Maroc
Le Maroc gagne sur la scène mondiale ce qu'il peine encore à distribuer chez lui : une ascension industrielle et diplomatique réelle, portée par une économie qui n'embauche pas au rythme où elle croît.
36,8 millions d'habitants. Premier exportateur africain de véhicules en volume, et premier détenteur mondial de réserves de phosphate selon l'Institut d'études géologiques des États-Unis, dont l'agrégat inclut les gisements du Sahara occidental, territoire non autonome au sens des Nations unies.
Le 26 septembre 2025, S&P ramenait le Royaume en catégorie investissement ; le lendemain, une jeunesse née sur Discord descendait dans la rue pour réclamer des hôpitaux plutôt que des stades.
Cinq semaines plus tard, le Conseil de sécurité faisait du plan d'autonomie marocain la base des négociations sur le Sahara occidental. La reconnaissance financière, la contestation sociale et le succès diplomatique tiennent dans le même automne.
La croissance a accéléré à près de 5 % en 2025 et devrait rester supérieure à 4 % en 2026, la note souveraine est remontée chez S&P, les transferts de la diaspora atteignent 122 milliards de dirhams. Mais le déficit commercial s'est creusé à 353 milliards de dirhams en 2025 et le taux de couverture est tombé à 57 %.
L'économie, l'industrie, la diplomatie, la défense et l'innovation montent ensemble depuis 2020. L'énergie et l'autonomie stratégique restent stables. Seules la démographie et la gouvernance reculent. Aucun pilier n'atteint encore le niveau « solidement ancré ».
37,2 % des 15-24 ans étaient au chômage en 2025, et le taux d'activité des femmes plafonne à 19 %, l'un des plus bas au monde. Une économie peut monter en gamme sans faire reculer ce chiffre : c'est ce que la rue a dit en septembre 2025.
Ce qui entre, ce qui sort, et par où
Ce qui décrit le modèle
Où le pays tient, où il cède
Les neuf piliers en un coup d'œil · niveau et tendance depuis 2020+
IÉconomie et financeRésilient sous contrainte↗La croissance est revenue et la signature s'est redressée ; le compte extérieur, lui, se creuse.+
IIIndustrie et technologieRésilient sous contrainte↗Le pays assemble pour le monde, avec des décisions qui se prennent ailleurs.+
IIIDémographie et capital humainSous tension structurelle↘Une jeunesse mieux formée que jamais, et un marché du travail qui ne l'emploie pas.+
IVDiplomatie, influence et informationRésilient sous contrainte↗Rabat a obtenu sur le Sahara ce que cinquante ans de contentieux lui refusaient.+
VÉnergie et ressourcesSous tension structurelle→Une année pluvieuse ne referme pas une trajectoire de rareté, et l'énergie reste importée à près de 90 %.+
VIDéfense et sécuritéRésilient sous contrainte↗Premier destinataire africain de livraisons d'armes majeures sur 2021-2025, avec un budget quatre fois inférieur à celui de son voisin.+
VIIInnovation et savoirRésilient sous contrainte↗Le pays monte dans les classements d'innovation sans université dans ceux des universités.+
VIIIGouvernance et institutionsSous tension structurelle↘Des institutions stables, une corruption qui ne recule pas, et une rue qui s'est fait entendre.+
IXAutonomie stratégiqueRésilient sous contrainte→Une marge de manœuvre réelle, payée par une exposition à un seul marché.+
Comprendre l'échelle de robustesse, du plus solide au plus fragile+
- Solidement ancré4,0 à 5,0 · Capacités prouvées sur la durée. Le pays absorbe les chocs sans risque de basculement.
- Résilient sous contrainte3,0 à 3,9 · Forces et faiblesses en tension, mais le système tient par ses propres moyens.
- Sous tension structurelle2,5 à 2,9 · Le pilier tient grâce à une béquille : une rente, un partenaire, un corridor. Il cède si elle cède.
- Fragile et dépendant1,5 à 2,4 · Vulnérabilité profonde. La fonction est assurée, mais sans maîtrise réelle des moyens.
- Défaillance critique1,0 à 1,4 · Risque d'effondrement de la fonction. Autorité ou capacité contestée sur l'essentiel.
L'échelle mesure la capacité à encaisser un choc, pas la richesse ni le potentiel. Le niveau de chaque pilier découle mécaniquement de son évaluation sur cinq points, selon les bornes ci-dessus.
Trois appuis, trois fractures
Le pays qui a fait de la voiture son premier métier
L'automobile est devenue le premier poste d'exportation devant les phosphates, portée par Renault à Tanger et Stellantis à Kénitra. Le Royaume a exporté 454,443 véhicules en 2025, soit 52,3 % du total africain, devant les 414,271 de l'Afrique du Sud.
En valeur, l'avance se réduit à moins de deux points, et elle tient entièrement au câblage : sur les véhicules finis, Pretoria exporte près du double.
C'est un succès de sous-traitant : forte part de composants importés, valeur ajoutée locale bien inférieure au montant brut exporté, et des décisions d'investissement qui se prennent ailleurs. Une filière aéronautique complète cette base, avec les mêmes réserves.
Une filière batterie qui s'installe, sans être la sienne
La Banque africaine de développement a approuvé le 24 juillet 2026 un prêt de cent millions d'euros à Gotion Power Morocco, plus cent quarante et un millions à mobiliser, pour la première usine intégrée de batteries du continent : dix gigawattheures en première phase, extension prévue jusqu'à cent, plus de six cents emplois directs.
S'y ajoutent la coentreprise COBCO à Jorf Lasfar, deux milliards de dollars, et trois usines de matériaux près de Tanger.
Le commerce avec Pékin est passé de plus de neuf milliards de dollars en 2024 à près de onze en 2025.
Le maître d'ouvrage est coté à Shenzhen, le financement est multilatéral africain, le sol est marocain, le débouché est européen : ce n'est pas le Royaume qui capte la valeur, c'est la Chine qui rapproche une étape de sa chaîne du marché qu'elle vise.
Bruxelles y voit un contournement possible de ses droits sur les véhicules chinois.
Une ressource irremplaçable, testée par la crise d'Ormuz
Le Maroc détient environ 70 % des réserves mondiales identifiées de phosphate selon l'Institut d'études géologiques des États-Unis ; cet agrégat inclut les gisements du Sahara occidental, territoire non autonome au sens de l'ONU, et ne se décompose pas publiquement.
Pendant la quasi-fermeture du détroit d'Ormuz, sa double façade atlantique et méditerranéenne lui a évité les routes exposées. Mais il a dû réduire temporairement sa production d'environ 30 % : la crise a révélé sa propre dépendance au soufre et à l'ammoniac du Golfe.
Une diaspora qui tient la balance des paiements
Les transferts des Marocains résidant à l'étranger ont atteint 122 milliards de dirhams en 2025, soit 7,1 % du produit intérieur brut : l'une des trois grandes sources de devises du Royaume, aux côtés du tourisme et des phosphates.
Cette manne, portée par une communauté de cinq à six millions de personnes concentrée en France, en Espagne et en Belgique, stabilise la balance des paiements. L'État n'en maîtrise ni le volume ni l'affectation, et elle reste peu orientée vers l'investissement productif.
Une jeunesse qui descend dans la rue faute de perspectives
Le chômage des 15-24 ans atteignait 37,2 % en 2025, contre 13 % au niveau national, et le taux d'activité des femmes plafonne à 19 % contre 68,5 % pour les hommes.
Le Haut-Commissariat au Plan a changé d'instrument en 2026 et mesure désormais 27,2 % chez les jeunes : la rupture de série empêche d'interpréter l'écart comme une amélioration réelle du marché du travail.
Depuis le 27 septembre 2025, le mouvement GenZ212, né sur Discord sans chef ni parti, réclame des hôpitaux et des écoles plutôt que des stades. Environ deux mille arrestations et de lourdes peines ont durci la contestation sans l'éteindre ; le budget 2026 a porté santé et éducation en hausse de 18 %.
Une énergie importée à près de 90 %, et une eau qui reste comptée
La capacité électrique renouvelable atteint 46,1 % fin 2025, mais la part dans la production réellement livrée n'est que d'environ 27 %. Le Royaume importe toujours près de 90 % de son énergie primaire.
Le pays est sorti de sept années de sécheresse en janvier 2026 et ses barrages sont remontés à 67 %. Mais la disponibilité en eau par habitant reste sous 600 m³ par an, et le dessalement se déploie moins vite que la rareté ne progresse.
Des inégalités qui repartent, et une corruption qui ne recule pas
L'indice de Gini est remonté à 40,5 en 2022, effaçant vingt ans de progrès, et l'indice de développement humain ajusté aux inégalités perd 27 % de sa valeur, l'un des reculs les plus marqués au monde.
L'indice de perception de la corruption stagne à 39 points sur 100 depuis plus de dix ans, et la réforme du code de la famille, annoncée depuis 2022, n'a pas été votée avant la fin de la législature.
Qui tient le pays, du dedans et du dehors
À l'intérieur
La Constitution de 2011 fait du roi Mohammed VI le chef de l'État, Commandeur des croyants et arbitre suprême : il préside le Conseil des ministres, fixe les grandes orientations et nomme le chef du gouvernement issu du parti arrivé en tête. Les grands chantiers, protection sociale, Sahara, défense, partent du Palais.
Aziz Akhannouch dirige le gouvernement depuis 2021, à la tête d'une coalition qui détient 270 des 395 sièges. Il a quitté la présidence de son parti en février 2026 et ne se représente pas. Les législatives sont prévues pour le 23 septembre 2026, avec 15,8 millions d'inscrits dont 4 % seulement ont entre 18 et 24 ans.
À l'extérieur
Rabat n'a pas de bailleur unique, mais reste très exposé à l'Union européenne, qui absorbe les deux tiers de ses exportations, et à un trio, France, Espagne, Chine, qui structure l'essentiel de ses échanges.
La reconnaissance de son plan d'autonomie par plusieurs grandes puissances a renforcé son autonomie diplomatique sans réduire cette dépendance économique.
L'été 2026 a montré la fragilité du lien le plus quotidien. Les 30 et 31 juillet, environ 72,000 personnes ont franchi la frontière de Ceuta depuis Fnideq, pour une enclave de moins de 2,000 hectares et 84,000 habitants.
Près de 70,000 étaient reparties au Maroc en quarante-huit heures, non par l'agence européenne des frontières mais par un accord de réadmission bilatéral de 1992 auquel l'Union n'est pas partie.
Les bilans humains ne sont recoupés par personne et divergent d'un facteur treize : onze morts selon le ministère marocain de l'Intérieur, soixante-douze puis soixante-dix-sept selon Madrid, cent quarante et un selon l'Association marocaine des droits humains, qui réclame une enquête indépendante. C'est l'écart lui-même qui constitue le fait.
La séquence ne s'arrête pas là. Le 15 août, un nouvel appel au franchissement échoue devant un déploiement marocain qualifié d'inédit.
Le 3 septembre, le chef du gouvernement espagnol se voit opposer au Parlement la formule « impossible sans l'aval de Rabat », tandis que le directeur de sa police dément le même jour l'existence du rapport qui décrivait des policiers marocains passifs voire facilitateurs.
Le 9 septembre, Madrid déclassifie un avertissement qu'elle avait adressé au Maroc ; le 11, Rabat déclare qu'aucun fait n'établit son implication.
Vingt et un gouvernements au moins ont demandé la suspension de l'Espagne de l'espace Schengen. La démarche est sans objet en droit : aucun mécanisme ne permet de suspendre un État membre, et Ceuta est de toute façon hors de cet espace.
| Levier | Acteur | Emprise | Ce qu'il contrôle |
|---|---|---|---|
| Débouché des exportations | Union européenne | ●●●● | Les deux tiers des ventes marocaines à l'étranger, avec des accords agricoles et de pêche contestés en justice sur leur périmètre saharien et un mécanisme carbone aux frontières qui renchérira l'accès. |
| Frontière et voisinage | Espagne | ●●●● | Premier fournisseur, deuxième client, et une gestion migratoire partagée que la crise de Ceuta a rompue en quarante-huit heures. |
| Capital et diaspora | France | ●●●● | Premier investisseur étranger historique, plus de neuf cent cinquante entreprises implantées, première destination de la diaspora, et reconnaissance du plan d'autonomie en 2024. |
| Armement et couverture | États-Unis | ●●● | Soixante pour cent des livraisons d'armes majeures sur 2021-2025, une feuille de route de défense couvrant 2026-2036, et la reconnaissance de la souveraineté marocaine sur le Sahara dès 2020. |
| Biens manufacturés | Chine | ●●● | Deuxième fournisseur avec 11,9 % des importations, en forte progression, et des investissements croissants dans les batteries et le véhicule électrique. |
| Technologies de défense | Israël | ●● | Deuxième fournisseur d'armes avec 24 % des livraisons, système de défense aérienne Barak MX actif depuis janvier 2026, mais une normalisation dont le soutien public est tombé de 31 % à 7 %. |
| Intrants de l'OCP | Golfe | ●● | Environ la moitié du soufre nécessaire à la fabrication des engrais : quand Ormuz s'est fermé, c'est ce maillon qui a plié le premier. |
Ce que la géographie impose
Ce qui changerait la donne
La mission onusienne au Sahara est transformée en octobre 2026
Le mandat expire le 31 octobre et la revue stratégique demandée par la résolution 2797 arrive à échéance. Une mission recentrée sur l'accompagnement politique entérinerait le cadre marocain ; un statu quo laisserait le dossier ouvert.
Une deuxième agence ramène le Royaume en catégorie investissement
Moody's a relevé sa perspective à positive en mars 2026. Un relèvement de note abaisserait le coût de la dette extérieure et élargirait la base d'investisseurs accessible au Trésor.
Le scrutin du 23 septembre mobilise, ou ne mobilise pas
Quatre pour cent seulement des inscrits ont entre 18 et 24 ans, un an après un mouvement de jeunesse qui a réclamé des services publics. Une participation en recul dirait que la contestation a quitté les urnes.
Le baril reste durablement au-dessus de 100 dollars
Le Brent a franchi ce seuil le 9 septembre 2026. Avec près de 90 % de l'énergie importée et une facture de 108 milliards de dirhams, un choc prolongé effacerait la cible de déficit de 3 % du produit intérieur brut.
Le dessalement atteint réellement 1,7 milliard de mètres cubes
Dix-sept stations produisent aujourd'hui environ 350 millions de mètres cubes par an ; la plus grande d'Afrique, à Casablanca, doit entrer en service début 2027. L'objectif de 2030 se joue sur ce rythme de livraison.
Le code de la famille est enfin soumis au Parlement
Annoncée depuis 2022, la révision de la Moudawana n'a jamais été déposée et a été renvoyée à la prochaine législature. Son adoption, ou son nouveau report, dira ce que la réforme sociale pèse face au consensus religieux.
À cinq ans · 2026-2031
La montée en gamme finit par embaucher
La croissance se maintient au-dessus de 4 %, une deuxième agence ramène le Royaume en catégorie investissement, le dessalement tient son calendrier et les investissements du Mondial 2030 irriguent les régions restées à l'écart.
Ce chemin suppose que l'école se raccorde au marché du travail et que le taux d'activité des femmes cesse de plafonner à 19 %. C'est le chantier le plus long, et le seul qui referme la faille décisive.
L'ascension continue sans se partager
L'industrie et la diplomatie poursuivent leur progression, le déficit commercial reste élevé, et le chômage des jeunes recule plus lentement que la croissance ne monte.
Le pays gagne en stature internationale et conserve une tension sociale de fond, périodiquement rappelée par des mobilisations. C'est la trajectoire qui se réalise si personne ne décide rien.
Le choc énergétique rencontre la rue
Un baril durablement au-dessus de 100 dollars creuse la facture importée, efface la cible de déficit et contraint à des arbitrages budgétaires sur la protection sociale.
Une reprise de la mobilisation sociale, sur fond de scrutin peu mobilisateur et d'une année hydrologique à nouveau sèche, transformerait une contestation des services publics en crise de légitimité.
Le seul des six pays nord-africains calibrés dont six piliers atteignent le seuil de résilience
Le niveau atteint est celui de la résilience sous contrainte, pas celui de l’ancrage solide, et l’écart entre les deux ne se comble pas avec de la croissance. La grille mesure ce qu’un choc trouverait en arrivant. Ce qu’il trouverait ici, ce sont les deux piliers qui reculent, pas les cinq qui montent : le capital humain et les institutions, c’est-à-dire les gens et les règles.
Le diagnostic est falsifiable. Le premier fait qui commencerait à valider la trajectoire ne serait ni une notation relevée d’un cran ni un contrat industriel de plus : ce serait un taux d’activité des femmes en hausse sur plusieurs relevés homogènes de la nouvelle enquête.
C’est la seule série qui puisse trancher, et le changement d’instrument la rend illisible tant qu’elle n’aura pas assez de points.
Le Maroc a converti sa diplomatie en reconnaissance ; il lui reste à convertir sa croissance en emplois.
Méthodologie et sources
La note globale est la somme pondérée de neuf piliers évalués chacun sur cinq points : économie et finance, industrie et technologie, démographie et capital humain, diplomatie et influence, énergie et ressources, défense et sécurité, innovation et savoir, gouvernance et institutions, autonomie stratégique.
Quatre piliers pèsent 13,5 % chacun, quatre pèsent 9 %, l'autonomie stratégique 10 %. La somme donne ici 3,319, arrondie à 3,3 ; c'est la note affichée qui détermine le niveau qualitatif.
L'échelle mesure la capacité à absorber un choc et à préserver une liberté d'action, non la richesse du sous-sol ni la performance de croissance.
Un pilier bien noté n'est pas un pilier riche : c'est un pilier qui tient sans béquille.
Données arrêtées au 13 septembre 2026, révisé le 15 septembre 2026.
Révision éditoriale du 15 septembre 2026 : liens de sources corrigés, et mise en page reprise pour la lecture sur téléphone. La fenêtre d'observation n'est pas étendue et aucune note ne bouge.
Les points d'attention assumés : la ventilation par pays du commerce extérieur 2025 n'est pas publiée, seules les données 2024 de l'Office des changes sont officielles ; les bilans humains de la crise de Ceuta divergent d'un facteur treize selon les sources, de onze à cent quarante et un, et aucun n'est recoupé.
Par ailleurs, le chômage de 2025 et celui de 2026 relèvent de deux enquêtes différentes du Haut-Commissariat au Plan et ne se comparent pas ; et le chiffre de 70 % des réserves mondiales de phosphate agrège les gisements du Maroc et ceux du Sahara occidental, dont le statut n'est pas tranché.
Le Maroc a franchi plusieurs seuils significatifs en quelques mois, sans que le tableau soit aussi net qu’il y paraît. Le Conseil de sécurité de l’ONU a, fin octobre 2025, présenté le plan d’autonomie marocain comme base « la plus sérieuse, réaliste et crédible » pour le Sahara occidental, cinquante ans après la Marche verte, sans clore le différend avec le Front Polisario et l’Algérie. S&P Global Ratings a relevé, en septembre 2025, la note souveraine en catégorie investissement (BBB-), un statut perdu en 2021 : Moody’s (Ba1) et Fitch (BB+) restent en catégorie spéculative ; Moody’s a relevé sa perspective à positive en mars 2026, Fitch la maintient stable.
Ces succès et les difficultés sociales qui les accompagnent procèdent souvent des mêmes mécanismes. L’automobile et les phosphates financent l’État mais restent des activités capitalistiques concentrées sur l’axe Tanger-Kénitra-Jorf Lasfar : l’économie informelle absorbe encore 60 à 80 % des actifs occupés pour moins d’un tiers du PIB. Les investissements dans les provinces du Sud mobilisent des ressources que la santé et l’éducation ne reçoivent pas au même rythme. Le chômage des 15-24 ans, à 37 %, tient moins d’un manque de croissance que d’une croissance qui n’embauche pas à son rythme, et d’une école dont l’adéquation avec les métiers disponibles reste à démontrer. Depuis le 27 septembre 2025, le mouvement GenZ212 réclame des services publics à la hauteur de ces succès affichés.
Le Maroc pèse sur la scène internationale : Sahara, premier exportateur africain de véhicules en volume, retour en catégorie investissement chez une agence sur trois, OCP qui a encaissé sans rupture, mais pas sans coût, le choc du détroit d’Ormuz. Convertir ces acquis en emplois qualifiés, en écoles arrimées au marché du travail et en accès à l’eau pour tous obéit à une autre mécanique, budgétaire et territoriale. Sa croissance reste d’ailleurs suspendue à une ressource qu’aucune avancée diplomatique ne remplace : l’eau. Le pays est officiellement sorti, en janvier 2026, de sept années consécutives de sécheresse, et ses barrages sont remontés à 67 % début septembre contre 34 % un an plus tôt ; mais une année pluvieuse ne change pas la trajectoire de fond, la disponibilité par habitant restant sous 600 m³ par an et le dessalement se déployant moins vite que la rareté ne progresse. Les élections de septembre 2026 seront un premier test de la capacité du système à répondre à ce chantier resté en retrait.
Les 30 et 31 juillet 2026, environ 72,000 personnes franchissent la frontière de Ceuta, pour une enclave de moins de 2,000 hectares et 84,000 habitants. Le chiffre est celui des autorités espagnoles et il est le plus souvent repris, mais les estimations publiées s’échelonnent de 40,000 à près de 80,000 et l’écart n’est pas tranché ; près de 70,000 sont reparties en quarante-huit heures par l’accord de réadmission bilatéral de 1992. Le déclencheur est judiciaire : l’arrêt du Tribunal suprême espagnol du 8 juillet 2026 écartant la procédure de rejet en frontière pour les personnes interceptées en mer, déformé entre le 22 et le 28 juillet en annonce d’ouverture sur les réseaux. Le 1er août, une ligne de bouées et un filet de contention recréent l’obstacle physique dont l’absence fondait la protection juridictionnelle. Les bilans divergent d’un facteur treize et aucun n’est recoupé : onze morts selon le ministère marocain de l’Intérieur, 72 selon l’Espagne, 141 selon l’Association marocaine des droits humains, le renseignement espagnol déclassifié parlant de plus de cent. Les procureurs espagnols ont par ailleurs enregistré 23 cas d’agression sexuelle à Ceuta depuis les franchissements, dont neuf impliquant des enfants.
Vingt et un ou vingt-deux gouvernements européens, selon les sources, ont signé la demande italienne de suspendre l’Espagne de l’espace Schengen, la Finlande et le Danemark en tête ; trois États ont rétabli des contrôles. La démarche est sans objet en droit : aucun mécanisme ne permet de suspendre un État membre, et Ceuta est hors de l’espace Schengen.
La séquence ne s’arrête pas au 1er août. Le 15 août, un nouvel appel au franchissement échoue devant un déploiement marocain qualifié d’inédit. Entre 2,000 et 10,000 personnes sont restées dans l’enclave selon les estimations, dont 1,000 à 1,500 mineurs non expulsables. Le 3 septembre, le chef du gouvernement espagnol se voit opposer au Parlement la formule « impossible sans l’aval de Rabat », tandis que le directeur de la police espagnole dément le même jour l’existence du rapport qui décrivait des policiers marocains passifs voire facilitateurs. Le 9 septembre, Madrid déclassifie un avertissement qu’elle avait adressé au Maroc sur des projets de traversée ; le 11, Rabat déclare qu’aucun fait n’établit son implication. Les deux versions officielles espagnoles du 3 septembre sont portées ici sans arbitrage.
Rabat revendique un rôle de hub souverain entre l’Europe, l’Afrique et l’Atlantique : avancée à l’ONU sur le Sahara, coorganisation de la Coupe du monde 2030, Initiative atlantique pour désenclaver les États du Sahel. Mais cette ambition mondiale s’appuie sur une base économique et financière concentrée sur un tout petit nombre de partenaires, France, Espagne et Chine en tête, et sur un contentieux non résolu avec l’Algérie voisine, dont la frontière terrestre reste fermée depuis 1994.
Cette tension traverse aussi le rapport au territoire national lui-même : le Royaume affirme sa capacité à faire prévaloir sa solution sur la scène internationale, tandis qu’à l’intérieur, une partie de sa jeunesse conteste sa capacité à assurer les services publics de base. Le Maroc parle grand sur la scène mondiale ; il doit encore prouver, chez lui, qu’il peut tenir la même promesse.
| Pays | Produits | Ordre |
|---|---|---|
| Espagne | Automobile, agroalimentaire, textile | ~11 Mds $ (21,5 %) |
| France | Automobile, aéronautique, agroalimentaire | ~9 Mds $ (19,0 %) |
| Allemagne | Automobile, câblage électrique | ~3 Mds $ (5,3 %) |
| Inde | Engrais phosphatés, produits chimiques | ~3 Mds $ (5,1 %) |
| Royaume-Uni | Automobile, agroalimentaire | ~2 Mds $ (4,2 %) |
| Pays | Produits | Ordre |
|---|---|---|
| Espagne | Hydrocarbures, machines, véhicules | ~13 Mds $ (15,6 %) |
| Chine | Électronique, machines, textile | ~10 Mds $ (11,8 %) |
| France | Céréales, machines, aéronautique | ~8 Mds $ (9,4 %) |
| États-Unis | Céréales, aéronefs, énergie | ~8 Mds $ (9,5 %) |
| Turquie | Textile, électroménager, matériaux | ~3 Mds $ (4,1 %) |
I · Économie et finance
II · Industrie et technologie
III · Démographie et capital humain
IV · Diplomatie, influence et information
V · Énergie et ressources
VI · Défense et sécurité
VII · Innovation et savoir
VIII · Gouvernance et institutions
IX · Autonomie stratégique
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