Tableau de bord SAPERE · French Tech 2026 · Diagnostic stratégique et points de bascule
FRENCH TECH
Tableau de bord
French Tech 2026 · diagnostic stratégique et points de bascule

La France a les plans. Il lui manque les milliards.

Capital, silicium de pointe, marché européen : les trois maillons qui empêchent encore la French Tech de devenir une véritable chaîne de puissance.

À fin juin 2026, la French Tech n’est plus une vitrine de jeunes pousses : c’est devenu un projet d’État, doté d’objectifs chiffrés et d’un récit de souveraineté. La question n’est plus ce qu’elle produit, mais si elle peut tenir ce qu’elle promet. Cet état des lieux confronte trois plans : ce qu’elle est, ce qu’elle vise, et la distance entre les deux.

35
LicornesLicorne Jeune entreprise non cotée en Bourse, valorisée à plus d’un milliard de dollars.Périmètre SAPERE, de vingt-neuf à trente-six selon les sources
10 %
d’industrie dans le PIBContre vingt pour cent en Allemagne, socle étroit
2,18 %
du PIB en rechercheInsee 2024, quasi stable depuis 2017, contre 3,13 % en Allemagne
117,5 %
de dette publiqueLa contrainte qui pèse sur tous les plans annoncés
Comment lire ce tableau de bord

Cet outil ne classe pas les jeunes pousses selon leur visibilité médiatique. Il mesure la capacité de la French Tech à devenir une chaîne de puissance : capital, énergie, calcul, silicium, données, défense, marché européen et commande publique. Chaque onglet répond à une question. Où en est la France ? Où se situe-t-elle face aux leaders ? Quels acteurs composent l’écosystème ? La French Tech ne se mesure plus au nombre de licornes, mais à sa capacité à tenir cette chaîne de bout en bout.

Ce rang a une condition que l’énergie ne garantit pas : l’accès aux puces. Chine : quand la façade se lézarde montre ce que coûte leur privation, avec une IA chinoise enfermée dans une cage de silicium.

Huit maillons, trois fragiles

La souveraineté technologique n’est pas une addition de réussites, c’est une chaîne. Elle ne vaut que par son maillon le plus faible. Voici les huit maillons de la French Tech, du capital à la commande publique, colorés selon leur robustesse. Là où la chaîne se brise, en rouge, se loge la vraie dépendance.

01 MAILLON FRAGILE Capital Distancé d’un ordre de grandeur au moins 02 SOLIDE Énergie Électricité décarbonée, l’atout nucléaire 03 MAILLON FRAGILE Silicium Produit, mais pas les puces de pointe 04 SOUS TENSION Calcul 5e mondial, mais dépend des puces étrangères 05 SOUS TENSION Modèles & données Mistral, l’un des rares champions européens 06 SOLIDE Défense Solide en doctrine et commande, fragile en production 07 MAILLON FRAGILE Marché EU Fragmenté, achats publics souvent non européens 08 SOUS TENSION Commande publique Présente, pas encore structurante
Solide, la France tient Sous tension, position fragile Maillon fragile, point de rupture

Trois maillons cassent la chaîne : le capital, distancé d’un ordre de grandeur ; le silicium de pointe, que la France conçoit sans pouvoir le graver ; le marché européen, trop fragmenté. Un seul de ces maillons rompu, et toute la chaîne de souveraineté cède.

Les ambitions affichées

En six mois, l’État a empilé des objectifs chiffrés et datés d’une ampleur inédite. Le récit souverain s’incarne désormais en montants et en échéances, des centres de données à la réindustrialisation du calcul.

109 Md€
Investissements annoncés dans l’IA en France

Attirer en France les capitaux de l’infrastructure de calcul

Montant annoncé le 9 février 2025, à la veille du Sommet pour l’action sur l’IA : ce sont des investissements privés, français et étrangers, à l’horizon 2031. Ni ligne budgétaire de l’État, ni fonds public de 109 milliards.

8,5 Md€
Première phase du campus d’IA

Viser une capacité de calcul de 1,4 gigawatt en 2030

Le cadre franco-émirati signé le 6 février 2025 prévoit jusqu’à 50 milliards d’euros. Le campus de Fouju, en Seine-et-Marne, porté par MGX, Bpifrance, Nvidia et Mistral, engage 8,5 milliards sur sa première tranche, pour une mise en service visée en 2028. L’équivalent d’un réacteur nucléaire pour un seul site.

1 Md$
MistralMistral AI Champion français de l’intelligence artificielle, conçoit des modèles de langage rivaux d’OpenAI., revenu annuel récurrent visé fin 2026

Transformer le champion en acteur viable

Objectif d’entreprise, non engagement d’État : le revenu annuel récurrent est passé d’environ 16 millions de dollars fin 2024 à plus de 400 millions en janvier 2026. La barre du milliard mesure le passage du symbole à l’entreprise pérenne.

404 M€
BullBull Société française du calcul de haute performance, rachetée en totalité par l’État le 31 mars 2026., racheté par l’État

Reprendre la main sur le calcul de haute performance

L’État a finalisé le 31 mars 2026 l’acquisition de la totalité du capital de Bull, cédé par Atos, pour une valeur d’entreprise pouvant atteindre 404 millions d’euros. Bull annonce désormais près des trois quarts de la production des composants de sa plateforme BullSequana XH3500 localisés en Europe.

≈100 Md€
Réseau de transport, sur quinze ans

Adapter le réseau à l’électrification, pas seulement à l’IA

Le programme de RTE, gestionnaire du réseau de transport, finance la décarbonation, la réindustrialisation et les productions nouvelles. Les centres de données en sont l’un des moteurs, pas l’objet exclusif. Le financement des EPR2EPR2 Nouvelle génération de réacteurs nucléaires français, en cours de lancement. par le Livret A dit la même chose : pas de souveraineté numérique sans souveraineté énergétique.

La France a appris à fixer des objectifs de puissance. Elle n’a pas encore appris à les financer dans la durée.
Verdict SAPERE

Ce qui tient, ce qui cède, l’angle mort

Quatre domaines de puissance, lus selon trois registres. À gauche les forces, au centre les failles, à droite le point de bascule, ce qui desserrerait l’étau. Dessous, en bandeau, l’angle mort que le récit dominant préfère ignorer.

01Intelligence artificielle et numérique
Ce qui tient
  • Un champion nationalAvec Mistral, la France possède l’un des rares acteurs européens capables de rivaliser technologiquement avec les géants américains sur certains modèles d’intelligence artificielle, ce qu’aucun autre pays européen n’a vraiment réussi.
  • Une électricité propre et abondanteL’intelligence artificielle dévore de l’électricité. Grâce à son parc nucléaire, la France en produit beaucoup, sans charbon, un atout que l’Allemagne n’a pas.
  • Un soutien politique unanimeFait rare, toute la classe politique, de la gauche à la droite, s’accorde sur la nécessité de défendre cette industrie. Le sujet ne divise pas.
Ce qui cède
  • L’argent, le nerf de la guerreDévelopper ces technologies exige des sommes colossales. Or les entreprises américaines lèvent cinquante à soixante fois plus de capitaux que les françaises. Un écart de moyens qui se creuse.
  • Les puces de pointe, qu’on ne grave pasLa France fabrique bien des semi-conducteurs, à Crolles, en Isère. Mais pas ceux qui entraînent les intelligences artificielles : ces processeurs-là sortent presque exclusivement des usines de Taïwan et des États-Unis.
  • Les serveurs, loués aux AméricainsFaute d’équivalent national à la même échelle, la plupart des entreprises françaises stockent leurs données sur les serveurs de géants américains comme Amazon ou Microsoft.
Point de bascule
  • Tenir les promesses budgétairesL’État a annoncé des plans d’investissement géants. Le tout est désormais de verser réellement cet argent, et vite, pour que les annonces deviennent des usines et des emplois.
  • Acheter français quand on est l’ÉtatEn commandant ses propres outils d’intelligence artificielle à Mistral plutôt qu’aux Américains, l’État garantirait à son champion les clients que le marché ne lui assure pas encore.
  • Unir les forces européennesSeule, la France ne fait pas le poids financièrement. En mettant les capitaux en commun à l’échelle de l’Europe, le continent atteindrait la taille critique pour rivaliser.
Angle mort

La souveraineté s’arrête à la conception. Le droit américain, par le Cloud Act, crée un risque d’accès extraterritorial aux données détenues par une entreprise soumise à ce droit, y compris lorsque l’infrastructure se trouve en Europe. C’est précisément ce que la qualification française SecNumCloud cherche à neutraliser pour les données sensibles.

Le risque a cessé d’être théorique le 12 juin 2026 : pour se conformer à des contrôles à l’exportation du département américain du Commerce, l’entreprise Anthropic a suspendu l’accès à ses deux modèles les plus avancés. Les contrôles ont été levés le 30 juin, l’accès rétabli le 1er juillet. L’épisode n’établit pas une coupure durable. Il démontre qu’une décision publique américaine peut interrompre, même brièvement, l’accès européen à une technologie critique.

02Défense et espace
Ce qui tient
  • Le passage à la série, démontréHarmattan AI, première licorne française de défense, a livré 1,000 micro-drones à l’armée de Terre en janvier 2026, puis reçu en mai une commande de 5,000 unités à livrer début 2027. Son usine de l’Essonne vise 10,000 appareils par mois.
  • Un fabricant protégé du rachatKNDS, fleuron de l’armement terrestre (chars, canons), est verrouillé pour empêcher son absorption par un concurrent allemand. La France garde la main sur un actif stratégique.
  • Un accès autonome à l’espaceAvec la réussite de la fusée Ariane 6, l’Europe peut à nouveau envoyer seule ses satellites en orbite, sans dépendre des Américains ou des autres.
Ce qui cède
  • Reproduire l’échelle sur des systèmes complexesUn micro-drone de 1,8 kilogramme n’est ni un char ni un satellite. Reste à prouver que le même changement d’échelle est possible sur des matériels lourds, avec des chaînes d’approvisionnement qui tiennent.
  • Une doctrine écrite, pas encore éprouvéeLa France s’est dotée d’une agence dédiée, l’AMIAD, et son comité d’éthique de la défense a publié en janvier 2025 neuf principes et douze recommandations qui maintiennent la responsabilité humaine. Le cadre existe ; il n’a pas encore subi l’épreuve du combat réel.
  • Une industrie soumise aux aléas diplomatiquesVendre des armes dépend des relations entre États. Un revirement politique à l’étranger peut faire perdre un contrat du jour au lendemain.
Point de bascule
  • Des commandes garanties sur plusieurs annéesLa loi qui fixe le budget des armées promet des dépenses massives et régulières. Si ces commandes sont fermes et durables, les entreprises peuvent investir sans crainte.
  • Faire ses preuves sur le terrain ukrainienL’Ukraine est devenue le grand banc d’essai mondial. Un matériel qui y fonctionne gagne en crédibilité et se vend ensuite partout.
  • Rassembler la filièreEn protégeant KNDS et en regroupant les acteurs dispersés, la France atteindrait la taille nécessaire pour rivaliser avec les grands groupes étrangers.
Angle mort

L’Ukraine n’est plus un terrain d’essai gratuit : devenue prescriptrice, elle fait payer ses tests et rejette les prototypes défaillants, renchérissant l’accès au seul lieu de validation réel.

03Infrastructures et énergie
Ce qui tient
  • Des investissements massifs annoncésDe grands fonds internationaux promettent des dizaines de milliards pour construire en France les immenses centres de calcul qu’exige l’intelligence artificielle.
  • Une pépite quantique protégéeL’État a bloqué le rachat d’une entreprise française de pointe en informatique quantique, pour éviter qu’une technologie d’avenir ne passe sous contrôle étranger.
  • Un processeur européen, enfinAvec Rhea1, sorti d’usine en 2026, puis Rhea2 destiné au futur supercalculateur Alice Recoque, l’Europe conçoit ses propres processeurs de calcul. Première brique d’une indépendance encore lointaine.
Ce qui cède
  • Beaucoup d’argent, peu d’emploisCes centres de calcul coûtent des fortunes mais emploient très peu de personnes une fois construits. Le retour pour le pays est moins évident qu’il n’y paraît.
  • Des infrastructures financées de l’étrangerCe sont souvent des capitaux étrangers qui paient ces équipements critiques. Or qui finance peut, demain, décider.
  • Une facture électrique qui grimpeCes centres consomment aujourd’hui près de 10 térawattheures par an, environ 2 % de l’électricité française. RTE en attend 15 à 20 en 2030, puis 23 à 28 en 2035 : le triplement se joue vers 2035, pas 2030.
Point de bascule
  • Construire les réacteurs nucléairesEn finançant les nouveaux réacteurs (par l’épargne des Français, via le Livret A) et en modernisant le réseau électrique, la France pourrait alimenter ses centres de calcul sans renier le climat.
  • Monter en gamme sur les pucesLa France grave déjà des composants à Crolles, où STMicroelectronics et GlobalFoundries ont engagé près de 7,5 milliards d’euros. L’enjeu est de passer de ces puces industrielles aux processeurs de calcul les plus fins, que seule l’Asie produit aujourd’hui.
  • Poser des conditions aux investisseurs étrangersAccepter les capitaux étrangers, mais en échange de garanties de contrôle, pour que la France ne perde pas la main sur ses installations stratégiques.
Angle mort

L’impact géopolitique de financeurs étrangers sur des infrastructures critiques est peu discuté : qui finance un centre de données peut, à terme, peser sur qui le contrôle et qui peut le couper.

04Industrie et financement
Ce qui tient
  • Un État qui investitÀ travers la banque publique Bpifrance et le plan France 2030, l’État met des milliards au service des entreprises prometteuses, là où les investisseurs privés hésitent.
  • Une avance dans les médicaments du futurLa France progresse vraiment dans les biomédicaments, ces traitements issus du vivant, et relève ses objectifs de production sur son sol.
  • Un moyen de paiement européenAvec Wero, l’Europe bâtit son propre système de paiement pour ne plus dépendre uniquement des cartes américaines Visa et Mastercard.
Ce qui cède
  • L’industrie verte écrasée par les prix chinoisIncapables de s’aligner sur les tarifs asiatiques, des entreprises prometteuses s’effondrent : Carbon a été liquidée, Verkor recadrée. Les panneaux solaires et batteries français peinent à exister.
  • Les pépites qui meurent faute d’argentEntre l’invention et la commercialisation, il faut beaucoup de capitaux pendant des années. Faute de les trouver, beaucoup de jeunes entreprises très innovantes font faillite.
  • Une dépendance aux aides publiquesTrop d’entreprises ne survivent que grâce aux subventions. Quand l’aide s’arrête, elles disparaissent. Un modèle fragile, qui ne tient pas seul sur le marché.
Point de bascule
  • Privilégier le produit européenEn faisant acheter européen par les administrations, et en taxant les importations très polluantes, le continent protégerait ses industries face aux prix asiatiques.
  • Investir sur le temps longL’industrie lourde a besoin d’argent qui ne réclame pas de rendement immédiat. C’est ce capital patient que les outils publics peuvent apporter, là où les fonds privés sont trop pressés.
  • Généraliser le paiement européenEn déployant largement Wero, l’Europe desserrerait l’emprise des deux géants américains qui dominent aujourd’hui le paiement par carte.
Angle mort

Le capital-risque est inadapté aux actifs industriels lourds, et le produit européen n’est toléré qu’à moins de vingt pour cent de surcoût face à l’Asie : passer de la start-up nation à la nation d’infrastructures.

Ce que le récit officiel oublie

Cinq signaux, absents du discours dominant, qui disent la dépendance derrière la souveraineté affichée

Le paradoxe de la souveraineté

Bionyra lève des fonds, mais achète à l’étranger

Cette entreprise française de biotechnologies réussit la plus grosse levée de fonds de son secteur, 143 millions d’euros, mais les molécules qu’elle utilise viennent de Chine et des États-Unis. La souveraineté est dans le discours, la dépendance dans les faits.

Le fossé du financement

L’hécatombe des pépites bordelaises

Tehtris, spécialiste de la cybersécurité, avait pourtant réuni 64 millions d’euros en 2020 et 2022 : elle cesse ses paiements et licencie. Delfox vacille. Ces entreprises de très haute technologie ne meurent pas d’un mauvais produit, mais d’un financement qui s’arrête en cours de route, avant qu’elles aient atteint la rentabilité.

Le mur des prix asiatiques

L’industrie verte française s’effondre

Incapables de vendre aussi bon marché que leurs concurrents chinois, les jeunes entreprises françaises des batteries et de l’énergie propre tombent les unes après les autres : Carbon liquidée faute d’avoir réuni 1,7 milliard d’euros, Verkor en grande difficulté, Everwatt en faillite. L’argent investi dans ce secteur a chuté de 41 % en 2025.

Le sacrifice budgétaire

L’innovation sociale, première sacrifiée

Linkee, qui distribue plus de 3 millions de repas à des personnes démunies en 2024, se heurte aux coupes budgétaires de l’État. Quand l’argent public se raréfie, les entreprises qui mettent la technologie au service d’une cause sociale sont les premières à tomber.

Le renversement géopolitique

L’Ukraine, de terrain d’essai à prescripteur

Devenue la référence mondiale du drone de combat, l’Ukraine ne laisse plus les industriels occidentaux tester gratuitement : elle valide, elle rejette, elle fait payer. Un matériel non éprouvé sur son front perd en crédibilité. La technologie de défense a trouvé son juge de paix, et il n’est pas en Occident.

La distance entre la promesse et le réel

Pour chaque ambition, la même question : qu’est-ce qui sépare l’objectif de sa matérialisation ? La barre mesure la part du chemin restant à parcourir, du plus proche au plus lointain.

Capital : rivaliser avec les géants américainsÉcart béant
Mistral vaut cinquante à soixante fois moins qu’OpenAI ou Anthropic. L’écart est structurel, pas conjoncturel : aucun véhicule public français n’approche la profondeur de capital américaine. La régulation ne le comblera pas.
Silicium : produire ce que l’Europe conçoitÉcart béant
Rhea1Rhea1 Processeur le plus complexe conçu en Europe, par le français SiPearl, mais gravé à Taïwan. prouve la maîtrise de la conception ; la gravure, elle, reste à Taïwan. La France produit bien des semi-conducteurs à Crolles, mais aucune usine européenne ne grave les puces logiques de pointe qu’exigent les accélérateurs d’intelligence artificielle. La souveraineté du calcul s’arrête au dessin.
Industrie verte : tenir face au prix chinoisÉcart béant
Carbon liquidée, Verkor recadrée : les technologies vertes industrielles se heurtent à un mur de coûts. Le marché ne tolère que vingt pour cent de surcoût face à l’Asie. L’ambition de réindustrialisation verte est la plus fragilisée.
Énergie : alimenter l’IA sans casser le climatÉcart moyen
L’avantage nucléaire est réel et le réseau se modernise, mais la consommation des centres de données passe de près de 10 térawattheures à 15 ou 20 en 2030, et jusqu’à 28 en 2035. Le maillon le mieux doté reste sous tension entre ambition de calcul et engagements climatiques.
Défense : passer de la licorne à la base industrielleÉcart moyen
HarmattanHarmattan AI Première licorne française de défense, drones de combat à intelligence artificielle, soutenue par Dassault., Alta AresAlta Ares Jeune entreprise française de défense, solutions validées dans le cadre de l’OTAN., le verrou KNDSKNDS Champion franco-allemand de l’armement terrestre ; le « verrou » désigne sa résistance à une absorption par l’allemand Rheinmetall. : la dynamique est réelle et soutenue par la commande publique. Le premier passage à la série est démontré, avec 1,000 drones livrés puis 5,000 commandés. Reste à le refaire sur des systèmes complexes, quand l’Ukraine impose désormais le standard de validation.
Prise de conscience politiqueÉcart comblé
La suspension d’accès de juin 2026 a soudé la classe politique sur la souveraineté numérique. Le récit est en place, transpartisan, mature. C’est le seul plan où l’ambition a rejoint la réalité. Reste à le traduire en arbitrages budgétaires.

Qui paie, et avec quel argent ?

La contrainte budgétaire ne menace pas ces projets de la même manière. Certains reposent directement sur l’État, d’autres sur des capitaux privés et étrangers. La question est donc double : l’État peut-il financer ses propres briques, et peut-il garder assez de contrôle stratégique sur celles que d’autres financent ?

Les ambitions, additionnées

Ordres de grandeur des engagements annoncés, sur des horizons variables

109 Md€
Investissements privés, français et étrangers, annoncés dans l’IA en France à l’horizon 2031.
≈100 Md€
Adaptation du réseau de transport d’électricité par RTE, sur quinze ans, tous usages confondus.
50 Md€
Cadre franco-émirati pour l’IA, dont 8,5 milliards engagés sur la première phase du campus.
50 Md€
Budget annuel de la défense, trajectoire de la loi de programmation militaire.
En face, la réalité des comptes : une dette publique à 117,5 % du produit intérieur brut, un service de la dette de plus de 70 milliards d’euros par an, devenu le premier budget de l’État devant l’Éducation, et seulement 4 milliards d’économies trouvées à Bercy pour 2026. La défense et les briques publiques du calcul pèsent directement sur ce budget. Les campus et les centres de données, eux, dépendent d’investisseurs que l’État ne commande pas.

La France n’est pas seule dans cet étau. Les États-Unis en 2026 décrivait le même chez le premier investisseur technologique du monde : là-bas aussi, les intérêts de la dette dépassent le budget de la défense. Le titan a simplement plus de place pour l’ignorer.

Une large part de ces montants repose sur des capitaux privés et étrangers, MGX, SoftBank, Brookfield, fonds souverains, dont le fléchage précis n’est pas public. Le récit souverain se finance ainsi, pour partie, par la dépendance même qu’il prétend réduire.

Ces montants ne sont pas de même nature et ne s’additionnent pas : les 109 milliards sont des investissements privés annoncés, les 100 milliards un programme d’investissement de RTE approuvé chaque année par le régulateur, les 50 milliards un cadre bilatéral dont 8,5 sont engagés. Ils valent comme ordres de grandeur, non comme lignes budgétaires.

Les échéances qui trancheront

Ce tableau de bord est une photographie de juin 2026. Voici les rendez-vous qui le feront vieillir : d’un côté les échéances de contexte, de l’autre les dates auxquelles SAPERE réexaminera ses propres thèses sur la French Tech, à la lumière de ce que la veille aura accumulé.

Déc. 2026
Revue de thèse
Silicium et défense au banc d’essai
Premier réexamen des thèses sur la gravure de pointe absente et sur la production de masse de défense : ont-elles tenu six mois ?
Janv. 2027
Contexte
Premier bilan du plan d’intelligence artificielle
Un an après les annonces, combien des milliards promis ont-ils été réellement décaissés ? Le test grandeur nature de la thèse sur le financement.
Mars 2027
Revue de thèse
L’épreuve du milliard pour Mistral
Réexamen de l’objectif d’un milliard de dollars de revenu annuel récurrent fin 2026 : étendard pérenne ou symbole sans assise ?
Mai 2027
Contexte
Élection présidentielle française
Un éventuel changement de majorité peut rebattre les arbitrages budgétaires sur lesquels reposent tous les plans annoncés.
Juin 2027
Revue de thèse
Capital, calcul, budget, souveraineté des données
Réexamen groupé de quatre thèses structurelles : l’écart de capital, le rang au calcul, la tenaille budgétaire et l’angle mort du droit américain.
Sept. 2027
Contexte
État des lieux des centres de calcul
Les milliards annoncés par les grands fonds internationaux se sont-ils transformés en infrastructures réelles, ou sont-ils restés des promesses ?
2029-2038
Contexte
Premiers réacteurs EPR2 d’EDF
Premier béton en 2029, première mise en service vers 2038 seulement : le nucléaire neuf n’absorbera pas la demande de calcul avant les années 2040.
2030-2035
Contexte
Consommation des centres de données
De 15 à 20 térawattheures en 2030, puis 23 à 28 en 2035 selon RTE : le triplement se joue vers 2035. Il place sous tension l’équation entre ambition de calcul et engagements climatiques.
Échéance de contexte Rendez-vous de revue d’une thèse SAPERE

La défense, seul terrain où le retard se comble

Dans un écosystème distancé sur le capital, un secteur échappe à la règle : la défense. C’est le seul domaine où la commande publique peut compenser la faiblesse du capital-risque, et où la French Tech a une chance de devenir un acteur de puissance, pas seulement un fournisseur.

La séquence est nette. HarmattanHarmattan AI Première licorne française de défense, drones de combat à intelligence artificielle, soutenue par Dassault. a livré 1,000 micro-drones à l’armée de Terre en janvier 2026, puis reçu en mai une commande de 5,000 unités ; Alta AresAlta Ares Jeune entreprise française de défense, solutions validées dans le cadre de l’OTAN. voit ses solutions validées par l’OTAN ; le verrou KNDSKNDS Champion franco-allemand de l’armement terrestre ; le « verrou » désigne sa résistance à une absorption par l’allemand Rheinmetall. protège un champion terrestre franco-allemand. Là où le capital civil manque, l’argent public de l’armement coule, porté par une trajectoire de cinquante milliards par an. Le passage du prototype à la série est acquis sur le micro-drone. Il reste à le démontrer sur des systèmes complexes.

Mais un acteur a changé la donne, et le récit français le mentionne sans en tirer les conséquences : l’Ukraine. Devenue la première puissance mondiale du drone de combat, Kiev n’est plus le terrain d’essai gratuit des industriels occidentaux. Elle fait désormais payer ses tests, rejette les prototypes défaillants, et impose son standard de validation : un matériel non éprouvé sur le front ukrainien perd en crédibilité. L’Ukraine est passée de laboratoire à prescripteur, et de partenaire à concurrent. La French Tech militaire doit désormais composer avec un allié devenu juge de paix du marché.

Six décisions à trancher

Cet état des lieux ouvre six chantiers stratégiques. Chacun est une question de décision, où se joue un écart entre une ambition affichée et la capacité réelle de la French Tech.

Le pari du calcul
Le calcul est-il finançable face à l’écart de capital avec les États-Unis ?
Plan d’IA, méga-campus, Mistral
Le mur du silicium
Où s’arrête la souveraineté, sans usine de puces de pointe en Europe ?
Crolles, SiPearl, Bull, Alice Recoque
L’équation énergétique
Qui arbitre entre intelligence artificielle, réseau électrique et climat ?
EPR2, RTE, Livret A
La réindustrialisation verte
Le marché acceptera-t-il un jour le prix du produit européen ?
Carbon, Verkor, prix chinois
L’innovation militarisée
La défense devient-elle le client structurant de la French Tech ?
Harmattan, KNDS, Ukraine
La soutenabilité budgétaire
L’État peut-il tenir tous les fronts avec 117,5 % de dette ?
Plan d’IA, défense, infrastructures

À fin juin 2026, la French Tech sait enfin ce qu’elle veut devenir. Il lui reste à prouver qu’elle en a les moyens.

French Tech face aux nations leaders · juin 2026

La bonne élève d’Europe, distancée d’un ordre de grandeur

Sans point de comparaison, les chiffres français ne disent rien. Confrontés aux États-Unis, à la Chine, au Royaume-Uni et à l’Asie industrielle, ils révèlent une position singulière : la France domine son voisinage européen sur plusieurs plans, mais reste séparée des deux géants par au moins un ordre de grandeur.

7e
PIB mondialDerrière le Royaume-Uni, devant l’Italie
5e
Puissance de calculEstimation en équivalents H100
1re
d’Europe par les montants annoncésMais capitaux surtout privés et étrangers
2e
IA en EuropeDerrière le Royaume-Uni en investissement

L’investissement, le fossé qui ne se comble pas

C’est l’écart le plus brutal. Sur le capital-risque comme sur les plans publics, la France joue dans une division inférieure à celle des États-Unis, et derrière le Royaume-Uni en Europe.

Capital-risque en IA reçu par les entreprises, 2025Md$ · part mondiale
États-Unis
194 · 75%
Union européenne
15,8 · 6%
Chine
13,9 · 5%
Royaume-Uni
13,8 · 5%
OCDE 2026La France est agrégée dans l’Union européenne. À elle seule, elle pèse une fraction des 15,8 milliards européens, quand un seul tour de table d’OpenAI ou d’Anthropic dépasse le total annuel de l’Union.
Engagements d’investissement annoncés dans l’IAMd$ équivalent · natures différentes
États-Unis, privé
500
Chine, public
295
France, privé
120
Arabie saoudite, souverain
100
Annonces publiques 2025-2026Ces montants ne sont pas de même nature et ne se comparent pas ligne à ligne : les 109 milliards d’euros français, environ 120 milliards de dollars, sont des investissements privés annoncés au Sommet de février 2025 ; le projet américain Stargate est porté par OpenAI, Oracle, SoftBank et MGX ; le montant chinois relève d’un programme public d’infrastructure de calcul. Ce qu’il faut retenir est l’ordre de grandeur, et le fait que la France attire le plus gros engagement d’Europe sans le financer elle-même.
La France a su attirer le plus gros engagement d’Europe. Elle n’a pas encore montré qu’elle savait le financer elle-même.
Verdict SAPERE

La puissance de calcul, où la France existe enfin

C’est le terrain où elle figure le mieux. Grâce à son électricité décarbonée, la France apparaît dans les estimations de capacité de calcul installée, loin derrière les leaders mais devant la Chine, bridée par son accès aux puces. Ces classements dépendent beaucoup de ce que l’on compte : matériel installé, puissance réservée ou capacité réellement commercialisée.

Capacité de calcul installéeMillions d’équivalents H100 · 2025
États-Unis
39,7
Émirats AU
23,1
Arabie saoudite
7,2
Corée du Sud
5,1
France
2,4
Chine
0,4
GM Insights, 2025Premier point positif pour la France : elle figure dans le classement mondial, cinquième, devant la Chine que les sanctions privent de puces avancées. Son avantage nucléaire est un atout réel sur ce maillon. Le rang dépend toutefois de la définition retenue de la capacité : il vaut comme indication, non comme mesure.
Investissement annuel en centres de données et IA, 2026Md$
4 géants américains
~650
Géants chinois
~70
France
~70
Morgan Stanley · annonces publiques 2026Les annonces françaises de 2026, SoftBank, Brookfield, Nebius et Aion cumulés, atteignent l’ordre de grandeur des géants chinois. Mais les seuls Amazon, Microsoft, Meta et Alphabet investissent dix fois plus à eux quatre.

La pointe, le verrou que personne ne tient sauf Taïwan

Ici, la France n’est pas seule à dépendre : l’Europe entière, et même les États-Unis, sont suspendus à Taïwan. La France produit des semi-conducteurs, à Crolles, mais pas les puces logiques de pointe. La différence avec les autres est qu’ils construisent une alternative sur ce segment critique.

Ce qui protège Taïwan expose la France : Guerre ou blocus à Taïwan : qui perd quoi dans le monde fait de la dépendance mondiale aux puces taïwanaises une dissuasion. Vue de Paris, la même dépendance est une vulnérabilité.

Part mondiale des puces avancées% · 2025-2026
TSMC (Taïwan)
92%
Reste du monde
8%
SAPERE, « Les États-Unis en 2026 »Le verrou est mondial. Mais le Japon bâtit Rapidus (2 nm, 35 milliards), la Chine pousse SMIC malgré un retard de cinq à dix ans, les États-Unis financent un programme de 280 milliards. La France conçoit Rhea1 et le fait graver à Taïwan.
Investissement annuel des fondeurs, 2025Md$
TSMC
40 à 42
SMIC (Chine)
8,1
France, puces de pointe
~0
The Substrate, 2026 · France 2030La France investit pourtant dans la fabrication : près de 7,5 milliards d’euros engagés à Crolles par STMicroelectronics et GlobalFoundries, dont jusqu’à 2,9 milliards d’aide publique, pour doubler la production nationale de puces d’ici 2028. Mais ces lignes produisent des composants matures, pas les puces logiques de pointe. Sur ce segment, la capacité française reste nulle.

La production de modèles, l’autre fossé

Au-delà du capital, c’est la capacité à produire des modèles de référence qui sépare les puissances. L’Europe entière en produit moins que la seule Chine, et bien moins que les États-Unis.

Modèles d’IA notables produits, 2024nombre
États-Unis
40
Chine
15
Europe entière
3
Stanford HAITrois modèles notables pour toute l’Europe, dont la France via Mistral est le principal contributeur. Les États-Unis concentrent 73 % des modèles génératifs mondiaux, selon le dossier SAPERE « Les États-Unis en 2026 ». Mistral n’est toutefois plus seul : OVHcloud a annoncé en juin 2026, à VivaTech, le développement de sa propre famille de modèles, pour 150 à 200 millions d’euros.

Où se situe vraiment la France, maillon par maillon

Le tableau d’ensemble : pour chaque maillon, qui domine, et à quelle distance se trouve la France. La position varie fortement d’un domaine à l’autre.

Maillon
Qui domine
Position de la France
Capital
États-Unis (fonds de la Silicon Valley : Andreessen Horowitz, Sequoia, Thrive), 75 % du capital-risque mondial en IA
Distancée d’au moins un ordre de grandeur à l’échelle européenne, davantage encore prise seule
Calcul
États-Unis (Microsoft, Amazon, Google, Meta), puis les pétromonarchies du Golfe et les géants chinois Alibaba, ByteDance et Tencent
5e mondiale selon les estimations en équivalents H100, son meilleur rang
Silicium
Taïwan via TSMC, qui grave 92 % des puces avancées, sur des machines du néerlandais ASML
Produit des composants matures à Crolles, aucune capacité de pointe
Modèles
États-Unis (OpenAI, Anthropic, Google, Meta) et Chine (DeepSeek, Alibaba, Baidu) : 40 modèles notables contre 3 pour l’Europe
Premier contributeur européen via Mistral, loin des deux géants
Investissements annoncés
États-Unis (projet Stargate : OpenAI, Oracle, SoftBank, MGX), 500 milliards de dollars annoncés
1re d’Europe par le montant annoncé, mais capitaux privés et étrangers

La France n’est nulle part la première, jamais la dernière. Elle est la meilleure des puissances moyennes, mais cela ne suffit pas quand les deux géants jouent dans une autre division. La question n’est pas de rattraper les États-Unis, impossible à court terme. Elle est de ne pas décrocher davantage.

French Tech · l’annuaire des licornes

Les visages de la French Tech

Les trente-cinq licornes technologiques françaises à la mi-2026, regroupées par secteur et classées par valorisation décroissante. Pour chacune, son activité en une ligne et sa valorisation estimée.

Les 35 licornes françaises

Panorama des licornes françaises à la mi-2026, regroupées par secteur. Pour chacune, son activité en une ligne et sa valorisation estimée. Chaque secteur affiche sa valorisation cumulée, qui mesure son poids relatif. L’intelligence artificielle, le logiciel et la finance numérique dominent, mais la diversité est réelle, de la défense à la santé.

Note de méthode, à lire avant la liste

Le décompte exact des licornes françaises varie selon les sources, de vingt-neuf à trente-six, car ces entreprises non cotées sont difficiles à valoriser et certaines se situent à la frontière du milliard. La liste ci-dessous en retient trente-cinq, périmètre resserré sur les seules entreprises technologiques. Certaines licornes parfois comptabilisées en sont écartées : soit parce qu’elles ont perdu le statut en entrant en Bourse ou en déménageant leur siège, comme OVHcloud ou Kyriba, soit parce que leur cœur de métier n’est pas la technologie elle-même, comme le réseau immobilier iAD.

Le chiffre cumulé par secteur est une valorisation, non un chiffre d’affaires. Le chiffre d’affaires de ces sociétés n’est pas public, alors que leur valorisation est régulièrement estimée lors des levées de fonds. Ces valorisations s’expriment en devises mixtes selon les sources, euros ou dollars, additionnées ici à leur valeur faciale. Le total vaut donc comme ordre de grandeur du poids relatif d’un secteur, non comme une somme monétaire exacte.

Ce décompte n’est pas comparable aux cibles officielles. Bpifrance, dans sa stratégie publiée début 2026, retient encore vingt-cinq licornes françaises et vise cent à l’horizon 2030 : un périmètre plus strict que celui retenu ici. Le nombre de licornes mesure une attractivité, pas une souveraineté.

Intelligence artificielle5 licornesvalorisation cumulée ~23 Md
Modèles de langage génératifs, rival d’OpenAI
~11,7 Md€
Plateforme de science des données et d’IA
~3,7 Md$
IA générative pour le code informatique
~3 Md$
IA, valorisation record dès le lancement
~3 Md€
IA orientée agents autonomes
licorne
Références mondiales
Anthropic États-UnisOpenAI États-UnisxAI États-Unis
Quantique1 licornevalorisation cumulée ~2 Md
Ordinateurs quantiques à atomes neutres
~2 Md$
Références mondiales
PsiQuantum États-UnisQuantinuum Royaume-UniSandboxAQ États-Unis
Finance numérique et paiement7 licornesvalorisation cumulée ~12 Md
Banque en ligne pour très petites et moyennes entreprises
~5 Md$
Logiciel de gestion et de comptabilité
~2 Md$
Portefeuilles physiques de cryptomonnaies
~1,4 Md$
Gestion des dépenses professionnelles
~1 Md$
Planification financière d’entreprise
~1 Md$
Paiement mobile entre particuliers
~1 Md$
Finance décentralisée, prêts en actifs numériques
~1 Md$
Références mondiales
Stripe États-UnisRevolut Royaume-UniAnt Group Chine
Logiciel et services en ligne6 licornesvalorisation cumulée ~14 Md
Analyse de l’expérience client en ligne
~5,6 Md$
Plateformes de places de marché professionnelles
~3,5 Md$
Logiciel de paie et de ressources humaines
~2 Md$
Outils de marketing et de relation client
~1 Md$
Téléphonie d’entreprise en ligne
~1 Md$
Plateforme d’expérience des salariés
~1 Md$
Références mondiales
Databricks États-UnisCanva AustralieServiceTitan États-Unis
Commerce et place de marché5 licornesvalorisation cumulée ~12 Md
Place de marché de produits reconditionnés
~5,7 Md$
Bricolage et jardinage en ligne
~2,6 Md$
Grossiste en ligne pour commerçants
~1,75 Md€
Vente de mode de luxe d’occasion
~1 Md$
Ventes événementielles en ligne
~1 Md$
Références mondiales
Shein SingapourFaire États-UnisGopuff États-Unis
Santé4 licornesvalorisation cumulée ~12 Md
Prise de rendez-vous médicaux en ligne
~6,4 Md€
Assurance santé numérique
~4 Md$
IA appliquée à la recherche médicale
~1 Md$
IA pour le suivi orthodontique à distance
~1 Md$
Références mondiales
Devoted Health États-UnisHinge Health États-UnisTempus États-Unis
Technologies vertes et énergie3 licornesvalorisation cumulée ~4,5 Md
Usine géante de batteries à Dunkerque
~2 Md€
Énergies renouvelables et stockage
~1,5 Md€
Recharge rapide de véhicules électriques
~1 Md€
Références mondiales
Northvolt SuèdeRedwood Materials États-UnisForm Energy États-Unis
Défense et spatial2 licornesvalorisation cumulée ~2,4 Md
Drones de combat à IA, 1re licorne de défense
~1,4 Md$
Infrastructure et services satellitaires
~1 Md$
Références mondiales
SpaceX États-UnisAnduril États-UnisShield AI États-Unis
Industrie et robotique2 licornesvalorisation cumulée ~3 Md
Robots logistiques pour entrepôts
~2 Md$
Évaluation extra-financière des fournisseurs
~1 Md$
Références mondiales
Figure AI États-UnisSkild AI États-UnisPhysical Intelligence États-Unis
Verdict de l’onglet

L’écosystème est dense et divers. Mais la densité ne suffit pas à faire souveraineté : trente-cinq licornes ne tiennent pas une chaîne de puissance.

French Tech · glossaire

Comprendre les termes du dossier

Tout ce qui, dans ce dossier, peut sembler obscur, expliqué en une phrase claire. Les entrées sont classées par ordre alphabétique.

Terme
Définition
Pourquoi c’est stratégique
Alice Recoquesupercalculateur
Premier supercalculateur exascale français et deuxième d’Europe, construit par Bull, installé au très grand centre de calcul du CEA à partir de 2026 et ouvert aux chercheurs en 2027.
Il embarque le processeur européen Rhea2, mais aussi des composants américains AMD : la souveraineté du calcul y est partielle, et assumée.
Alta Aresentreprise
Jeune entreprise française de technologies de défense dont les solutions ont été validées dans le cadre de l’OTAN.
Preuve que la French Tech militaire accède aux standards de l’Alliance, condition d’accès aux marchés export.
AMIADagence publique
Agence ministérielle pour l’intelligence artificielle de défense, créée le 1er mai 2024 et rattachée au ministre des Armées.
Elle organise le passage à l’échelle : transformer les expérimentations en capacités réellement déployées dans les forces.
Capital-risquefinancement
Financement apporté par des investisseurs spécialisés à de jeunes entreprises à fort potentiel mais à fort risque, en échange d’une part du capital.
C’est le maillon où la France décroche le plus : sans profondeur de capital, pas de champion de taille mondiale.
Centre de donnéesdata center
Infrastructure physique regroupant des milliers de serveurs informatiques, qui hébergent le calcul nécessaire à l’intelligence artificielle.
Nouveau port stratégique du siècle : qui le finance et qui peut le couper détient un levier de puissance.
Cloud Actloi américaine
Loi des États-Unis permettant à leurs autorités d’accéder aux données détenues par des entreprises américaines, où qu’elles soient hébergées.
Crée un risque d’accès extraterritorial, y compris sur des données hébergées en Europe : c’est ce que la qualification SecNumCloud cherche à neutraliser pour les données sensibles.
Crollessite industriel
Site de l’Isère où STMicroelectronics et GlobalFoundries ont engagé près de 7,5 milliards d’euros, dont jusqu’à 2,9 milliards d’aide publique, pour une unité entrée en production en 2023.
Preuve que la France fabrique bien des semi-conducteurs, mais des composants matures et non les puces logiques de pointe.
Décacornegrande licorne
Licorne d’un rang supérieur, valorisée à plus de dix milliards de dollars. En France, Mistral AI est la première à atteindre ce seuil.
Seuil symbolique de crédibilité face aux géants américains, mais Mistral reste plusieurs dizaines de fois plus petit qu’eux.
French Techlabel public
Label créé par l’État en 2013 pour fédérer et promouvoir les jeunes entreprises technologiques françaises.
Devenu en 2026 un instrument de souveraineté, et non plus une simple vitrine d’attractivité économique.
Harmattan AIentreprise
Première licorne française du secteur de la défense, soutenue par Dassault Aviation. Elle développe des drones de combat pilotés par intelligence artificielle.
Symbole de la bascule : la défense devient le secteur où la commande publique compense le retard de capital.
KNDSle verrou
Champion franco-allemand de l’armement terrestre, né de la fusion de Nexter et de Krauss-Maffei Wegmann ; le « verrou » désigne sa résistance à une absorption par l’allemand Rheinmetall.
Test de la capacité européenne à consolider sa défense sans être absorbée par le plus offensif de ses membres.
Licornejeune pousse
Jeune entreprise privée, non cotée en Bourse, valorisée à plus d’un milliard de dollars lors de sa dernière levée de fonds.
Indicateur d’attractivité, mais une valorisation élevée ne garantit ni la rentabilité ni la survie industrielle.
Mistral AIentreprise
Champion français de l’intelligence artificielle, fondé par d’anciens chercheurs de Meta et Google. Il conçoit des modèles de langage rivalisant avec ceux d’OpenAI.
Étendard de la souveraineté numérique, mais sa survie dépend des puces et des capitaux qu’il prétend contourner.
Puissance de calculcapacité informatique
Capacité des ordinateurs à effectuer les opérations nécessaires à l’intelligence artificielle, dépendante de l’accès aux puces et à l’électricité.
Le maillon où la France figure le mieux, cinquième selon les estimations disponibles, grâce à son électricité décarbonée.
Rhea1processeur
Processeur conçu par le français SiPearl, le plus complexe jamais dessiné en Europe, avec soixante et un milliards de transistors, mais gravé à Taïwan.
Illustre la limite française : maîtrise de la conception, dépendance pour la gravure de pointe.
SecNumCloudqualification
Qualification française délivrée aux hébergeurs de données, qui impose notamment une immunité aux lois extraterritoriales pour les traitements les plus sensibles.
C’est l’outil par lequel la France tente de refermer la brèche ouverte par le droit américain sur ses données critiques.
SiPearlentreprise
Société française qui conçoit les processeurs de haute performance destinés à doter l’Europe d’une informatique souveraine.
Pièce maîtresse de la souveraineté du calcul européen, mais aucune usine européenne ne grave encore ses puces.
Technologie de rupturedeep tech
Entreprise fondée sur une innovation scientifique de rupture, souvent issue de la recherche, à fort besoin de capital et au temps de maturation long.
Là où se joue la souveraineté future, mais le capital-risque français est mal adapté à ces cycles longs.
Technologies vertesgreen tech
Entreprises développant des technologies au service de la transition écologique, comme les batteries, le solaire ou le stockage d’énergie.
Maillon le plus fragile : laminé par le prix chinois, il fait s’effondrer le récit de réindustrialisation verte.
TSMCfonderie
Géant taïwanais qui fabrique à lui seul environ quatre-vingt-douze pour cent des puces les plus avancées du monde.
Un conflit à Taïwan stopperait l’économie mondiale et la French Tech : la dépendance critique absolue.

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