SAPERE · Les Forces et les Failles · Arrêté au 10 juillet 2026 · Tendance depuis 2020
🇿🇲 Zambie
22,5 millions d’habitants. Au cœur de la Copperbelt, l’un des principaux bassins mondiaux de cuivre et de cobalt, partagé avec la RDC (République démocratique du Congo). Sortie de cinq ans de défaut souverain fin 2025. Un cuivre que Pékin et Washington courtisent en même temps.
SAPERE 2.2 · Une démocratie minière entre deux corridors rivaux
Sous tension structurelle
2,6/5
12,65
Restructuration achevée · énergie en reconstitution · scrutin sous tension
→Tendance depuis 2020 : redressement macroéconomique net après le défaut de 2020, porté par le cuivre et par la restructuration de la dette, mais fragilisé par une gouvernance qui recule à l’approche du scrutin d’août 2026.
Ce score mesure la capacité à absorber un choc et à préserver sa liberté d’action, non le niveau de vie ni la popularité du gouvernement. À 2,6/5, la Zambie se situe parmi les économies minières en sortie de crise : en nette amélioration depuis le défaut de 2020, mais encore loin des puissances régionales résilientes (3,0 et plus).
PIB nominal 2025
~28,9 Mds $
~111e rang mondial · Banque mondiale / FMI, 2025
PIB PPA
~98 Mds $
~103e rang mondial · PIB par habitant PPA environ 4,520 $
Cinq ans après le premier défaut souverain africain de l’ère Covid-19, la Zambie a franchi l’étape principale de sa restructuration, sans avoir encore retrouvé une pleine marge budgétaire ni un accès ordinaire aux marchés. Fitch, S&P (Standard & Poor’s) et Moody’s ont toutes trois sorti le pays de la catégorie défaut fin 2025 ; l’inflation, encore à 14,0 % sur l’année 2025, est retombée à 6,6 % en mai 2026, son plus bas niveau depuis 2019. Le kwacha s’apprécie, les réserves de change approchent cinq mois d’importations, et le budget se finance de plus en plus par l’impôt plutôt que par la dette.
Le cuivre porte cette embellie. La production a atteint un record de 890,346 tonnes en 2025, et le pays vise désormais le million de tonnes en 2026. En mai 2026, KoBold Metals a lancé les travaux du gisement de Mingomba, présenté par ses promoteurs comme le plus important investissement minier privé de l’histoire du pays. Le lac Kariba, asséché trois années de suite, s’est nettement reconstitué : son stockage utile a doublé en un an, même si des coupures industrielles ont encore été rationnées au printemps 2026, le temps que la remontée se traduise en électricité disponible. Ce même cuivre a aussi un coût diplomatique : en avril 2026, Lusaka a refusé de céder un accès privilégié à ses mines en échange du maintien de l’aide sanitaire américaine contre le VIH, au prix d’une dégradation réelle des soins sur le terrain.
Mais la macroéconomie avance plus vite que la société. Près de deux tiers des Zambiens vivaient encore sous 2,15 dollars par jour en 2022, et l’indice de perception de la corruption a reculé en 2025 après trois années de progrès. À l’approche de l’élection du 13 août 2026, où Hakainde Hichilema brigue un second mandat face à une opposition fragmentée depuis la mort d’Edgar Lungu en juin 2025, Freedom House signale des arrestations d’opposants et un resserrement de l’espace politique. Le cuivre a payé la sortie du défaut. Il n’a pas encore payé la sortie de la pauvreté.
9 piliers de puissance SAPERE
Niveau \ Tendance depuis 2020
− En baisse
= Stable
+ En hausse
Solidement ancré4,0-5,0
Résilient3,0-3,9
Sous tension2,5-2,9
Gouvernance et institutions 2,7
Défense et sécurité 2,9Autonomie stratégique 2,8
Diplomatie, influence et information 2,9Économie et finance 2,7Industrie et technologie 2,6
Fragile1,5-2,4
Démographie et capital humain 2,3
Énergie et ressources 2,4Innovation et savoir 2,2
En défaillance1,0-1,4
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Pourquoi ces neuf notes ?
Qui tient le pays ?
Hakainde Hichilema et l’Alliance UPND (United Party for National Development). La présidence concentre les décisions stratégiques : restructuration de la dette, code minier, corridors d’exportation. Depuis la mort d’Edgar Lungu, principal chef de l’opposition, en juin 2025, le Patriotic Front (PF) s’est fragmenté. Hichilema affronte désormais l’Alliance Tonse-Pamodzi, menée par Brian Mundubile, lors du scrutin du 13 août 2026. Quatorze candidats sont autorisés à se présenter, sur près de 8,8 millions d’électeurs inscrits.
Centre de gravité
Présidence Hichilema, Alliance UPND (15 partis) et ZCCM-IH, qui pilote la participation publique dans les gisements stratégiques.
Vitesse d’exécution
Rapide sur la restructuration de la dette et la discipline budgétaire. Plus lente sur la reconstruction énergétique et la réduction de la pauvreté.
Test politique
L’élection du 13 août 2026 : les bastions de Hichilema (Sud, Ouest, Nord-Ouest, une partie du Centre) doivent compenser le risque porté par Lusaka et le Copperbelt, qui concentrent environ 31 % des électeurs.
Qui tient le pays de l’extérieur ?
Dépendance élevée mais activement négociée. La Zambie ne dépend d’aucun bailleur unique, mais elle a besoin simultanément des financements occidentaux, des débouchés chinois et de l’arbitrage du FMI (Fonds monétaire international) pour son programme de restructuration. Le cuivre et le cobalt en font une pièce disputée entre Pékin et Washington, ce qui lui offre une vraie marge de négociation tant que la rivalité dure. Un autre fil traverse le pays sans faire de bruit : l’autoroute de données Umoja, posée par Google entre le Kenya et l’Australie via la Zambie, pose une question distincte de celle du sous-sol : qui pose le câble ne dit encore rien de qui contrôlera, demain, ce qui y circulera.
Échelle de dépendance (● à ●●●●) : intensité globale du lien, combinant le poids commercial, la dépendance technologique, l’exposition financière et le levier politique que l’acteur peut exercer. Plus de points signifie une prise plus forte sur les marges de décision de Lusaka.
CHINE
●●●●
2e client à l’export (cuivre raffiné, cobalt), 2e fournisseur (machines, équipements miniers). Modernise la ligne TAZARA. Présente aussi comme opérateur minier direct : CNMC exploite la mine de Chambishi et détient 80 % de Luanshya Copper Mines, parmi plus de 600 entreprises chinoises recensées sur le Copperbelt.
Concentration commerciale et dépendance aux équipements importés.
SUISSE
●●●●
1er client à l’export en valeur déclarée (environ 41 %), via les maisons de négoce Glencore et Trafigura, qui facturent depuis Genève et Zoug.
Chiffre statistique, pas géographique : le cuivre part surtout vers l’Asie et l’Europe industrielle.
AFRIQUE DU SUD
●●●●
1er fournisseur (environ 26 %) : carburants, véhicules, machines, alimentation. Voisin logistique incontournable via la SADC.
Toute perturbation sud-africaine, électricité ou rail, se répercute directement sur la Zambie.
FMI ET CRÉANCIERS
●●●
Facilité élargie de crédit conclue en 2025 (1,7 Md$ au total). Comité de restructuration de la dette coprésidé par la France et la Chine.
Le programme successeur, dont dépend une partie du financement futur, ne sera négocié qu’après l’élection.
ÉTATS-UNIS ET KOBOLD
●●●●
Absents du top 5 commercial, mais soutien politique et financier au corridor de Lobito, et 2,3 Mds$ investis par KoBold Metals dans le gisement de Mingomba. Relation assombrie depuis mars 2026 par une note du département d’État conditionnant l’aide sanitaire Pepfar (dont dépendent 1,3 million de séropositifs zambiens) à un accès privilégié aux mines de cuivre, cobalt et lithium. Lusaka a refusé de signer.
Intérêt stratégique pour le cobalt des véhicules électriques, en concurrence directe avec la Chine sur les corridors, désormais doublé d’un levier sanitaire coercitif.
RDC
●●●
3e client à l’export (transit de cuivre, cobalt), partenaire du corridor de Lobito. La RDC concentre à elle seule plus de la moitié des réserves mondiales de cobalt (USGS) et environ 70 % de la production annuelle ; la Zambie y ajoute une part bien plus modeste (environ 4 %), extraite comme sous-produit du cuivre sur la même Copperbelt.
L’instabilité à l’est de la RDC menace la stabilité régionale des corridors miniers.
ANGOLA
●●
Terminus atlantique du corridor de Lobito, rival direct de la TAZARA soutenue par la Chine.
Le corridor reste en chantier : la phase d’ingénierie-construction n’a démarré qu’en juillet 2026.
FRANCE
●
AFD : environ 180 M€ d’engagements cumulés depuis 2006 (transports, énergie, eau). Coprésidence du comité de restructuration de la dette avec la Chine.
Poids commercial marginal, hors du top 5 des échanges dans les deux sens.
La contradiction diplomatique
Lusaka a fait de l’ambivalence une stratégie. La Zambie encaisse à la fois les financements occidentaux du corridor de Lobito et la modernisation chinoise de la TAZARA, sans choisir de camp : un numéro d’équilibriste que peu de pays africains peuvent se permettre, seule la force de son sous-sol le rendant possible.
Mais cette habileté a un revers. Le sous-sol zambien profite d’abord aux chaînes de valeur étrangères. Le cuivre alimente l’électrification mondiale, le cobalt entre dans certaines chimies de batteries : deux marchés complémentaires mais distincts, tous deux financés et transformés en aval par des capitaux extérieurs. La marge de manœuvre diplomatique que procure le sous-sol ne s’est pas encore transformée en industrie zambienne de la transformation manufacturière.
Commerce, IDE et position française
5 premiers clients
Pays
Produits
Montant
Poids
Suisse
Cuivre raffiné (négoce Glencore, Trafigura)
~4,321 Mds $
~41 %
Chine
Cuivre raffiné, cobalt
~1,851 Md $
~18 %
RDC
Cuivre en transit, cobalt
~1,603 Md $
~15 %
Singapour
Cuivre raffiné, cobalt (négoce)
~562 M $
~5 %
Afrique du Sud
Cuivre, produits alimentaires
~391 M $
~4 %
Exportations totales 2023 : 10,431 Mds $ (Banque mondiale, WITS/COMTRADE, dernières données consolidées par partenaire). Le rang de la Suisse reflète la facturation par les maisons de négoce internationales, pas la destination physique du cuivre. 🇫🇷 France et 🇺🇸 États-Unis hors top 5 : présence indirecte via l’AFD pour la France, via KoBold Metals et le corridor de Lobito pour les États-Unis.
5 premiers fournisseurs
Pays
Produits
Montant
Poids
Afrique du Sud
Carburants, véhicules, machines, alimentation
~2,609 Mds $
~26 %
Chine
Machines, équipements miniers, textiles
~1,639 Md $
~16 %
Émirats arabes unis
Produits pétroliers raffinés, ciment
~830 M $
~8 %
Inde
Médicaments, textiles
~568 M $
~6 %
Japon
Véhicules, machines
~540 M $
~5 %
Importations totales 2023 : 10,125 Mds $ (Banque mondiale, WITS/COMTRADE). 🇫🇷 France et 🇺🇸 États-Unis hors top 5 des fournisseurs également.
IDE entrants
~1,2 Md $
Flux entrant 2024 (Banque mondiale, WITS) ; le stock d’IDE cumulé atteint environ 16,7 Mds $.
Investisseurs
Royaume-Uni, Canada, Chine, Suisse et Afrique du Sud, principalement dans le cuivre et le cobalt.
France
AFD (Agence française de développement) : environ 180 M€ d’engagements cumulés depuis 2006 (transports, énergie, eau et assainissement). PROPARCO (filiale de l’AFD dédiée au secteur privé) : environ 34 M€. Communauté française : 212 personnes.
Quatre tendances structurelles
Croissance PIB réel
-2,8 % → +3,8 %
2020 (choc sanitaire et défaut souverain) à 2025, chiffre révisé par la Banque africaine de développement en mai 2026 ; projection 2026 : +5,0 % à +5,8 % selon les sources.
Production de cuivre
733 → 890 kt
2023 à 2025, troisième record annuel consécutif ; objectif officiel de 1 million de tonnes en 2026.
Inflation
15,7 % → 6,6 %
2020 à mai 2026, plus bas niveau depuis 2019 ; la Banque de Zambie table sur environ 9 % en moyenne annuelle 2026.
Dette publique (% PIB)
~101 % → ~88 %
2024 à 2025, série Banque africaine de développement (une méthode unique, pour éviter de mélanger les périmètres retenus par les différentes agences) ; restructuration de 13,3 Mds$ achevée à 94 % du périmètre visé fin 2025.
Ce qui tient · Ce qui freine
Le cuivre a payé la sortie du défaut. Il n’a pas encore payé la sortie de la pauvreté.
4Forces5Failles
Ce qui tient
890,346 tonnes de cuivre produites en 2025, un record.
KoBold Metals a lancé en mai 2026 les travaux du gisement de Mingomba : 2,3 Mds$, présenté par ses promoteurs comme le plus important investissement minier privé de l’histoire du pays. Le fonçage du puits proprement dit est annoncé pour début 2027.
La RDC voisine concentre à elle seule plus de la moitié des réserves mondiales de cobalt (USGS) ; le cobalt zambien, plus modeste, est extrait comme sous-produit du cuivre sur la même Copperbelt.
Fitch, S&P (Standard & Poor’s) et Moody’s ont toutes trois sorti la Zambie de la catégorie défaut fin 2025.
La dette, restructurée à 94 % du périmètre visé, recule nettement.
L’inflation est retombée à 6,6 % en mai 2026, contre 15,7 % en 2020.
Lobito, soutenu par les États-Unis et l’Union européenne, et TAZARA, modernisée par la Chine, se disputent le droit d’exporter le cuivre zambien vers l’océan.
Plus que deux itinéraires immédiatement équivalents, Lobito et TAZARA représentent deux paris logistiques et géopolitiques concurrents : l’un ouvre un axe atlantique via l’Angola, l’autre relie historiquement le Copperbelt à Dar es-Salaam sur l’océan Indien, avec des capacités, des échéances et des financements différents. La route sud-africaine reste, elle, la plus empruntée au quotidien.
Hichilema joue les deux camps à la fois, une habileté qui donne à Lusaka un poids diplomatique sans rapport avec sa taille économique.
Le stockage utile du lac Kariba (part du volume exploitable pour la production hydroélectrique) a doublé en un an, passant de 23 % à 48 % entre juin 2025 et juin 2026, selon l’autorité du Zambèze.
Un programme solaire de 2,000 mégawatts vient compléter l’hydroélectricité pour réduire la dépendance climatique.
Ce qui freine
La Zambie extrait et raffine une grande partie de son cuivre jusqu’au stade du cathode, mais capte encore peu des étapes manufacturières situées en aval : câbles, composants électriques, alliages spécialisés, matériaux pour batteries.
La chaîne de valeur des batteries promise par la Zambia-DRC Battery Council n’attend pas d’usines avant 2028-2030.
La Zambie alimente la transition énergétique mondiale en métal raffiné, sans encore capter la valeur des étapes manufacturières qui suivent.
Malgré la remontée du lac Kariba, des coupures industrielles ont encore été rationnées en avril et mai 2026.
Le coût se chiffre : en 2024, l’approvisionnement de secours en électricité a renchéri les coûts de production du cuivre d’environ 0,06 dollar par livre, et les petites entreprises dépendant du réseau conventionnel ont vu leur production chuter de 20 à 60 %.
Environ 85 % de la production électrique zambienne reste d’origine hydraulique, ce qui expose fortement le pays aux variations du bassin du Zambèze.
Une nouvelle sécheresse ramènerait immédiatement les coupures de 2024.
64,3 % de la population vivait sous le seuil international d’extrême pauvreté (2,15 dollars par jour) en 2022, l’un des taux les plus élevés au monde ; selon le seuil national de pauvreté, un peu plus large, la proportion tourne autour de 60 %.
Cette pauvreté résiste à la croissance : dans les années 2000, plus de 6 % de croissance annuelle portée par le cuivre n’a pas fait reculer la pauvreté au même rythme, malgré l’accession au statut de pays à revenu intermédiaire dès 2011.
L’indice de Gini, à 51,5, place la Zambie parmi les pays les plus inégalitaires de la planète.
La reprise du cuivre n’a pas encore atteint la majorité des ménages.
Edgar Lungu, chef historique de l’opposition, est mort en juin 2025, fragmentant le Patriotic Front (PF) en plusieurs factions rivales, avant qu’une partie ne se reforme en mai 2026 en Alliance Tonse-Pamodzi autour de Brian Mundubile.
Freedom House signale l’arrestation de plusieurs opposants en mai 2025 pour incitation à la haine, espionnage et sédition, et classe la Zambie « partiellement libre ».
L’élection du 13 août 2026 se joue sur fond de resserrement de l’espace politique.
L’indice de perception de la corruption est retombé à 37 sur 100 en 2025, après trois années consécutives de progrès qui l’avaient porté à 39.
La Zambie reste classée 99e sur 182 pays, derrière la Tanzanie, l’Afrique du Sud et la Namibie.
À surveiller · signaux positifs
Risques
Rechute des cours du cuivre sous les coûts de production.
Nouvelle sécheresse dans le bassin du Zambèze.
Contestation du résultat de l’élection du 13 août 2026.
Retard du programme du FMI successeur après le scrutin.
Ralentissement du chantier de Mingomba pour des raisons de financement.
Le méga-contrat d’investissement qatari de 19 milliards de dollars annoncé début 2026 reste, à ce stade, sans le moindre chantier sorti de terre : un cas d’école de « bonne nouvelle trompeuse » à surveiller.
Signaux positifs
Trois agences de notation sorties de la catégorie défaut fin 2025.
Niveau du lac Kariba doublé en un an.
Chantier de Mingomba officiellement lancé en mai 2026.
Inflation au plus bas depuis 2019.
Phase d’ingénierie-construction du corridor de Lobito engagée en juillet 2026.
Effets de voisinage
RDC
Partenaire minier stratégique. La RDC concentre à elle seule plus de la moitié des réserves mondiales de cobalt (USGS) ; la Zambie l’extrait à une échelle bien plus modeste, comme sous-produit du cuivre sur la même Copperbelt. Le corridor de Lobito relie les deux pays ; l’instabilité à l’est congolais reste une menace directe.
Zimbabwe
Partage le lac Kariba et son barrage. La sécheresse qui assèche le réservoir frappe les deux pays en même temps ; la Zambie exporte de l’électricité vers son voisin quand les niveaux le permettent.
Angola
Terminus atlantique du corridor de Lobito. L’Angola devient l’accès maritime alternatif de la Zambie, face à la route historique par la Tanzanie.
Afrique du Sud
Premier fournisseur de la Zambie et pôle logistique de toute l’Afrique australe via la SADC. Toute perturbation sud-africaine se répercute directement sur l’économie zambienne.
Choc externe actif
Les tensions commerciales mondiales et la volatilité des cours du cuivre frappent la Zambie de plein fouet : elle en tire l’essentiel de ses recettes d’exportation, sans amortisseur industriel pour absorber un retournement des prix. À l’inverse, la demande mondiale de cuivre et de cobalt, portée par la transition énergétique et l’intelligence artificielle (centres de données), soutient les cours et les recettes fiscales tant qu’elle se maintient. Le bilan reste asymétrique : la Zambie profite pleinement du cycle haussier, mais resterait tout aussi exposée à un retournement.
Les dynamiques structurelles
Corridors rivaux et diplomatie de bascule
Jouer Lobito contre TAZARA a permis à la Zambie de faire financer ses infrastructures par deux blocs rivaux à la fois. Le corridor de Lobito, environ 5 milliards de dollars au total, est déjà appuyé par 1,3 milliard de dollars d’engagements de la Banque africaine de développement et de l’Africa Finance Corporation, pour une réduction attendue d’environ un tiers du coût de transport du cuivre et du cobalt. Mais cette habileté a une limite : le jour où l’un des deux corridors devient dominant, Lusaka perdra une partie de son levier de négociation.
Kariba et la dépendance climatique
La reconstitution du barrage est un vrai répit, pas une solution. L’hydroélectricité demeure dominante dans la production zambienne, ce qui expose fortement le pays aux variations hydrologiques d’un seul bassin : chaque sécheresse redevient une crise énergétique et industrielle. La sécheresse de 2024 a aussi poussé 5 millions de Zambiens vers l’insécurité alimentaire aiguë : le risque climatique frappe l’agriculture et les foyers autant que les mines.
Mingomba et la souveraineté minière
Ce gisement, présenté par ses promoteurs comme le plus important investissement minier privé de l’histoire zambienne, est détenu à 80 % par KoBold Metals via une coentreprise avec ZCCM-IH, qui porte la participation publique. ZCCM-IH a fait connaître son intention de porter sa part de 20 % à 25 %, sans que des négociations formelles aient été annoncées : la Zambie reste, pour l’instant, minoritaire dans son propre gisement le plus prometteur. Autre rappel de cette dépendance : un tribunal d’arbitrage de Londres a condamné ZCCM-IH à verser environ 92 millions de dollars au négociant Trafigura en mai 2026, dans un litige lié à Konkola Copper Mines. Recouvrer la propriété du sous-sol ne suffit pas à échapper aux tribunaux internationaux qui en arbitrent les litiges.
Restructuration achevée, marge budgétaire étroite
Sortir du défaut ne signifie pas retrouver des marges de manœuvre : le déficit primaire doit encore reculer de 3,1 % à 1,1 % du PIB en 2026, en pleine année électorale, un exercice d’équilibriste budgétaire.
Cuivre raffiné, valeur manufacturière ailleurs
La Zambie va jusqu’au cathode de cuivre raffiné, mais la transformation manufacturière qui suit (câbles, composants, alliages) se fait presque toujours hors du pays. La Zambia-DRC Battery Council promet une chaîne de valeur locale des matériaux de batterie, mais elle n’aura pas d’usines avant la fin de la décennie.
Croissance macro, cohésion sociale en retard
La restructuration réussie et le record de production ne se traduisent pas encore en recul de la pauvreté. Ce décalage entre statistiques nationales et vécu quotidien est le terrain sur lequel se joue l’élection du 13 août 2026.
Tourisme, une diversification réelle mais encore modeste
Les chutes Victoria et les parcs nationaux ont attiré un nombre record de visiteurs étrangers en 2025 (2,3 millions, contre 2,2 millions en 2024), pour environ 165,000 emplois directs. Le secteur reste toutefois sans commune mesure avec le cuivre dans les recettes d’exportation : une diversification prometteuse, pas encore une alternative.
Le chantage sanitaire américain, une ligne rouge que Lusaka n’a pas franchie
Une note du département d’État révélée par le New York Times en avril 2026 proposait de conditionner l’aide Pepfar (VIH, dont dépendent 1,3 million de Zambiens) à un accès privilégié aux mines pour les entreprises américaines, avec menace de coupe totale si aucun accord n’était signé fin avril. La Zambie a refusé, au prix d’une dégradation réelle des services de santé sur le terrain. Une leçon à double tranchant : la souveraineté a un coût humain immédiat, mais elle reste une ligne que Lusaka a choisi de ne pas franchir.
L’uranium, un gisement qui cherche encore son permis
Sous le sol zambien dort aussi de l’uranium : le projet de Muntanga, dans le sud du pays, appartient à l’explorateur australien Atomic Eagle (ex-GoviEx Uranium), qui a déposé son étude d’impact environnemental fin 2025 et lancé en avril 2026 son plus gros programme de forage en dix-huit ans. Une mine qui cherche encore son permis n’est une prise pour personne : à surveiller, pas encore à compter.
Ce qui changerait la donne
Les événements qui, s’ils se produisaient, feraient basculer le diagnostic, dans un sens ou dans l’autre.
Mingomba entre en production
Le passage du chantier à l’extraction effective confirmerait que l’investissement étranger se traduit enfin par une capacité productive nouvelle, pas seulement par une annonce.
Le programme du FMI successeur est signé
Un nouvel accord avec le FMI après l’élection confirmerait que la trajectoire de réforme survit au changement de cycle politique.
Le bassin du Zambèze confirme sa reconstitution
Une deuxième saison des pluies favorable consécutive, portant le stockage utile durablement au-dessus de son niveau de mi-2026, écarterait le risque de rationnement industriel plutôt que de simplement le repousser d’un an.
L’élection du 13 août 2026 se déroule sans contestation majeure
Une passation tranchée par les urnes plutôt que par la rue confirmerait la résilience du cadre démocratique zambien.
Les cours du cuivre se retournent durablement
Une chute prolongée sous les coûts de production ferait resurgir la fragilité budgétaire que la restructuration a seulement mise en veille.
Scénarios à cinq ans · 2026-2031
Scénario favorable
Passation pacifique en août 2026, chantier de Mingomba qui avance, cuivre au-dessus d’un million de tonnes, Kariba stabilisé, programme du FMI successeur signé. La Zambie entre en zone Résilient. Score envisageable à cinq ans : 2,9 à 3,1.
Scénario défavorable
Contestation électorale, nouvelle sécheresse sur le Zambèze, retournement des cours du cuivre, retard du programme du FMI. La Zambie rebascule vers la zone Fragile. Score envisageable : 2,1 à 2,3.
Méthodologie et légende
Comment lire le score
Le score mesure la capacité à absorber un choc, non la richesse ni la popularité du gouvernement du moment. Une variation de 0,1 point exige un changement documenté sur au moins un pilier pondéré.
Échelle
4,0-5,0 : solidement ancré.3,0-3,9 : résilient.2,5-2,9 : sous tension.1,5-2,4 : fragile. 1,0-1,4 : en défaillance.
Pondérations et arrondi
Piliers I, II, VI et VIII : 13,5 % chacun. Piliers III, IV, V et VII : 9 % chacun. Pilier IX : 10 %. Total : 100 %. Les notes des neuf piliers sont des appréciations qualitatives posées directement au dixième (aucune valeur intermédiaire en centièmes). Le score global est la somme pondérée de ces notes : 2,6335, arrondi au dixième (arrondi arithmétique, 0,05 au dixième supérieur) pour donner 2,6/5. Seul le score global fait l’objet d’un arrondi ; sa valeur non arrondie ne figure que dans la méthodologie.
Pilier IX · Autonomie stratégique, méthode de calcul. IX = 2,8/5, sans plafonnement. A fiscal = 3 : recettes domestiques passées de 74 % à 81 % du budget entre 2024 et 2025. B exportations = 2 : environ 71 % des recettes d’exportation concentrées sur le seul cuivre. C sécurité = 3 : appareil national autonome mais sous-financé et dépendant d’équipements importés. D réserves et financement = 3 : réserves de change proches de cinq mois d’importations, marchés locaux en développement. E décisionnel = 3 : diplomatie de bascule assumée entre Lobito et TAZARA, capacité de refus démontrée en avril 2026 face au chantage sanitaire américain, mais dépendance simultanée à plusieurs bailleurs et coût humain réel de ce refus (dégradation documentée des services de lutte contre le VIH). Moyenne : (3 + 2 + 3 + 3 + 3) / 5 = 2,8. Un seul sous-indicateur à 2 ou moins : la règle de plafonnement à 2,5 ne s’applique pas, elle exige au moins deux sous-indicateurs à 2 ou moins.
Tendance depuis 2020
Ce qui tient
Ce qui fragilise
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