Trajectoires de puissance · 2000-2024
Chine · vingt-cinq ans de puissance, lus pilier par pilier

Chine La puissance qui transforme le savoir en industrie

Septième épisode d’une lecture en neuf volets. En vingt-cinq ans, la Chine a triplé son effort de recherche, est devenue le premier producteur d’articles scientifiques du monde et le premier déposant de demandes internationales de brevets. Elle sait aussi industrialiser : trains, satellites, batteries. Mais elle ne perçoit qu’une faible part des redevances mondiales de propriété intellectuelle : sa capacité à convertir ce volume en revenus, en standards et en dépendances durables reste inégale selon les domaines.

Pilier VII · Lecture par la science et la créativité disruptive
Innovation et savoir

5 octobre 2015, Stockholm. Le prix Nobel de médecine récompense Tu Youyou, 84 ans, pour la découverte de l’artémisinine, le traitement du paludisme qui a sauvé des millions de vies. C’est le premier Nobel scientifique attribué à une chercheuse ayant fait toute sa carrière en Chine populaire.

La découverte date de 1972. Elle est née d’un programme militaire secret, le Projet 523, à partir d’un traité de médecine chinoise du IVe siècle. Tu Youyou n’a ni doctorat, ni diplôme étranger, ni siège à l’Académie des sciences : la presse chinoise la surnomme la lauréate « des trois sans ».

Le Nobel couronne une science d’hier, faite avec peu de moyens. La Chine d’aujourd’hui en a beaucoup : la question n’est plus de savoir si elle produit du savoir, mais par quels mécanismes, et dans quels domaines, elle le convertit en puissance technologique.

Cinq indicateurs sur vingt-cinq ans

Financer, publier, inventer, structurer, former

Pour chaque indicateur, des points de repère placés à leur date réelle dessinent l’évolution quand la série existe, puis un classement situe la Chine dans le monde, France comprise. Une frise colorée dit, pour chaque date, si le chiffre sert ou dessert la puissance chinoise. Les cinq blocs reprennent les mesures de la série États-Unis, avec les mêmes sources quand elles existent.

Ce pilier met à l’épreuve le concept stratégique SAPERE du Pilier VII : distinguer production et structuration. Les trois premiers indicateurs suivent les moyens de la recherche, la production scientifique et les demandes de protection des inventions ; le quatrième, une partie de sa valorisation internationale ; le cinquième, la concentration de la recherche d’excellence. La conversion industrielle, qu’aucune statistique comparable ne résume, fait l’objet d’un encadré.

Les séries s’arrêtent en 2024. Ce qui s’est passé depuis figure à part, sous la mention « Depuis 2024 ».

Produire en masse n’est pas contrôler les standards et l’architecture : la Chine a gagné le premier terrain ; sur le second, sa position varie selon les domaines.

Atout : indicateur favorable à la puissanceNeutre : indicateur sans impact stratégique décisifVigilance : signal préoccupant à surveillerPiège : indicateur structurellement défavorable
Une qualification peut évoluer dans le temps : un atout de 2000 peut devenir un piège en 2024.
Indicateur 1 sur 5
Effort de recherche : dépenses de R&D en % du PIB (Banque mondiale, puis BNS pour 2024), avec leur répartition
La Chine a triplé son effort de recherche et privilégie le développement expérimental.
2,69 % du PIB consacrés à la recherche et développement en 2024 (BNS), soit 3,633 milliards de yuans, environ 466 milliards d’euros ; 0,88 % en 2000
0,88 % en 2000, 1,20 % en 2004, 1,64 % en 2009, 1,99 % en 2014, 2,20 % en 2019, 2,58 % en 2023, 2,69 % en 2024. Répartition en 2024 : recherche fondamentale 6,9 %, soit 250 milliards de yuans, environ 32 milliards d’euros, contre 55,5 milliards de yuans en 2013 ; recherche appliquée 11,9 %, développement 81,2 % ; les entreprises exécutent 77,7 % de la dépense. Chercheurs : 550 par million d’habitants en 2000, 2,107 en 2023, contre 4,937 aux États-Unis (2022) et 5,369 en France.
Dépenses de R&D en % du PIB, 2000-2024
2000 2004 2009 2014 2019 2024 0,88 % 1,99 % 2,69 %
0,88 % (2000) → 1,99 % (2014) → 2,69 % (2024). Banque mondiale jusqu’en 2023, BNS pour 2024 ; les deux sources donnent la même valeur pour 2023.
Pas de projection tracée. Le plan quinquennal 2021-2025 visait une hausse de la dépense de plus de 7 % par an, et une part de la recherche fondamentale supérieure à 8 % en 2025 ; elle n’est pas encore atteinte en 2024.
Frise A · effort de recherche
Frise de lecture de puissance
2000 → 2004 · budget encore modeste, sous 1,2 % du PIB
Neutre
2009 → 2024 · deuxième budget de recherche du monde
Atout
Frise B · recherche fondamentale
Frise de lecture de puissance
2000 → 2009 · part non retenue ici
n/d
2014 → 2024 · minoritaire : 4,7 % (2013), 6,0 % (2019), 6,9 % (2024)
Vigilance
R&D en % du PIB en 2023 (Banque mondiale ; NCSES pour les États-Unis)
2,18 France 2,58 Chine 3,15 Allemagne 3,37 États-Unis 4,94 Corée 6,35 Israël
Source : Banque mondiale, GB.XPD.RSDV.GD.ZS, mise à jour du 8 octobre 2026 ; États-Unis : NCSES, chiffre de la fiche États-Unis (3,45 selon la Banque mondiale). Chine en bordeaux.
Ce que mesure l’indicateur
L’effort consenti, et la façon dont il se répartit

Dépenses intérieures de recherche et développement rapportées au PIB, selon la Banque mondiale, puis le BNS pour 2024 ; la fiche États-Unis s’appuie sur la statistique fédérale américaine (NCSES). La répartition distingue la recherche fondamentale, sans application visée, la recherche appliquée et le développement de produits.

L’intensité mesure l’effort, pas le résultat. Elle ne dit pas non plus qui décide : en Chine, les entreprises exécutent l’essentiel de la dépense, mais dans le cadre de plans fixés par l’État, et les grands groupes publics y pèsent lourd.

La tendance lourde

L’effort chinois triple en vingt-quatre ans. Le plan de développement scientifique de février 2006 fixe un cap : 2,5 % du PIB en 2020, et le passage de l’imitation à l’« innovation indigène ». Le cap est presque tenu, avec 2,4 % en 2020. En 2023, elle devance l’Union européenne (2,26 %) et la France (2,18 %).

En volume, la Chine devient vers 2010 le deuxième budget de recherche du monde, derrière les États-Unis. Ses chercheurs sont environ trois millions en 2023 selon l’OCDE, presque deux fois plus qu’aux États-Unis ; rapportés à la population, ils restent plus de deux fois moins nombreux.

La rupture

Le point de vigilance est dans la répartition. La recherche fondamentale reçoit 6,9 % de la dépense chinoise en 2024, contre 15 % aux États-Unis en 2023, selon le NCSES ; le développement expérimental absorbe plus de 80 %. Mais une petite part d’un très grand budget reste un montant important : 250 milliards de yuans en 2024, quatre fois et demie le montant de 2013.

Le développement expérimental peut lui-même produire des percées technologiques majeures ; la répartition ne suffit pas à mesurer la capacité de découverte. Le plan 2021-2025 fixe pourtant, pour la première fois, un objectif chiffré à la recherche fondamentale : plus de 8 % de la dépense en 2025, non encore atteint en 2024.

Pourquoi deux frises : Effort de recherche : Neutre (2000-2004), avec un budget encore modeste, puis Atout (2009-2024), avec le deuxième budget de recherche du monde. Dans les trois fiches, la couleur suit le montant ; l’intensité, supérieure à celle de la France, en est la mesure d’appoint. Recherche fondamentale : Vigilance sur la période documentée, de 2013 à 2024, avec une part passée de 4,7 % à 6,9 %, deux fois plus faible qu’aux États-Unis, pour un montant en forte hausse. Jugement : la Chine finance massivement la recherche et privilégie le développement expérimental ; la place relativement faible de la recherche fondamentale est un point de vigilance, sans suffire à mesurer sa capacité de découverte.

Limite : les séries de chercheurs chinois changent de définition en 2009 ; les montants convertis aux taux de change sous-estiment ce que la dépense chinoise permet d’acheter.
Indicateur 2 sur 5
Production scientifique : part des articles scientifiques mondiaux (NSB, Scopus, comptage fractionné) et impact
La Chine publie plus que les États-Unis depuis 2017 ; la proportion de ses articles parmi les plus cités reste inférieure.
27,5 % des articles scientifiques mondiaux en 2022 (National Science Board, Scopus), contre 13,9 % pour les États-Unis ; 6,5 % en 2002
Part mondiale de la Chine : 6,5 % en 2002, 9,1 % en 2004, 15,5 % en 2009, 17,3 % en 2014, 22,4 % en 2019, 27,5 % en 2022. Impact (part des articles parmi le 1 % le plus cité, 1 = moyenne mondiale) : 0,42 en 2006, 1,30 en 2022, contre 1,68 pour les États-Unis.
Part des articles scientifiques mondiaux : Chine et États-Unis, 2002-2022 (%)
20 % 10 % 2002 2004 2009 2014 2019 2022
Chine : 6,5 % en 2002, 27,5 % en 2022États-Unis : 27,8 % en 2002, 13,9 % en 2022
Chine : 6,5 % (2002) → 17,3 % (2014) → 27,5 % (2022). Série du National Science Board, à partir de 2002, la même que dans la fiche États-Unis ; le nombre d’articles chinois est multiplié par près de douze en vingt ans.
Pas de projection.
Frise A · volume
Frise de lecture de puissance
2002 → 2004 · producteur secondaire
Neutre
2009 → 2014 · deuxième producteur
Atout
2019 → 2022 · premier producteur (dernière observation : 2022)
Atout
Frise B · impact
Frise de lecture de puissance
2000 → 2004 · hors de la série
n/d
2009 → 2014 · sous la moyenne mondiale
Vigilance
2019 → 2022 · au-dessus de la moyenne mondiale (dernière observation : 2022)
Atout
Ce que mesure l’indicateur
Combien on publie, et quelle part entre parmi les plus cités

Part de la Chine dans les articles scientifiques et techniques publiés dans le monde, selon le National Science Board (base Scopus), avec la même méthode que pour les États-Unis. Le comptage est fractionné : un article écrit par trois auteurs de trois pays compte pour un tiers dans chacun.

L’impact rapporte la part des articles d’un pays parmi le 1 % le plus cité du monde à la moyenne mondiale. Un indice de 1,30 signifie qu’un article chinois a 30 % de chances de plus que la moyenne de figurer parmi les plus cités. L’indice dépend des disciplines, de la fenêtre de citation et des collaborations internationales.

Proportion et nombre ne disent pas la même chose : par son volume, la Chine est devenue le premier pays pour le nombre d’articles parmi les plus cités, selon l’institut japonais de politique scientifique (NISTEP, 2022), tout en gardant une proportion inférieure à celle des États-Unis.

La tendance lourde

La production chinoise est multipliée par près de douze entre 2002 et 2022. La Chine passe devant les États-Unis en 2017, une première depuis que la science se mesure en articles. L’impact suit, plus lentement : sous la moyenne mondiale jusqu’au milieu des années 2010, il atteint 1,30 en 2022.

Ce rattrapage doit beaucoup aux incitations. Pendant vingt ans, universités et instituts versent des primes à la publication, parfois considérables pour un article dans Nature ou Science. En février 2020, les ministères de la Science et de l’Éducation les interdisent, et demandent de cesser d’évaluer les chercheurs au nombre d’articles.

La rupture

La masse a son revers : les officines qui vendent de faux articles à des chercheurs pressés de publier, et les rétractations qui les sanctionnent, dont les affiliations chinoises fournissent une part importante. Le phénomène ne disqualifie pas la science chinoise ; il en brouille la mesure.

L’essentiel est ailleurs. En chimie, en sciences des matériaux et en ingénierie, la Chine publie désormais plus que tout autre pays, et la Chine et les États-Unis forment la première paire de coauteurs du monde : la science chinoise s’est faite aussi avec la science américaine.

Pourquoi deux frises : Volume : Neutre au début des années 2000, puis Atout, avec la première place mondiale depuis 2017. Impact : Vigilance tant qu’il reste sous la moyenne mondiale, puis Atout quand il la dépasse : en 2022, les articles chinois sont surreprésentés de 30 % parmi les plus cités, contre 68 % pour les articles américains. Jugement : la Chine a gagné la bataille du nombre ; sur l’impact, elle est au-dessus de la moyenne, sans avoir rejoint les États-Unis selon l’indice retenu.

Limite : la série commence en 2002 ; l’indice d’impact, en 2006.
Indicateur 3 sur 5
Inventions : demandes internationales de brevets (PCT, OMPI)
La Chine est le premier déposant mondial de demandes internationales de brevets depuis 2019.
69,991 demandes internationales de brevets déposées par des résidents chinois en 2024 (OMPI), contre 54,227 pour les États-Unis
Chine : 1,705 en 2004, 7,946 en 2009, 25,539 en 2014, 58,990 en 2019, 69,991 en 2024. États-Unis : environ 38,000 en 2000, 43,342 en 2004, 45,790 en 2009, 61,492 en 2014, 57,840 en 2019, 54,227 en 2024. Huawei est le premier déposant d’entreprise du monde depuis 2017.
Demandes PCT : Chine et États-Unis, 2000-2024 (milliers)
2000 2004 2009 2014 2019 2024 Dépassement en 2019 : 58,990 contre 57,840
Chine : 1,705 en 2004, 69,991 en 2024États-Unis : environ 38,000 en 2000, 54,227 en 2024
Chine : 1,705 (2004) → 25,539 (2014) → 69,991 (2024). Pays de résidence du premier déposant ; la première valeur chinoise retenue est celle de 2004, comme dans la fiche États-Unis.
Pas de projection.
Depuis 2024. L’OMPI compte 73,718 demandes chinoises en 2025 (+5,3 %), contre 52,617 américaines (−3,0 %). Huawei reste le premier déposant, avec 7,523 demandes publiées.
Frise de lecture de puissance
2000 → 2009 · déposant marginal, puis en forte hausse
Neutre
2014 · troisième déposant
Atout
2019 → 2024 · premier déposant mondial
Atout
Demandes PCT en 2024 (milliers, OMPI)
8,1 France 16,7 Allemagne 23,8 Corée 48,4 Japon 54,2 États-Unis 70,0 Chine
Source : OMPI, annexe du communiqué du 6 mars 2026 ; pays de résidence du premier déposant. Chine en bordeaux.
Ce que mesure l’indicateur
Des demandes de protection, pas des inventions accordées

Nombre de demandes internationales de brevets déposées selon le traité de coopération en matière de brevets, géré par l’OMPI, par pays de résidence du premier déposant, comme pour les États-Unis. Une demande PCT n’est pas un brevet accordé : chaque pays décide ensuite de le délivrer ou non.

L’indicateur retient les seules demandes internationales, qui coûtent cher et visent les marchés étrangers. Il écarte les brevets déposés en Chine seulement, beaucoup plus nombreux, et longtemps gonflés par des subventions.

La tendance lourde

Quasi absente du système en 2000, la Chine passe devant l’Allemagne au début des années 2010, devant le Japon en 2017, devant les États-Unis en 2019.

Les demandes sont très concentrées. Huawei dépose à lui seul environ 6,600 demandes en 2024 ; les fabricants de batteries, d’écrans et de téléphones, CATL, BOE, Xiaomi, suivent. Les télécommunications, l’informatique et l’électricité dominent.

La rupture

En janvier 2021, l’office chinois des brevets demande de supprimer, avant fin juin, toutes les aides publiques au dépôt de demandes : la quantité ne doit plus être récompensée pour elle-même. Les demandes internationales continuent pourtant de progresser, plus lentement.

Le volume ne mesure pas la valeur. Une partie de la valeur se lit dans ce que les autres paient pour utiliser ces inventions : c’est l’objet de l’indicateur 4.

Pourquoi Neutre (2000-2009) puis Atout (2014-2024) : Position : premier déposant mondial depuis 2019. Dynamique : demandes multipliées par plus de quarante depuis 2004. Jugement : la capacité d’invention protégée à l’étranger est réelle, concentrée sur quelques groupes ; elle ne dit rien, à elle seule, de la valeur des inventions.

Limite : une multinationale peut déposer depuis une filiale étrangère ; le pays du premier déposant n’est pas toujours celui de l’invention.
Indicateur 4 sur 5
Valorisation internationale : A · part des recettes mondiales de propriété intellectuelle ; B · recettes et paiements chinois (Banque mondiale) ; C · positions numériques en 2024
Premier déposant de demandes internationales de brevets, la Chine verse six fois plus de redevances qu’elle n’en reçoit.
1,2 % des recettes mondiales tirées de la propriété intellectuelle en 2024 (Banque mondiale), contre 29,9 % pour les États-Unis et 3,6 % pour la France
A, part mondiale des recettes : 0,1 % en 2000, 0,2 % en 2004, 2009 et 2014, 1,6 % en 2019, 2,6 % en 2022, 1,2 % en 2024. B : la Chine verse 45,9 milliards de dollars de redevances en 2024, environ 42 milliards d’euros, et en reçoit 7,1, environ 6,5 milliards d’euros : ses recettes couvrent 15 % de ses paiements, contre 6 % en 2000. C : 15 modèles d’intelligence artificielle notables en 2024, contre 40 américains.
A · Part de la Chine dans les recettes mondiales de propriété intellectuelle, 2000-2024 (%)
2000 2004 2009 2014 2019 2024 0,1 % 2,6 % 1,2 %
0,1 % (2000) → 2,6 % (2022) → 1,2 % (2024). Série heurtée : après vingt ans de hausse, les recettes chinoises reculent de 13,3 milliards de dollars en 2022 à 7,1 en 2024, puis remontent en 2025 ; les données disponibles ne permettent pas d’en établir la cause, réelle ou statistique. Courbe grise : une part plus haute serait une meilleure nouvelle pour la Chine.
B · Redevances versées (trait plein) et reçues (gris) par la Chine, 2000-2024 (milliards de dollars)
2000 2004 2009 2014 2019 2024
Versées : 1,3 milliard en 2000, 45,9 en 2024Reçues : 0,1 milliard en 2000, 7,1 en 2024
Les paiements sont multipliés par 36 en vingt-quatre ans, les recettes par 88, mais à partir de presque rien : l’écart se creuse en valeur, de 1,2 à 38,8 milliards de dollars.
Depuis 2024. Selon la Banque mondiale, les recettes chinoises remontent à 13,1 milliards de dollars en 2025, soit 2,1 % du total mondial ; les paiements atteignent 46,6 milliards.
Frise A et B · recettes et balance des redevances
Frise de lecture de puissance
2000 → 2014 · monétisation quasi nulle, paiements en forte hausse
Vigilance
2019 → 2024 · monétisation apparue, recettes volatiles et déficit persistant
Vigilance
Part des recettes mondiales de propriété intellectuelle en 2024 (%)
1,2 Chine 3,6 France 8,1 Allemagne 29,9 États-Unis
Source : Banque mondiale, BX.GSR.ROYL.CD, d’après le FMI ; même série que la fiche États-Unis. Chine en bordeaux.
C · Positions dans les architectures numériques en 2024
DomaineChineÉtats-Unis
Services d’infrastructure en nuage (revenus mondiaux, T4 2024)Part non publiée par la source ; Alibaba domine le marché chinois63 % pour AWS, Microsoft et Google
Modèles d’intelligence artificielle jugés notables, produits en 202415 ; écart de performance avec les meilleurs modèles américains ramené à 0,3 point au test MMLU fin 202440 ; Europe 3
Sources : Synergy Research Group (nuage) ; Stanford, AI Index 2025 (modèles notables, écart de performance). Même tableau que la fiche États-Unis.
Frise C · architectures numériques
Frise de lecture de puissance
2000 → 2019 · pas de mesure comparable
n/d
2024 · deuxième pôle de l’IA
Neutre
Ce que mesure l’indicateur
Une mesure de la monétisation, pas de tout le pouvoir technologique

A : part de la Chine dans les recettes mondiales tirées de l’usage de la propriété intellectuelle (redevances, licences de brevets, de logiciels, de marques), selon la Banque mondiale, comme pour les États-Unis. B : module chinois, qui met en regard ce que la Chine reçoit et ce qu’elle verse. C : positions de 2024 dans deux architectures numériques.

Les redevances mesurent une partie de la valorisation : les licences facturées d’un pays à l’autre. La domiciliation fiscale et les flux internes aux groupes les déforment : une partie des paiements chinois rémunère des maisons mères étrangères de filiales établies en Chine. Un pays peut aussi valoriser une technologie dans les produits qu’il vend, sans licence séparée.

PhénomèneCe que le dossier suit
Monétisation par licencesRecettes et paiements de propriété intellectuelle (A et B)
Conversion industrielleProduits et procédés commercialisés : l’encadré « De la découverte à l’usage »
StructurationStandards, plateformes, dépendances : indices partiels (C), sans mesure comparable unique
La tendance lourde

Pendant quinze ans, la Chine paie pour produire : licences de puces, de logiciels, de procédés, de marques. Ses paiements passent de 1,3 milliard de dollars en 2000 à 22,6 en 2014, pendant que ses recettes restent sous le milliard. Une large part de ce que fabrique l’atelier du monde repose alors sur des technologies conçues ailleurs.

Les recettes décollent à la fin des années 2010, portées notamment par les licences de télécommunications : Huawei compte parmi les premiers détenteurs de brevets déclarés essentiels à la 5G, que tout fabricant de téléphones doit utiliser. La Chine reste pourtant, en 2024, le troisième payeur de redevances du monde, derrière l’Irlande, où des groupes étrangers logent leur propriété intellectuelle, et les États-Unis.

La rupture

La rupture se lit dans le numérique. La Chine est le deuxième pôle de l’intelligence artificielle, et ses meilleurs modèles rejoignent presque les modèles américains fin 2024, selon Stanford. Ses plateformes de nuage, Alibaba, Huawei, Tencent, restent surtout implantées en Chine ; ses batteries, ses équipements de télécommunications et ses panneaux solaires, eux, équipent le monde.

Pékin a compris que les normes se fixent dans des enceintes collectives. En octobre 2021, un plan national de normalisation pousse les entreprises chinoises à y prendre des responsabilités. Ce pouvoir-là, comme les dépendances créées par ses industries, ne se mesure pas encore en chiffres comparables : l’indicateur 4 n’en donne que des indices.

Pourquoi Vigilance (A et B), Neutre (C) : Position : 1,2 % des recettes mondiales en 2024, troisième payeur de redevances du monde, deuxième pôle de l’IA. Dynamique : hausse de long terme des recettes, puis reflux en 2023-2024 dont la cause n’est pas établie ; paiements six fois plus élevés en 2024. Jugement : la faiblesse des recettes face aux paiements signale une monétisation internationale encore limitée ; elle ne suffit pas à établir une dépendance technologique structurelle. Depuis 2019, une capacité nouvelle à vendre des licences apparaît, sans amélioration récente du ratio, qui reste de 15 % en 2024. Cette faible part mesure une limite de monétisation internationale, pas l’ensemble de son pouvoir de structuration ; dans l’IA, la Chine est le deuxième pôle.

Limite : données de balance des paiements, révisées et parfois heurtées.
Indicateur 5 sur 5
Excellence universitaire : universités dans le top 100 du classement de Shanghai (ARWU, depuis 2003)
Aucune université chinoise dans le top 100 en 2014, treize en 2024.
13 universités de Chine continentale dans le top 100 du classement de Shanghai en 2024, contre 38 pour les États-Unis ; aucune jusqu’en 2014
Chine continentale : aucune en 2003, 2004, 2009 et 2014, 4 en 2019, 13 en 2024. États-Unis : 58 en 2003, 38 en 2024. Meilleur rang chinois en 2024 : Tsinghua, 22e. Royaume-Uni : 8 ; Allemagne : 4 ; France : 4.
Universités dans le top 100 : Chine continentale et États-Unis, 2003-2024
2003 2009 2014 2019 2024
Chine continentale : 0 en 2003, 13 en 2024États-Unis : 58 en 2003, 38 en 2024
Chine continentale : 0 (2003-2014) → 4 (2019) → 13 (2024). Le classement n’existe pas avant 2003 : aucune valeur n’est reconstituée pour 2000.
Pas de projection. Le programme « Double première classe », lancé en 2015, vise des universités de premier rang mondial vers le milieu du siècle.
Depuis 2024. Le classement 2025 compte toujours 13 universités de Chine continentale dans le top 100, contre 37 américaines ; Tsinghua monte au 18e rang.
Frise de lecture de puissance
2000 · avant le classement
n/d
2004 → 2014 · aucune dans le top 100
Vigilance
2019 · entrée
Neutre
2024 · deuxième pays
Atout
Universités dans le top 100 du classement de Shanghai en 2024
4 France 4 Allemagne 8 Royaume-Uni 13 Chine 38 États-Unis
Source : ShanghaiRanking, ARWU 2024 ; Chine continentale. Chine en bordeaux.
Ce que mesure l’indicateur
Où se concentre la recherche d’excellence

Nombre d’universités de Chine continentale parmi les cent premières du classement académique des universités mondiales, publié par ShanghaiRanking depuis 2003, comme pour les États-Unis. Le classement repose sur les prix Nobel et médailles Fields, les chercheurs très cités, les articles dans Nature et Science et le volume de publications.

Le classement mesure la concentration de la recherche d’excellence, pas la qualité de tout l’enseignement supérieur. Il a été créé en Chine, pour mesurer l’écart avec les meilleures universités du monde : ses critères, Nobel compris, sont ceux des universités occidentales anciennes.

La tendance lourde

L’ascension suit des programmes d’État. Le projet 985, annoncé en mai 1998 pour le centenaire de l’université de Pékin, concentre les crédits sur quelques établissements ; le programme « Double première classe » prend le relais en 2015. Les universités chinoises entrent dans le top 100 au milieu des années 2010.

En 2024, Tsinghua (22e), Pékin (24e) et Zhejiang (27e) figurent parmi les trente premières. La Chine continentale devient le deuxième pays du classement, devant le Royaume-Uni, mais à près de trois fois moins que les États-Unis.

La rupture

Le point faible reste le critère le plus lent à bouger : les prix Nobel et médailles Fields d’anciens élèves et de professeurs. Tu Youyou, seule lauréate scientifique formée et restée en Chine, a fait sa carrière dans un institut de médecine chinoise, pas dans une grande université.

La montée des établissements chinois coexiste avec une importante mobilité internationale de leurs étudiants et chercheurs, vers les États-Unis d’abord, comme le montre le Pilier IV. Formation, attraction et excellence de recherche restent trois objets distincts.

Pourquoi Vigilance (2004-2014), Neutre (2019), Atout (2024) : Position : deuxième pays du classement en 2024, avec 13 universités. Dynamique : de zéro à treize en dix ans. Jugement : une vigilance tant qu’aucune université chinoise ne figure parmi les cent premières ; un atout quand elle en place treize, sans encore rivaliser avec le système américain.

Limite : un classement parmi d’autres, favorable aux grandes universités de recherche et aux sciences dures.
Encadré

De la découverte à l’usage. Les indicateurs mesurent ce que la Chine produit ; ils ne montrent pas comment le savoir devient puissance. Trois cas éclairent différents mécanismes de conversion : absorption technologique, programme souverain et passage à l’échelle industrielle.

Un
Le train à grande vitesse
En 2004, Pékin achète des rames à Alstom, Bombardier, Kawasaki et Siemens, avec transfert de technologie. Treize ans plus tard, le Fuxing, conçu en Chine, roule entre Pékin et Shanghai.
Deux
Le GPS chinois
Premier satellite Beidou en 2000, système mondial achevé en juillet 2020 : un programme d’État, militaire d’abord, qui libère la Chine du signal américain.
Trois
La batterie
La chimie lithium-fer-phosphate naît dans un laboratoire texan en 1997. CATL, fondé en 2011, devient en 2017 le premier fabricant mondial de batteries pour véhicules électriques.

Les combinaisons diffèrent : absorption de technologies étrangères, commande publique de long terme, passage à l’échelle industrielle. Ces cas montrent que la puissance technologique peut naître autant de l’intégration de connaissances, de l’ingénierie et de l’industrialisation que d’une découverte fondamentale ; tous les trois créent des positions que les concurrents doivent désormais affronter.

Synthèse trajectoire 25 ans

Trois mouvements : l’absorption, la masse, le dépassement en volume

Trois mouvements
Premier mouvement · 2000-2008
L’absorption

La Chine consacre moins de 1,5 % de son PIB à la recherche, publie moins d’un dixième des articles du monde, n’a aucune université dans le top 100. Elle achète des technologies, avec transfert, et paie des licences pour fabriquer.

En février 2006, le plan de développement scientifique à quinze ans fixe le cap de l’« innovation indigène » : devenir un pays innovant en 2020.

Deuxième mouvement · 2009-2016
La masse

Deuxième budget de recherche du monde, la Chine multiplie ses articles et ses demandes de brevets, à coups de primes et de subventions. Ses premières universités entrent dans le top 100 ; Tu Youyou reçoit le Nobel en 2015.

Les redevances disent la limite de la monétisation : la Chine paie en 2014 plus de trente fois ce qu’elle encaisse.

Troisième mouvement · 2017-2024
Le dépassement en volume

Premier producteur d’articles en 2017, premier déposant de demandes PCT en 2019, treize universités dans le top 100 en 2024. Les primes à la publication sont interdites en 2020, les aides au dépôt de brevets en 2021 : Pékin veut passer du nombre à la valeur.

Dans le même temps, Washington inscrit Huawei sur sa liste noire commerciale en mai 2019, puis restreint en octobre 2022 les exportations de puces avancées vers la Chine, comme le détaille le Pilier IX. La science chinoise doit désormais avancer sans une partie des outils américains.

Phrase pivot

Distinguer production et structuration conduit à ce diagnostic : la Chine domine désormais plusieurs indicateurs de production scientifique et technologique, et sait industrialiser ; sa part dans les recettes internationales de propriété intellectuelle demeure faible. Cette différence mesure une limite de monétisation, non l’ensemble de son pouvoir de structuration, qui varie selon les domaines :

Un
Produire
Réussi : premier producteur d’articles et premier déposant de demandes internationales de brevets.
Deux
Industrialiser
Réussi dans plusieurs filières : grande vitesse, satellites de navigation, batteries.
Trois
Structurer
Inégal : 1,2 % des redevances mondiales en 2024, deuxième pôle de l’IA, normes de télécommunications, plateformes surtout nationales.
Les États-Unis tirent une large part de leur avance des licences, des plateformes et des standards. La Chine tire la sienne de sa capacité à produire et à industrialiser, et commence à la convertir en standards.

Les deux trajectoires se croisent : la Chine dépasse les États-Unis sur plusieurs mesures de volume, tandis que l’avance américaine persiste dans la monétisation internationale et les grandes plateformes numériques. La maîtrise des standards et des dépendances technologiques se joue désormais domaine par domaine.

Projection 2025-2035
Depuis 2024. Le 20 janvier 2025, la start-up chinoise DeepSeek publie R1, un modèle de raisonnement ouvert aux performances proches des meilleurs modèles américains, sur plusieurs tests publiés. La Chine dépose 73,718 demandes PCT en 2025, et ses recettes de propriété intellectuelle remontent à 13,1 milliards de dollars.

Pékin a fixé son horizon : faire de la Chine une « puissance scientifique et technologique » d’ici 2035, objectif inscrit au XXe congrès du Parti, en octobre 2022. Aucune projection chiffrée publiée ne porte sur les cinq indicateurs.

Trajectoire 1

Dans une première trajectoire, la Chine consolide sa domination en volume et rattrape l’impact, pendant que les États-Unis gardent l’avance dans les redevances et les plateformes mondiales. La science devient bipolaire, avec deux écosystèmes de plus en plus séparés.

Trajectoire 2

Dans une deuxième trajectoire, plus favorable à Pékin, les modèles ouverts chinois se diffusent hors de Chine, ses normes de télécommunications et de batteries s’imposent, et ses recettes de redevances décollent. La Chine étend sa structuration au-delà de ses frontières.

Trajectoire 3

Dans une troisième trajectoire, les contrôles américains sur les puces et les logiciels freinent l’intelligence artificielle chinoise, la recherche fondamentale reste sous-financée et les meilleurs chercheurs partent. La Chine garde le volume, sans la profondeur.

La question décisive n’est pas de savoir si la Chine produit plus d’articles et de demandes internationales de brevets que les États-Unis : elle le fait. C’est de savoir par quels mécanismes, et dans quels domaines, elle convertit ce volume en technologies dont les autres ne peuvent se passer.

Les seuils des indicateurs de bascule ci-dessous sont des repères de suivi SAPERE, pas des seuils établis.

Cinq indicateurs de bascule à surveiller jusqu’en 2030
1
Recherche fondamentale

Sa part dans la dépense de recherche chinoise dépasse-t-elle 8 %, l’objectif du plan 2021-2025 ?

Signal positif
Hausse des crédits fondamentaux, plus vite que le développement.
Signal négatif
Part bloquée autour de 7 %, effort concentré sur les applications.
2
Impact scientifique

L’impact des articles chinois rejoint-il celui des articles américains ?

Signal positif
Écart avec les États-Unis (1,30 contre 1,68 en 2022) qui continue de se réduire.
Signal négatif
Stagnation, multiplication des rétractations.
3
Redevances

Les recettes chinoises de propriété intellectuelle couvrent-elles plus de 25 % de ses paiements ?

Signal positif
Licences de télécommunications, de batteries et de logiciels vendues à l’étranger.
Signal négatif
Retour sous 15 %, dépendance maintenue aux licences étrangères.
4
Intelligence artificielle

Les modèles chinois atteignent-ils la parité avec les modèles américains, malgré les contrôles sur les puces ?

Signal positif
Modèles ouverts diffusés hors de Chine, puces nationales suffisantes.
Signal négatif
Écart qui se rouvre faute de puissance de calcul.
5
Universités

La Chine place-t-elle plus de 20 universités dans le top 100 de Shanghai ?

Signal positif
Nouvelles entrées, retour de chercheurs formés à l’étranger.
Signal négatif
Plafonnement à 13, départs de chercheurs.
Signature

La Chine a conquis le volume de la science et la capacité d’en industrialiser les résultats.

Sa bataille, déjà engagée, est celle des technologies, des standards et des architectures dont les autres ne peuvent se passer.


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