SAPERE · Les Forces et les Failles · Maroc · 2026-09-15
SAPERE · Les Forces et les FaillesMaroc · données arrêtées au 13 septembre 2026, révisé le 15 septembre 2026 · tendance depuis 2020
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Maroc

Profil géopolitique

Le Maroc gagne sur la scène mondiale ce qu'il peine encore à distribuer chez lui : une ascension industrielle et diplomatique réelle, portée par une économie qui n'embauche pas au rythme où elle croît.

3,3/5Résilient sous contrainte en progrès depuis 2020

36,8 millions d'habitants. Premier exportateur africain de véhicules en volume, et premier détenteur mondial de réserves de phosphate selon l'Institut d'études géologiques des États-Unis, dont l'agrégat inclut les gisements du Sahara occidental, territoire non autonome au sens des Nations unies.

Le 26 septembre 2025, S&P ramenait le Royaume en catégorie investissement ; le lendemain, une jeunesse née sur Discord descendait dans la rue pour réclamer des hôpitaux plutôt que des stades.

Cinq semaines plus tard, le Conseil de sécurité faisait du plan d'autonomie marocain la base des négociations sur le Sahara occidental. La reconnaissance financière, la contestation sociale et le succès diplomatique tiennent dans le même automne.

La situation
Une ascension qui tient, et qui coûte

La croissance a accéléré à près de 5 % en 2025 et devrait rester supérieure à 4 % en 2026, la note souveraine est remontée chez S&P, les transferts de la diaspora atteignent 122 milliards de dirhams. Mais le déficit commercial s'est creusé à 353 milliards de dirhams en 2025 et le taux de couverture est tombé à 57 %.

La trajectoire
Cinq piliers progressent, deux reculent

L'économie, l'industrie, la diplomatie, la défense et l'innovation montent ensemble depuis 2020. L'énergie et l'autonomie stratégique restent stables. Seules la démographie et la gouvernance reculent. Aucun pilier n'atteint encore le niveau « solidement ancré ».

La faille décisive
Une croissance qui n'embauche pas

37,2 % des 15-24 ans étaient au chômage en 2025, et le taux d'activité des femmes plafonne à 19 %, l'un des plus bas au monde. Une économie peut monter en gamme sans faire reculer ce chiffre : c'est ce que la rue a dit en septembre 2025.

Ce qui entre, ce qui sort, et par où

Un débouché européen pour les deux tiers des ventes, une diaspora qui pèse plus lourd que les phosphates.
Maroc 36,8 M habitants Union européenne Espagne, France, Italie, Allemagne ↑ deux tiers des exportations ↓ 122 Mds DH de transferts de la diaspora Chine 2e fournisseur, 11,9 % des importations Golfe environ la moitié du soufre de l'OCP Algérie frontière et gazoduc fermés Sahel et Atlantique Initiative atlantique, engrais et banques Énergie importée à près de 90 %
Schéma des dépendances : positions et distances non proportionnelles. Chaque flèche suit le sens du flux : la double flèche marque un lien réciproque, les exportations montent vers l'Union et les transferts de la diaspora en descendent. Le trait vert part du Maroc, seul lien où il est l'acteur qui avance.

Ce qui décrit le modèle

Quatre repères de comparaison mondiale, trois chiffres qui racontent le Maroc lui-même.
PIB nominal
~194 Mds $
2026 · 58e rang mondial sur 193 économies renseignées · 5e d'Afrique · FMI, avril 2026
PIB en parité de pouvoir d'achat
~469 Mds $
2026 · 58e rang mondial · environ 0,2 % du PIB mondial en parité
Exportations · poids mondial
~0,20 %
469 Mds DH en 2025, soit ~50 Mds $ · automobile, phosphates, aéronautique, agroalimentaire
Importations · poids mondial
~0,35 %
822 Mds DH en 2025, soit ~88 Mds $ · déficit de 353 Mds DH, couverture tombée à 57 %
Transferts de la diaspora
122,023 Mds DH
2025 · 7,1 % du PIB, l'une des trois grandes sources de devises avec le tourisme et les phosphates
Chômage des 15-24 ans
37,2 %
2025 · 13 % au niveau national · la nouvelle enquête de 2026 mesure autrement, voir le pilier III
Réserves de phosphate
~70 %
des réserves mondiales identifiées · Institut d'études géologiques des États-Unis, agrégat incluant les gisements du Sahara occidental

Où le pays tient, où il cède

Chaque pilier est noté sur cinq, puis pondéré selon son poids dans la grille SAPERE 2.2.
Les neuf piliers en un coup d'œil · niveau et tendance depuis 2020
↘ en baisse= stable↗ en hausse
Résilient sous contrainte3,0-3,9Autonomie stratégique 3,2Industrie et technologie 3,8Diplomatie et influence 3,8Économie et finance 3,7Défense et sécurité 3,6Innovation et savoir 3,2
Sous tension2,5-2,9Gouvernance et institutions 2,7Démographie et capital humain 2,5Énergie et ressources 2,9
Niveaux inoccupésaucun pilierAucun pilier n'atteint « Solidement ancré » (4,0-5,0) ; aucun ne descend en « Fragile et dépendant » (1,5-2,4) ni en « Défaillance critique » (1,0-1,4).
Cinq piliers progressent, deux restent stables, deux reculent. Six atteignent le niveau « résilient » : c'est la configuration la plus haute des trois fiches maghrébines. Les plus critiques, par ordre de gravité : démographie 2,5, gouvernance 2,7 et énergie 2,9, les trois notes les plus basses. Le score global de 3,3 résulte de la somme pondérée de ces neuf notes, arrondie au dixième.
IÉconomie et financeRésilient sous contrainteLa croissance est revenue et la signature s'est redressée ; le compte extérieur, lui, se creuse.
Ce qui tient
La croissance a accéléré à près de 5 % en 2025 et devrait rester supérieure à 4 % en 2026, avec une inflation quasi nulle, et S&P a ramené la note souveraine en catégorie investissement en septembre 2025, statut perdu en 2021.
Moody's a relevé sa perspective à positive en mars 2026 ; les réserves de change couvrent plus de cinq mois d'importations, un coussin extérieur significatif.
Ce qui fragilise
Le déficit commercial s'est creusé à 353 milliards de dirhams en 2025 et le taux de couverture est tombé à 57 %, la facture énergétique pesant près de 108 milliards.
L'économie informelle emploie entre 60 et 80 % des actifs occupés pour environ 30 % du PIB : un point de croissance ne se convertit pas mécaniquement en emploi déclaré.
IIIndustrie et technologieRésilient sous contrainteLe pays assemble pour le monde, avec des décisions qui se prennent ailleurs.
Ce qui tient
L'automobile est le premier poste d'exportation devant les phosphates : 454,443 véhicules exportés en 2025, soit 52,3 % du total africain, devant les 414,271 de l'Afrique du Sud.
L'aéronautique croît de 10 % en 2025 et de près de 20 % sur les sept premiers mois de 2026 ; Tanger Med dessert 180 ports dans 70 pays et reste le premier port à conteneurs d'Afrique.
Le Royaume passe pour la première fois en tête de l'indice d'industrialisation de la Banque africaine de développement, devant l'Afrique du Sud et l'Égypte. L'écart tient en 0,0019 point, 0,8415 contre 0,8396, et aucune marge d'erreur n'est publiée.
Ce qui fragilise
Le modèle est celui d'un sous-traitant : forte part de composants importés, valeur ajoutée locale bien inférieure au montant brut exporté, et des choix d'investissement arbitrés à Paris, Turin ou Wolfsburg.
En valeur, l'avance se réduit à moins de deux points et tient entièrement au câblage : sur les véhicules finis, l'Afrique du Sud exporte près du double. En production totale, elle reste devant, 618,077 véhicules contre 501,965 en 2025 ; le Royaume ne domine que sur la voiture particulière.
La place vers l'Union européenne est plus étroite qu'annoncé : au premier semestre 2025, le Royaume n'est que le cinquième fournisseur de voitures neuves avec 11,1 % des importations, derrière la Chine, la Turquie, le Japon et la Corée du Sud, et en recul de 7,1 % sur un an.
La première place détenue en valeur en 2024 n'a pas tenu en volume.
Le rebond est net depuis : les exportations automobiles progressent de 17,4 % au premier semestre 2026, à 93,65 milliards de dirhams, dont 26,7 % pour la construction. Mais elles se mesurent en valeur expédiée, non en valeur créée sur place.
IIIDémographie et capital humainSous tension structurelleUne jeunesse mieux formée que jamais, et un marché du travail qui ne l'emploie pas.
Ce qui tient
L'espérance de vie atteint 75,3 ans, la fécondité est retombée à 1,97 enfant par femme, et l'indice de développement humain a franchi pour la première fois le seuil de 0,700.
L'alphabétisation des jeunes dépasse 95 %, et une génération à l'aise en arabe, en français et souvent en anglais constitue un potentiel réel pour les services et le numérique.
Ce qui fragilise
Le chômage des 15-24 ans atteignait 37,2 % en 2025. Le HCP a changé d'instrument en 2026 et mesure désormais 27,2 % : la rupture de série empêche d'interpréter l'écart comme une amélioration réelle du marché du travail.
Le taux d'activité des femmes plafonne à 19 % contre 68,5 % pour les hommes, l'un des écarts les plus larges au monde, et l'indice de développement humain ajusté aux inégalités perd 27 % de sa valeur.
Environ sept cents médecins quittent le pays chaque année, soit un tiers des diplômés selon les organisations représentatives, chiffre qu'une spécialiste des migrations juge sous-estimé. Une formation payée par l'État dont le rendement est capté par des systèmes de santé étrangers.
IVDiplomatie, influence et informationRésilient sous contrainteRabat a obtenu sur le Sahara ce que cinquante ans de contentieux lui refusaient.
Ce qui tient
La résolution 2797 du Conseil de sécurité, en octobre 2025, fait du plan d'autonomie marocain la base des négociations.
Rabat revendique le soutien de plus de 130 pays ; le fait vérifiable est qu'une trentaine d'États africains, arabes et latino-américains ont ouvert un consulat à Laâyoune ou Dakhla, aucune ouverture nouvelle n'étant documentée depuis fin 2022.
En avril 2026, le Mali retire sa reconnaissance de la République sahraouie ; la coorganisation de la Coupe du monde 2030 avec l'Espagne et le Portugal prolonge cette visibilité.
Ce qui fragilise
Les avocats du Royaume sont en grève nationale depuis près de trois mois contre une loi qu'ils jugent contraire à l'indépendance de leur profession : un quatrième corps touché après la presse, la création et la société civile.
Les relations avec l'Algérie restent rompues depuis 2021, et le Front Polisario poursuit le contentieux devant la Cour de justice de l'Union européenne.
La crise migratoire de Ceuta, fin juillet 2026, a montré qu'une gestion partagée avec Madrid peut se rompre en quarante-huit heures et déclencher une crise européenne.
VÉnergie et ressourcesSous tension structurelleUne année pluvieuse ne referme pas une trajectoire de rareté, et l'énergie reste importée à près de 90 %.
Ce qui tient
Les barrages sont remontés à 67 % en septembre 2026 contre 34 % un an plus tôt, après la sortie officielle de sept années de sécheresse en janvier.
La capacité électrique renouvelable atteint 46,1 % fin 2025, et l'électrification rurale est proche de 100 %, un niveau comparable à celui des pays de l'OCDE.
Ce qui fragilise
La part des renouvelables dans la production réellement livrée n'est que d'environ 27 %, et le pays importe toujours près de 90 % de son énergie primaire.
La disponibilité en eau par habitant reste sous 600 m³ par an et pourrait passer sous le seuil de pénurie absolue d'ici 2030, plus vite que le dessalement ne se déploie.
VIDéfense et sécuritéRésilient sous contraintePremier destinataire africain de livraisons d'armes majeures sur 2021-2025, avec un budget quatre fois inférieur à celui de son voisin.
Ce qui tient
Sur 2021-2025, le Maroc devient le premier destinataire africain de livraisons d'armes majeures selon le SIPRI, à 1,0 % des importations mondiales contre 0,9 % pour l'Algérie, ses livraisons progressant de 12 % quand celles d'Alger reculaient de 78 %.
Douze hélicoptères Apache sur vingt-quatre commandés sont livrés, le système israélien Barak MX est actif depuis janvier 2026, et une feuille de route de défense avec Washington couvre 2026-2036.
Ce qui fragilise
Le budget annuel est de 73 milliards de dirhams en 2026, à ne pas confondre avec les 157 milliards d'autorisations d'engagement pluriannuelles : le SIPRI mesure 6,3 milliards de dollars de dépenses, quatre fois moins que l'Algérie.
Les vingt-cinq F-16 Block 70 commandés en 2019 ne seront pas livrés avant 2027, et les tensions de basse intensité avec le Front Polisario durent depuis la rupture du cessez-le-feu de novembre 2020.
VIIInnovation et savoirRésilient sous contrainteLe pays monte dans les classements d'innovation sans université dans ceux des universités.
Ce qui tient
Le Royaume gagne neuf places à l'indice mondial de l'innovation 2025, au 57e rang mondial, son meilleur classement, et figure au 12e rang mondial pour la production de haute technologie.
Il est reconnu comme économie surperformante au regard de son niveau de revenu, aux côtés de l'Inde et du Vietnam.
Ce qui fragilise
L'investissement en recherche et développement a reculé de 18 % en 2025, et aucune université marocaine ne figure dans les classements mondiaux de référence.
L'écosystème de capital-risque reste restreint, ce qui limite la transformation de la recherche en entreprises.
VIIIGouvernance et institutionsSous tension structurelleDes institutions stables, une corruption qui ne recule pas, et une rue qui s'est fait entendre.
Ce qui tient
Le classement RSF de la liberté de la presse place le Royaume 105e sur 180 en 2026, quinze places gagnées, et l'indice de perception de la corruption progresse de huit places.
Le Maroc est sorti de la liste grise du GAFI, et les législatives sont prévues pour le 23 septembre 2026.
Ce qui fragilise
Cet indice reste à 39 sur 100, un score qui stagne depuis plus de dix ans, et l'indice de Gini est remonté à 40,5 en 2022 après vingt ans de recul.
Le mouvement GenZ212, né sur Discord en septembre 2025, a été réprimé par environ deux mille arrestations et de lourdes peines, et la réforme du code de la famille n'a pas été votée avant la fin de la législature.
IXAutonomie stratégiqueRésilient sous contrainteUne marge de manœuvre réelle, payée par une exposition à un seul marché.
Ce qui tient
Les recettes fiscales sont passées de 20,3 % du PIB en 2021 à 24,6 % en 2025, bien au-dessus de la moyenne africaine, et le panier d'exportations est équilibré entre quatre filières, aucune ne dépassant 30 % du total.
Rabat a réussi à placer son plan d'autonomie au centre du cadre de négociation onusien, sans obtenir de reconnaissance multilatérale définitive de sa souveraineté : peu d'États de sa taille déplacent ainsi un dossier au Conseil de sécurité.
Ce qui fragilise
Les deux tiers des exportations partent vers la seule Union européenne, dont les accords agricoles et de pêche restent contestés en justice sur leur périmètre saharien.
Les équipements de défense de pointe dépendent de partenariats extérieurs profonds, et une ligne de crédit du FMI reste maintenue à titre de précaution.
Comprendre l'échelle de robustesse, du plus solide au plus fragile
  1. Solidement ancré4,0 à 5,0 · Capacités prouvées sur la durée. Le pays absorbe les chocs sans risque de basculement.
  2. Résilient sous contrainte3,0 à 3,9 · Forces et faiblesses en tension, mais le système tient par ses propres moyens.
  3. Sous tension structurelle2,5 à 2,9 · Le pilier tient grâce à une béquille : une rente, un partenaire, un corridor. Il cède si elle cède.
  4. Fragile et dépendant1,5 à 2,4 · Vulnérabilité profonde. La fonction est assurée, mais sans maîtrise réelle des moyens.
  5. Défaillance critique1,0 à 1,4 · Risque d'effondrement de la fonction. Autorité ou capacité contestée sur l'essentiel.

L'échelle mesure la capacité à encaisser un choc, pas la richesse ni le potentiel. Le niveau de chaque pilier découle mécaniquement de son évaluation sur cinq points, selon les bornes ci-dessus.

Trois appuis, trois fractures

Ce que le pays peut opposer à un choc, et ce qui cède en premier.
Ce qui tient
FORCE 01

Le pays qui a fait de la voiture son premier métier

L'automobile est devenue le premier poste d'exportation devant les phosphates, portée par Renault à Tanger et Stellantis à Kénitra. Le Royaume a exporté 454,443 véhicules en 2025, soit 52,3 % du total africain, devant les 414,271 de l'Afrique du Sud.

En valeur, l'avance se réduit à moins de deux points, et elle tient entièrement au câblage : sur les véhicules finis, Pretoria exporte près du double.

C'est un succès de sous-traitant : forte part de composants importés, valeur ajoutée locale bien inférieure au montant brut exporté, et des décisions d'investissement qui se prennent ailleurs. Une filière aéronautique complète cette base, avec les mêmes réserves.

FORCE 01 bis

Une filière batterie qui s'installe, sans être la sienne

La Banque africaine de développement a approuvé le 24 juillet 2026 un prêt de cent millions d'euros à Gotion Power Morocco, plus cent quarante et un millions à mobiliser, pour la première usine intégrée de batteries du continent : dix gigawattheures en première phase, extension prévue jusqu'à cent, plus de six cents emplois directs.

S'y ajoutent la coentreprise COBCO à Jorf Lasfar, deux milliards de dollars, et trois usines de matériaux près de Tanger.

Le commerce avec Pékin est passé de plus de neuf milliards de dollars en 2024 à près de onze en 2025.

Le maître d'ouvrage est coté à Shenzhen, le financement est multilatéral africain, le sol est marocain, le débouché est européen : ce n'est pas le Royaume qui capte la valeur, c'est la Chine qui rapproche une étape de sa chaîne du marché qu'elle vise.

Bruxelles y voit un contournement possible de ses droits sur les véhicules chinois.

FORCE 02

Une ressource irremplaçable, testée par la crise d'Ormuz

Le Maroc détient environ 70 % des réserves mondiales identifiées de phosphate selon l'Institut d'études géologiques des États-Unis ; cet agrégat inclut les gisements du Sahara occidental, territoire non autonome au sens de l'ONU, et ne se décompose pas publiquement.

Pendant la quasi-fermeture du détroit d'Ormuz, sa double façade atlantique et méditerranéenne lui a évité les routes exposées. Mais il a dû réduire temporairement sa production d'environ 30 % : la crise a révélé sa propre dépendance au soufre et à l'ammoniac du Golfe.

FORCE 03

Une diaspora qui tient la balance des paiements

Les transferts des Marocains résidant à l'étranger ont atteint 122 milliards de dirhams en 2025, soit 7,1 % du produit intérieur brut : l'une des trois grandes sources de devises du Royaume, aux côtés du tourisme et des phosphates.

Cette manne, portée par une communauté de cinq à six millions de personnes concentrée en France, en Espagne et en Belgique, stabilise la balance des paiements. L'État n'en maîtrise ni le volume ni l'affectation, et elle reste peu orientée vers l'investissement productif.

Ce qui freine
FAILLE 01

Une jeunesse qui descend dans la rue faute de perspectives

Le chômage des 15-24 ans atteignait 37,2 % en 2025, contre 13 % au niveau national, et le taux d'activité des femmes plafonne à 19 % contre 68,5 % pour les hommes.

Le Haut-Commissariat au Plan a changé d'instrument en 2026 et mesure désormais 27,2 % chez les jeunes : la rupture de série empêche d'interpréter l'écart comme une amélioration réelle du marché du travail.

Depuis le 27 septembre 2025, le mouvement GenZ212, né sur Discord sans chef ni parti, réclame des hôpitaux et des écoles plutôt que des stades. Environ deux mille arrestations et de lourdes peines ont durci la contestation sans l'éteindre ; le budget 2026 a porté santé et éducation en hausse de 18 %.

FAILLE 02

Une énergie importée à près de 90 %, et une eau qui reste comptée

La capacité électrique renouvelable atteint 46,1 % fin 2025, mais la part dans la production réellement livrée n'est que d'environ 27 %. Le Royaume importe toujours près de 90 % de son énergie primaire.

Le pays est sorti de sept années de sécheresse en janvier 2026 et ses barrages sont remontés à 67 %. Mais la disponibilité en eau par habitant reste sous 600 m³ par an, et le dessalement se déploie moins vite que la rareté ne progresse.

FAILLE 03

Des inégalités qui repartent, et une corruption qui ne recule pas

L'indice de Gini est remonté à 40,5 en 2022, effaçant vingt ans de progrès, et l'indice de développement humain ajusté aux inégalités perd 27 % de sa valeur, l'un des reculs les plus marqués au monde.

L'indice de perception de la corruption stagne à 39 points sur 100 depuis plus de dix ans, et la réforme du code de la famille, annoncée depuis 2022, n'a pas été votée avant la fin de la législature.

Qui tient le pays, du dedans et du dehors

Une monarchie qui arbitre, un gouvernement qui exécute, et des dépendances concentrées sur quelques partenaires.

À l'intérieur

La Constitution de 2011 fait du roi Mohammed VI le chef de l'État, Commandeur des croyants et arbitre suprême : il préside le Conseil des ministres, fixe les grandes orientations et nomme le chef du gouvernement issu du parti arrivé en tête. Les grands chantiers, protection sociale, Sahara, défense, partent du Palais.

Aziz Akhannouch dirige le gouvernement depuis 2021, à la tête d'une coalition qui détient 270 des 395 sièges. Il a quitté la présidence de son parti en février 2026 et ne se représente pas. Les législatives sont prévues pour le 23 septembre 2026, avec 15,8 millions d'inscrits dont 4 % seulement ont entre 18 et 24 ans.

Décision rapideLa diplomatie et la défense : la reconnaissance du plan d'autonomie s'est obtenue capitale par capitale, et la feuille de route de défense avec Washington couvre déjà 2026-2036.
Décision lenteLe code de la famille, la réforme des retraites et celle du code du travail, laissés en suspens par une législature qui s'est achevée en juillet 2026 sans les avoir votés.

À l'extérieur

Rabat n'a pas de bailleur unique, mais reste très exposé à l'Union européenne, qui absorbe les deux tiers de ses exportations, et à un trio, France, Espagne, Chine, qui structure l'essentiel de ses échanges.

La reconnaissance de son plan d'autonomie par plusieurs grandes puissances a renforcé son autonomie diplomatique sans réduire cette dépendance économique.

L'été 2026 a montré la fragilité du lien le plus quotidien. Les 30 et 31 juillet, environ 72,000 personnes ont franchi la frontière de Ceuta depuis Fnideq, pour une enclave de moins de 2,000 hectares et 84,000 habitants.

Près de 70,000 étaient reparties au Maroc en quarante-huit heures, non par l'agence européenne des frontières mais par un accord de réadmission bilatéral de 1992 auquel l'Union n'est pas partie.

Les bilans humains ne sont recoupés par personne et divergent d'un facteur treize : onze morts selon le ministère marocain de l'Intérieur, soixante-douze puis soixante-dix-sept selon Madrid, cent quarante et un selon l'Association marocaine des droits humains, qui réclame une enquête indépendante. C'est l'écart lui-même qui constitue le fait.

La séquence ne s'arrête pas là. Le 15 août, un nouvel appel au franchissement échoue devant un déploiement marocain qualifié d'inédit.

Le 3 septembre, le chef du gouvernement espagnol se voit opposer au Parlement la formule « impossible sans l'aval de Rabat », tandis que le directeur de sa police dément le même jour l'existence du rapport qui décrivait des policiers marocains passifs voire facilitateurs.

Le 9 septembre, Madrid déclassifie un avertissement qu'elle avait adressé au Maroc ; le 11, Rabat déclare qu'aucun fait n'établit son implication.

Vingt et un gouvernements au moins ont demandé la suspension de l'Espagne de l'espace Schengen. La démarche est sans objet en droit : aucun mécanisme ne permet de suspendre un État membre, et Ceuta est de toute façon hors de cet espace.

De quoi dépend le Maroc ?D'un débouché européen pour les deux tiers de ses exportations, d'une diaspora pour 7,1 % de son produit intérieur brut, de l'étranger pour près de 90 % de son énergie, et du Golfe pour la moitié du soufre dont l'OCP a besoin.
Quelles alternatives ?En construction : l'Initiative atlantique vers le Sahel, le gazoduc Nigeria-Maroc dont l'accord intergouvernemental a été signé en juillet 2026 sans décision d'investissement, et un programme de dessalement qui vise 1,7 milliard de mètres cubes en 2030.
Choc externe actifLe baril de Brent au-dessus de 100 dollars depuis le 9 septembre 2026, sur une facture énergétique de 108 milliards de dirhams et près de 90 % de l'énergie primaire importée.
Ce que Rabat peut opposerDeux façades maritimes qui évitent les détroits exposés, des réserves de change supérieures à cinq mois d'importations, et une reconnaissance diplomatique obtenue capitale par capitale.
Ce qui amortit122,023 milliards de dirhams de transferts de la diaspora, une ligne de crédit modulable du Fonds monétaire international maintenue à titre de précaution, et un panier exporté réparti entre quatre filières.
LevierActeurEmpriseCe qu'il contrôle
Débouché des exportationsUnion européenne●●●●Les deux tiers des ventes marocaines à l'étranger, avec des accords agricoles et de pêche contestés en justice sur leur périmètre saharien et un mécanisme carbone aux frontières qui renchérira l'accès.
Frontière et voisinageEspagne●●●●Premier fournisseur, deuxième client, et une gestion migratoire partagée que la crise de Ceuta a rompue en quarante-huit heures.
Capital et diasporaFrance●●●●Premier investisseur étranger historique, plus de neuf cent cinquante entreprises implantées, première destination de la diaspora, et reconnaissance du plan d'autonomie en 2024.
Armement et couvertureÉtats-Unis●●●Soixante pour cent des livraisons d'armes majeures sur 2021-2025, une feuille de route de défense couvrant 2026-2036, et la reconnaissance de la souveraineté marocaine sur le Sahara dès 2020.
Biens manufacturésChine●●●Deuxième fournisseur avec 11,9 % des importations, en forte progression, et des investissements croissants dans les batteries et le véhicule électrique.
Technologies de défenseIsraël●●Deuxième fournisseur d'armes avec 24 % des livraisons, système de défense aérienne Barak MX actif depuis janvier 2026, mais une normalisation dont le soutien public est tombé de 31 % à 7 %.
Intrants de l'OCPGolfe●●Environ la moitié du soufre nécessaire à la fabrication des engrais : quand Ormuz s'est fermé, c'est ce maillon qui a plié le premier.
Les points mesurent l'emprise, c'est-à-dire l'intensité globale du lien : poids commercial, dépendance technologique, exposition financière et levier politique combinés, et non le seul volume des échanges.

Ce que la géographie impose

Deux façades maritimes, une frontière fermée, et un territoire dont le statut n'est pas tranché.
Espagne Quatorze kilomètres de détroit ; Ceuta et Melilla, espagnoles, revendiquées par Rabat. Algérie Mille cinq cents kilomètres de frontière, fermée depuis 1994. Sahara occidental Territoire non autonome au sens de l'ONU, administré de fait derrière le mur des sables. Mauritanie Le seul passage terrestre vers l'Afrique de l'Ouest.
Le Sahara occidental est figuré dans la teinte des voisins, et non dans celle du Maroc : l'Organisation des Nations unies le classe territoire non autonome, et son statut final n'est pas tranché.
EspagneQuatorze kilomètres de détroit, premier fournisseur et deuxième client, et Ceuta et Melilla, territoires espagnols sur la côte nord-africaine et revendiqués par Rabat.Les 30 et 31 juillet 2026, environ 72,000 personnes ont franchi la frontière de Ceuta, après qu'une décision de justice espagnole eut été déformée en annonce d'ouverture. Les bilans divergent d'un facteur treize et aucun n'est recoupé.
AlgérieMille cinq cents kilomètres de frontière terrestre fermée depuis 1994, relations diplomatiques rompues depuis 2021, gazoduc Maghreb-Europe coupé la même année. Ce blocage prive le Maroc de tout commerce direct avec son voisin immédiat et paralyse l'intégration du Maghreb.
Sahara occidentalTerritoire non autonome au sens de l'Organisation des Nations unies, administré de fait par Rabat sur environ 80 % de sa surface. La résolution 2797 d'octobre 2025 fait du plan d'autonomie marocain la base des négociations sans trancher la souveraineté.
MauritanieLe seul passage terrestre vers l'Afrique de l'Ouest, et le point d'ancrage sud de l'Initiative atlantique par laquelle Rabat offre aux États du Sahel un accès portuaire alternatif aux routes passées par l'Algérie.

Ce qui changerait la donne

Les événements qui, s'ils se produisaient, feraient bouger le diagnostic, dans un sens ou dans l'autre.
ONU

La mission onusienne au Sahara est transformée en octobre 2026

Le mandat expire le 31 octobre et la revue stratégique demandée par la résolution 2797 arrive à échéance. Une mission recentrée sur l'accompagnement politique entérinerait le cadre marocain ; un statu quo laisserait le dossier ouvert.

%

Une deuxième agence ramène le Royaume en catégorie investissement

Moody's a relevé sa perspective à positive en mars 2026. Un relèvement de note abaisserait le coût de la dette extérieure et élargirait la base d'investisseurs accessible au Trésor.

23/09

Le scrutin du 23 septembre mobilise, ou ne mobilise pas

Quatre pour cent seulement des inscrits ont entre 18 et 24 ans, un an après un mouvement de jeunesse qui a réclamé des services publics. Une participation en recul dirait que la contestation a quitté les urnes.

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Le baril reste durablement au-dessus de 100 dollars

Le Brent a franchi ce seuil le 9 septembre 2026. Avec près de 90 % de l'énergie importée et une facture de 108 milliards de dirhams, un choc prolongé effacerait la cible de déficit de 3 % du produit intérieur brut.

Le dessalement atteint réellement 1,7 milliard de mètres cubes

Dix-sept stations produisent aujourd'hui environ 350 millions de mètres cubes par an ; la plus grande d'Afrique, à Casablanca, doit entrer en service début 2027. L'objectif de 2030 se joue sur ce rythme de livraison.

DH

Le code de la famille est enfin soumis au Parlement

Annoncée depuis 2022, la révision de la Moudawana n'a jamais été déposée et a été renvoyée à la prochaine législature. Son adoption, ou son nouveau report, dira ce que la réforme sociale pèse face au consensus religieux.

À cinq ans · 2026-2031

Trois chemins, dont un qui ne demande aucune décision pour se réaliser.
Trajectoire favorable

La montée en gamme finit par embaucher

La croissance se maintient au-dessus de 4 %, une deuxième agence ramène le Royaume en catégorie investissement, le dessalement tient son calendrier et les investissements du Mondial 2030 irriguent les régions restées à l'écart.

Ce chemin suppose que l'école se raccorde au marché du travail et que le taux d'activité des femmes cesse de plafonner à 19 %. C'est le chantier le plus long, et le seul qui referme la faille décisive.

Trajectoire centrale

L'ascension continue sans se partager

L'industrie et la diplomatie poursuivent leur progression, le déficit commercial reste élevé, et le chômage des jeunes recule plus lentement que la croissance ne monte.

Le pays gagne en stature internationale et conserve une tension sociale de fond, périodiquement rappelée par des mobilisations. C'est la trajectoire qui se réalise si personne ne décide rien.

Trajectoire défavorable

Le choc énergétique rencontre la rue

Un baril durablement au-dessus de 100 dollars creuse la facture importée, efface la cible de déficit et contraint à des arbitrages budgétaires sur la protection sociale.

Une reprise de la mobilisation sociale, sur fond de scrutin peu mobilisateur et d'une année hydrologique à nouveau sèche, transformerait une contestation des services publics en crise de légitimité.

Méthodologie et sources

La note globale est la somme pondérée de neuf piliers évalués chacun sur cinq points : économie et finance, industrie et technologie, démographie et capital humain, diplomatie et influence, énergie et ressources, défense et sécurité, innovation et savoir, gouvernance et institutions, autonomie stratégique.

Quatre piliers pèsent 13,5 % chacun, quatre pèsent 9 %, l'autonomie stratégique 10 %. La somme donne ici 3,319, arrondie à 3,3 ; c'est la note affichée qui détermine le niveau qualitatif.

L'échelle mesure la capacité à absorber un choc et à préserver une liberté d'action, non la richesse du sous-sol ni la performance de croissance.

Un pilier bien noté n'est pas un pilier riche : c'est un pilier qui tient sans béquille.

Données arrêtées au 13 septembre 2026, révisé le 15 septembre 2026.

Révision éditoriale du 15 septembre 2026 : liens de sources corrigés, et mise en page reprise pour la lecture sur téléphone. La fenêtre d'observation n'est pas étendue et aucune note ne bouge.

Sources principales : Fonds monétaire international (article IV, croissance, réserves), Office des changes (commerce extérieur, transferts, investissements directs), Haut-Commissariat au Plan (population, chômage, inégalités), Bank Al-Maghrib, SIPRI pour les dépenses militaires et sa base des transferts d'armes majeures, Conseil de sécurité des Nations unies, MINURSO, PNUD, Reporters sans frontières, Transparency International, Banque mondiale pour les inégalités, Institut d'études géologiques des États-Unis pour les réserves de phosphate, OMPI, indice mondial de l'innovation, Groupe d'action financière, Office national de l'électricité et de l'eau potable, et les résultats publiés du groupe OCP.

Les points d'attention assumés : la ventilation par pays du commerce extérieur 2025 n'est pas publiée, seules les données 2024 de l'Office des changes sont officielles ; les bilans humains de la crise de Ceuta divergent d'un facteur treize selon les sources, de onze à cent quarante et un, et aucun n'est recoupé.

Par ailleurs, le chômage de 2025 et celui de 2026 relèvent de deux enquêtes différentes du Haut-Commissariat au Plan et ne se comparent pas ; et le chiffre de 70 % des réserves mondiales de phosphate agrège les gisements du Maroc et ceux du Sahara occidental, dont le statut n'est pas tranché.

Cadre d'évaluation SAPERE 2.2

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