Le monde et ses silences – Février 2026

Le monde et ses silences Février 2026

Une radiographie des rapports de force mondiaux et des réalités occultées.

Repère

« Dans les montagnes du Zagros, au nord‑ouest de l’Iran, un berger regarde le ciel. Pas pour y lire les étoiles. Pour guetter le grondement des avions et les lueurs lointaines des explosions. Depuis le 28 février, l’horizon n’est plus le même. Les frappes se succèdent, et l’onde de choc, elle, ne fait que commencer. »

Février 2026 ressemble à cette image. On lève les yeux. On attend la suite. On découvre que sous le vernis des diplomates, sous les communiqués laconiques et les cartes militaires, il y a une réalité plus instable. Plus imprévisible. Plus dangereuse.

Ce qui suit n’est pas une revue de presse. C’est une tentative de regarder à la fois là où le bruit médiatique détourne l’attention, là où les algorithmes privilégient l’instant au détriment de la durée, là où les chancelleries préfèrent le calcul à la clarté. Continent par continent, voici ce que février 2026 nous dit aussi sur le monde dans lequel nous vivons désormais.

Chronologie

Éphéméride Février 2026

  • Début février Iran : la révolte écrasée
    La répression des manifestations se poursuit : selon des sources médicales et des ONG, le bilan des violences depuis janvier se chiffrerait en plusieurs dizaines de milliers de morts, en l’absence de statistiques officielles fiables.
  • Tout au long du mois Métaux critiques, nouvelle arme géopolitique
    Les alertes se multiplient sur la concentration du lithium, du cobalt et des terres rares entre quelques acteurs (Chine, États-Unis, Australie, RDC), ces ressources devenant des leviers de puissance centraux pour l’IA, l’armement et la transition énergétique.
  • Mi-février Corridors et dépendances africaines
    La première cargaison de cuivre-cobalt congolais transite par le corridor de Lobito, ligne ferroviaire et portuaire reliant le sud-est de la RDC et la Zambie au port angolais de Lobito sur l’Atlantique, avec un fort appui financier et technique américain et européen pour réduire la dépendance aux routes contrôlées par la Chine.
  • Fin février Europe et Est : le réarmement s’accélère
    Varsovie confirme une trajectoire de dépenses militaires autour de 4.7 à 4.8 % du PIB pour 2026, ce qui ferait de la Pologne le pays de l’OTAN consacrant la plus grande part de sa richesse à la défense, tandis que l’Allemagne et plusieurs pays d’Europe occidentale augmentent aussi fortement leurs budgets militaires.
  • 26 février Genève : diplomatie en sursis
    Un nouveau round de pourparlers nucléaires indirects entre États-Unis et Iran s’achève à Genève sans accord formel. Le médiateur omanais parle de « progrès significatif » et d’un compromis « à portée de main » sous trois mois, tandis que Washington poursuit un déploiement militaire exceptionnel autour de l’Iran.
  • 28 février « Epic Fury » : le jour des frappes
    Les États-Unis et Israël lancent l’opération « Epic Fury » contre des dizaines de sites en Iran ; Ali Khamenei est tué, avec plusieurs hauts responsables sécuritaires. L’opération est déclenchée sans vote préalable du Congrès américain ni mandat du Conseil de sécurité de l’ONU. Si l’Union européenne a encore une carte à jouer, ce n’est pas sur la puissance de feu, mais sur la défense du droit international comme bien commun.

L’Iran après Khamenei : la guerre comme succession

Téhéran, fin février. La ville est coupée en deux. D’un côté, les cortèges officiels : drapeaux noirs, portraits du Guide disparu, slogans martiaux. De l’autre, les rues silencieuses, les volets baissés, les familles qui comptent leurs morts. Depuis le 28 février, l’Iran n’est plus seulement en crise. Il est en guerre.

L’opération « Epic Fury », menée conjointement par les États‑Unis et Israël, a duré moins de trois heures. Des dizaines de sites ont été visés à travers le pays : infrastructures nucléaires, centres de commandement des Gardiens de la révolution, bases aériennes et installations de drones. Au cœur de la capitale, une frappe sur un complexe hautement sécurisé a coûté la vie à Ali Khamenei, 86 ans, ainsi qu’à plusieurs hauts-dignitaires du régime.

« Washington et Jérusalem parlent de “frappe chirurgicale”. Téhéran parle de “guerre totale”. Au vu des dizaines de civils tués, dont des enfants, le mot “chirurgical” relève de la propagande. Quant à la “guerre totale”, elle résume davantage le vécu des quartiers frappés que la réalité des états‑majors. »

Image de la Carte des frappes israélo-américaines en Iran

Carte des frappes israélo-américaines (Opération Epic Fury, février 2026)

La révolte écrasée, puis instrumentalisée

Depuis début janvier, un mouvement de contestation massif secouait le pays, né de la hausse des prix, de la corruption endémique et d’une lassitude profonde vis-à-vis du pouvoir religieux. Début février, la répression s’est intensifiée. Les bilans, impossibles à vérifier de manière indépendante, font l’objet d’estimations divergentes : les autorités iraniennes évoquent quelques centaines de morts ; des sources médicales et des ONG avancent des chiffres considérablement plus élevés, évoquant plusieurs dizaines de milliers de victimes pour l’ensemble des événements depuis janvier.

La mort de Khamenei a changé la donne. Non pas en apaisant les tensions, mais en les déplaçant. Le régime, privé de son Guide suprême, a immédiatement activé un récit d’unité nationale : « L’ennemi extérieur frappe, nous devons serrer les rangs. » Les arrestations de manifestants se sont poursuivies, mais la priorité n’est plus seulement de punir la dissidence interne. Il s’agit désormais de canaliser la colère vers l’extérieur.

Des négociations à bout de souffle

Quelques jours avant les frappes, le 26 février, une session jugée « intense » à Genève avait réuni, sous médiation omanaise, des émissaires américains et iraniens. Téhéran proposait des concessions limitées sur l’enrichissement en échange d’un allégement graduel des sanctions. Washington refusait toute séquence qui ne commencerait pas par un désarmement vérifié.

L’échec était prévisible. Ce qui ne l’était pas, c’est la rapidité avec laquelle l’option militaire a repris le dessus. Moins de 48 heures après la fin des pourparlers, les bombes tombaient.

La riposte régionale : un conflit qui déborde

Dans les heures suivant les frappes, l’Iran a lancé des salves de missiles balistiques et de drones contre des cibles américaines et israéliennes dans la région : bases en Irak, en Syrie, infrastructures en mer Rouge. Le trafic maritime a été partiellement interrompu dans le détroit d’Ormuz, par lequel transite 20 à 25 % du pétrole mondial. Les prix du brut ont bondi de 18 % en une séance. Le risque d’embrasement régional est à craindre.

L’envers du récit

Dans les hôpitaux de Téhéran, les lits manquent. Pas seulement pour les blessés des frappes. Pour tous ceux qui, depuis janvier, ont été touchés par la répression. Les familles cherchent leurs proches dans des morgues surchargées, sans listes officielles, sans transparence.

« On nous dit de pleurer le Guide. Mais qui pleure nos enfants ? » — Mère de famille de Kermanshah, témoignage recueilli par une ONG locale.

La guerre extérieure est aussi une aubaine pour le régime. Elle lui offre ce qu’aucune propagande n’aurait pu lui donner : une resacralisation de l’unité nationale. Les opposants, hier encore dans la rue, sont aujourd’hui criminalisés comme « traîtres » et « agents de l’étranger ». Le risque est désormais réel que les centaines de condamnés à mort de janvier soient exécutés au nom de la patrie en danger. Et au cœur du régime, une question brûle toutes les autres : qui succède à Khamenei ? Le Conseil des Experts est réuni en urgence. Les factions se positionnent. Les Gardiens de la révolution observent. La succession pourrait tout changer ou tout figer.

Crises et ruptures Moyen-Orient

• Bilan humain des manifestations (janv.-fév. 2026) : Plusieurs dizaines de milliers de morts (estimations ONG)

• Sites frappés le 28 février : Une trentaine, dont Natanz et Fordow

• Réaction des marchés pétroliers : +18 % en une séance, puis stabilisation à +12 %

• Personnes déplacées en Iran depuis janvier : Estimées à 500,000

La mer de Chine, ou l’équilibre précaire

Pendant que le Moyen-Orient brûle, l’Asie-Pacifique retient son souffle. En mer de Chine méridionale, les Philippines et les États-Unis annoncent le déploiement conjoint de missiles Tomahawk et de drones de surveillance, dans le cadre du 75e anniversaire de leur traité de défense mutuelle. Pékin répond par des patrouilles de « préparation au combat ». Mais derrière les exercices militaires, une réalité plus prosaïque : près d’un tiers du commerce maritime mondial transite par cette zone, dont 45 % du pétrole brut et 42 % du propane transportés par mer.

Taïwan, elle, vit une euphorie boursière. Les indices locaux ont bondi de 17 % depuis janvier, portés par la demande mondiale en semi-conducteurs. L’île enregistre un excédent commercial record de 146.8 milliards de dollars avec les États-Unis en 2025. Mais cette prospérité reste suspendue à deux épées de Damoclès : la menace militaire chinoise à l’horizon 2027, et la tentation, à Washington, de corriger par des tarifs douaniers un déséquilibre commercial que l’on a soi-même encouragé.

Plus au sud, l’Inde suffoque toujours. À Delhi, respirer équivaut toujours à fumer 9 cigarettes par jour. Mais un nouveau front s’ouvre : la compétition pour les données. New Delhi impose désormais un étiquetage obligatoire pour tout contenu généré par intelligence artificielle, suivant l’exemple de la Corée du Sud. Une mesure de transparence, ou un premier pas vers un contrôle étatique de l’information numérique ?

L’envers du récit

En Birmanie, la guerre civile s’enlise. La junte a organisé des élections sans concurrence réelle, revendiquant 90 % des sièges. Plus de 3,000,000 de personnes ont fui leur foyer. Des populations tenaillées par la faim. Mais personne n’en parle, parce que personne n’y a d’intérêt stratégique immédiat.

« On nous oublie. Alors on apprend à survivre sans être vus. » — Enseignant de l’État de Shan, réfugié dans un camp à la frontière thaïlandaise.

« En Afghanistan, les femmes restent réduites au silence. Seules quelques cyclistes exfiltrées font encore récit. Leur sport était un symbole. Leur exil est une métaphore. Et en février, Kaboul ne vit pas seulement sous le joug intérieur des talibans : un conflit ouvert éclate aussi avec le Pakistan, après des frappes pakistanaises sur Nangarhar, Khost et Kandahar et des opérations de représailles afghanes le long de la frontière, Islamabad allant jusqu’à parler de “guerre ouverte”. »

Aux Philippines, des enquêtes locales ont documenté des cas d’ouvriers de zones franches exposés à des niveaux de toxiques jusqu’à 500 fois supérieurs aux normes européennes. Des vies sacrifiées sur l’autel de la compétitivité.

Le grand écart asiatique Février 2026

• Part du commerce mondial (Mer de Chine) : Environ 1/3, dont 45 % du pétrole brut

• Excédent taïwanais / États-Unis (2025) : 146.8 milliards de dollars

• Pollution atmosphérique à Delhi : Équivalent à 9 cigarettes/jour

• Personnes ayant fui leur foyer en Birmanie : 3,000,000

Le continent des ressources, des récits et des vies brisées

L’Afrique est devenue un théâtre central des rivalités mondiales. Russia Today installe un bureau à Dakar et lance l’émission « Voir l’Afrique », avec un budget global maintenu autour de 350-380 millions d’euros par an. L’objectif est clair : contourner l’interdiction en Europe et s’adresser directement au « Sud global ». Mais un détail change tout : les autorités sénégalaises n’ont toujours pas accordé d’autorisation pour émettre sur les fréquences télévisées nationales, laissant RT dans une zone grise numérique, visible en ligne mais sans ancrage de masse.

La Chine, elle, manie la carotte et le bâton : elle annonce la suppression des droits de douane pour tous les pays africains à partir du 1er mai, à l’exception de l’Eswatini, seul État à maintenir des relations diplomatiques avec Taïwan. Une politique de récompense et punition assumée.

Le « Great Game » des ressources

Sur le terrain des ressources, la compétition fait rage. En RDC, un pré-accord est signé entre le consortium américain Orion et Glencore pour acquérir une part importante des actifs cuivre-cobalt, dans un portefeuille valorisé à près de 9 milliards de dollars. L’objectif : réduire le monopole chinois dans la chaîne d’approvisionnement des technologies vertes et de défense. Le corridor de Lobito, reliant les mines de l’intérieur congolais à la façade atlantique via l’Angola, devient l’axe stratégique de cette nouvelle route.

L’Europe, de son côté, troque une dépendance contre une autre. Pour remplacer le gaz russe, elle se tourne massivement vers le gaz africain. TotalEnergies relance son projet géant au Mozambique (20 milliards de dollars), gelé cinq ans en raison de l’insécurité djihadiste dans la province de Cabo Delgado. « Le projet GTA (Grand Tortue Ahmeyim) commence à exporter du gaz naturel liquéfié depuis le Sénégal et la Mauritanie, principalement vers les marchés internationaux, en particulier vers l’Europe, tout en réservant une part des volumes à l’usage domestique des deux pays. »

L’envers du récit

Au Soudan, le conflit a dépassé les 1,000 jours, avec 13 à 14 millions de personnes ayant fui leur foyer l’une des pires crises humanitaires au monde. La prise d’El-Fasher, au Darfour, a été accompagnée de massacres à caractère ethnique, que des experts de l’ONU décrivent comme portant la « marque d’un génocide ».

Pour financer la guerre, les Forces de soutien rapide (FSR) ont mis la main sur les forêts productrices de gomme arabique, dont le pays fournit 70 à 80 % de la production mondiale. Entre 2023 et 2025, les volumes exportés officiellement du Soudan vers la France ont baissé, tandis que ceux du Tchad et du Soudan du Sud ont explosé. En valeur, les importations françaises ont augmenté (63.6 millions d’euros) malgré la baisse des volumes signe d’une contrebande qui blanchit la gomme issue des zones de guerre. Les grands industriels assurent s’approvisionner légalement, mais l’opacité des filières permet à la gomme des milices de se fondre dans nos sodas, nos bonbons et nos médicaments.

Autre face cachée : des migrants expulsés des États-Unis sont transférés vers des pays africains tiers dans le cadre d’accords discrets. Le Cameroun, l’Eswatini, le Rwanda ou la Guinée équatoriale ont reçu des millions de dollars pour accueillir quelques centaines de personnes. En Guinée équatoriale, les montants versés dépassent l’aide américaine cumulée de plusieurs années. Certaines personnes sont détenues en prison de haute sécurité depuis des mois, sans charges ni accès à un avocat.

La chair à canon kényane

Ils sont partis avec un visa touristique, un billet via Istanbul ou Abu Dhabi, et la promesse d’un emploi civil en Russie. Plus de 1,000 Kényans. Des jeunes, pour la plupart. Ils ont découvert le front ukrainien.

Nairobi a protesté. Le mot utilisé par les autorités kényanes ne laisse aucune place à l’ambiguïté : « chair à canon ». Les familles, elles, n’ont reçu ni corps, ni explication. Juste le silence d’un téléphone qui ne sonne plus.

Le Kenya n’est pas un cas isolé. Selon Kyiv et plusieurs enquêtes indépendantes, plus de 1,700 Africains venus d’une trentaine de pays ont été recrutés par le même procédé : fausses offres d’emploi, promesses de papiers, billets payés. Beaucoup se retrouvent au front sans formation, sans équipement, sans recours. Ce n’est plus du recrutement. C’est une traite humaine adossée à une machine de guerre, et le continent africain en est le vivier.

Un continent sous pression Février 2026

• Soudan (Déplacés) : 13-14 millions

• Soudan (Gomme arabique) : 70-80 % production mondiale

• RDC (Investissement Etats-Unis) : 9 milliards $ (pré-accord)

• Mozambique (TotalEnergies) : 20 milliards $

• Algérie (Gaz UE) : ≈ 14.6 %

• Libye (Armes en circulation) : ≈ 20,000,000

• Kenya (Front russe) : Plus de 1,000 recrues

L’hégémonie à découvert

Les États-Unis ne parlent plus le langage de l’aide au développement. Ils négocient. À découvert, mais rarement d’égal à égal. Les “accords” ressemblent de plus en plus à des marchés conclus sous pression : on signe, ou l’on perd l’accès au dollar, aux dérogations, aux cargos de pétrole. L’accord remplace le discours. L’accès aux ressources remplace la promotion de la démocratie. Et le continent américain, du Rio Grande à la Terre de Feu, se découvre traité comme ce qu’il est aux yeux de Washington : un portefeuille d’actifs à sécuriser.

En Argentine, Javier Milei tire le dividende de l’alignement. Un soutien financier d’environ 20 milliards de dollars. Des promesses d’investissements dans le lithium et le cuivre. Une bienveillance affichée à la Maison‑Blanche. Le prix ? Buenos Aires suit. Sur tout. Pendant ce temps, l’économie réelle ne change pas : près de la moitié des travailleurs survivent dans l’informel, la majorité des retraités touchent le minimum vital, et c’est toujours la Chine qui achète le soja. L’Argentine ne devient pas un pôle autonome. Elle devient un allié transactionnel.

Au Mexique, les usines arrivent. Ce qui était assemblé à Shenzhen se fabrique désormais à Monterrey. Composants informatiques, sous‑traitance pour l’intelligence artificielle : la relocalisation bat son plein. Mais la contrepartie est brutale. Chaque crise politique se règle par un chantage douanier. Menaces sur l’acier. Menaces sur l’automobile. Menaces sur les produits liés au fentanyl. L’essentiel des exportations mexicaines part vers un seul client. Et ce client fixe les règles.

Au Brésil, Lula tente de ménager tout le monde. Accords avec l’Union européenne via le Mercosur. Renforcement des liens avec Pékin. Dialogue maintenu avec Washington. Mais un Congrès hostile verrouille son budget, et l’économie reste prisonnière des matières premières. Sa marge de manœuvre s’effrite.

Derrière ces trajectoires différentes, une même logique se dessine. Ce ne sont plus des alliances fondées sur des valeurs affichées. Ce sont des relations pesées au cas par cas, où chaque gouvernement calcule ce qu’il peut obtenir en échange de ce qu’il accepte de céder ou de ce qu’on lui impose d’abandonner. Les Amériques ne sont plus un espace de coopération, mais le laboratoire à ciel ouvert de la diplomatie du marchandage.

L’envers du récit

« Le système migratoire américain a changé de nature. Il ne s’agit plus seulement de surveiller des passages à la frontière, mais de gérer, sur la durée, des milliers de personnes enfermées. Les dizaines de milliards de dollars consacrés à construire et agrandir des centres de détention sont autant de murs et de barreaux voués à durer. »

« On nous dit que c’est pour la sécurité. Mais où est la sécurité pour ceux qu’on enferme sans procès ? » — Avocate de défense des droits civiques au Texas.

L’externalisation vers des pays tiers, sous couvert d’accords discrets, déplace la frontière américaine loin des regards, dans des zones juridiques où la responsabilité se dilue et où la presse peine à enquêter.

Puissance et contradictions Amériques

• Part des exports mexicains / États-Unis : 80 %

• Économie informelle en Argentine : 43 % des travailleurs

• Budget détention migratoire (Etats-Unis) : 38-40 milliards de dollars

• Personnes transférées (Pays tiers) : Plusieurs centaines

Payer pour ne plus être nue

Janvier montrait une Europe nue, dépendante militairement et industriellement. Février raconte un basculement plus discret : l’Europe commence à payer le prix du réel.

Depuis 2022, l’Europe élargie a engagé environ 200 milliards d’euros pour soutenir l’Ukraine, contre environ 115 milliards pour les États-Unis. Sur la même période, si l’on additionne les enveloppes de la Commission et celles des États européens, l’aide humanitaire mondiale tourne autour de 40 milliards. Autrement dit, pour une guerre aux portes de l’Union, l’effort financier européen a été cinq fois supérieur à celui consenti pour l’ensemble des crises humanitaires de la planète.

Ce différentiel ne dit pas seulement une différence de générosité. Il traduit une hiérarchisation stratégique : pour les gouvernements européens, l’aide à l’Ukraine relève de la sécurité collective directe, tandis que l’aide humanitaire demeure une obligation morale et diplomatique, mais périphérique dans la définition des intérêts vitaux.

La vraie question n’est donc pas morale elle est stratégique : cette dépense de 450 euros par citoyen renforce-t-elle durablement la sécurité européenne ? Si oui, l’écart est assumable. Si non, il révèle un déséquilibre entre puissance projetée et vulnérabilité interne.

Réarmement : qui porte vraiment l’effort ?

Le centre de gravité militaire se déplace vers l’Est. Selon les projets budgétaires, la Pologne devrait consacrer environ 4.7 % de son PIB à la défense en 2026, visant 5 % à terme. L’Allemagne accélère sa transformation stratégique. Son budget de défense doit dépasser les 100 milliards avant la fin de la décennie. La France, elle, a vu son budget de défense passer de 32 milliards d’euros en 2017 à plus de 50 milliards en 2025. Mais cet effort s’inscrit dans un contexte de dette abyssale (3,400 milliards d’euros pour la France) et de déficit supérieur à 5 % du PIB.

« Pendant que l’UE débat de ses budgets, la Russie déploie des missiles hypersoniques en Biélorussie, capables d’atteindre l’Europe en quelques minutes. »

L’envers du récit

La chimie européenne a perdu environ la moitié de ses parts de marché en vingt ans. En France, les fermetures d’usines dépassent les ouvertures : un solde négatif de 63 sites industriels en 2025. En Allemagne, près de 240,000 emplois industriels ont disparu en deux ans.

« On nous demande de payer pour la défense. Mais qui paie pour nos usines ? » — Ouvrier de la chimie à Lyon.

L’Europe apprend la Realpolitik économique tardivement et sous pression.

• Source Engagement Ukraine vs Etats-Unis : 200 Mds € vs 115 Mds € (Source : Kiel Institute)

• Emplois perdus en Allemagne (2 ans) : 240,000

• Solde usines France (2025) : -63 sites

Épilogue : ce que février nous dit de 2026

Ce que l’absorption des chocs révèle

Deux opérations de décapitation politique en deux mois Maduro en janvier, Khamenei en février. Deux crises majeures. Et pourtant, pas d’embrasement généralisé. Pas d’effondrement des marchés. Pas de rupture des alliances.

C’est le signe d’un basculement plus profond : un monde capable d’absorber des chocs majeurs sans se remettre en cause, parce qu’il a accepté que la violence fasse partie du fonctionnement normal du système.

Ce qui se joue sous nos yeux n’est pas l’entrée dans l’anarchie. C’est l’installation d’un ordre transactionnel. Les grandes puissances acceptent une hiérarchie implicite des zones d’intervention. Le seuil d’acceptabilité de la violence interétatique a monté. Le droit international est devenu un instrument rhétorique plutôt qu’une contrainte effective.

Pourquoi le monde n’explose-t-il pas ?

« D’abord parce que les grandes puissances se parlent en coulisses. Militaires américains, russes et chinois maintiennent des canaux de contact pour éviter les collisions. Chacun a trop à perdre dans un embrasement général. »

Ensuite parce que les marchés ont intégré la violence. Après quinze ans de crises, une frappe majeure est « pricée » comme un risque localisé tant que les flux vitaux ne sont pas interrompus.

Enfin parce que les opinions publiques ne basculent pas. Pourquoi ? Parce que la guerre, même proche, reste abstraite pour la majorité des citoyens européens ou américains. Parce que les gouvernements contrôlent les récits. Parce que l’alternative désengagement ou désordre semble pire.

Ce n’est pas une rupture. C’est une méthode.

La violence est devenue un outil ordinaire de régulation.

Les puissants testent les limites. Les autres encaissent.

Et l’impunité s’installe.

Le monde et ses silences Février 2026

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