Chine La puissance qui transforme le savoir en industrie
5 octobre 2015, Stockholm. Le prix Nobel de médecine récompense Tu Youyou, 84 ans, pour la découverte de l’artémisinine, le traitement du paludisme qui a sauvé des millions de vies. C’est le premier Nobel scientifique attribué à une chercheuse ayant fait toute sa carrière en Chine populaire.
La découverte date de 1972. Elle est née d’un programme militaire secret, le Projet 523, à partir d’un traité de médecine chinoise du IVe siècle. Tu Youyou n’a ni doctorat, ni diplôme étranger, ni siège à l’Académie des sciences : la presse chinoise la surnomme la lauréate « des trois sans ».
Le Nobel couronne une science d’hier, faite avec peu de moyens. La Chine d’aujourd’hui en a beaucoup : la question n’est plus de savoir si elle produit du savoir, mais par quels mécanismes, et dans quels domaines, elle le convertit en puissance technologique.
Financer, publier, inventer, structurer, former
Pour chaque indicateur, des points de repère placés à leur date réelle dessinent l’évolution quand la série existe, puis un classement situe la Chine dans le monde, France comprise. Une frise colorée dit, pour chaque date, si le chiffre sert ou dessert la puissance chinoise. Les cinq blocs reprennent les mesures de la série États-Unis, avec les mêmes sources quand elles existent.
Ce pilier met à l’épreuve le concept stratégique SAPERE du Pilier VII : distinguer production et structuration. Les trois premiers indicateurs suivent les moyens de la recherche, la production scientifique et les demandes de protection des inventions ; le quatrième, une partie de sa valorisation internationale ; le cinquième, la concentration de la recherche d’excellence. La conversion industrielle, qu’aucune statistique comparable ne résume, fait l’objet d’un encadré.
Les séries s’arrêtent en 2024. Ce qui s’est passé depuis figure à part, sous la mention « Depuis 2024 ».
Produire en masse n’est pas contrôler les standards et l’architecture : la Chine a gagné le premier terrain ; sur le second, sa position varie selon les domaines.
Part de la Chine dans les articles scientifiques et techniques publiés dans le monde, selon le National Science Board (base Scopus), avec la même méthode que pour les États-Unis. Le comptage est fractionné : un article écrit par trois auteurs de trois pays compte pour un tiers dans chacun.
L’impact rapporte la part des articles d’un pays parmi le 1 % le plus cité du monde à la moyenne mondiale. Un indice de 1,30 signifie qu’un article chinois a 30 % de chances de plus que la moyenne de figurer parmi les plus cités. L’indice dépend des disciplines, de la fenêtre de citation et des collaborations internationales.
Proportion et nombre ne disent pas la même chose : par son volume, la Chine est devenue le premier pays pour le nombre d’articles parmi les plus cités, selon l’institut japonais de politique scientifique (NISTEP, 2022), tout en gardant une proportion inférieure à celle des États-Unis.
La tendance lourdeLa production chinoise est multipliée par près de douze entre 2002 et 2022. La Chine passe devant les États-Unis en 2017, une première depuis que la science se mesure en articles. L’impact suit, plus lentement : sous la moyenne mondiale jusqu’au milieu des années 2010, il atteint 1,30 en 2022.
Ce rattrapage doit beaucoup aux incitations. Pendant vingt ans, universités et instituts versent des primes à la publication, parfois considérables pour un article dans Nature ou Science. En février 2020, les ministères de la Science et de l’Éducation les interdisent, et demandent de cesser d’évaluer les chercheurs au nombre d’articles.
La ruptureLa masse a son revers : les officines qui vendent de faux articles à des chercheurs pressés de publier, et les rétractations qui les sanctionnent, dont les affiliations chinoises fournissent une part importante. Le phénomène ne disqualifie pas la science chinoise ; il en brouille la mesure.
L’essentiel est ailleurs. En chimie, en sciences des matériaux et en ingénierie, la Chine publie désormais plus que tout autre pays, et la Chine et les États-Unis forment la première paire de coauteurs du monde : la science chinoise s’est faite aussi avec la science américaine.
Limite : la série commence en 2002 ; l’indice d’impact, en 2006.
Nombre de demandes internationales de brevets déposées selon le traité de coopération en matière de brevets, géré par l’OMPI, par pays de résidence du premier déposant, comme pour les États-Unis. Une demande PCT n’est pas un brevet accordé : chaque pays décide ensuite de le délivrer ou non.
L’indicateur retient les seules demandes internationales, qui coûtent cher et visent les marchés étrangers. Il écarte les brevets déposés en Chine seulement, beaucoup plus nombreux, et longtemps gonflés par des subventions.
La tendance lourdeQuasi absente du système en 2000, la Chine passe devant l’Allemagne au début des années 2010, devant le Japon en 2017, devant les États-Unis en 2019.
Les demandes sont très concentrées. Huawei dépose à lui seul environ 6,600 demandes en 2024 ; les fabricants de batteries, d’écrans et de téléphones, CATL, BOE, Xiaomi, suivent. Les télécommunications, l’informatique et l’électricité dominent.
La ruptureEn janvier 2021, l’office chinois des brevets demande de supprimer, avant fin juin, toutes les aides publiques au dépôt de demandes : la quantité ne doit plus être récompensée pour elle-même. Les demandes internationales continuent pourtant de progresser, plus lentement.
Le volume ne mesure pas la valeur. Une partie de la valeur se lit dans ce que les autres paient pour utiliser ces inventions : c’est l’objet de l’indicateur 4.
Limite : une multinationale peut déposer depuis une filiale étrangère ; le pays du premier déposant n’est pas toujours celui de l’invention.
| Domaine | Chine | États-Unis |
|---|---|---|
| Services d’infrastructure en nuage (revenus mondiaux, T4 2024) | Part non publiée par la source ; Alibaba domine le marché chinois | 63 % pour AWS, Microsoft et Google |
| Modèles d’intelligence artificielle jugés notables, produits en 2024 | 15 ; écart de performance avec les meilleurs modèles américains ramené à 0,3 point au test MMLU fin 2024 | 40 ; Europe 3 |
A : part de la Chine dans les recettes mondiales tirées de l’usage de la propriété intellectuelle (redevances, licences de brevets, de logiciels, de marques), selon la Banque mondiale, comme pour les États-Unis. B : module chinois, qui met en regard ce que la Chine reçoit et ce qu’elle verse. C : positions de 2024 dans deux architectures numériques.
Les redevances mesurent une partie de la valorisation : les licences facturées d’un pays à l’autre. La domiciliation fiscale et les flux internes aux groupes les déforment : une partie des paiements chinois rémunère des maisons mères étrangères de filiales établies en Chine. Un pays peut aussi valoriser une technologie dans les produits qu’il vend, sans licence séparée.
| Phénomène | Ce que le dossier suit |
|---|---|
| Monétisation par licences | Recettes et paiements de propriété intellectuelle (A et B) |
| Conversion industrielle | Produits et procédés commercialisés : l’encadré « De la découverte à l’usage » |
| Structuration | Standards, plateformes, dépendances : indices partiels (C), sans mesure comparable unique |
Pendant quinze ans, la Chine paie pour produire : licences de puces, de logiciels, de procédés, de marques. Ses paiements passent de 1,3 milliard de dollars en 2000 à 22,6 en 2014, pendant que ses recettes restent sous le milliard. Une large part de ce que fabrique l’atelier du monde repose alors sur des technologies conçues ailleurs.
Les recettes décollent à la fin des années 2010, portées notamment par les licences de télécommunications : Huawei compte parmi les premiers détenteurs de brevets déclarés essentiels à la 5G, que tout fabricant de téléphones doit utiliser. La Chine reste pourtant, en 2024, le troisième payeur de redevances du monde, derrière l’Irlande, où des groupes étrangers logent leur propriété intellectuelle, et les États-Unis.
La ruptureLa rupture se lit dans le numérique. La Chine est le deuxième pôle de l’intelligence artificielle, et ses meilleurs modèles rejoignent presque les modèles américains fin 2024, selon Stanford. Ses plateformes de nuage, Alibaba, Huawei, Tencent, restent surtout implantées en Chine ; ses batteries, ses équipements de télécommunications et ses panneaux solaires, eux, équipent le monde.
Pékin a compris que les normes se fixent dans des enceintes collectives. En octobre 2021, un plan national de normalisation pousse les entreprises chinoises à y prendre des responsabilités. Ce pouvoir-là, comme les dépendances créées par ses industries, ne se mesure pas encore en chiffres comparables : l’indicateur 4 n’en donne que des indices.
Limite : données de balance des paiements, révisées et parfois heurtées.
Nombre d’universités de Chine continentale parmi les cent premières du classement académique des universités mondiales, publié par ShanghaiRanking depuis 2003, comme pour les États-Unis. Le classement repose sur les prix Nobel et médailles Fields, les chercheurs très cités, les articles dans Nature et Science et le volume de publications.
Le classement mesure la concentration de la recherche d’excellence, pas la qualité de tout l’enseignement supérieur. Il a été créé en Chine, pour mesurer l’écart avec les meilleures universités du monde : ses critères, Nobel compris, sont ceux des universités occidentales anciennes.
La tendance lourdeL’ascension suit des programmes d’État. Le projet 985, annoncé en mai 1998 pour le centenaire de l’université de Pékin, concentre les crédits sur quelques établissements ; le programme « Double première classe » prend le relais en 2015. Les universités chinoises entrent dans le top 100 au milieu des années 2010.
En 2024, Tsinghua (22e), Pékin (24e) et Zhejiang (27e) figurent parmi les trente premières. La Chine continentale devient le deuxième pays du classement, devant le Royaume-Uni, mais à près de trois fois moins que les États-Unis.
La ruptureLe point faible reste le critère le plus lent à bouger : les prix Nobel et médailles Fields d’anciens élèves et de professeurs. Tu Youyou, seule lauréate scientifique formée et restée en Chine, a fait sa carrière dans un institut de médecine chinoise, pas dans une grande université.
La montée des établissements chinois coexiste avec une importante mobilité internationale de leurs étudiants et chercheurs, vers les États-Unis d’abord, comme le montre le Pilier IV. Formation, attraction et excellence de recherche restent trois objets distincts.
Limite : un classement parmi d’autres, favorable aux grandes universités de recherche et aux sciences dures.
De la découverte à l’usage. Les indicateurs mesurent ce que la Chine produit ; ils ne montrent pas comment le savoir devient puissance. Trois cas éclairent différents mécanismes de conversion : absorption technologique, programme souverain et passage à l’échelle industrielle.
Les combinaisons diffèrent : absorption de technologies étrangères, commande publique de long terme, passage à l’échelle industrielle. Ces cas montrent que la puissance technologique peut naître autant de l’intégration de connaissances, de l’ingénierie et de l’industrialisation que d’une découverte fondamentale ; tous les trois créent des positions que les concurrents doivent désormais affronter.
Trois mouvements : l’absorption, la masse, le dépassement en volume
La Chine consacre moins de 1,5 % de son PIB à la recherche, publie moins d’un dixième des articles du monde, n’a aucune université dans le top 100. Elle achète des technologies, avec transfert, et paie des licences pour fabriquer.
En février 2006, le plan de développement scientifique à quinze ans fixe le cap de l’« innovation indigène » : devenir un pays innovant en 2020.
Deuxième budget de recherche du monde, la Chine multiplie ses articles et ses demandes de brevets, à coups de primes et de subventions. Ses premières universités entrent dans le top 100 ; Tu Youyou reçoit le Nobel en 2015.
Les redevances disent la limite de la monétisation : la Chine paie en 2014 plus de trente fois ce qu’elle encaisse.
Premier producteur d’articles en 2017, premier déposant de demandes PCT en 2019, treize universités dans le top 100 en 2024. Les primes à la publication sont interdites en 2020, les aides au dépôt de brevets en 2021 : Pékin veut passer du nombre à la valeur.
Dans le même temps, Washington inscrit Huawei sur sa liste noire commerciale en mai 2019, puis restreint en octobre 2022 les exportations de puces avancées vers la Chine, comme le détaille le Pilier IX. La science chinoise doit désormais avancer sans une partie des outils américains.
Distinguer production et structuration conduit à ce diagnostic : la Chine domine désormais plusieurs indicateurs de production scientifique et technologique, et sait industrialiser ; sa part dans les recettes internationales de propriété intellectuelle demeure faible. Cette différence mesure une limite de monétisation, non l’ensemble de son pouvoir de structuration, qui varie selon les domaines :
Les États-Unis tirent une large part de leur avance des licences, des plateformes et des standards. La Chine tire la sienne de sa capacité à produire et à industrialiser, et commence à la convertir en standards.
Les deux trajectoires se croisent : la Chine dépasse les États-Unis sur plusieurs mesures de volume, tandis que l’avance américaine persiste dans la monétisation internationale et les grandes plateformes numériques. La maîtrise des standards et des dépendances technologiques se joue désormais domaine par domaine.
Pékin a fixé son horizon : faire de la Chine une « puissance scientifique et technologique » d’ici 2035, objectif inscrit au XXe congrès du Parti, en octobre 2022. Aucune projection chiffrée publiée ne porte sur les cinq indicateurs.
Dans une première trajectoire, la Chine consolide sa domination en volume et rattrape l’impact, pendant que les États-Unis gardent l’avance dans les redevances et les plateformes mondiales. La science devient bipolaire, avec deux écosystèmes de plus en plus séparés.
Dans une deuxième trajectoire, plus favorable à Pékin, les modèles ouverts chinois se diffusent hors de Chine, ses normes de télécommunications et de batteries s’imposent, et ses recettes de redevances décollent. La Chine étend sa structuration au-delà de ses frontières.
Dans une troisième trajectoire, les contrôles américains sur les puces et les logiciels freinent l’intelligence artificielle chinoise, la recherche fondamentale reste sous-financée et les meilleurs chercheurs partent. La Chine garde le volume, sans la profondeur.
La question décisive n’est pas de savoir si la Chine produit plus d’articles et de demandes internationales de brevets que les États-Unis : elle le fait. C’est de savoir par quels mécanismes, et dans quels domaines, elle convertit ce volume en technologies dont les autres ne peuvent se passer.
Les seuils des indicateurs de bascule ci-dessous sont des repères de suivi SAPERE, pas des seuils établis.
Sa part dans la dépense de recherche chinoise dépasse-t-elle 8 %, l’objectif du plan 2021-2025 ?
L’impact des articles chinois rejoint-il celui des articles américains ?
Les recettes chinoises de propriété intellectuelle couvrent-elles plus de 25 % de ses paiements ?
Les modèles chinois atteignent-ils la parité avec les modèles américains, malgré les contrôles sur les puces ?
La Chine place-t-elle plus de 20 universités dans le top 100 de Shanghai ?
La Chine a conquis le volume de la science et la capacité d’en industrialiser les résultats.
Sa bataille, déjà engagée, est celle des technologies, des standards et des architectures dont les autres ne peuvent se passer.
Sources des données. IND1 : Banque mondiale, GB.XPD.RSDV.GD.ZS et SP.POP.SCIE.RD.P6 (mise à jour du 8 octobre 2026) ; BNS, communiqué sur les dépenses de science et de technologie 2024 (30 septembre 2025) ; NCSES, NSF 26-314 (recherche fondamentale américaine) ; OCDE (chercheurs).
IND2 : National Science Board, Science and Engineering Indicators 2025 (Scopus, comptage fractionné) ; NISTEP, Japanese Science and Technology Indicators 2022 (nombre d’articles très cités).
IND3 : OMPI, communiqué du 6 mars 2026 et annexes ; PCT Yearly Review, éditions successives. IND4 : Banque mondiale, BX.GSR.ROYL.CD et BM.GSR.ROYL.CD ; Synergy Research Group ; Stanford, AI Index 2025. IND5 : ShanghaiRanking, ARWU (2003 à 2025) ; ministère français de l’Enseignement supérieur, communiqué du 13 août 2024 (universités françaises).
Contexte. Fondation Nobel, 5 octobre 2015 ; plan de développement scientifique à moyen et long terme (février 2006) ; plan quinquennal 2021-2025 ; avis des ministères de la Science et de l’Éducation (février 2020) ; office chinois de la propriété intellectuelle (janvier 2021) ; plan national de normalisation (octobre 2021).
Méthode. Points de repère placés à leur date réelle quand la série existe ; aucune série n’est reconstituée avant sa première édition. Les cinq blocs répondent aux mêmes questions que le Pilier VII de la série États-Unis, avec les mêmes sources ; le module B de l’indicateur 4, les redevances versées, est propre à la Chine.
Redevances. Chine continentale (code CHN, hors Hong Kong et Macao), recettes BX.GSR.ROYL.CD et paiements BM.GSR.ROYL.CD, total mondial WLD de la Banque mondiale, extraction du 29 octobre 2026, conservée avec le dossier. Les montants en dollars sont convertis au cours moyen de 2024.
Grille de qualification. Atout : indicateur favorable à la puissance. Neutre : sans impact stratégique décisif. Vigilance : signal préoccupant à surveiller. Piège : indicateur structurellement défavorable. Chaque qualification se lit en trois temps : position, dynamique, jugement.
Suite de la série. Prochain épisode : Pilier VIII, Gouvernance et institutions.
La série · Chine 2000-2024, les piliers de la puissance
- Chine Pilier 1 : Économie et finance
- Chine Pilier 2 : Industrie et technologie
- Chine Pilier 3 : Démographie et capital humain
- Chine Pilier 4 : Diplomatie, influence et information
- Chine Pilier 5 : Énergie et ressources
- Chine Pilier 6 : Défense et sécurité
- Chine Pilier 7 : Innovation et savoir (vous êtes ici)
- Chine Pilier 8 : Gouvernance et institutions
- Chine Pilier 9 : Autonomie stratégique
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Dépenses intérieures de recherche et développement rapportées au PIB, selon la Banque mondiale, puis le BNS pour 2024 ; la fiche États-Unis s’appuie sur la statistique fédérale américaine (NCSES). La répartition distingue la recherche fondamentale, sans application visée, la recherche appliquée et le développement de produits.
L’intensité mesure l’effort, pas le résultat. Elle ne dit pas non plus qui décide : en Chine, les entreprises exécutent l’essentiel de la dépense, mais dans le cadre de plans fixés par l’État, et les grands groupes publics y pèsent lourd.
La tendance lourdeL’effort chinois triple en vingt-quatre ans. Le plan de développement scientifique de février 2006 fixe un cap : 2,5 % du PIB en 2020, et le passage de l’imitation à l’« innovation indigène ». Le cap est presque tenu, avec 2,4 % en 2020. En 2023, elle devance l’Union européenne (2,26 %) et la France (2,18 %).
En volume, la Chine devient vers 2010 le deuxième budget de recherche du monde, derrière les États-Unis. Ses chercheurs sont environ trois millions en 2023 selon l’OCDE, presque deux fois plus qu’aux États-Unis ; rapportés à la population, ils restent plus de deux fois moins nombreux.
La ruptureLe point de vigilance est dans la répartition. La recherche fondamentale reçoit 6,9 % de la dépense chinoise en 2024, contre 15 % aux États-Unis en 2023, selon le NCSES ; le développement expérimental absorbe plus de 80 %. Mais une petite part d’un très grand budget reste un montant important : 250 milliards de yuans en 2024, quatre fois et demie le montant de 2013.
Le développement expérimental peut lui-même produire des percées technologiques majeures ; la répartition ne suffit pas à mesurer la capacité de découverte. Le plan 2021-2025 fixe pourtant, pour la première fois, un objectif chiffré à la recherche fondamentale : plus de 8 % de la dépense en 2025, non encore atteint en 2024.
Limite : les séries de chercheurs chinois changent de définition en 2009 ; les montants convertis aux taux de change sous-estiment ce que la dépense chinoise permet d’acheter.