Veille Citoyenne : Alerte N°9 : Souveraineté numérique - le mirage du "Cloud de confiance"

Mise à jour du 20 Septembre 2025
Fiche d’analyse – Alerte n°9 : le mirage du cloud de confiance
Alerte N°9 • Souveraineté Numérique

Le mirage du « cloud de confiance »

Face aux bénéfices technologiques du cloud, l’État français a fait le choix en 2021 d’une voie qui, sous couvert de « souveraineté numérique », organise un abandon stratégique au profit des géants américains Microsoft et Google. En validant un label « cloud de confiance » pour des offres reposant sur leurs technologies, il permet à des entreprises soumises au droit américain de capter les données les plus sensibles de la nation. Ce montage, d’une opacité calculée, constitue un scandale d’État en puissance. Il neutralise nos propres champions, crée une dépendance irréversible et expose nos secrets à la curiosité légale de Washington. Loin de protéger la France, cette politique la vassalise, sacrifiant l’intérêt général sur l’autel d’intérêts privés et géopolitiques qui ne sont pas les nôtres.

Décision clé : une souveraineté sous licence

La décision centrale est la mise en œuvre de la doctrine « Cloud au Centre » (circulaire du Premier ministre Jean Castex, 5 juillet 2021), stratégie portée politiquement par Bruno Le Maire (Économie) et Cédric O (alors Secrétaire d’État au Numérique), qui impose aux administrations le recours au cloud. Pour les données sensibles, l’État a promu une solution de « cloud de confiance » reposant sur un mécanisme de licence : des sociétés de droit français (« Bleu », porté par Orange et Capgemini, et « S3ns », porté par Thales) opèrent les technologies des géants américains (Microsoft, Google) pour viser le label de sécurité SecNumCloud.

Ce montage est une supercherie : il laisse intacte la dépendance technologique et n’annule en rien la soumission aux lois extraterritoriales américaines (CLOUD Act), qui permettent aux autorités américaines d’accéder aux données.

Le faux débat : pragmatisme ou renoncement

L’argumentaire officiel

La défense de cette stratégie repose sur un prétendu « pragmatisme » : face au retard technologique européen, il serait irréaliste de se priver des services avancés des hyperscalers américains. Le « Cloud de Confiance » serait donc une solution de transition, un « moindre mal » permettant de bénéficier du meilleur des deux mondes tout en posant des garde-fous juridiques.

Ma contre-analyse

  • Transition sans fin : On institutionnalise la dépendance en privant l’industrie souveraine des commandes publiques nécessaires pour innover.
  • Garde-fous illusoires : Le CLOUD Act s’applique aux technologies elles-mêmes, rendant les barrières contractuelles françaises inopérantes.
  • Cercle vicieux : L’État organise lui-même la marginalisation de ses champions en faussant la concurrence.
  • Verrouillage stratégique : Toute réversibilité devient techniquement et financièrement quasi impossible.

Enjeux et état des lieux

  • 70% Marché français du cloud (25 Mds€) dominé par les géants américains. La stratégie gouvernementale renforce ce déséquilibre.
  • Un écosystème souverain dynamique : OVHcloud, Scaleway, Cloud Temple ou NumSpot proposent des offres SecNumCloud, mais restent sous-utilisés. OVHcloud n’a remporté que 23,4 M€ de commandes via l’UGAP en 2024 et a été sorti de l’indice SBF 120 en septembre 2025.
  • La réalité du Multi-Cloud : L’État ignore cette intelligence de terrain (critique chez nous, le reste ailleurs) en ne favorisant pas activement ces arbitrages.

Bâtir une souveraineté réelle

L’investissement dans le souverain n’est pas un surcoût, mais une assurance pour notre autonomie stratégique à long terme.

Commande Publique Privilégier les solutions souveraines pour les usages critiques.
Régulation EUCS Imposer de réels garde-fous techniques et juridiques au niveau européen.
Soutien Innovation Permettre à notre écosystème d’atteindre une échelle mondiale.

Vigilance citoyenne : recommandations

  • Suivi parlementaire : Commission d’enquête sur la commande publique numérique. Hashtag #SouverainetéNumériqueEnDanger.
  • Contrôle CADA : Publication des études d’impact sur la souveraineté.
  • Veille européenne : Soutenir un schéma EUCS réellement protecteur.
  • Veille juridique : Suivre les attributions (Plateforme des Données de Santé) et les décisions de la CNIL.

En savoir plus sur SAPERE

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Laisser un commentaire

Retour en haut

En savoir plus sur SAPERE

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture