Reconnaître la Palestine n’est pas reconnaître le Hamas
Septembre 2025, ce que les textes exigent
Benjamin Netanyahou accuse les reconnaissances occidentales de récompenser le terrorisme. On peut discuter leur calendrier et leurs effets. Leur contenu, lui, est public.
Le reproche n’est pas absurde. Le calendrier lui donne prise.
Le 21 septembre 2025, le Royaume-Uni, le Canada et l’Australie reconnaissent l’État de Palestine. Benjamin Netanyahou réagit le soir même, dans une vidéo diffusée par son bureau : « Vous accordez une énorme récompense au terrorisme »1.
Le lendemain, la France reconnaît la Palestine à son tour. Le moment donne à Netanyahou un point d’appui : ces décisions tombent en pleine guerre, avant la libération des otages, avant le désarmement du Hamas, avant les réformes promises. Le grief a donc une prise réelle. Reste à savoir ce que ces textes contiennent.
Le jour même, Londres répond par avance.
Ces textes sont publics. En reconnaissant la Palestine, Keir Starmer déclare que cette solution n’est pas une récompense pour le Hamas, puisqu’elle signifie qu’il n’aura aucun avenir : aucun rôle dans le gouvernement, aucun rôle dans la sécurité2.
Ottawa exige qu’il libère tous les otages, se désarme complètement et ne joue aucun rôle dans la gouvernance future3. Le lendemain, Paris qualifie sa propre reconnaissance de « défaite pour le Hamas » et charge une administration de transition de mettre en œuvre son démantèlement4.
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Reconnaître un État, ce n’est pas désigner qui le gouverne.
C’est la confusion que la phrase installe. Un État se reconnaît comme entité durable, avec un territoire et une population. Les gouvernements passent, la reconnaissance demeure.
Elle ne date pas non plus du 7-Octobre. L’État de Palestine est proclamé à Alger le 15 novembre 1988, et l’Algérie le reconnaît le jour même. Avant cette journée de septembre 2025, plus de 150 États l’avaient déjà fait2.
Aucun des trois pays ne reconnaît le Hamas. Tous désignent l’Autorité palestinienne comme interlocutrice et écartent nommément le Hamas de l’architecture qu’ils dessinent.
Une faiblesse réelle, que la phrase ne nomme pas.
On peut leur reprocher beaucoup. Ces engagements restent prospectifs : aucun dispositif commun n’en fixe le calendrier, le contrôle, ni les conséquences en cas de manquement. L’Autorité palestinienne promet des élections en 2026, alors qu’aucune élection palestinienne générale ne s’est tenue depuis 2006. Paris a bien gardé une prise, en subordonnant l’ouverture d’une ambassade à la libération des otages et au cessez-le-feu. Mais la reconnaissance, elle, n’a pas été subordonnée à leur exécution préalable.
Cette objection-là se documente, et elle est israélienne autant qu’européenne. Ce n’est pas celle que la phrase formule.
Le Hamas peut revendiquer le calendrier. Il ne reçoit ni l’État ni son gouvernement.
Là est le glissement. Le Hamas peut prétendre que le 7-Octobre a précipité ces reconnaissances, et en tirer un dividende de propagande : c’est un effet possible, et il se discute. Mais la phrase transforme ce bénéfice symbolique en récompense politique accordée. Or ces textes reconnaissent la Palestine, désignent l’Autorité palestinienne et prévoient le désarmement du Hamas et son exclusion de la gouvernance.
En résumé
Le mot de la fin
Une victoire de propagande n’est pas une reconnaissance politique. Le Hamas peut s’attribuer le calendrier de ces décisions ; il n’en reçoit ni l’État, ni sa gouvernance, ni sa légitimité. En confondant les deux, la phrase ferme le seul débat qu’elle aurait pu ouvrir, celui du moment choisi.
Le calendrier se discute. Le texte se lit.
On peut juger une reconnaissance prématurée. On ne peut pas lui faire dire l’inverse de ce qu’elle écrit.
La déclaration du 21 septembre, en entierAfficher ▾Masquer ▴
J’ai un message clair pour ces dirigeants qui reconnaissent un État palestinien après l’horrible massacre du 7 octobre : vous accordez une énorme récompense au terrorisme.
Et j’ai un autre message pour vous : cela n’arrivera pas. Aucun État palestinien ne verra le jour à l’ouest du Jourdain.
Pendant des années, j’ai empêché la création de cet État terroriste, contre des pressions considérables, intérieures comme étrangères. Nous l’avons fait avec détermination et avec habileté politique.
Bien plus : nous avons doublé l’implantation juive en Judée-Samarie (désignation israélienne de la Cisjordanie), et nous poursuivrons dans cette voie.
La réponse à la dernière tentative de nous imposer un État terroriste au cœur de notre pays sera donnée après mon retour des États-Unis. Attendez.
I have a clear message to those leaders who are recognizing a Palestinian state after the horrendous October 7 massacre: You are rewarding terror with an enormous prize.
And I have another message for you: It’s not going to happen. There will be no Palestinian state to the west of the Jordan River.
For years I have prevented the creation of that terror state, against tremendous pressure, both domestic and from abroad. We have done this with determination, and with astute statesmanship.
Moreover, we have doubled the Jewish settlement in Judea and Samaria, and we will continue on this path.
The response to the latest attempt to force upon us a terror state in the heart of our land will be given after my return from the United States.
Déclaration diffusée par le bureau du Premier ministre le 21 septembre 2025, prononcée en hébreu. La version anglaise est celle du service de presse gouvernemental israélien1.
Les sources de cette page · 4 référencesAfficher ▾Masquer ▴
- 1Déclaration du Premier ministre Benjamin Netanyahou, bureau du Premier ministre, 21 septembre 2025 ; rediffusion vidéo, extrait à 0:08. Original hébreu : אתם מעניקים פרס עצום לטרור. Traduction anglaise officielle : « You are rewarding terror with an enormous prize. » Traduction SAPERE : « Vous accordez une énorme récompense au terrorisme. »
- 2Déclaration de Keir Starmer sur la reconnaissance de la Palestine, 21 septembre 2025. Original : « This solution is not a reward for Hamas. » Le discours relève également que le Royaume-Uni rejoint plus de 150 pays reconnaissant la Palestine. Les décomptes du nombre total d’États reconnaissants varient selon le périmètre retenu : le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères situe la France au 159e rang, d’autres relevés donnent 154 ou 157.
- 3Déclaration de Mark Carney sur la reconnaissance de l’État de Palestine par le Canada, 21 septembre 2025. Le texte détaille aussi les engagements de l’Autorité palestinienne : réforme, élections en 2026 sans le Hamas, démilitarisation.
- 4Discours d’Emmanuel Macron devant l’Assemblée générale des Nations unies, 22 septembre 2025, texte intégral publié par l’ambassade de France au Royaume-Uni.
La déclaration de Benjamin Netanyahou est citée d’après le texte publié par son bureau, dans son original hébreu, avec la traduction anglaise officielle et la traduction retenue ici. Les positions britannique, canadienne et française proviennent des textes publiés par les gouvernements concernés.
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