Mozambique
Le Mozambique attend une rente gazière avec un État qui n'a plus de quoi patienter.
36 millions d'habitants sur 801,590 km², près d'une fois et demie la France métropolitaine. Au large de ses côtes dorment parmi les plus grandes réserves de gaz d'Afrique ; en janvier 2026, TotalEnergies a relancé à Afungi le plus grand investissement privé du continent.
Six semaines plus tard, la fonderie Mozal s'éteignait près de Maputo. L'État vit à crédit, et la première cargaison n'est attendue qu'en 2029.
La rente viendra en fin de décennie ; les arriérés, le rationnement des devises et le défaut sur la dette intérieure sont là maintenant.
Finances, industrie, institutions et autonomie reculent ; aucun pilier ne progresse depuis 2020.
Le dispositif rwandais pèse de façon déterminante sur la sécurité du nord, TotalEnergies porte la rente, le FMI tient le cadre budgétaire.
Il exporte l'énergie qu'il ne consomme pas
Ce qui décrit le pays
Qui achète, qui fournit
| Rang | Pays | Ce qu'il achète | Part des exportations |
|---|---|---|---|
| 1 | Inde | Charbon, gaz, légumineuses, cajou | ~15,6 % |
| 2 | Chine | Sables titanifères, gaz, sésame | ~14,2 % |
| 3 | Afrique du Sud | Gaz par gazoduc, électricité, charbon | ~14,0 % |
| 4 | Corée du Sud | Gaz naturel liquéfié | ~5,6 % |
| 5 | Royaume-Uni | Gaz naturel liquéfié (négoce) | ~4,8 % |
| Rang | Pays | Ce qu'il vend | Part des importations |
|---|---|---|---|
| 1 | Afrique du Sud | Électricité, véhicules, fer, farines | ~23,2 % |
| 2 | Chine | Machines, véhicules, pesticides | ~15,4 % |
| 3 | Émirats arabes unis | Carburants, huiles, engrais | ~10,3 % |
| 4 | Inde | Carburants, riz, médicaments | ~8,0 % |
| 5 | Singapour | Produits pétroliers (négoce) | ~6,1 % |
Trois tendances structurelles
Où le pays tient, où il cède
Les neuf piliers en un coup d'œil · niveau et tendance depuis 2020+
IÉconomie et financeFragile et dépendant↘Une inflation tenue, un État qui ne paie plus.+
IIIndustrie et technologieFragile et dépendant↘Des enclaves qui produisent, une industrie qui s'éteint.+
IIIDémographie et capital humainFragile et dépendant→Une jeunesse nombreuse, que l'école et l'emploi n'accompagnent pas.+
IVDiplomatie, influence et informationSous tension structurelle→Courtisé pour son gaz, peu écouté pour lui-même.+
VÉnergie et ressourcesSous tension structurelle→Un géant énergétique qui éclaire les autres.+
VIDéfense et sécuritéFragile et dépendant→Une guerre contenue par d'autres.+
VIIInnovation et savoirFragile et dépendant→Une recherche marginale, un savoir concentré à Maputo.+
VIIIGouvernance et institutionsFragile et dépendant↘Un parti au pouvoir depuis 1975, une rue qui ne l'accepte plus.+
IXAutonomie stratégiqueFragile et dépendant↘Chaque fonction vitale a un garant étranger.+
Comprendre l'échelle de robustesse, du plus solide au plus fragile+
- Solidement ancré4,0 à 5,0 · Capacités prouvées sur la durée. Le pays absorbe les chocs sans risque de basculement.
- Résilient sous contrainte3,0 à 3,9 · Forces et faiblesses en tension, mais le système tient par ses propres moyens.
- Sous tension structurelle2,5 à 2,9 · Le pilier tient grâce à une béquille : une rente, un partenaire, un corridor. Il cède si elle cède.
- Fragile et dépendant1,5 à 2,4 · Vulnérabilité profonde. La fonction est assurée, mais sans maîtrise réelle des moyens.
- Défaillance critique1,0 à 1,4 · Risque d'effondrement de la fonction. Autorité ou capacité contestée sur l'essentiel.
L'échelle mesure la capacité à encaisser un choc, pas la richesse ni le potentiel. Le niveau de chaque pilier découle mécaniquement de son évaluation sur cinq points, selon les bornes ci-dessus.
Quatre atouts, six failles
Le gaz du Rovuma, la rente la plus convoitée de la région
Trois mégaprojets se superposent : Coral Sul exporte déjà, le chantier de TotalEnergies a redémarré, et ExxonMobil a engagé en août des contrats préalables, selon ExxonMobil, sans avoir encore pris sa décision finale.
La capacité d'Afungi est déjà vendue à EDF, Shell et BP : la rente est inscrite au calendrier, pas encore dans les caisses.
Le FMI projette une croissance à deux chiffres quand les trains de liquéfaction démarreront : peu de pays au monde ont un tel horizon, et aussi peu de moyens de l'attendre.
La façade maritime de tout un arrière-pays
Maputo sert l'industrie sud-africaine, Beira le Zimbabwe, Nacala le Malawi et la Zambie.
Cette rente géographique ne dépend ni du cours du gaz ni de la conjoncture politique ; les archipels et le parc de Gorongosa ajoutent un tourisme que l'insécurité laisse en friche.
C'est le seul atout qui rapporte déjà, en meticais comme en devises.
Cahora Bassa, un château d'eau électrique
Le barrage fait du pays un fournisseur régional de courant.
La renégociation de la concession, en 2030, pourrait accroître la part du courant réservée au pays ; la sécheresse rappelle que cette rente dépend aussi du ciel.
Le projet de Mphanda Nkuwa, en aval sur le Zambèze, promet d'en doubler presque la puissance.
Les minerais du siècle, déjà branchés sur Washington
Le graphite de Balama, financé par une banque publique américaine, alimente une filière de batteries hors de Chine.
L'ilménite de Moma et les rubis de Montepuez diversifient la rente au-delà du seul gaz.
Ces filières redémarrent après les blocages de 2024-2025, mais leurs revenus restent sans commune mesure avec ceux attendus du gaz.
L'État qui ne paie plus ses factures
Arriérés, défaut sélectif sur la dette intérieure, banques locales saturées de titres publics : le Trésor se finance auprès de la banque centrale.
La masse salariale publique évince l'investissement.
La dette cachée des années 2013-2014, contractée en secret auprès de banques étrangères, pèse encore sur le crédit du pays.
Une guerre qui ne finit pas, une armée qui ne suffit pas
L'insurrection affiliée à l'État islamique pose ses barrages sur la N380 et frappe au-delà du Cabo Delgado.
Quand Kigali a menacé de partir en mars 2026, aucune solution de remplacement n'avait été annoncée ; Moscou a proposé la sienne en juillet.
L'armée nationale, mal équipée, ne tient pas seule le terrain ; la sécurité du chantier gazier dépend largement d'un partenaire dont la présence se négocie.
La devise rationnée qui étrangle l'économie réelle
Les entreprises attendent des mois pour obtenir des dollars, et les exportateurs doivent convertir la moitié de leurs recettes en meticais.
Le pays a puisé dans ses réserves pour solder sa dette envers le FMI en mars 2026.
Le Fonds juge la pénurie capable d'entraver les importations de carburant, d'aliments et de médicaments.
Une élection contestée, une répression meurtrière
Après l'élection d'octobre 2024, les manifestations et leur répression ont fait plus de 300 morts et plus de 4,000 arrestations selon la Plataforma Decide, ONG mozambicaine de suivi électoral.
Depuis, le parti d'opposition Anamola recense 56 de ses militants tués, et des enlèvements de journalistes et d'opposants se poursuivent en 2026.
Dans un pays aussi jeune, une partie de la génération qui votera en 2029 a vécu cette répression.
Mozal éteinte, au pied d'un géant hydroélectrique
Faute d'accord sur le prix du courant après six ans de négociations, la fonderie s'est arrêtée, avec des milliers d'emplois directs et indirects.
L'aluminium figurait parmi les trois premiers postes d'exportation.
Le paradoxe industriel du pays tient dans cette usine à l'arrêt, au pied d'un grand barrage.
Le climat qui rejoue chaque saison contre le développement
Idai a dévasté Beira en 2019 ; les inondations de janvier 2026 et le cyclone Gezani ont encore frappé.
Le climat n'est pas noté dans la grille, mais il transforme chaque route et chaque école en acquis provisoire.
La sécheresse ampute dans le même temps la production du barrage qui finance l'État.
Qui tient le pays, du dedans et du dehors
À l'intérieur
Le président Daniel Chapo gouverne avec une légitimité contestée dans la rue, mais un appareil intact : le Frelimo contrôle le Parlement, et l'armée comme la police répondent au parti.
Face à lui, Venâncio Mondlane mobilise la jeunesse urbaine ; un dialogue national avance sans lui sur l'essentiel.
Le système décide par cooptation interne plus que par délibération publique, autour de la présidence, de l'appareil du parti et des réseaux d'affaires qui lui sont liés.
À l'extérieur
Aucune puissance ne tient le Mozambique seule ; plusieurs pèsent chacune sur une fonction vitale. TotalEnergies porte la rente future, le dispositif rwandais joue un rôle déterminant dans la sécurisation du nord, l'Afrique du Sud assure l'approvisionnement du sud.
Le FMI tient le cadre budgétaire, les banques portugaises le crédit ; Maputo négocie avec ces partenaires sans maîtriser seul aucune de ces fonctions. Les transferts des émigrés, eux, suivent la politique migratoire sud-africaine et ses flambées xénophobes.
Les États-Unis financent la rente future par leurs banques publiques, mais ont coupé en 2025 une aide sanitaire dont dépendaient les soins liés au VIH.
La prise française passe par le capital plus que par le commerce : TotalEnergies conduit le consortium d'Afungi, EDF a réservé une part du futur gaz, et le charbon de Moatize alimente l'aciérie de Dunkerque.
La Chine, premier créancier bilatéral, a financé le pont de Katembe à Maputo, dont les péages restent hors de portée de la plupart des habitants.
| Levier | Acteur | Emprise | Ce qu'il contrôle |
|---|---|---|---|
| Rente future | TotalEnergies | ●●●● | Le calendrier et les termes du chantier d'Afungi, dont dépend l'avenir budgétaire. |
| Sécurité | Rwanda | ●●●● | La défense du nord gazier, désormais payée par Maputo. |
| Approvisionnement | Afrique du Sud | ●●●● | Le premier fournisseur, l'acheteur du courant et l'employeur des émigrés. |
| Cadre budgétaire | FMI · bailleurs | ●●● | L'appui budgétaire et le signal aux marchés, suspendus à un nouveau programme. |
| Dette et chantiers | Chine | ●●● | Le premier créancier bilatéral, deuxième client et deuxième fournisseur. |
| Carburant | Inde | ●●● | Le premier client et un fournisseur vital de carburant, de riz et de médicaments. |
| Gaz en production | Eni · BP | ●●● | La seule rente gazière qui existe déjà : Eni produit, BP achète. |
| Capital et santé | États-Unis | ●●● | Le troisième mégaprojet gazier, le graphite, et une aide sanitaire coupée en 2025. |
| Crédit | Portugal | ●● | Les deux premières banques du pays. |
| Télécommunications | Vodacom · Viettel | ●● | Les réseaux mobiles et l'argent mobile du quotidien. |
Ce que la géographie impose
Ce qui explique la fragilité
La traversée 2026-2029
La rente gazière arrive en fin de décennie ; la crise de trésorerie est là maintenant.
Chaque année d'attente se paie en arriérés, en planche à billets et en réserves consommées.
La rente ne sauvera que ce qui aura survécu jusqu'à elle.
Une sécurité adossée à l'étranger
Le dispositif rwandais joue un rôle déterminant dans la sécurisation du nord gazier, aux côtés des forces mozambicaines et d'un contingent tanzanien.
Le jour où il se retire, l'armée nationale devra tenir seule un nord qu'elle n'a jamais repris seule.
L'Europe a longtemps payé une partie de ce dispositif ; c'est désormais un budget en défaut qui règle la facture.
Un barrage tourné vers le voisin
Cahora Bassa exporte une part majeure de sa production alors que l'accès national reste faible.
La renégociation de 2030 pourrait accroître la marge d'allocation domestique : elle dira si le pays convertit sa puissance hydraulique en développement propre, ou s'il reste d'abord le fournisseur de ses voisins.
La même logique traverse le gaz : la seule usine en production vend toutes ses cargaisons à un acheteur unique, sur vingt ans.
Trois couloirs qui ne se rejoignent pas
Les trois réseaux ferrés, hérités de la colonisation, relient chacun un port à l'arrière-pays voisin, sans liaison nord-sud intérieure.
Le pays sert le transit de ses voisins mieux que son propre commerce ; la N380, au Cabo Delgado, reste exposée aux barrages des insurgés.
Deux économies qui se croisent sans se toucher
Afungi et Balama vivent en dollars, avec leurs contrats et leurs exonérations, pendant que l'économie réelle vit en meticais rationnés.
Autour de la mine de Moatize, les riverains respirent des poussières bien au-delà des seuils de l'OMS pendant que le charbon part vers l'Europe.
Une élection gagnée, une rue perdue
La moitié du pays a moins de 17 ans, et une partie de cette génération a vu la police tirer sur les cortèges de 2024-2025.
Le Frelimo a gagné l'élection et perdu la rue : l'échéance de 2029 ne se prépare pas dans les urnes, mais dès maintenant, dans la mémoire des villes.
Le cyclone comme créancier prioritaire
Chaque saison cyclonique détruit une part de ce que l'année a construit, et la sécheresse ampute dans le même temps le barrage qui finance l'État.
Le climat prélève sa part sur les récoltes et les routes avant l'État, et avant le FMI.
Ce qui changerait la donne
Un nouveau programme est signé et tenu
Il rouvrirait l'appui budgétaire, rassurerait les créanciers et donnerait un cadre à la traversée.
Le gouvernement vise une approbation avant la fin de 2026 ; une mission sur les conditions du programme est prévue en novembre.
Le dispositif rwandais reste, ou s'en va
Son maintien durable consoliderait le chantier ; son retrait rejouerait 2021.
Le financement désormais assuré par Maputo n'a ni montant ni durée publics : sa solidité se lira dans le budget.
La première cargaison part d'Afungi
Une exportation dans les délais transformerait une promesse en flux, et le regard des marchés sur la dette.
La décision finale d'ExxonMobil, attendue en 2026, doublerait l'horizon gazier.
La fonderie redémarre
Un accord électrique rendrait au pays son premier employeur industriel.
La renégociation de Cahora Bassa, en 2030, en offre l'occasion.
L'opposition peut concourir
Une élection ouverte redeviendrait une soupape ; une exclusion ferait de la rue la seule arène.
La révision des lois électorales avant 2029 en sera le premier indice.
À cinq ans · 2026-2031
La rente arrive dans un État intact
Un programme du FMI est tenu, le nord reste contenu, la première cargaison part en 2029 et ExxonMobil confirme son projet.
Mozal redémarre avec la renégociation de Cahora Bassa, et le fonds souverain commence à capter une rente réelle.
La croissance bondit à partir de 2030.
Tenir jusqu'à la rente
Un accord est trouvé avec le FMI, le chantier avance et le dispositif rwandais reste payé.
Mais les arriérés, le rationnement des devises et la défiance post-électorale persistent jusqu'à la première cargaison.
Le pays arrive à la rente appauvri, mais debout.
La rente arrive trop tard
Le défaut s'étend, le carburant et les médicaments manquent, le Rwanda se retire et une attaque suspend de nouveau le chantier.
La répression s'intensifie à l'approche de 2029 ; la rente, reportée au-delà de 2030, arrive dans un État qui n'a plus les institutions pour la gérer.
Riche demain, à court aujourd'hui
Le Mozambique possède ce que ses voisins n'ont pas : du gaz, un grand fleuve, des ports. Il lui manque le temps : la rente est inscrite au calendrier, la trésorerie s'épuise maintenant.
Le premier fait qui commencerait à démentir la trajectoire centrale serait un programme du FMI signé et tenu, avec des salaires et des fournisseurs payés sans avances de la banque centrale.
Le Mozambique a de quoi devenir riche ; il lui reste à durer jusque-là.
Méthodologie et sources
Ce que le score mesure. Il répond à une seule question : dans quelle mesure le pays peut-il encaisser un choc ? Ni la richesse, ni la croissance, ni la qualité du gouvernement, prises séparément, ne donnent la réponse.
Un pays riche peut avoir un score bas s'il ne tient que par une rente ; un pays moins riche, un score honorable s'il dispose de capacités propres et de dépendances qu'il maîtrise. Une note ne bouge pas sur une impression : il faut un fait daté et vérifiable sur l'un des neuf piliers.
L'échelle, de 1 à 5. De 4,0 à 5,0, solidement ancré : le pays absorbe un choc sans vaciller. De 3,0 à 3,9, résilient sous contrainte. De 2,5 à 2,9, sous tension structurelle : le pays tient par une béquille, et cède si elle cède. De 1,5 à 2,4, fragile et dépendant : la fonction est assurée, mais sans maîtrise des moyens. De 1,0 à 1,4, défaillance critique.
Les notes de pilier. Chaque pilier reçoit une appréciation documentée, posée directement au dixième sur une échelle de cinq : un jugement argumenté, et non le produit d'une formule, sauf pour le pilier IX, dont la note est la moyenne de cinq sous-indicateurs, ramenée à 2,5 au plus dès que deux d'entre eux au moins sont à 2 ou moins. Le calcul du score ne commence qu'ensuite.
Quand une donnée manque. Un pilier qu'aucune source primaire ne documente n'est pas noté, et la fiche le dit. Le total est alors rapporté au poids des piliers réellement notés : une note absente ne compte ni pour ni contre le pays.
Le score perd en couverture, donc en degré de confiance, mais il reste sur la même échelle et avec les mêmes poids que les autres. Au-delà de trois piliers sans note, aucun score n'est calculé. La règle vaut pour les 54 fiches de la série.
Comment on arrive à 1,9. On multiplie chacune des neuf notes par le poids du tableau ci-dessous, et on additionne les résultats : le total brut vaut 1,912.
C'est le seul chiffre de la fiche que l'on arrondit, au dixième le plus proche, ce qui donne 1,9 sur 5. La bande où le pays est rangé se lit sur ce chiffre arrondi, jamais sur le brut. La règle vaut pour les 54 fiches de la série.
Les neuf piliers, et ce que chacun pèse. Ils ne comptent pas à égalité : quatre d'entre eux portent à eux seuls 54 % de la note.
La pondération ne récompense pas le prestige d'un domaine, mais sa capacité à entraîner ou à fragiliser les autres : l'économie, l'industrie, la défense et la gouvernance conditionnent le reste. Elle est la même pour les 54 fiches de la série, ce qui rend les scores comparables entre eux.
| Pilier | Le domaine | Poids dans la note |
|---|---|---|
| I | Économie et finance | 13,5 % |
| II | Industrie et technologie | 13,5 % |
| III | Démographie et capital humain | 9 % |
| IV | Diplomatie, influence et information | 9 % |
| V | Énergie et ressources | 9 % |
| VI | Défense et sécurité | 13,5 % |
| VII | Innovation et savoir | 9 % |
| VIII | Gouvernance et institutions | 13,5 % |
| IX | Autonomie stratégique | 10 % |
Ce que mesure chaque pilier
Posséder du pétrole, une armée nombreuse ou une jeunesse abondante est un potentiel. Les neuf piliers regardent ce que le pays sait en faire, c'est-à-dire la différence entre ce qu'il possède et ce qu'il sait faire de ce qu'il possède.
I · Économie et finance
Ce qui est regardé : la croissance, l'inflation, la dette, les réserves, l'accès au crédit. Pourquoi : un État qui ne peut plus emprunter, payer ses fournisseurs ni honorer ses échéances encaisse mal le premier choc venu.
II · Industrie et technologie
Ce qui est regardé : ce que le pays fabrique, transforme et répare lui-même. Pourquoi : exporter une matière première et importer les machines, c'est laisser la valeur se créer ailleurs. L'industrie transforme une ressource en capacité.
III · Démographie et capital humain
Ce qui est regardé : l'école, la santé, l'accès à l'eau, l'emploi, la structure par âge, le départ des compétences. Pourquoi : une jeunesse nombreuse est une force si elle est formée et employée. Sinon elle devient une pression de plus sur l'État.
IV · Diplomatie, influence et information
Ce qui est regardé : les alliances, les médiations, le poids dans les organisations, l'image du pays et sa capacité à faire circuler une information crédible. Pourquoi : tout ne se règle pas par l'argent ou par les armes. Savoir convaincre, négocier et se faire entendre donne des marges qu'un poids économique ne donne pas.
V · Énergie et ressources
Ce qui est regardé : l'accès à l'électricité, la fiabilité du réseau, la dépendance aux carburants importés, le mix énergétique et la maîtrise des ressources stratégiques. Pourquoi : avoir une ressource et pouvoir s'en servir sont deux choses. Un pays peut produire du pétrole et importer son carburant, avoir des barrages et laisser des provinces sans courant.
VI · Défense et sécurité
Ce qui est regardé : le contrôle réel du territoire, y compris dans le cyberespace, l'état du matériel, la logistique, les dépendances extérieures. Pourquoi : une force qu'on ne peut ni ravitailler ni déployer ne protège pas. On mesure une capacité, pas un inventaire.
VII · Innovation et savoir
Ce qui est regardé : la recherche, les universités, les brevets, la formation, le maintien des talents. Pourquoi : acheter une technologie n'est pas la maîtriser. L'industrie sait produire, l'innovation sait inventer.
VIII · Gouvernance et institutions
Ce qui est regardé : l'efficacité de l'administration, l'état de droit, la corruption, les contre-pouvoirs, la continuité des règles, les inégalités et la cohésion sociale. Pourquoi : des ressources ne deviennent de la robustesse que si un État sait les administrer, si ses décisions survivent à ceux qui les prennent, et si la société qu'il gouverne n'est pas fracturée.
IX · Autonomie stratégique
Ce qui est regardé : d'où viennent les recettes publiques, à qui le pays vend, de qui dépend sa sécurité, combien de mois d'importations ses réserves couvrent, et s'il peut refuser une pression extérieure. Pourquoi : aucun pays n'est indépendant. La question est de savoir si ses dépendances se négocient, ou si elles décident à sa place.
Aucun pilier ne suffit seul, et c'est le principe : une économie solide finance une armée, une industrie réduit les importations, de bonnes institutions transforment une rente passagère en infrastructures. À l'inverse, deux ou trois faiblesses profondes peuvent annuler plusieurs atouts.
La tendance portée par chaque pilier ajoute la seconde information. Elle distingue un pays fragile qui se redresse d'un pays mieux noté qui commence à céder.
Le climat n'est pas un dixième pilier : il agit à travers les autres. Une sécheresse touche d'un coup l'agriculture, l'électricité, les comptes publics et la santé.
SAPERE ne demande donc pas « quel pays est le plus puissant ? », mais : si quelque chose se dérègle demain, qu'est-ce qui continue de fonctionner, qu'est-ce qui cède, et de quoi le pays dépend-il pour tenir ?
Les points d'attention assumés : le coût du dispositif rwandais n'est pas publié ; les parts commerciales de Singapour et du Royaume-Uni reflètent le négoce ; les estimations de morts de la crise post-électorale varient selon les décomptes.
Afrique australe : les fiches Forces & Failles. Afrique du Sud · Angola · Botswana · Eswatini · Lesotho · Malawi · Mozambique · Namibie · Zambie · Zimbabwe · Tout le continent
Le 29 janvier 2026 à Afungi, TotalEnergies a relancé le plus grand investissement privé d’Afrique : 20 milliards de dollars pour liquéfier le gaz du bassin du Rovuma, après cinq ans d’arrêt provoqués par l’attaque terroriste de Palma. Six semaines plus tard, à l’autre bout du pays, la fonderie d’aluminium Mozal s’éteignait faute d’accord sur le prix de l’électricité, emportant près d’un tiers de l’emploi manufacturier national. Ces deux dates résument le pays : l’avenir se construit, le présent se défait.
Car la rente gazière n’arrivera pas avant la fin de la décennie, et l’État doit tenir jusque-là avec une dette à 91 % du PIB, des arriérés de paiement, un défaut sélectif déclaré sur sa dette intérieure et une pénurie de devises qui menace jusqu’aux importations de carburant et de médicaments. La crise post-électorale de 2024-2025, plus de 300 morts selon la Plataforma Decide, ONG mozambicaine de suivi électoral, contre 80 reconnus par le gouvernement, a par ailleurs brisé la confiance entre un pouvoir installé depuis 1975 et une jeunesse qui forme la moitié du pays.
Le Mozambique tient debout sur des béquilles qui appartiennent toutes à d’autres : le dispositif rwandais joue un rôle déterminant dans la sécurisation du nord, TotalEnergies porte l’avenir budgétaire, l’Afrique du Sud fournit un quart des importations, le FMI négocie le cadre. La question de la fiche n’est pas de savoir si la rente viendra, mais si l’État traversera intact les trois années qui l’en séparent.
Le Mozambique détient l’un des plus grands barrages d’Afrique, Cahora Bassa, et parmi les plus grandes réserves de gaz du monde. Pourtant, à peine plus d’un tiers de sa population a accès à l’électricité, et sa plus grande usine s’est éteinte en mars 2026 faute de courant à prix viable. L’essentiel de la production du barrage part vers l’Afrique du Sud dans le cadre d’un contrat hérité, dont l’échéance en 2030 est peut-être la vraie date stratégique du pays.
La même logique traverse le gaz : la seule usine en production vend l’intégralité de ses cargaisons à un acheteur unique sur vingt ans, et les revenus versés à l’État restent pour l’instant modestes au regard des promesses. Le pays exporte l’énergie qu’il ne consomme pas et importe le carburant qu’il ne raffine pas : la puissance énergétique du Mozambique existe, mais elle travaille encore pour d’autres.
| Pays | Produits | Part |
|---|---|---|
| Inde | Charbon, gaz, légumineuses, cajou | ~15,6 % |
| Chine | Sables titanifères, gaz, sésame | ~14,2 % |
| Afrique du Sud | Gaz par gazoduc, électricité, charbon | ~14,0 % |
| Corée du Sud | Gaz naturel liquéfié | ~5,6 % |
| Royaume-Uni | Gaz naturel liquéfié (négoce) | ~4,8 % |
| Pays | Produits | Part |
|---|---|---|
| Afrique du Sud | Électricité, véhicules, fer, farines | ~23,2 % |
| Chine | Machines, véhicules, pesticides | ~15,4 % |
| Émirats arabes unis | Carburants, huiles, engrais | ~10,3 % |
| Inde | Carburants, riz, médicaments | ~8,0 % |
| Singapour | Produits pétroliers (négoce) | ~6,1 % |
I · Économie et finance
II · Industrie et technologie
III · Démographie et capital humain
IV · Diplomatie, influence et information
V · Énergie et ressources
VI · Défense et sécurité
VII · Innovation et savoir
VIII · Gouvernance et institutions
IX · Autonomie stratégique
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