Angola
Le pays a réparé sa caisse. Il n'a pas commencé à réparer son économie.
Trente-six millions six cent mille habitants recensés, et le chiffre lui-même est une nouvelle : les résultats définitifs du recensement, publiés en novembre 2025, corrigent à la baisse les anciennes projections onusiennes. Un pays peut découvrir qu'il est plus petit qu'on ne le croyait.
Sur la côte, à Lobito, des wagons bleus embarquent le cuivre et le cobalt venus de République démocratique du Congo et de Zambie. Washington, Bruxelles et Pékin se disputent ce corridor comme on se dispute un verrou. L'Angola ne l'a pas cherché : la rivalité mondiale pour les minerais critiques le lui a apporté.
En janvier 2024, il a quitté l'OPEP pour refuser un quota jugé trop bas. Dix mois plus tard, il abaissait ses redevances pétrolières pour retenir les majors sur des champs qui vieillissent. Le même État refuse une contrainte et en concède une autre, à dix mois d'intervalle.
En juillet 2025, la suppression d'une partie des subventions au carburant a déclenché à Luanda les émeutes les plus meurtrières depuis des décennies : vingt-deux morts selon la police. João Lourenço a déclaré qu'il ne briguerait pas un troisième mandat en 2027, et son parti gouverne sans interruption depuis 1975.
Réserves reconstituées, dette en baisse, marchés obligataires rouverts, inflation divisée par deux : quatre indicateurs se sont redressés en cinq ans. Aucun ne mesure ce que le pays fabrique.
Ce qui progresse depuis 2020 relève de la décision : refinancer une dette, refuser un quota, présider l'Union africaine. Ce qui ne bouge pas relève du chantier. Les deux piliers les plus bas de la fiche sont stables, et leur stabilité est une immobilité.
Les hydrocarbures font l'essentiel des ventes à l'étranger, et l'essentiel du pétrole sort de Cabinda, enclave séparée du reste du territoire par une bande de République démocratique du Congo, où le FLEC a proclamé depuis Bruxelles, le 2 février 2026, une « République de Cabinda », sans changement de contrôle territorial.
Ce que la carte impose
Ce qui décrit le modèle
Ce qui entre, ce qui sort, et par où
Trois rails qui ne se rejoignent pas
Qui achète, qui fournit
| Rang | Pays | Ce qu'il achète | Part des exportations |
|---|---|---|---|
| 1 | Chine | Pétrole brut, gaz naturel liquéfié | 45,5 % |
| 2 | Inde | Pétrole brut | 11,7 % |
| 3 | Espagne | Pétrole brut, pour les raffineries Repsol | 5,5 % |
| 4 | Indonésie | Pétrole brut | 3,8 % |
| 5 | France | Pétrole brut, gaz naturel | 3,7 % |
| Rang | Pays | Ce qu'il vend | Part des importations |
|---|---|---|---|
| 1 | Chine | Machines, électronique, véhicules | 15,1 % |
| 2 | Portugal | Produits alimentaires, machines | 9,5 % |
| 3 | Corée du Sud | Machines industrielles, équipements pétroliers | 9,2 % |
| 4 | Pays-Bas | Produits chimiques, machines, agroalimentaire | 6,8 % |
| 5 | Inde | Produits raffinés, pharmacie | 6,1 % |
Quatre inflexions récentes
Où le pays tient, où il cède
Les neuf piliers en un coup d’œil · niveau et tendance depuis 2020+
IÉconomie et financeSous tension structurelle↗Tous les ratios se sont redressés. Aucun ne mesure ce que le pays produit.+
IIIndustrie et technologieFragile et dépendant→Quatrième producteur mondial de diamants, et presque aucune usine.+
IIIDémographie et capital humainFragile et dépendant↘Une jeunesse qui grandit plus vite que les emplois qu'on lui promet.+
IVDiplomatie, influence et informationRésilient sous contrainte↗Une voix de rang continental, portée par une économie qui ne l'est pas.+
VÉnergie et ressourcesSous tension structurelle↗Un pays pétrolier qui achète son carburant et n'éclaire pas ses campagnes.+
VIDéfense et sécuritéRésilient sous contrainte→Le contrôle du terrain n'a pas bougé ; le FLEC a proclamé l'indépendance de Cabinda depuis l'exil en février 2026.+
VIIInnovation et savoirDéfaillance critique→Avant-dernier au classement mondial, et c'est sa note la plus basse.+
VIIIGouvernance et institutionsSous tension structurelle↗Le score de corruption monte depuis dix ans, et il part de très bas.+
IXAutonomie stratégiqueFragile et dépendant↗Un État qui refuse un quota, et qui concède une redevance dix mois plus tard.+
Comprendre l'échelle de robustesse, du plus solide au plus fragile+
- Solidement ancré4,0 à 5,0 · Capacités prouvées sur la durée. Le pays absorbe les chocs sans risque de basculement.
- Résilient sous contrainte3,0 à 3,9 · Forces et faiblesses en tension, mais le système tient par ses propres moyens.
- Sous tension structurelle2,5 à 2,9 · Le pilier tient grâce à une béquille : une rente, un partenaire, un corridor. Il cède si elle cède.
- Fragile et dépendant1,5 à 2,4 · Vulnérabilité profonde. La fonction est assurée, mais sans maîtrise réelle des moyens.
- Défaillance critique1,0 à 1,4 · Risque d'effondrement de la fonction. Autorité ou capacité contestée sur l'essentiel.
L'échelle mesure la capacité à encaisser un choc, pas la richesse ni le potentiel. Le niveau de chaque pilier découle mécaniquement de son évaluation sur cinq points, selon les bornes ci-dessus.
Trois appuis, trois fractures
Un rail qui rapporte sans qu'il faille rien extraire
Réhabilité par la Chine, repris par un consortium européen, le corridor de Lobito relie le cuivre et le cobalt de République démocratique du Congo et de Zambie à l'Atlantique en quarante à cinquante heures, contre quarante-cinq jours par la route.
La clôture financière de la réhabilitation ferroviaire, actée fin 2025, vaut 753 millions de dollars. C'est, avec l'impôt non pétrolier, l'une des deux seules recettes du dossier qui ne se creusent pas dans le sol angolais, et la seule qui vienne de ce que les voisins extraient.
Les caisses tiennent mieux qu'il y a trois ans
Après la crise de change de 2023, les réserves ont été reconstituées à 7,8 mois de couverture des importations, la dette publique a reculé, et un eurobond émis en octobre 2025 a rouvert les marchés obligataires internationaux.
Les recettes non pétrolières ont presque doublé en part du produit intérieur depuis 2023. C'est peu en valeur absolue, et c'est le seul poste du budget qui ne dépende pas du cours du baril.
Une voix continentale, et une position que personne ne déplace
João Lourenço a présidé l'Union africaine de février 2025 à février 2026, après plusieurs présidences tournantes de deux organisations régionales. Peu de chefs d'État africains cumulent autant de fauteuils sur une même période.
Derrière la diplomatie, la géographie : appartenance pleine aux deux blocs d'Afrique australe et centrale, plus de 1,600 kilomètres de façade atlantique, trois ports en eau profonde. Ni le baril ni le calendrier politique ne peuvent retirer cela.
Vendre du brut, acheter tout le reste
L'industrie hors hydrocarbures ne dépasse pas 7,5 % de la richesse nationale, loin de l'objectif de 10 % fixé pour 2027. Chaque baril qui monte masque ce vide ; chaque baril qui chute le révèle.
Le pays occupe l'avant-dernier rang du classement mondial de l'innovation 2025, devant le seul Niger. Ses universités y ont pourtant fait la plus forte progression du continent : le socle bouge, le sommet non.
L'État emprunte désormais pour financer son pétrole
En juin 2026, Sonangol a levé 2,65 milliards de dollars auprès d'un consortium bancaire. Les deux analyses disponibles y voient de la trésorerie plutôt qu'un financement d'expansion, et un report de sept ans des réformes de structure ; les conditions du prêt n'ont pas été publiées.
Derrière la compagnie, c'est la production nationale qui recule : 1,91 million de barils par jour au pic de 2008, 1,028 million en décembre 2025.
Le service de la dette doit absorber près d'un tiers des recettes de l'État en 2026 selon Coface, et la dette extérieure reste libellée à 80 % en devises étrangères : chaque glissement du kwanza l'alourdit sans qu'aucune décision angolaise en soit la cause.
La province qui paie l'État est celle où la sécession se revendique
Cabinda, séparée du territoire par une bande de République démocratique du Congo, produit environ 60 % du pétrole angolais, une part reprise du dépôt qu'une ventilation récente par bloc ne vient pas confirmer.
Le 2 février 2026, le Front de libération de l'enclave a proclamé depuis Bruxelles l'indépendance d'une « République de Cabinda ». C'est un mouvement qui proclame ; la province, elle, ne proclame rien.
Rien n'a changé au sol, le mouvement a une capacité opérationnelle limitée, et Luanda est resté silencieux. La proclamation porte le contentieux sur une scène extérieure sans rien y régler ; l'État y répond depuis 1975 par la sécurité plutôt que par la négociation. Cette réponse contient le risque ; elle ne l'éteint pas.
Qui décide, qui contraint
À l'intérieur
À l'extérieur
| Levier | Acteur | Emprise | Ce qu'il contrôle |
|---|---|---|---|
| Débouché et fourniture | Chine | ●●●● | Premier client pour le brut et premier fournisseur de machines : la seule relation du dossier qui se referme sur elle-même. Elle a bâti le chemin de fer de Benguela, en a perdu la concession, et continue d'y faire passer son cuivre congolais. |
| Financement du rail et politique tarifaire | États-Unis | ●●● | Principal financeur de la réhabilitation ferroviaire, et source d'un risque commercial dans le même mouvement : Washington finance le rail et menace le tarif. Son intérêt diplomatique s'étend à l'opposition angolaise. |
| Bailleur et cadre d'investissement | Union européenne | ●●● | Premier bailleur annoncé du corridor, et partie à un accord de facilitation des investissements entré en vigueur en 2024. Les montants annoncés dépassent ce qui est contracté, écart que cette fiche nomme sans le trancher. |
| Appartenance régionale | SADC et CEEAC | ●●● | L'appartenance aux deux blocs donne à Luanda une position de médiateur rare. Elle a un revers mécanique : les crises congolaise et zambienne rejaillissent sur le trafic du corridor, sans qu'aucune décision angolaise n'y change rien. |
| Opération pétrolière | France | ●● | Cinquième client seulement, mais TotalEnergies est présente depuis 1953 et opère environ 40 % de la production nationale via les blocs offshore 17 et 32. C'est la ligne où le rang commercial dit le moins de choses. |
| Capacité militaire spécifique | Turquie | ●● | Les forces armées comptent parmi les opérateurs africains confirmés du drone Bayraktar TB2. L'appareil vole sous cocarde angolaise ; l'entretien, les pièces et les munitions guidées restent une chaîne turque. |
Ce qui changerait réellement le diagnostic
Le brut est raffiné sur place
La seule bascule du lot qui déplace la valeur au lieu de la redistribuer. Le pays exporte son brut et réimporte une large part des carburants qui en sont tirés : il cède la marge de raffinage, puis paie le produit transformé.
Une montée en régime de la raffinerie de Cabinda, ou une seconde unité en service, ferait du carburant un produit fabriqué et non plus acheté.
Le corridor de Lobito atteint sa pleine capacité
L'exploitant vise 240,000 tonnes de cuivre par an. Atteint, ce seuil ferait du rail la première alternative crédible aux routes minières dominées par la Chine, et transformerait une rente de position annoncée en recette constatée.
L'accès à l'électricité rurale franchit un seuil visible
Le test n'est pas le taux national, qui mêle les villes et les campagnes, mais l'écart entre les deux. Le franchir dirait que la rente commence à irriguer le pays au-delà de Luanda, ce que cinquante ans de recettes pétrolières n'ont pas fait.
La succession se règle sans fracture
Un congrès accepté par toutes les factions, puis un scrutin dont personne ne conteste le résultat, montrerait qu'un parti au pouvoir depuis 1975 peut se transmettre. L'inverse se verrait tout aussi vite.
Le baril replonge durablement sous 60 dollars
La bascule négative du lot : un diagnostic qui ne peut basculer que dans un sens n'est pas falsifiable. Un choc prolongé creuserait le déficit, remettrait en cause la baisse de la dette et rouvrirait le risque d'une crise de change comparable à celle de 2023.
Trois chemins à cinq ans
Le rail paie l'école et la ligne électrique
Le corridor atteint sa pleine capacité et dégage des recettes de transit inédites. Plutôt que de les concentrer sur de grands projets urbains, plus visibles politiquement, le gouvernement les oriente vers l'électrification rurale et les filets sociaux qui avaient absorbé le choc de juillet 2025.
L'industrie hors pétrole franchit l'objectif fixé pour 2027, la succession se règle sans fracture, l'inflation repasse à un chiffre. L'arbitrage supposé ici coûte en prestige immédiat, et c'est pourquoi cinquante ans de rente ne l'ont jamais vu aboutir.
La production tient, et l'État en paie le prix
Ni le choc ni la sortie. Le baril ne s'effondre pas et ne remonte pas, et la production se maintient parce que le Trésor renonce à des recettes pour retenir ses opérateurs. Sonangol continue de se refinancer pour fonctionner. Le corridor tourne sous sa capacité annoncée : assez pour rapporter, pas assez pour changer de modèle.
C'est le scénario central, construit à partir des éléments de la fiche : le pays y achète la stabilité de sa production avec la part de rente qui devait financer sa sortie du pétrole.
Le baril cède pendant que la succession s'ouvre
Une rechute durable creuse le déficit, ravive la pression sur le kwanza et rouvre le risque de change. L'ajustement qui suit, nouvelles coupes dans les subventions et service de la dette alourdi, retourne la tension sociale déjà visible en juillet 2025.
Le calendrier fait le reste : une contestation électorale sur fond de disette budgétaire dégénère plus facilement qu'une élection sur fond de croissance. Et le corridor, privé des financements que suppose la confiance, reste sous-utilisé.
Ce qui monte se décide, ce qui stagne se construit
L'Angola arrive cinquième des dix fiches d'Afrique australe de la série, en tête de la bande « Fragile et dépendant », derrière la Zambie, dernière des fiches rangées « Sous tension structurelle », et devant le Lesotho.
Cinq de ses neuf piliers progressent depuis 2020. Le décompte est réel. Ce qu'il désigne l'est aussi, et il flatte moins : ce qui monte ici se décide, ce qui ne bouge pas se construit.
Une dette se refinance, un quota se refuse, une présidence s'occupe. Une usine, un réseau électrique et un laboratoire demandent des années et ne figurent dans aucun communiqué.
La démonstration tient en une phrase. Ce pays exporte du pétrole depuis un demi-siècle, il a présidé l'Union africaine, un rail que trois puissances se disputent traverse son territoire, et il achète le carburant qu'il consomme pendant que moins d'un quart de ses campagnes ont l'électricité.
Aucun de ces faits ne contredit les autres. Ensemble, ils décrivent un État qui encaisse une rente sans l'avoir jamais transformée en économie.
Cinq faits commenceraient à démentir ce diagnostic : un brut raffiné sur place, un corridor à pleine capacité, un saut de l'électrification rurale, une succession réglée sans fracture, ou un baril qui replonge durablement. Aucun point de croissance n'en fait partie.
Tout ce qui monte dans cette fiche se décide dans un bureau : une dette qu'on refinance, un quota qu'on refuse, une présidence qu'on occupe.
Tout ce qui ne bouge pas se construit sur un chantier : une usine, un réseau, une ligne qui va jusqu'au village. L'Angola a appris à gérer sa rente. Il n'a pas encore commencé à s'en passer.
Méthodologie et sources
Ce que le score mesure. Il répond à une seule question : dans quelle mesure le pays peut-il encaisser un choc ? Ni la richesse, ni la croissance, ni la qualité du gouvernement, prises séparément, ne donnent la réponse.
Un pays riche peut avoir un score bas s'il ne tient que par une rente ; un pays moins riche, un score honorable s'il dispose de capacités propres et de dépendances qu'il maîtrise. Une note ne bouge pas sur une impression : il faut un fait daté et vérifiable sur l'un des neuf piliers.
L'échelle, de 1 à 5. De 4,0 à 5,0, solidement ancré : le pays absorbe un choc sans vaciller. De 3,0 à 3,9, résilient sous contrainte. De 2,5 à 2,9, sous tension structurelle : le pays tient par une béquille, et cède si elle cède. De 1,5 à 2,4, fragile et dépendant : la fonction est assurée, mais sans maîtrise des moyens. De 1,0 à 1,4, défaillance critique.
Comment on arrive à 2,4. Chaque pilier reçoit une appréciation documentée, posée directement au dixième sur une échelle de cinq : un jugement argumenté, et non le produit d'une formule. Le calcul ne commence qu'ensuite. On multiplie chaque note par le poids du tableau ci-dessous, et on additionne les neuf résultats : le total brut vaut 2,4270.
C'est le seul chiffre de la fiche que l'on arrondit, au dixième le plus proche, ce qui donne 2,4 sur 5. La bande où le pays est rangé se lit sur ce chiffre arrondi, jamais sur le brut : c'est pourquoi deux fiches aux totaux très proches peuvent tomber de part et d'autre d'un seuil. La règle vaut pour les 54 fiches de la série.
Les neuf piliers, et ce que chacun pèse. Ils ne comptent pas à égalité : quatre d'entre eux portent à eux seuls 54 % de la note. La pondération ne récompense pas le prestige d'un domaine, mais sa capacité à entraîner ou à fragiliser les autres : l'économie, l'industrie, la défense et la gouvernance conditionnent le reste. Elle est la même pour les 54 fiches de la série, ce qui rend les scores comparables entre eux.
| Pilier | Le domaine | Poids dans la note |
|---|---|---|
| I | Économie et finance | 13,5 % |
| II | Industrie et technologie | 13,5 % |
| III | Démographie et capital humain | 9 % |
| IV | Diplomatie, influence et information | 9 % |
| V | Énergie et ressources | 9 % |
| VI | Défense et sécurité | 13,5 % |
| VII | Innovation et savoir | 9 % |
| VIII | Gouvernance et institutions | 13,5 % |
| IX | Autonomie stratégique | 10 % |
Ce que mesure chaque pilier
Posséder du pétrole, une armée nombreuse ou une jeunesse abondante est un potentiel. Les neuf piliers regardent ce que le pays sait en faire, c'est-à-dire la différence entre ce qu'il possède et ce qu'il sait faire de ce qu'il possède.
I · Économie et finance
Ce qui est regardé : la croissance, l'inflation, la dette, les réserves, l'accès au crédit. Pourquoi : un État qui ne peut plus emprunter, payer ses fournisseurs ni honorer ses échéances encaisse mal le premier choc venu.
II · Industrie et technologie
Ce qui est regardé : ce que le pays fabrique, transforme et répare lui-même. Pourquoi : exporter une matière première et importer les machines, c'est laisser la valeur se créer ailleurs. L'industrie transforme une ressource en capacité.
III · Démographie et capital humain
Ce qui est regardé : l'école, la santé, l'accès à l'eau, l'emploi, la structure par âge, le départ des compétences. Pourquoi : une jeunesse nombreuse est une force si elle est formée et employée. Sinon elle devient une pression de plus sur l'État.
IV · Diplomatie, influence et information
Ce qui est regardé : les alliances, les médiations, le poids dans les organisations, l'image du pays et sa capacité à faire circuler une information crédible. Pourquoi : tout ne se règle pas par l'argent ou par les armes. Savoir convaincre, négocier et se faire entendre donne des marges qu'un poids économique ne donne pas.
V · Énergie et ressources
Ce qui est regardé : l'accès à l'électricité, la fiabilité du réseau, la dépendance aux carburants importés, le mix énergétique et la maîtrise des ressources stratégiques. Pourquoi : avoir une ressource et pouvoir s'en servir sont deux choses. Un pays peut produire du pétrole et importer son carburant, avoir des barrages et laisser des provinces sans courant.
VI · Défense et sécurité
Ce qui est regardé : le contrôle réel du territoire, y compris dans le cyberespace, l'état du matériel, la logistique, les dépendances extérieures. Pourquoi : une force qu'on ne peut ni ravitailler ni déployer ne protège pas. On mesure une capacité, pas un inventaire.
VII · Innovation et savoir
Ce qui est regardé : la recherche, les universités, les brevets, la formation, le maintien des talents. Pourquoi : acheter une technologie n'est pas la maîtriser. L'industrie sait produire, l'innovation sait inventer.
VIII · Gouvernance et institutions
Ce qui est regardé : l'efficacité de l'administration, l'état de droit, la corruption, les contre-pouvoirs, la continuité des règles, les inégalités et la cohésion sociale. Pourquoi : des ressources ne deviennent de la robustesse que si un État sait les administrer, si ses décisions survivent à ceux qui les prennent, et si la société qu'il gouverne n'est pas fracturée.
IX · Autonomie stratégique
Ce qui est regardé : d'où viennent les recettes publiques, à qui le pays vend, de qui dépend sa sécurité, combien de mois d'importations ses réserves couvrent, et s'il peut refuser une pression extérieure. Pourquoi : aucun pays n'est indépendant. La question est de savoir si ses dépendances se négocient, ou si elles décident à sa place.
Aucun pilier ne suffit seul, et c'est le principe : une économie solide finance une armée, une industrie réduit les importations, de bonnes institutions transforment une rente passagère en infrastructures. À l'inverse, deux ou trois faiblesses profondes peuvent annuler plusieurs atouts.
La tendance portée par chaque pilier ajoute la seconde information. Elle distingue un pays fragile qui se redresse d'un pays mieux noté qui commence à céder.
Le climat n'est pas un dixième pilier : il agit à travers les autres. Une sécheresse touche d'un coup l'agriculture, l'électricité, les comptes publics et la santé.
SAPERE ne demande donc pas « quel pays est le plus puissant ? », mais : si quelque chose se dérègle demain, qu'est-ce qui continue de fonctionner, qu'est-ce qui cède, et de quoi le pays dépend-il pour tenir ?
Lire aussi : Lesotho : trois mots, aucun verbe
Afrique australe : les fiches Forces & Failles. Afrique du Sud · Angola · Botswana · Eswatini · Lesotho · Malawi · Mozambique · Namibie · Zambie · Zimbabwe · Tout le continent
36,6 millions d’habitants recensés. Les résultats définitifs du recensement général, publiés par l’Institut national de la statistique en novembre 2025, corrigent à la baisse les anciennes projections onusiennes : le pays est plus petit qu’on ne le croyait. Sur la côte atlantique, à Lobito, des wagons bleus embarquent désormais le cuivre et le cobalt venus de République démocratique du Congo et de Zambie. Washington, Bruxelles et Pékin se disputent ce corridor ferroviaire de 1,300 kilomètres comme on se dispute un verrou stratégique. Deuxième producteur pétrolier d’Afrique subsaharienne, sorti de l’OPEP en janvier 2024 pour refuser un quota jugé trop bas, l’Angola a trouvé dans cette rivalité minière une rente géographique qui vient s’ajouter à sa rente pétrolière.
Mais le pays vend du brut et achète presque tout le reste, jusqu’aux produits raffinés tirés de son propre pétrole, faute de capacité de raffinage suffisante. La rente pétrolière finance l’État sans avoir jamais fait naître l’industrie censée un jour la remplacer, un déséquilibre que cette fiche chiffre pilier par pilier. Il se paie aussi en innovation : l’Angola occupe l’avant-dernier rang mondial de l’indice mondial de l’innovation 2025, une position que ni le satellite Angosat-2 ni l’extension de la fibre optique ne suffisent encore à corriger.
À l’horizon 2027, deux échéances convergent, et une troisième vient d’en rappeler l’urgence sociale. João Lourenço a déclaré qu’il ne briguerait pas un troisième mandat, ouvrant une succession disputée au sein du MPLA que ses propres soutiens jugent mal engagée. En face, l’UNITA d’Adalberto Costa Júnior sent le vent tourner après une percée électorale inédite en 2022. En juillet 2025, la suppression d’une partie des subventions au carburant a déclenché à Luanda les pires émeutes depuis des décennies, pour une hausse de prix inférieure à un euro le litre. L’Angola ne s’effondre pas ; il avance entre une rente qui s’épuise lentement et une jeunesse nombreuse qui grandit plus vite que les emplois qu’on lui promet.
Luanda revendique une voix qui dépasse son poids économique : présidence de l’Union africaine en 2025, présidence de la SADC à trois reprises, médiation dans la crise entre la RDC et le Rwanda, sommet Angola-États-Unis organisé sur son propre sol. Mais cette diplomatie de rang continental s’exerce depuis une économie qui ne contrôle ni le cours du pétrole qui finance 60 à 65 % de ses recettes fiscales, ni le calendrier des grandes puissances qui se disputent son corridor ferroviaire.
Le paradoxe se prolonge à l’intérieur. Le pays qui a proposé sa médiation entre Kinshasa et Kigali n’organise plus d’élection présidentielle directe depuis 2010, et son parti au pouvoir depuis l’indépendance aborde 2027 sans candidat officiellement désigné ni certitude sur l’issue du scrutin. L’Angola parle à l’Afrique et au monde avec une assurance que sa propre vie politique intérieure ne partage pas encore tout à fait.
Lire aussi : Lesotho : trois mots, aucun verbe
| Rang | Pays | Produits | Part des exportations |
|---|---|---|---|
| 1 | Chine | Pétrole brut, gaz naturel liquéfié | 45,5 % |
| 2 | Inde | Pétrole brut | 11,7 % |
| 3 | Espagne | Pétrole brut (raffineries Repsol) | 5,5 % |
| 4 | Indonésie | Pétrole brut | 3,8 % |
| 5 | France | Pétrole brut (TotalEnergies), gaz naturel | 3,7 % |
| Rang | Pays | Produits | Part des importations |
|---|---|---|---|
| 1 | Chine | Machines, électronique, véhicules | 15,1 % |
| 2 | Portugal | Produits alimentaires, machines | 9,5 % |
| 3 | Corée du Sud | Machines industrielles, équipements pétroliers | 9,2 % |
| 4 | Pays-Bas | Produits chimiques, machines, agroalimentaire | 6,8 % |
| 5 | Inde | Produits raffinés, pharmacie | 6,1 % |
I · Économie et finance
II · Industrie et technologie
III · Démographie et capital humain
IV · Diplomatie, influence et information
V · Énergie et ressources
VI · Défense et sécurité
VII · Innovation et savoir
VIII · Gouvernance et institutions
IX · Autonomie stratégique
Le pays sur SAPERE · Angola
- Les Forces & les Failles de l’Angola (vous êtes ici)
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