SAPERE · Les Forces et les Failles · Arrêté au 20 juillet 2026 · Tendance depuis 2020
🇹🇩Tchad
21 millions d’habitants. L’armée réputée la plus aguerrie du Sahel. Un baril qui sort par un tuyau camerounais, des recettes promises à fondre de 40 % d’ici 2029. Près d’un million de réfugiés soudanais accueillis. Un foyer sur neuf a l’électricité.
SAPERE 2.2 · Un pivot que tout le monde courtise et que rien ne construit
Fragile, béquilles multiples
1,9/5
11,95
Mur du pétrole 2029 · front Est ouvert · pouvoir verrouillé
→Tendance depuis 2020 : recomposition sans consolidation. Le pays a changé de parrains, restructuré sa dette et verrouillé son pouvoir. Les fondations de la vie quotidienne, électricité, école, santé, n’ont presque pas bougé.
Ce score mesure la capacité à absorber un choc et à préserver sa liberté d’action, non le niveau de vie ni la popularité du gouvernement. À 1,9/5, le Tchad appartient aux États fragiles sous béquilles multiples : son appareil sécuritaire le hisse au-dessus des États en défaillance, mais la rente, la guerre voisine et le verrou politique conditionnent tout le reste.
PIB nominal 2025
~14 Mds $
FMI · environ 130e rang mondial
PIB PPA
~35 Mds $
Environ 130e rang mondial · ~0,02 % du PIB mondial
Exportations · poids mondial
~0,02 %
~4,9 Mds $ en 2024 · pétrole brut (65 %), or (29 %), graines oléagineuses
Importations · poids mondial
~0,01 %
~2,6 Mds $ · or ouvré, équipements, médicaments, véhicules, carburants
En résumé
Le Tchad vit un paradoxe : l’un des États les plus pauvres de la planète, 190e sur 193 à l’IDH, est devenu l’État dont les puissances se disputent l’accès. La France en est partie, les Émirats le financent, la Turquie l’arme, la Russie le module, Washington l’observe. Sa géographie, entre Sahel, Sahara et Afrique centrale, vaut désormais plus cher que son économie.
Les années 2024 à 2026 ont tout accéléré : rupture avec Paris, guerre soudanaise aux portes de l’Est, drones sur la frontière, constitution réécrite et opposition mise sous les verrous. Le pouvoir s’est fermé au moment même où le pays s’ouvrait à de nouveaux parrains.
L’édifice repose sur une rente qui sort par le Cameroun et se vend à Dubaï, sur une armée qui fait l’État, et sur une tolérance internationale qui n’est pas de la bienveillance mais un calcul : le Tchad coûte moins cher à soutenir qu’à laisser s’effondrer. Aucun de ces appuis ne construit l’État du quotidien, et le premier s’effrite déjà à mesure que les champs de Doba déclinent. Depuis 2003, la rente n’a pas construit un État ; elle a financé sa perpétuation.
9 piliers de puissance SAPERE
Niveau \ Tendance depuis 2020
− En baisse
= Stable
+ En hausse
Solidement ancré4,0-5,0
Résilient3,0-3,9
Sous tension2,5-2,9
Diplomatie, influence et information 2,6
Fragile1,5-2,4
Défense et sécurité 2,4Gouvernance et institutions 1,5
Autonomie stratégique 2,2Énergie et ressources 1,7
Économie et finance 2,4
En défaillance1,0-1,4
Démographie et capital humain 1,3
Industrie et technologie 1,4Innovation et savoir 1,2
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Score global : 9 piliers SAPERE 2.2 · somme pondérée = 1,9/5. Aucun atout dominant identifié. Faiblesses prioritaires : Innovation et savoir 1,2 · Démographie et capital humain 1,3 · Industrie et technologie 1,4 · Gouvernance et institutions 1,5 · Énergie et ressources 1,7 · Autonomie stratégique 2,2 · Économie et finance 2,4 · Défense et sécurité 2,4.
Pourquoi ces neuf notes ?
Qui tient le pays ?
Le maréchal Mahamat Idriss Déby Itno, l’armée et le clan. Arrivé au pouvoir en 2021 à la mort de son père, élu en mai 2024 avec 61 % des voix, le président a fait supprimer en octobre 2025 la limitation du nombre de mandats et allonger le mandat présidentiel à sept ans. Le MPS domine une Assemblée élue en décembre 2024 lors d’un scrutin boycotté par une partie de l’opposition. La garde présidentielle et les réseaux familiaux et communautaires du clan Itno, adossés à la communauté zaghawa, verrouillent l’appareil sécuritaire. Les contre-pouvoirs civils, justice, presse, opposition, existent sur le papier et pèsent peu dans les faits : l’ancien Premier ministre Succès Masra purge vingt ans de prison depuis août 2025, et le scrutin de 2024 s’était ouvert sur la mort de l’opposant Yaya Dillo, tué lors de l’assaut du siège de son parti.
Centre de gravité
La présidence et l’état-major, adossés au parti et au clan. Le système décide par commandement, l’Assemblée et le Sénat enregistrent.
Vitesse d’exécution
Rapide sur la sécurité et la diplomatie. Lente sur l’électricité, l’école et la santé, où les plans se succèdent sans transformer le quotidien.
Test politique
Faire accepter le mandat sans limite, gérer le sort de l’opposant emprisonné, contenir les tensions agriculteurs-éleveurs du sud et maintenir la cohésion de l’appareil militaire.
Qui tient le pays de l’extérieur ?
Dépendance forte et recomposée. Le Tchad a rompu la tutelle militaire française sans réduire sa dépendance : il l’a déplacée. La rente sort par le Cameroun, se raffine en partie chez la Chine, se vend à Dubaï ; le budget respire grâce aux Émirats et au FMI ; l’armement vient de Turquie, de Russie et du Golfe.
Échelle de dépendance (● à ●●●●) : intensité globale du lien, combinant le poids commercial, la dépendance technologique, l’exposition financière et le levier politique que l’acteur peut exercer. Plus de points signifie une prise plus forte sur les marges de décision de N’Djamena.
CAMEROUN
●●●●
L’unique artère d’exportation du brut : l’oléoduc Doba-Kribi (1,070 km, opéré par COTCO) et le corridor routier de Douala pour les importations. L’interconnexion électrique promise pour 2027 ajoutera un fil de plus.
Qui tient le tuyau tient la rente : tout blocage du corridor asphyxie l’État tchadien.
ÉMIRATS ARABES UNIS
●●●●
Premier client (l’or, 29 % des exportations, part vers Dubaï), principal bailleur bilatéral : prêt de 1,5 Md $, promesses d’investissements, matériel militaire et instructeurs. Le président Déby était reçu à Abu Dhabi le 30 juin 2026.
Plusieurs rapports décrivent un appui émirati aux FSR soudanaises transitant par l’est du Tchad : l’argent d’Abu Dhabi expose N’Djamena à la guerre voisine.
CHINE
●●●●
La CNPC exploite les champs de Rônier et détient 60 % de l’unique raffinerie du pays (Djermaya), qui alimente aussi N’Djamena en électricité ; nouveaux accords signés à Shanghai en septembre 2025. Premier fournisseur (28 % des importations) et troisième client.
Le carburant et une partie du courant de la capitale dépendent d’un opérateur chinois.
FMI · BANQUE MONDIALE
●●●
Guichet actif : facilité élargie de crédit de 625 M $ approuvée en juillet 2025, doublée d’une facilité résilience ; la Banque mondiale finance l’électrification (460 M $) et co-organisait le Forum africain de l’eau à N’Djamena en juillet 2026.
Les revues semestrielles encadrent le budget : une suspension fermerait un poumon financier.
FRANCE
●●
Rupture militaire (accord dénoncé en novembre 2024, départ complet le 31 janvier 2025), puis recomposition : Déby reçu à l’Élysée le 29 janvier 2026, mission du général Ianni (Commandement pour l’Afrique) à N’Djamena, coopération renseignement-formation en reconstruction, forum d’affaires en avril 2026. Reste la prise monétaire (franc CFA garanti via la BEAC) et le 4e rang de client comme de fournisseur.
Une dépendance devenue discrète mais structurelle : la monnaie ; et un retour militaire négocié, cette fois, en position de force.
TURQUIE
●●
Drones Bayraktar et coopération sécuritaire, 3e fournisseur commercial (~10 % des importations).
Des munitions et une maintenance qui se commandent à Ankara.
RUSSIE
●●
Plus de 90 % du parc militaire est d’origine soviétique ; protocoles militaires et économiques signés en janvier 2024, modernisation des équipements.
Moscou, déjà installé chez les voisins sahéliens, attend son heure ; N’Djamena avance sans lui ouvrir la porte.
La contradiction diplomatique
N’Djamena a congédié l’armée française, puis s’est adossée plus étroitement encore à Abu Dhabi, son premier client, son principal bailleur et son fournisseur d’armes. La souveraineté proclamée face à Paris s’est financée par une dépendance envers le Golfe.
La boucle française dit la même chose autrement : expulsée en janvier 2025, l’armée française est réinvitée un an plus tard, en format réduit et aux conditions de N’Djamena. L’indépendance affichée ressemble à une renégociation de tarif. La contradiction devient brûlante à l’Est : le Tchad dénonce les violations de sa frontière par les drones et les incursions venus du Soudan, tout en abritant, selon plusieurs rapports concordants, le couloir logistique émirati qui soutient précisément les forces qui la violent, des forces dont l’ONU juge désormais les crimes apparentés à un génocide. Les chancelleries régionales en tirent la conséquence : elles rangent N’Djamena aux côtés d’Abu Dhabi dans le camp des FSR, face au Caire et à Riyad.
Commerce, IDE et position française
5 premiers clients (2024)
Pays
Produits
Montant
Poids
Émirats arabes unis
Or brut
~1,4 Md $
~29 %
Allemagne
Pétrole brut
~1,0 Md $
~21 %
Chine
Pétrole brut
~0,8 Md $
~15 %
France
Pétrole brut
~0,7 Md $
~14 %
Pays-Bas
Pétrole brut, oléagineux
~0,5 Md $
~10 %
Données miroir (partenaires déclarants), base d’exportations 2024 d’environ 4,9 Mds $. 🇺🇸 Position États-Unis à l’export · environ 9e client · ~85 M $ · pétrole brut et gomme arabique. Les statistiques officielles créditent le pétrole d’environ 80 % des exportations enregistrées : l’écart avec les données miroir mesure surtout l’or artisanal qui échappe à la comptabilité nationale.
5 premiers fournisseurs (2023)
Pays
Produits
Montant
Poids
Chine
Machines, électronique, textiles
~0,6 Md $
~28 %
Émirats arabes unis
Or ouvré, véhicules, tabac
~0,5 Md $
~23 %
Turquie
Agroalimentaire, matériaux
~0,2 Md $
~10 %
France
Pharmacie, céréales, machines
~0,2 Md $
~9 %
Inde
Médicaments, riz, motos
~0,1 Md $
~5 %
Poids calculés sur des importations 2023 d’environ 2,2 Mds $ (données miroir COMTRADE/OEC). 🇺🇸 Position États-Unis à l’import · hors des cinq premiers fournisseurs · présence surtout via l’aide humanitaire et les équipements.
IDE entrants
~913 M $
Flux 2023 (CNUCED), en hausse de 48,7 % sur un an ; stock cumulé d’environ 9,3 Mds $, soit près de la moitié du PIB, concentré dans le pétrole.
Investisseurs
Chine (pétrole, raffinage), Émirats arabes unis, Nigeria, France, Royaume-Uni et Corée du Sud. La nationalisation des actifs d’ExxonMobil en 2023, qui a bloqué leur vente au britannique Savannah Energy, a refroidi les nouveaux entrants.
France
Zone franc (garantie de convertibilité via la BEAC), pharmacie, agroalimentaire, aide au développement. La rupture est militaire, pas économique : Paris reste 4e client et 4e fournisseur.
Quatre tendances structurelles
Exportations
1,7 → 4,9 Mds $
2020 à 2024 : quasi-triplement, porté par le pétrole et l’envolée de l’or.
Réfugiés et retournés
+1,3 million
Arrivés du Soudan depuis avril 2023 : environ 933,000 réfugiés et 390,000 Tchadiens de retour (HCR, juin 2026).
Dette publique
56 % → ~32 %
Du PIB, 2021 à 2024 : restructuration de 2022 (Cadre commun du G20, Glencore) puis désendettement.
Accès à l’électricité
~11 %
De la population, parmi les taux les plus bas du monde ; objectif officiel de 53 % en 2030.
Ce qui tient · Ce qui freine
Trois béquilles portent l’État : la rente, l’armée, les parrains. Quatre failles empêchent qu’un pays s’élève dessus.
4Forces4Failles
Ce qui tient
Quarante ans de guerres ont forgé un outil militaire réputé le plus aguerri du Sahel, colonne vertébrale de l’État.
Il a absorbé le départ des forces françaises en janvier 2025 sans effondrement sécuritaire, là où les scénarios noirs annonçaient le pire.
Il projette encore : premier contingent de 400 hommes déployé en mai 2026 dans la force onusienne anti-gangs en Haïti (5,500 hommes prévus), engagement continu dans la force mixte du lac Tchad.
Entre Sahel, Sahara, bassin du lac Tchad et Afrique centrale, la géographie tchadienne est devenue une rente diplomatique.
La France, expulsée puis rappelée en format réduit, les Émirats paient, la Turquie arme, la Russie propose, Washington opère sur le lac, Alger signe 27 accords en avril 2026.
N’Djamena monnaye sa position sans s’aligner sur aucun bloc, y compris face à ses voisins de l’Alliance des États du Sahel.
Premier pays au monde à conclure une restructuration sous le Cadre commun du G20 (2022), couvrant 3 Mds $ dont la créance Glencore.
La dette publique est retombée de 56 % du PIB en 2021 à environ 32 % en 2024.
Le programme FMI de 625 M $ signé en juillet 2025 a passé sa première revue avec des résultats jugés satisfaisants.
Frontière ouverte depuis avril 2023 : près de 933,000 réfugiés soudanais accueillis, deuxième pays d’accueil de cette crise au monde.
Cette hospitalité, tenue malgré la pauvreté, vaut au Tchad une considération internationale inédite et des financements humanitaires et climatiques.
N’Djamena accueillait en juillet 2026 le premier Forum africain de l’eau avec la Banque mondiale, chefs d’État à l’appui.
Ce qui freine
Le pétrole (65 %) et l’or (29 %) font 94 % des exportations : le budget de l’État suit les cours mondiaux qu’il ne maîtrise pas.
Tout le brut exporté sort par l’unique oléoduc qui traverse le Cameroun jusqu’à Kribi : un pays enclavé suspendu à une infrastructure qu’il ne contrôle pas.
Les champs vieillissent et la nationalisation des actifs d’ExxonMobil en 2023 a découragé les investissements dont ils ont besoin : la production plafonne autour de 125,000 barils par jour.
Le FMI projette des recettes pétrolières en baisse de 40 % d’ici 2029, pendant que l’investissement public est tombé à 0,5 % du PIB : le mur budgétaire approche sans plan de rechange.
Depuis la chute d’El Fasher en octobre 2025, les FSR contrôlent presque tout le Darfour, à la frontière immédiate ; l’ONU juge leurs crimes apparentés à un génocide.
Un drone a frappé une position tchadienne à Tiné le 26 décembre 2025 ; des incursions ont suivi ; N’Djamena a lancé un « dernier avertissement ».
L’Est vit en insécurité alimentaire critique, saturé de camps sous-financés : plus de 100,000 personnes au seul camp d’Oure-Cassoni, un PAM amputé d’un tiers de son budget, et des traitements anti-choléra destinés au Ouaddaï restés bloqués dans des entrepôts de Dubaï au printemps 2026.
Pendant ce temps, l’appui émirati aux FSR transitant par le Tchad fait du pays une partie au conflit qui refuse de le dire.
La révision constitutionnelle d’octobre 2025 supprime la limite des mandats et porte le mandat présidentiel à sept ans : le fils reproduit en 2025 ce que le père avait fait en 2005.
Succès Masra, principal opposant et ancien Premier ministre, est condamné à vingt ans de prison ; une partie de l’opposition s’est retirée de la vie politique.
La stabilité repose sur un homme, un clan et une armée : exactement la configuration qui a produit la crise de succession de 2021.
Environ 11 % de la population a accès à l’électricité, l’un des taux les plus bas de la planète ; le réseau télécom se dégrade d’année en année selon le régulateur.
L’IDH classe le pays 190e sur 193 ; l’âge médian est de 15,7 ans et près d’un Tchadien sur deux vit dans l’extrême pauvreté.
Sans courant, sans école efficace et sans routes, ni la diversification ni l’industrialisation promises par le plan « Tchad Connexion 2030 » ne trouvent de sol où pousser.
À surveiller · signaux positifs
Risques
Affrontement direct avec les FSR sur le sol tchadien.
Attaques du JAS et de Boko Haram autour du lac Tchad, comme celle qui a tué au moins 24 soldats en mai 2026.
Effondrement du financement humanitaire à l’Est.
Épidémies de choléra dans les camps.
Chute durable des cours du pétrole.
Contestation du mandat sans limite et répression.
Violences agriculteurs-éleveurs dans le sud.
Suspension du programme FMI en cas de dérapage budgétaire.
Signaux positifs
Première revue du programme FMI conclue avec succès.
Décrue de l’inflation après le pic de 2024.
Exportations de bétail en hausse de 61 % en cinq ans.
Gomme arabique : cours mondiaux favorables, filière nationale réelle à structurer pour la distinguer des flux de réexportation soudanais.
Starlink licencié en mars 2025 et lancé, accords CNPC sécurisant la raffinerie.
Autoroute transsaharienne Le Caire-N’Djamena en chantier (1,720 km, 510 M $) : un second débouché terrestre à terme.
Remontée au 93e rang mondial de la liberté de la presse (RSF 2026).
Forum africain de l’eau à N’Djamena : Déclaration adoptée et financements annoncés.
Effets de voisinage
Soudan
La guerre exporte au Tchad ses réfugiés, ses drones et ses trafics ; le Darfour sous contrôle des FSR fait de la frontière de 1,400 km une ligne de front potentielle.
Cameroun
Poumon logistique vital : l’évacuation du brut, le corridor de Douala et la future interconnexion électrique. Le Cameroun est l’interface maritime obligée d’un pays enclavé : toute crise camerounaise devient tchadienne.
Libye
Le triangle Tchad-Niger-Libye échappe aux États : les rébellions tchadiennes (FACT, CCMSR) s’y financent par l’or du Djado et la contrebande, sous l’œil des forces de l’est libyen qui pèsent jusqu’à la frontière. C’est pourtant par là que l’Égypte perce son autoroute vers N’Djamena : le corridor le plus prometteur du pays traverse son voisin le plus ingouvernable.
Bassin du lac Tchad
Nigeria, Niger et Cameroun partagent avec N’Djamena une insurrection qui monte en gamme : le JAS et l’ISWAP emploient désormais des drones kamikazes, et Washington opère directement sur le lac avec Abuja, pendant que la force mixte régionale s’essouffle.
Choc externe actif
Sur le front économique, la crise d’Ormuz de 2026 joue double : un brut cher regonfle la rente à court terme, pendant que le fret renchérit tout ce que le pays importe. Sur le front humanitaire, tout converge contre l’Est : un PAM amputé d’un tiers de son budget, des camps qui accueillent toujours plus avec toujours moins, et des cargaisons vitales, jusqu’aux anti-choléra du Ouaddaï, bloquées dans les entrepôts de Dubaï. Le Tchad encaisse un choc qu’il n’a pas provoqué et vit d’un prix qu’il ne maîtrise pas.
Les dynamiques structurelles
L’armée-État
La force qui protège le régime est celle qui empêche l’État civil d’émerger : les ressources, les carrières et la légitimité passent par l’uniforme. Le pays est défendu mieux qu’il n’est administré, et chaque crise renforce ceux qui la gèrent au détriment de ceux qui construisent.
Le pivot monnayé
Chaque parrain remplacé en crée un nouveau : la France chassée, les Émirats montés, la Turquie entrée, la Russie en embuscade. L’autonomie proclamée ne s’accroît pas, elle se déplace. La vraie question n’est pas de savoir qui est parti, mais qui peut désormais dire non à qui.
La rente et le tuyau
N’Djamena a nationalisé les actifs d’ExxonMobil au nom de la souveraineté pétrolière, mais le brut sort par le territoire du voisin et se raffine chez un opérateur chinois. Djermaya et l’oléoduc forment une économie d’enclave : branchée sur les marchés mondiaux, débranchée du pays. On peut posséder le pétrole sans posséder le chemin du pétrole : la souveraineté s’arrête là où commence le tuyau.
L’hospitalité sous tension
Accueillir un million de personnes donne une stature mondiale et importe la guerre : les camps saturés, les tensions intercommunautaires et les incursions armées arrivent avec les réfugiés. La générosité du Tchad est réelle ; elle est aussi la porte par laquelle le conflit soudanais entre chez lui.
L’or et la gomme qui échappent
La guerre du Soudan s’exporte jusque dans les sodas européens. Pendant que les forêts soudanaises de gomme arabique (70 à 80 % de l’offre mondiale) passent sous contrôle des FSR, les exportations « tchadiennes » de gomme s’envolent ; dans le même temps, près d’un tiers des exportations part en or vers Dubaï, hors du circuit fiscal. Le pays devient un comptoir où l’or informel et la gomme de guerre se muent en exportations légales.
Le verrou dynastique
La révision de 2025 échange une prévisibilité de court terme, un président installé pour longtemps, contre un risque de long terme : la disparition de tout mécanisme pacifique d’alternance. Une mécanique de l’inertie s’installe : perpétuer le statu quo et monnayer la géographie coûte moins, politiquement et financièrement, que bâtir un État de droit et une économie diversifiée. Le système qui a produit la crise de succession de 2021 vient d’être reconduit à l’identique.
Ce qui changerait la donne
Les événements qui, s’ils se produisaient, feraient basculer le diagnostic, dans un sens ou dans l’autre.
Un affrontement direct avec les FSR
Un combat ouvert sur le sol tchadien transformerait le pays d’hôte de la crise soudanaise en belligérant, avec l’Est en première ligne.
Le programme FMI tient deux ans
Des revues passées avec succès jusqu’en 2027 ancreraient la crédibilité budgétaire et débloqueraient les financements du plan Connexion 2030.
L’électricité sort de N’Djamena
Une interconnexion camerounaise livrée et un accès qui décolle au-delà de 20 % changeraient le socle même du développement.
Les cours du pétrole décrochent
Un baril durablement bas assécherait le budget, la paie des soldats et la capacité du régime à acheter la stabilité.
La rue conteste le mandat sans limite
Une mobilisation durable contre le verrou constitutionnel testerait le choix du régime entre ouverture et répression, comme en octobre 2022.
Scénarios à cinq ans · 2026-2031
Un scénario n’est pas une prévision : il mesure l’ampleur des transformations nécessaires pour faire bouger le score.
Scénario favorable
Il suppose un alignement rare. La guerre soudanaise reflue et l’Est se stabilise. Le programme FMI va au bout, la dette reste contenue, le plan Connexion 2030 attire une partie de ses 30 Mds $ visés. L’électrification décolle, le bétail et l’agriculture diversifient la rente, et le pivot diplomatique se convertit en investissements plutôt qu’en dépendances. Score envisageable : 2,3 à 2,5.
Scénario défavorable
Le Tchad est aspiré dans la guerre soudanaise par l’Est pendant que le JAS frappe à l’Ouest. Les cours du brut chutent, les champs déclinent sans investisseurs, le programme FMI déraille. La contestation du verrou dynastique est réprimée, l’aide se tarit, et la crise humanitaire déborde l’État sur deux fronts. Score : 1,4 à 1,6, aux portes de la défaillance.
Méthodologie et légende
Comment lire le score
Le score mesure la capacité à absorber un choc, non la richesse ou la politique du gouvernement du moment. Une variation de 0,1 point exige un changement documenté sur au moins un pilier pondéré.
Échelle
4,0-5,0 : solidement ancré.3,0-3,9 : résilient.2,5-2,9 : sous tension.1,5-2,4 : fragile.1,0-1,4 : en défaillance.
Pondérations et arrondi
P01, P02, P06 et P08 : 13,5 %. P03, P04, P05 et P07 : 9 %. P09 : 10 %. Total : 100 %. Les notes des neuf piliers sont des appréciations qualitatives posées directement au dixième (aucune valeur intermédiaire en centièmes). Le score global est la somme pondérée de ces notes : 1,8715, arrondie au dixième (arrondi arithmétique, 0,05 au dixième supérieur) pour donner 1,9/5. Seul le score global fait l’objet d’un arrondi ; sa valeur non arrondie ne figure que dans la méthodologie.
Pilier IX · Autonomie stratégique, méthode de calcul. P09 = 2,2/5. A fiscal = 2 : les recettes publiques suivent la rente pétrolière. B exportations = 1 : pétrole et or font 94 % des ventes. C sécurité = 3 : appareil militaire national réel, capable de rompre une tutelle, mais dépendant de fournisseurs extérieurs pour drones, munitions et pièces. D réserves et financement = 2 : réserves mutualisées à la BEAC, balance des paiements soutenue par la facilité du FMI. E décisionnel = 3 : capacité de refus documentée (dénonciation de l’accord de défense français, nationalisation des actifs d’ExxonMobil), tempérée par la dépendance financière envers Abu Dhabi et le guichet FMI. Moyenne : (2 + 1 + 3 + 2 + 3) / 5 = 2,2. Trois sous-indicateurs à 2 ou moins : la règle de plafonnement à 2,5 s’applique, sans effet ici puisque la moyenne lui est inférieure.
Tendance depuis 2020
Ce qui tient
Ce qui fragilise
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