SAPERE · Les Forces et les Failles · Arrêté au 18 juillet 2026 · Tendance depuis 2020
🇿🇼 Zimbabwe
17,3 millions d’habitants. Quatrième producteur mondial de lithium. Cent quatre-vingt-huit jours consécutifs sans délestage national programmé à l’été 2026, après des années de rationnement. Une inflation ramenée de 96 % à 13 % en un an. Un pouvoir qui rouvre les portes du monde à son économie, pas à ses opposants.
SAPERE 2.2 · Une monnaie qui se stabilise, un sommet de l’État qui se déchire
Fragile, béquilles multiples
2,4/5
12,45
Stabilisation monétaire · essor minier · crise de succession
↗Tendance depuis 2020 : amélioration prudente. L’inflation et l’électricité se sont redressées depuis le creux de 2020-2024, mais la gouvernance et la cohésion démographique reculent. Le pays répare sa monnaie plus vite qu’il ne répare son État.
Ce score mesure la capacité à absorber un choc et à préserver sa liberté d’action, non le niveau de vie ni la popularité du gouvernement. À 2,4/5, le Zimbabwe se situe au sommet de la zone fragile : au-dessus des États en délitement sécuritaire, en dessous des puissances régionales résilientes comme l’Afrique du Sud (3,0) ou le Botswana.
PIB nominal 2026
~57 Mds $
FMI, 2026 · environ 93e rang mondial
PIB PPA
~127 Mds $
Banque mondiale, 2025 · PIB par habitant nominal ~3,200 $
Le Zimbabwe a réussi en dix-huit mois ce que peu jugeaient possible : ramener une inflation locale de 95,8 % à 13,3 % sans nouvelle explosion monétaire. Le ZiG tient, l’électricité est revenue avec 188 jours sans délestage à l’été 2026, et le pays est devenu le quatrième producteur mondial de lithium, minerai clé de la transition énergétique mondiale.
Mais le point de rupture ne s’est pas déplacé vers l’économie : il reste au sommet de l’État. Le président Emmerson Mnangagwa a promulgué le 7 juillet 2026, sans référendum, une réforme constitutionnelle qui porte les mandats à sept ans et remplace l’élection directe du président par une désignation parlementaire, renforçant la capacité du ZANU-PF à contrôler la succession présidentielle plutôt que le suffrage direct, malgré l’opposition publique du vice-président Constantino Chiwenga depuis avril et une coalition de juristes, d’Églises et d’étudiants qui a saisi la Cour constitutionnelle. La loi américaine ZIDERA continue d’obliger les représentants américains à s’opposer à tout nouveau financement multilatéral non humanitaire tant que ses conditions de gouvernance ne sont pas remplies, et la corruption, avec 22 points sur 100 à l’indice de perception 2025, capte une part de la richesse minière avant qu’elle n’atteigne les écoles ou les cliniques.
Le pays répare sa monnaie et son réseau électrique plus vite qu’il ne répare ses institutions. Sa singularité tient dans ce contraste : une économie qui redémarre à un rythme rare en Afrique australe, avec 7,6 % de croissance en 2025, portée par une gouvernance qui recule sur presque tous les indicateurs internationaux de référence.
9 piliers de puissance SAPERE
Niveau \ Tendance depuis 2020
− En baisse
= Stable
+ En hausse
Solidement ancré4,0-5,0
Résilient3,0-3,9
Diplomatie, influence et information 3,0Énergie et ressources 3,0
Sous tension2,5-2,9
Défense et sécurité 2,7
Industrie et technologie 2,6
Fragile1,5-2,4
Démographie et capital humain 2,2Gouvernance et institutions 1,8
Autonomie stratégique 2,4Innovation et savoir 2,0
Économie et finance 2,0
En défaillance1,0-1,4
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Pourquoi ces neuf notes ?
Qui tient le pays ?
Emmerson Mnangagwa et l’appareil du ZANU-PF. Le président concentre l’essentiel du pouvoir exécutif, appuyé sur le parti au pouvoir depuis 1980 et sur les cercles militaires qui l’ont porté à la présidence lors de la transition de novembre 2017. Le vice-président Constantino Chiwenga, ancien commandant de l’armée et artisan de cette même transition, conserve une base propre au sein du parti et de l’appareil sécuritaire. Sa rupture publique, en avril 2026, avec le projet d’amendement constitutionnel destiné à prolonger le mandat présidentiel a révélé les limites du pacte informel scellé en 2017. Le Parlement, dominé par le ZANU-PF, et une Cour constitutionnelle prudente offrent peu de contrepoids réel face à l’exécutif. Le procédé n’est pas inédit : comme sous Robert Mugabe, le ZANU-PF consolide son pouvoir en modifiant les règles institutionnelles en amont des échéances électorales, un réflexe de parti-État que la transition de 2017 n’a pas rompu.
Centre de gravité
Présidence Mnangagwa, ZANU-PF et cercles militaires issus de la transition de 2017. Le vice-président Chiwenga dispose d’une base propre, désormais publiquement dissidente.
Vitesse d’exécution
Rapide sur la stabilisation monétaire et la relance énergétique, lente sur la lutte anticorruption, la réforme judiciaire et l’ouverture démocratique.
Test politique
La mise en œuvre de la réforme constitutionnelle promulguée le 7 juillet 2026, la cohésion du ZANU-PF face à la rivalité ouverte Mnangagwa-Chiwenga, et l’issue du recours déposé devant la Cour constitutionnelle par l’opposition.
Qui tient le pays de l’extérieur ?
Des dépendances concentrées, réparties par fonction. La Chine tient les mines et sert de bailleur de recours, les Émirats arabes unis absorbent l’essentiel de l’or, l’Afrique du Sud reste le corridor logistique obligé d’un pays enclavé, et la loi ZIDERA pèse sur l’accès aux institutions financières internationales sans qu’aucun bailleur occidental ne soit directement mobilisé. Sous le sol zimbabwéen passera bientôt Umoja, une nouvelle autoroute de données que l’Américain Google construit avec l’opérateur Liquid Intelligent Technologies : une deuxième route entre l’Afrique de l’Est et l’Afrique australe, moins exposée qu’un unique câble sous-marin qu’une simple ancre de bateau suffit à couper.
Échelle de dépendance (● à ●●●●) : intensité globale du lien, combinant le poids commercial, la dépendance technologique, l’exposition financière et le levier politique que l’acteur peut exercer. Plus de points signifie une prise plus forte sur les marges de décision de Harare.
CHINE
●●●●
Premier investisseur étranger (mines, lithium, armement), deuxième client et deuxième fournisseur, bailleur bilatéral de recours face à l’isolement multilatéral.
Dépendance technologique, financière et minière profonde et croissante.
ÉMIRATS ARABES UNIS
●●●
Premier débouché à l’export (or, minerais) : l’enquête « Gold Mafia » d’Al Jazeera (2023) a documenté plusieurs réseaux faisant transiter clandestinement de l’or zimbabwéen par des raffineries de Dubaï pour contourner les contrôles et les sanctions occidentales.
Risque élevé de flux financiers illicites et dépendance à un hub commercial opaque.
AFRIQUE DU SUD
●●●●
Premier fournisseur avec environ 40 % des importations, corridor portuaire obligé pour un pays enclavé, première terre d’accueil historique de la diaspora.
Toute perturbation sud-africaine, portuaire ou énergétique, se répercute directement à Harare.
ÉTATS-UNIS
●●●
Absent du commerce direct, mais la loi ZIDERA oblige Washington à s’opposer à tout nouveau soutien du FMI et de la Banque mondiale tant que ses conditions ne sont pas remplies, un poids déterminant compte tenu du rôle américain dans ces institutions.
Normalisation politique conditionnée à des réformes de gouvernance non tenues.
RUSSIE
●●
Fournisseur d’armement, partenaire diplomatique de la ligne dite du « regard vers l’Est », investisseur minier secondaire.
Partenariat davantage symbolique que financier.
SADC
●●●
Cadre régional de sécurité et de médiation ; Harare en a assuré la présidence tournante d’août 2024 à août 2025.
Les crises voisines, Mozambique, RDC, se répercutent par les corridors et les migrations.
FRANCE
●●
Coopération agricole (programme FARM), présence via TotalEnergies, action culturelle et linguistique (Alliance française, programme ZIMFLE).
Harare rouvre ses portes au monde à un rythme inédit depuis vingt ans : présidence de la SADC, médiation sur la RDC, sanctions individuelles européennes et britanniques levées entre 2025 et 2026. Mais ce réengagement s’arrête net à la porte du Commonwealth, où le Royaume-Uni a opposé son veto en 2026 tant que la Commission électorale ne sera pas indépendante et que la transparence des scrutins ne sera pas garantie.
Cette même contradiction traverse la politique intérieure. Le pays qui négocie l’apurement de sa dette avec ses créanciers internationaux est aussi celui où la liberté de la presse connaît l’un des reculs les plus marqués du continent dans le classement 2026 de RSF, où un journaliste d’investigation est mort dans des circonstances violentes en 2025, et où le sommet de l’État se déchire autour d’une réforme constitutionnelle promulguée et contestée, qui modifie la durée des mandats et le mode de désignation du président. Le Zimbabwe s’ouvre à l’extérieur plus vite qu’il ne se rouvre à lui-même.
Commerce, IDE et position française
5 premiers clients
Pays
Produits
Montant
Poids
Émirats arabes unis
Or, minerais
~2,72 Mds $
~33 %
Chine
Minerais, tabac brut
~2,39 Mds $
~29 %
Afrique du Sud
Minerais, tabac, ferrochrome
~1,40 Mds $
~17 %
Mozambique
Produits manufacturés, agroalimentaire
~245 M $
~3 %
Zambie
Produits manufacturés, ciment
~170 M $
~2 %
Exportations totales 2024 : ~8,3 Mds $ (OEC). Principaux produits : or (~2,51 Mds $), tabac brut (~1,31 Mds $), mattes de nickel, minerai de chrome. 🇫🇷 Position France : hors top 15 · échanges modestes, environ 76,5 M€ en 2023 (+31 % sur un an), concentrés sur la distribution et l’industrie.
5 premiers fournisseurs
Pays
Produits
Montant
Poids
Afrique du Sud
Carburants, machines, véhicules
~3,82 Mds $
~40 %
Chine
Machines, électronique, textiles
~1,46 Mds $
~15 %
Bahamas
Produits pétroliers (négoce)
~732 M $
~8 %
Mozambique
Électricité, carburants
~414 M $
~4 %
Singapour
Produits raffinés
~335 M $
~4 %
Importations totales 2024 : ~9,5 Mds $. Premier poste : pétrole raffiné (~1,63 Mds $), suivi du maïs, des camions et de l’électricité importée. La présence des Bahamas reflète une plateforme de négoce et de facturation pétrolière, non une origine physique des produits. 🇺🇸 Position États-Unis : absente du top 15 commercial, mais levier de premier plan par la loi ZIDERA plutôt que par les échanges.
IDE entrants
~588 M $
Flux 2023 (CNUCED), en hausse de 48,9 % ; stock cumulé estimé à 7,14 Mds $, soit environ 22 % du PIB.
Investisseurs
Chine, premier investisseur, loin devant la Russie, l’Iran et l’Inde ; secteurs prioritaires : mines, infrastructures, agriculture.
France
Présence limitée, surtout agricole, énergétique et culturelle (TotalEnergies, Alliance française), sans levier structurant sur l’économie ou la politique zimbabwéenne.
Quatre tendances structurelles
Inflation locale
95,8 % → 13,3 %
Pic de juillet 2025 à décembre 2025, monnaie ZiG.
Croissance du PIB réel
1,7 % → 7,6 %
2024 à 2025, après la sécheresse liée à El Niño.
Électricité
188 jours
Sans délestage national à l’été 2026, contre un déficit de 668 MW en novembre 2024.
Réserves de change
285 M$ → 950 M$
Avril 2024 à fin 2025 ; à peine un mois de couverture des importations.
Ce qui tient · Ce qui freine
Cinq digues tiennent encore. Sept fissures menacent de les submerger.
5Forces7Failles
Ce qui tient
Le Zimbabwe est devenu le quatrième producteur mondial de lithium et le premier africain, porté par les gisements de Bikita et Kamativi (USGS, 2025).
Les exportations de spodumène ont plus que doublé au premier trimestre 2026 par rapport à l’année précédente, malgré l’effondrement des prix mondiaux.
Une interdiction d’exporter le concentrat brut est prévue à partir de 2027 : l’objectif immédiat n’est pas encore de fabriquer des batteries, mais de conserver au Zimbabwe une plus grande part des premières transformations du minerai.
L’inflation en monnaie locale est passée d’un pic de 95,8 % en juillet 2025 à 13,3 % en décembre 2025, une normalisation rare dans l’histoire économique récente du pays.
Le ZiG sert désormais à environ 40 % des transactions du système national de paiement.
La mémoire de six réformes monétaires en quinze ans reste vive : la confiance construite en dix-huit mois peut se défaire en quelques semaines.
Harare a présidé la SADC d’août 2024 à août 2025 et a piloté la médiation régionale sur la crise sécuritaire à l’est de la République démocratique du Congo.
L’Union européenne a levé en février 2026 ses dernières sanctions ciblées, et le Royaume-Uni avait déjà retiré ses derniers noms en mai 2025.
Le Royaume-Uni demeure le principal opposant au retour de Harare dans le Commonwealth, preuve que le réengagement s’arrête là où commencent les questions de gouvernance.
Le pays a franchi 188 jours consécutifs sans délestage national à l’été 2026, porté par la centrale hydroélectrique de Kariba Sud et les nouvelles unités thermiques de Hwange.
Cette embellie reste vulnérable à la pluviométrie : le niveau du lac Kariba avait chuté de plus de 80 % en 2024 lors de la sécheresse liée à El Niño.
L’accès reste très inégal : 80 % des citadins sont raccordés, contre 23 % seulement en zone rurale.
Le taux d’alphabétisation des adultes atteint environ 90 %, l’un des plus élevés d’Afrique subsaharienne, au niveau de la Namibie.
Cette base scolaire remonte aux investissements massifs dans l’éducation publique des deux premières décennies suivant l’indépendance, avant l’effondrement économique des années 2000.
Elle explique aussi pourquoi la diaspora zimbabwéenne, forte de plusieurs millions de personnes, occupe souvent des postes qualifiés à l’étranger plutôt que des emplois non qualifiés.
Ce qui freine
La dette publique atteint environ 51 % du PIB, jugée insoutenable et en situation de défaillance par la Banque mondiale.
Les arriérés envers les créanciers officiels s’élèvent à 7,4 milliards de dollars, accumulés depuis le début des années 2000.
La loi américaine ZIDERA continue d’obliger les États-Unis à s’opposer à tout nouveau prêt du FMI ou de la Banque mondiale, verrouillant l’accès au financement concessionnel malgré les efforts de résolution engagés depuis 2025.
Gazetté en février 2026, adopté par les deux chambres du Parlement fin juin, puis promulgué par le président le 7 juillet 2026, sans référendum : les mandats passent de cinq à sept ans et le président ne sera plus élu directement mais désigné par un Parlement dominé par le ZANU-PF.
Une clause ajoutée discrètement en juin oblige chaque parti à déclarer son candidat présidentiel dès le dépôt des candidatures parlementaires, une manière de couper l’herbe sous le pied du vice-président Constantino Chiwenga, pressenti comme héritier naturel et publiquement opposé au texte depuis avril.
Une coalition de juristes, d’Églises, de syndicats et d’étudiants a saisi la Cour constitutionnelle et se mobilise sous la bannière du Mouvement pour la restauration constitutionnelle, après un printemps marqué par l’arrestation de dirigeants étudiants.
Des économistes à Harare avertissent que la perception d’une lutte de pouvoir prolongée pèse directement sur la confiance des investisseurs et les flux de capitaux.
Le journaliste d’investigation Watson Flexy Munyaka est mort en mars 2025 après avoir été jeté d’une voiture en marche.
L’État conserve une forte emprise sur les principaux médias écrits et audiovisuels, gardant ainsi la main sur le récit national au moment où il en aurait le plus besoin.
Les minerais représentent 75 à 80 % des recettes d’exportation, mais l’essentiel de l’or quitte le pays sous forme de doré semi-transformé, captant une fraction seulement de sa valeur finale.
La contrebande et les flux financiers illicites liés à l’exploitation artisanale coûteraient jusqu’à 1,9 milliard de dollars par an au pays.
La stratégie de valorisation locale existe sur le papier, mais l’énergie et la logistique manquent encore pour la faire tenir dans les faits.
La diaspora zimbabwéenne, estimée à plusieurs millions de personnes (environ 3 millions selon l’Organisation internationale pour les migrations, contre 900 000 seulement au recensement officiel, les deux estimations ne couvrant pas exactement le même périmètre), a envoyé environ 2,45 milliards de dollars de transferts en 2025, devenus la deuxième source de devises du pays après les exportations minières.
Le Royaume-Uni a dépassé l’Afrique du Sud comme première origine de ces envois début 2025, signe d’une émigration qualifiée qui s’installe loin et durablement.
Cette manne soutient les familles, mais elle mesure aussi l’ampleur d’un exode de compétences que l’économie intérieure ne parvient pas à retenir.
Le pays obtient 22 points sur 100 à l’indice de perception de la corruption 2025, au 157e rang mondial sur 182 pays.
L’enquête « Gold Mafia » d’Al Jazeera (2023) a documenté des circuits de blanchiment impliquant la Banque centrale elle-même, l’entourage présidentiel et une nièce du président, pour des montants estimés en milliards de dollars.
L’argent public capté finance des réseaux d’allégeance plutôt que les écoles, les cliniques ou l’entretien des routes.
La sécheresse de 2024, liée à El Niño, a réduit le rendement du maïs de 60 % par rapport à la moyenne quinquennale, coûté environ 363 millions de dollars de pertes selon la Banque mondiale, et provoqué la déclaration d’un désastre national.
L’agriculture pèse encore lourdement dans la croissance : la reprise de 7,6 % en 2025 doit près d’un quart de son ampleur à une bonne saison des pluies.
Tant que Kariba reste le socle hydroélectrique du pays, chaque cycle climatique déficitaire menace à la fois les récoltes et l’électricité.
À surveiller · signaux positifs
Risques
Fracture ouverte du ZANU-PF au-delà de la friction Mnangagwa-Chiwenga.
Aggravation de la crise xénophobe sud-africaine et retours forcés massifs de la diaspora.
Nouvelle sécheresse liée à El Niño.
Rechute du ZiG et retour de l’inflation.
Échec du processus d’apurement de la dette.
Corruption non jugulée.
Répression accrue de la presse et de l’opposition.
Effondrement durable des cours du lithium.
Signaux positifs
188 jours sans délestage national.
Inflation locale en baisse continue depuis juillet 2025.
Licences d’investissement minier en hausse.
Sanctions individuelles européennes et britanniques levées.
Transferts de la diaspora en forte croissance.
Programme de titrisation des terres agricoles engagé.
Effets de voisinage
Afrique du Sud
Corridor portuaire et migratoire vital pour un pays enclavé qui y compte environ deux millions de ressortissants, mais aussi source d’un choc en retour depuis juin 2026 : l’ultimatum du 30 juin lancé par des mouvements anti-migrants comme Operation Dudula a précipité le retour de près de 59 000 personnes en deux semaines, dont 15 000 profils qualifiés recensés par un gouvernement qui peine à convaincre de sa capacité d’absorption.
Zambie
Dépendance partagée au barrage de Kariba : la sécheresse de 2024 a frappé les deux rives du même réservoir hydroélectrique.
Mozambique
Corridor alternatif vers la mer via le port de Beira, et source d’électricité importée quand la production locale fléchit.
Botswana
Partenaire régional stable au sein de la SADC, moins exposé aux tensions migratoires que l’Afrique du Sud.
Choc externe actif
Les cours mondiaux frappent le Zimbabwe par un mécanisme inversé à celui de la plupart de ses voisins miniers : l’effondrement du prix du lithium depuis deux ans comprime les marges d’un secteur en plein essor, tandis que la demande refuge pour l’or soutient sa première exportation minière. En mars 2026, la flambée mondiale des prix du carburant, liée aux tensions sur les exportations russes et au blocage des engrais azotés, a fait bondir le prix de l’essence de 39 % en deux semaines à Harare, doublant certains tarifs de transport : un choc importé que le pays ne peut amortir faute de réserves stratégiques. La loi ZIDERA prive par ailleurs le pays des amortisseurs financiers multilatéraux dont bénéficient des économies comparables en cas de choc, le renvoyant systématiquement vers le financement bilatéral chinois ou les marchés informels.
Les dynamiques structurelles
Le lithium et le pari de la transformation locale
Le boom minier ressemble à un test grandeur nature : le pays qui a longtemps exporté sa richesse brute pariera, à partir de 2027, sur l’interdiction du concentrat non transformé. Réussir suppose de l’électricité fiable, des usines et des capitaux, trois ressources encore rares.
Une monnaie qui doit sa survie à la discipline, pas encore à la confiance
Le ZiG a tenu dix-huit mois là où cinq monnaies précédentes s’étaient effondrées en quelques années. Mais la confiance des ménages reste circonspecte : quatre transactions sur dix seulement s’effectuent encore dans la monnaie nationale, le reste continuant de transiter par le dollar américain.
La succession qui rejoue le pacte de 2017
Mnangagwa et Chiwenga s’étaient unis pour renverser Mugabe ; ils se déchirent aujourd’hui sur la question qui avait provoqué cette chute, la durée d’un mandat présidentiel. L’histoire du pays semble se répéter avant de se refermer.
Le réengagement à géométrie variable
L’Union européenne et le Royaume-Uni ont levé leurs sanctions individuelles, mais Londres bloque seul le retour de Harare au Commonwealth. Le monde rouvre ses portes commerciales au Zimbabwe sans lui rouvrir encore ses clubs politiques.
Une dette qui bloque plus que les sanctions elles-mêmes
Plusieurs responsables économiques zimbabwéens estiment que les arriérés, la corruption et l’isolement bancaire pèsent désormais davantage sur le développement du pays que les sanctions individuelles, largement levées depuis 2024, dont l’écho politique dépasse désormais l’effet économique réel.
Ce qui changerait la donne
Les événements qui, s’ils se produisaient, feraient basculer le diagnostic, dans un sens ou dans l’autre.
Le Commonwealth accepte le retour de Harare
La levée du dernier veto britannique confirmerait un réengagement politique complet, au-delà du seul volet commercial déjà normalisé.
Le processus d’apurement de la dette aboutit
Un accord effectif avec les créanciers rouvrirait l’accès aux financements concessionnels bloqués depuis plus de vingt ans par la loi ZIDERA.
La sécheresse revient frapper Kariba
Un nouvel épisode El Niño referait chuter la production hydroélectrique et la récolte de maïs, ravivant simultanément la crise énergétique et alimentaire.
Le ZANU-PF se fracture ouvertement sur la succession
Une rupture publique et actée entre les clans Mnangagwa et Chiwenga, au-delà des désaccords déjà affichés, signerait la fin du pacte de 2017 et ouvrirait une crise de régime inédite.
Le lithium se redresse durablement
Un rebond des cours mondiaux accélérerait la transformation locale et desserrerait la contrainte de change qui pèse sur les réserves.
Scénarios à cinq ans · 2026-2031
Scénario favorable
La stabilisation monétaire se confirme, l’apurement de la dette progresse, la rivalité Mnangagwa-Chiwenga se règle sans rupture ouverte, et la transformation locale du lithium démarre. La croissance se maintient entre 5 et 6 % par an et le retour au Commonwealth se concrétise.
Scénario défavorable
La crise de succession dégénère en rupture ouverte, le ZiG rechute, une nouvelle sécheresse frappe Kariba et les récoltes, et les négociations sur la dette s’enlisent. L’isolement financier se prolonge et la croissance retombe sous les 2 %.
Méthodologie et légende
Comment lire le score
Le score mesure la capacité à absorber un choc, non la richesse ou la politique du gouvernement du moment. Une variation de 0,1 point exige un changement documenté sur au moins un pilier pondéré.
Échelle
4,0-5,0 : solidement ancré.3,0-3,9 : résilient.2,5-2,9 : sous tension.1,5-2,4 : fragile. 1,0-1,4 : en défaillance.
Pondérations et arrondi
P01, P02, P06 et P08 : 13,5 %. P03, P04, P05 et P07 : 9 %. P09 : 10 %. Total : 100 %. Les notes des neuf piliers sont des appréciations qualitatives posées directement au dixième (aucune valeur intermédiaire en centièmes). Le score global est la somme pondérée de ces notes : 2,3865, arrondi au dixième (arrondi arithmétique, 0,05 au dixième supérieur) pour donner 2,4/5. Seul le score global fait l’objet d’un arrondi ; sa valeur non arrondie ne figure que dans la méthodologie.
Pilier IX · Autonomie stratégique, méthode de calcul. P09 = 2,4/5. A fiscal = 3 : recettes publiques diversifiées, les mines pesant environ 19 % des recettes de l’État. B exportations = 2 : concentration forte sur les minerais, qui représentent 75 à 80 % des exportations. C sécurité = 2 : appareil de défense affaibli par du matériel vieillissant et une dépendance aux fournisseurs chinois et russes. D réserves et financement = 1 : réserves de change limitées à environ un mois d’importations, accès aux financements multilatéraux bloqué par la loi ZIDERA. E décisionnel = 4 : ligne diplomatique autonome, présidence de la SADC, refus documenté des injonctions occidentales sur la politique foncière. Moyenne : (3 + 2 + 2 + 1 + 4) / 5 = 2,4. Trois sous-indicateurs sur cinq inférieurs ou égaux à 2 : la règle de plafonnement à 2,5 s’applique mais reste sans effet, la moyenne brute lui étant déjà inférieure.
Tendance depuis 2020
Ce qui tient
Ce qui fragilise
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