba et la hiérarchie militaire. Le système décide par commandement, sans partis, sans parlement élu, sans calendrier de sortie annoncé.
Vitesse d’exécution
Rapide sur la souveraineté minière et la diplomatie (code minier appliqué, AES construite), faible sur la sécurité du territoire et l’électricité.
Test politique
Tenir Bamako approvisionnée en carburant, garder l’armée cohésive après la perte de Kidal, et franchir le mur de dette régional de 2026.
Qui tient le pays de l’extérieur ?
Dépendance forte et déplacée. Le Mali a rompu avec ses tuteurs contestés, la France et la CEDEAO, sans réduire sa dépendance : il l’a déplacée. La survie militaire passe par la Russie, la nouvelle rente du lithium par la Chine, la monnaie et la dette par l’UEMOA, et chaque litre de carburant par les ports du Sénégal et de la Côte d’Ivoire.
Échelle de dépendance (● à ●●●●) : intensité globale du lien, combinant le poids commercial, la dépendance technologique, l’exposition financière et le levier politique que l’acteur peut exercer. Plus de points signifie une prise plus forte sur les marges de décision de Bamako.
RUSSIE
●●●●
La béquille de survie : l’Africa Corps (successeur de Wagner depuis juin 2025) aligne environ 2,500 hommes sur une vingtaine de bases, pour un coût estimé à 10 M$ par mois ; à la reprise d’Anéfis en juillet 2026, l’essentiel des combattants était russe. Le groupe Yadran construit et exploitera la raffinerie d’or SOROMA (38 % du capital), la société Novawind (filiale de Rosatom) bâtit la centrale solaire de Sanankoroba (200 MW), et des cargaisons d’hydrocarbures russes sécurisent une partie de l’approvisionnement.
Une dépendance de survie, sans alternative connue ni prix public. Et la béquille peut se retirer : 400 mercenaires ont été évacués de Kidal fin avril 2026 avant le réengagement de juillet. Qui protège le régime détient le régime.
UEMOA / BCEAO
●●●●
Le guichet monétaire et financier : franc CFA, réserves de change mutualisées à la BCEAO, et 58 % de la dette publique détenue en francs CFA, surtout par les banques régionales, à des taux montés à 9,5 % sur trois ans fin 2025. En 2026, 1,400 milliards de FCFA arrivent à échéance, environ 10 % du PIB.
Le guichet qui porte le budget est adossé à la communauté régionale que Bamako conteste. Une sortie improvisée serait un choc monétaire.
SÉNÉGAL + CÔTE D’IVOIRE
●●●●
Les poumons d’un pays enclavé : les ports de Dakar et d’Abidjan-San Pedro acheminent environ 43 % des importations à eux deux, dont la totalité du carburant (plus de 2,600,000 m³ importés en 2024), et San Pedro expédie le lithium vers la Chine.
Le JNIM l’a compris avant tout le monde : couper la route, c’est tenir Bamako. Bamako cherche à diversifier : protocole de transit signé avec le Ghana via Tema et Takoradi (avril 2026), projet de compagnie aérienne commune de l’AES.
CHINE
●●●
Le monopsone de la nouvelle rente : 100 % du concentré de lithium est pré-vendu à des groupes chinois, Ganfeng à Goulamina, Hainan Mining à Bougouni. Troisième fournisseur du pays (machines, équipements, électronique), amont des médicaments génériques.
Un seul acheteur fixe le prix d’une filière présentée comme diversification. La marge se négocie à Shenzhen, pas à Bamako.
TURQUIE
●●
L’armurier du quotidien : drones Bayraktar TB2 et Akinci, avec leurs munitions, leurs pièces et leurs contrats de formation et de maintenance.
Trois drones valent moins qu’un avion de chasse et créent une dépendance plus quotidienne : sans pièces turques, la flotte se cloue au sol.
FMI
●●
Le guichet budgétaire : un programme de référence suivi par les services du FMI est actif depuis fin 2024, et 129 M$ ont été décaissés après les inondations de 2024. Les deux tiers de la dette extérieure hors zone franc sont détenus par le FMI et le Fonds africain de développement.
Un futur programme complet conditionnerait le budget ; son absence renchérit la dette régionale.
LES PLACES DE L’OR
●●
La marge captée ailleurs : l’or industriel part se raffiner à Johannesburg (l’Afrique du Sud est devenue le premier client, ~1,8 Md $), en Suisse et en Australie ; l’or artisanal, estimé de 6 à plus de 30 tonnes par an, file largement vers Dubaï.
Tant que la raffinerie SOROMA n’est pas livrée, la valeur ajoutée du premier produit d’exportation se réalise hors du pays.
MAROC
●●
Le réseau et la porte : Maroc Telecom détient 51 % de Moov Africa Malitel, deuxième opérateur du pays ; Rabat offre par son initiative atlantique un débouché océanique alternatif aux États de l’AES.
Un guichet diplomatique et numérique discret, qui monte à mesure que les autres se ferment.
FRANCE
●●
La prise résiduelle : Orange Mali domine les télécommunications et le paiement mobile (Orange Money, rail de l’argent du quotidien) ; 4e fournisseur, 45 filiales employant 3,215 salariés ; État hôte de la première diaspora malienne, dont les transferts irriguent les ménages.
La relation politique est rompue (armée partie en 2022, ambassadeur rappelé), les liens économiques et humains persistent.
La contradiction souverainiste

Bamako proclame l’indépendance retrouvée : rupture avec Paris, sortie de la CEDEAO, code minier imposé aux majors, raffinerie d’or nationale détenue à 62 % par l’État. Mais chaque tutelle contestée a été remplacée par une dépendance plus dure et moins négociable : l’Africa Corps au lieu de Barkhane, le monopsone chinois du lithium, le guichet UEMOA conservé faute d’alternative. La souveraineté ne s’est pas gagnée, elle s’est déplacée.

Le contraste est saisissant : l’État qui a fait plier un géant minier canadien ne fait pas passer ses camions-citernes sans escorte militaire. La capacité de refus diplomatique, réelle et documentée, coexiste avec une impuissance territoriale qui s’aggrave. Le Mali pèse dans les salles de négociation et recule dans le désert.

Commerce, IDE et position française
5 premiers clients
PaysProduitsMontantPoids
Afrique du SudOr à raffiner (Rand Refinery)~1,8 Md $~30 %
Côte d’IvoireBétail, produits agricolesn.d.n.d.
AustralieOr à raffiner (Perth)n.d.n.d.
BangladeshCoton-fibren.d.n.d.
SuisseOr raffiné, négocen.d.n.d.
Classement 2024-2025 (DG Trésor, ITC). L’or fait 80 à 85 % des recettes d’exportation : sa « destination » suit les raffineries plus que les clients finaux. En 2022, les Émirats arabes unis absorbaient encore 77,7 % des exportations ; le flux s’est réorienté vers Johannesburg.
🇨🇳 Position Chine à l’export · marginale hier (~1 à 2 %), en forte hausse : 100 % du concentré de lithium lui est destiné, soit un potentiel de 600,000 à 800,000 t en 2026.
🇺🇸 Position États-Unis à l’export · hors top 15 · échanges marginaux ; Washington a conseillé le départ de ses ressortissants en octobre 2025, puis engagé une normalisation avec les juntes sahéliennes, envoyé spécial reçu à Bamako en février 2026.
🇫🇷 Position France à l’export · 12e client · ~26 M€ vers la France en 2025 (produits agricoles) · Douanes françaises.
5 premiers fournisseurs
PaysProduitsMontantPoids
SénégalCarburants, denrées, cimentn.d.~24 %
Côte d’IvoireCarburants, biens de consommationn.d.~19 %
ChineMachines, équipements, électroniquen.d.~12 %
IndeRiz, médicaments génériquesn.d.~6 %
FrancePharmacie, céréales transformées, machines~323 M€~5 %
Parts ITC (dernières données), ordre confirmé par la DG Trésor en 2025 (France 4e fournisseur). Près de 40 % des importations sont des combustibles : la facture énergétique d’un pays sans littoral, entièrement acheminée par la route.
🇺🇸 Position États-Unis à l’import · hors top 15 · données insuffisantes.
IDE entrants
n.d.
Flux récents opaques. Stocks par origine, 2023 (FMI) : Canada 2,058 M$, Afrique du Sud 1,107 M$, Îles Vierges britanniques 867 M$, Australie 767 M$, Sénégal 291 M$.
Investisseurs
Miniers canadiens (Barrick, B2Gold, Allied Gold) et australiens (Resolute) ; montée chinoise (Ganfeng, Hainan Mining) et russe (Yadran) pas encore reflétée dans les stocks.
France
45 filiales, 3,215 salariés, ~1,4 Md € de chiffre d’affaires (2023) ; Orange Mali en tête, télécommunications, distribution et services.
Quatre tendances structurelles
Croissance du PIB
-1,2 % → +5,6 %
2020 à 2025 (FMI, BAD). La croissance revient, portée par l’or, le lithium et l’agriculture.
Or industriel
~65 t → ~51 t
2020 à 2024 ; 2025 encore amputée par l’arrêt de Loulo-Gounkoto (36,200 onces produites contre 723,000 en 2024).
Liberté de la presse
99e → 119e
Classement RSF 2021 → 2025, sur 180 pays. RFI et France 24 restent suspendues.
Corruption perçue
129e → 136e
IPC corruption 2020 → 2025 : score passé de 30 à 28 sur 100.
Ce qui tient · Ce qui freine
L’or paie la guerre, la guerre dévore l’État : quatre atouts réels, six failles qui les rongent.
4Forces6Failles
Ce qui tient
Environ 51 tonnes d’or industriel en 2024, auxquelles s’ajoute une production artisanale estimée de 6 à plus de 30 tonnes.
À des cours proches de leurs records historiques, l’or assure 80 à 85 % des recettes d’exportation et l’essentiel des recettes minières de l’État.
La rente joue le rôle d’assurance-vie budgétaire du régime : elle paie les salaires, l’armée et les urgences.
Deux mines ouvertes en quinze mois : Goulamina (Ganfeng) en décembre 2024, Bougouni (Kodal-Hainan) en février 2025.
Bougouni a déjà expédié environ 69,000 tonnes de concentré depuis novembre 2025 ; le pays pourrait livrer 600,000 à 800,000 tonnes en 2026.
L’État détient 30 à 35 % des projets au titre du code minier de 2023 : une deuxième rente naît à côté de l’or.
Le code minier de 2023 est désormais appliqué par tous les producteurs : participation de l’État relevée, exonérations supprimées.
Barrick a versé environ 430 M$ et retiré son arbitrage international ; le permis de Loulo a été renouvelé pour dix ans en février 2026.
La raffinerie d’or SOROMA, détenue à 62 % par l’État, doit rapatrier une marge jusqu’ici captée à Johannesburg, en Suisse ou à Dubaï.
La Confédération des États du Sahel, née du pacte de 2023 avec le Burkina Faso et le Niger, s’institutionnalise : force unifiée dont le statut a été validé en juillet 2026, positions communes, consultations directes avec Moscou.
La CEDEAO a maintenu la libre circulation et les préférences commerciales malgré la sortie du 29 janvier 2025 : Bamako a obtenu la rupture sans en payer le plein prix.
Le récit souverainiste porte au-delà des frontières et donne au régime une influence régionale sans rapport avec ses moyens.
Ce qui freine
Le 25 avril 2026, une offensive coordonnée du FLA et du JNIM a repris Kidal et tué le ministre de la Défense ; 400 mercenaires russes ont été évacués de la ville, et des attaques ont touché jusqu’à Kati et Bamako.
Le JNIM administre désormais Kidal, tribunaux et distributions alimentaires à l’appui, et a mis à prix la tête du chef de l’État : le maquis se comporte en contre-État.
Les 4 et 5 juillet, deuxième offensive coordonnée en dix semaines (Gao, Sévaré, Anéfis, abords de Bamako), avec des adolescents parmi les assaillants ; Anéfis assiégée n’a été dégagée que par des renforts majoritairement russes.
L’État tient les villes du sud et les axes escortés ; de vastes espaces du nord et du centre lui échappent, et 415,000 personnes étaient déplacées fin 2025.
Depuis septembre 2025, le JNIM attaque les convois de citernes venant de Dakar, d’Abidjan et de Conakry : le blocus étrangle Bamako par intermittence.
En mai 2026, plus de 830 camions-citernes ont dû être acheminés sous escorte militaire et policière pour ravitailler la capitale.
Un stock de sécurité national a été acté en avril 2026, mais il ne supprime pas la vulnérabilité : tout entre par la route, et la route est le champ de bataille.
Énergie du Mali, endettée à plus de 300 M€, dépend à plus de 70 % de centrales thermiques alimentées au carburant importé.
Pendant le blocus, le gazole a été réquisitionné en priorité pour les turbines : stations à sec, transports à l’arrêt, hôpitaux et entreprises au ralenti.
Les centrales solaires en chantier (200 MW russes à Sanankoroba, 200 MW chinois et émiratis) restent des promesses tant qu’elles ne débitent pas.
Partis politiques dissous par décret le 13 mai 2025, réunions politiques interdites, opposants arrêtés ou en exil.
Mandat présidentiel de cinq ans renouvelable « autant de fois que nécessaire », sans élection ; aucun calendrier électoral annoncé.
En supprimant tout mécanisme de correction pacifique, le régime a fait de sa propre cohésion militaire le seul garde-fou du pays.
2,444 écoles fermées en avril 2026, plus de 733,000 élèves privés de cours, près de 14,700 enseignants touchés.
L’aide s’effondre au pire moment : le PAM a suspendu au printemps 2026 une assistance alimentaire vitale pour 2 millions de Sahéliens faute de financement, et la FAO classe le Mali parmi les 13 foyers de faim mondiaux.
La fécondité, parmi les plus élevées du monde, ajoute chaque année l’équivalent d’une grande ville à scolariser ; l’IDH (0,419) classe le pays 188e sur 193.
Une génération entière grandit sans école dans les zones de conflit : le coût se paiera pendant trente ans.
58 % de la dette publique est en francs CFA, détenue surtout par les banques régionales, à des taux montés à 9,5 % sur trois ans.
En 2026, 1,400 milliards de FCFA arrivent à échéance, environ 10 % du PIB, avec des arriérés intérieurs de 2,5 % du PIB.
Sorti de la CEDEAO, le Mali reste suspendu au guichet UEMOA : il conteste la communauté dont dépendent sa monnaie et son refinancement.
À surveiller · signaux positifs
Risques
Une troisième offensive coordonnée sur les villes : le seuil qui validerait l’hypothèse d’un effondrement dans l’année.
Tenue d’Anéfis et d’Aguelhoc, dernières positions vers Kidal.
Nouvel étranglement de Bamako à la prochaine saison sèche.
Mur de dette régional de 2026 et arriérés intérieurs.
Cessation de paiement d’Énergie du Mali.
Succession du ministre de la Défense et cohésion du premier cercle.
Tentation d’une sortie monétaire improvisée de l’UEMOA.
Signaux positifs
Accord Barrick appliqué : 430 M$ versés, permis de Loulo renouvelé dix ans.
Montée du lithium : deux mines en régime de croisière.
Croissance au-dessus de 5 % et inflation contenue autour de 3 %.
Stock de sécurité pétrolier acté en avril 2026.
Corridor alternatif engagé : protocole de transit avec le Ghana via Tema et Takoradi.
Centrales solaires en chantier autour de Bamako.
Libre circulation maintenue avec l’espace CEDEAO.
Effets de voisinage
Sénégal
Premier fournisseur et premier port du Mali. La relation survit aux ruptures politiques parce qu’aucun des deux ne peut s’en passer : Dakar vend, Bamako respire.
Côte d’Ivoire
Corridor sud et porte de sortie du lithium par San Pedro. Relation normalisée après la crise des 46 soldats ivoiriens (2022-2023), mais les convois restent la cible du JNIM.
Algérie
Rupture ouverte : accord d’Alger enterré en janvier 2024, crise du drone malien abattu à la frontière en 2025, ambassadeurs rappelés. Le nord malien se joue aussi à Alger.
Burkina Faso et Niger
La Confédération AES : défense mutuelle, force unifiée, position commune face à la CEDEAO. Une solidarité réelle entre trois États eux-mêmes sous pression.
Choc externe actif
Le Mali subit deux chocs de prix en même temps, et dans les deux sens. La flambée mondiale des hydrocarbures depuis février 2026 renchérit un approvisionnement déjà rationné par le blocus ; à l’inverse, l’or à des cours records gonfle les recettes d’exportation et les caisses de l’État. Le pays qui vend au prix fort achète aussi au prix fort, et tout ce qu’il achète passe par une route sous le feu.
Les dynamiques structurelles
La rente qui paie la guerre
L’or record finance l’effort militaire, et la guerre détruit ce que l’or finance : écoles fermées, routes coupées, électricité rationnée. Plus la rente monte, plus elle dispense de bâtir l’économie qui rendrait la guerre gagnable.
La souveraineté déplacée
Chaque dépendance contestée a été remplacée, pas supprimée : Barkhane par l’Africa Corps, les raffineurs occidentaux par les places de l’or, la CEDEAO par le tête-à-tête avec Moscou. L’autonomie proclamée s’adosse à des tuteurs moins regardants, donc moins négociables.
Le blocus comme stratégie
Le JNIM ne cherche pas à prendre Bamako : il l’étrangle. En transformant l’enclavement géographique en arme, il déplace la guerre du champ de bataille vers la station-service, là où l’État est le plus visible et le plus vulnérable.
Le code minier, pari gagnant à quel prix
Faire plier Barrick a rapporté 430 M$ et une doctrine : l’État actionnaire. Mais la saisie d’or, les cadres détenus et l’arbitrage laissent une prime de risque durable : les capitaux qui restent sont ceux qui acceptent ces règles, chinois et russes en tête.
La monnaie conservée, la communauté quittée
Le Mali a quitté la CEDEAO en gardant le franc CFA : la rupture politique s’arrête là où commence le risque monétaire. Le projet de monnaie de l’AES reste un discours tant que le refinancement de l’État dépend des banques de l’union.
La démographie contre l’école
La population croît de plus de 3 % par an quand des milliers d’écoles ferment : le pays court derrière son propre nombre. Le capital humain, seul actif qui ne s’épuise pas en s’exploitant, est celui que la guerre entame le plus vite.
Ce qui changerait la donne
Les événements qui, s’ils se produisaient, feraient basculer le diagnostic, dans un sens ou dans l’autre.
Les camions-citernes passent sans escorte
Un approvisionnement redevenu ordinaire signerait le reflux du blocus ; son contraire, l’installation d’une économie de siège.
Kidal change encore de mains
Une reconquête restaurerait le récit de l’État ; une perte définitive du nord-est acterait la partition de fait.
Loulo-Gounkoto retrouve son plein régime
Le retour de la première mine du pays à ses volumes d’avant-crise desserrerait durablement l’étau budgétaire.
Le Mali touche à sa monnaie
Une sortie du franc CFA, même annoncée, rebattrait toutes les cartes : dette, prix, banques et épargne.
Une date d’élection est annoncée
Un calendrier crédible rouvrirait des financements et des alliances ; son absence prolongée fige le pays dans l’exception permanente.
L’alliance FLA-JNIM se rompt
Les premiers affrontements entre alliés de circonstance (juillet 2026) ouvrent un jeu à trois : leur divorce redonnerait de l’air à l’État, ou livrerait le nord au seul JNIM.
Scénarios à cinq ans · 2026-2031
Scénario favorable
Loulo-Gounkoto revient à son plein régime, le lithium monte en puissance, les centrales solaires et le stock de sécurité desserrent l’étau énergétique. La rente record finance une stabilisation des corridors, le dialogue AES-CEDEAO consolide la libre circulation, et un calendrier politique rouvre l’accès aux financements extérieurs. Le pays reste fragile, mais respire.
Scénario défavorable
Une troisième offensive coordonnée sur les villes, un nouvel étranglement de Bamako, la chute des dernières positions du nord-est, Énergie du Mali en cessation de paiement, un mur de dette régional mal franchi, une sortie monétaire improvisée. L’État se replie sur le triangle utile Bamako-Kayes-Sikasso, sous perfusion russe, pendant que le JNIM administre l’espace qu’il contrôle déjà de fait.
Comment lire le score
Le score mesure la capacité à absorber un choc, non la richesse ou la politique du gouvernement du moment. Une variation de 0,1 point exige un changement documenté sur au moins un pilier pondéré.
Échelle
4,0-5,0 : solidement ancré. 3,0-3,9 : résilient. 2,5-2,9 : sous tension. 1,5-2,4 : fragile. 1,0-1,4 : en défaillance.
Pondérations et arrondi
P01, P02, P06 et P08 : 13,5 %. P03, P04, P05 et P07 : 9 %. P09 : 10 %. Total : 100 %. Les notes des neuf piliers sont des appréciations qualitatives posées directement au dixième (aucune valeur intermédiaire en centièmes). Le score global est la somme pondérée de ces notes : 1,764, arrondi au dixième (arrondi arithmétique, 0,05 au dixième supérieur) pour donner 1,8/5. Seul le score global fait l’objet d’un arrondi ; sa valeur non arrondie ne figure que dans la méthodologie.
Pilier IX · Autonomie stratégique, méthode de calcul. P09 = 1,8/5. A fiscal = 2 : recettes publiques suspendues à l’or et aux mines. B exportations = 1 : l’or fait 80 à 85 % des recettes d’exportation. C sécurité = 1 : l’outil militaire ne tient pas le terrain sans l’Africa Corps russe. D réserves = 3 : réserves de change mutualisées à la BCEAO, en reconstitution à l’échelle de l’union. E décisionnel = 2 : capacité de refus démontrée (CEDEAO, Barrick, France), mais survie du régime adossée à Moscou. Moyenne : (2 + 1 + 1 + 3 + 2) / 5 = 1,8. Quatre sous-indicateurs inférieurs ou égaux à 2 : la règle de plafonnement à 2,5 est déclenchée mais sans effet, la moyenne étant déjà inférieure au plafond.

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