Le monde et ses silences en juin 2026
Pendant que le monde regardait le Mondial
Le 11 juin 2026, à Mexico, 87,000 personnes ont vu Shakira ouvrir le plus grand Mondial de l’histoire↗. À Tijuana, à quelques kilomètres de la frontière américaine, l’équipe d’Iran avait installé son camp de base depuis début juin, après avoir échoué à faire déplacer ses matchs au Mexique. Elle jouait ses rencontres aux États-Unis, à Los Angeles et à Seattle, mais devait en repartir aussitôt↗ : les deux pays étaient toujours en guerre. Aucun Mondial, avant celui-ci, n’a vu un pays hôte recevoir une sélection ennemie.
Sur le plan financier non plus, ce tournoi n’a pas d’équivalent. La FIFA, association à but non lucratif suisse qui ne peut reverser aucun dividende, table sur 8,9 milliards de dollars de revenus, contre 7,5 milliards à Qatar 2022↗. Les annonceurs y engagent 10,5 milliards, davantage qu’une saison entière de NFLLa National Football League, le championnat professionnel de football américain, l’une des compétitions sportives les plus lucratives au monde.. Six milliards de personnes, les trois quarts de l’humanité, sont attendues devant un écran. Ces sommes mesurent le gouffre entre ce que le monde regarde et ce qu’il choisit de voir.
Ce gouffre, on le voit aussi de près. À Guadalajara, la ville a dépensé 70 millions de pesos, environ 3,5 millions d’euros, pour refaire à neuf un rond-point. Chaque année, des familles mexicaines réunissent seules la même somme pour fouiller les ravins à la recherche de leurs disparus, victimes de la guerre des cartels.
Le Mondial 2026 n’a pas eu lieu malgré le monde. Il a eu lieu à l’intérieur du monde, et il lui a servi de rideau. Ce numéro montre que football et géopolitique se sont joués sur les mêmes semaines, et que le premier a couvert le bruit du second.
Cinq crises que le Mondial a éclipsées
Sénégal : le président a limogé son Premier ministre, aussitôt élu à la tête du Parlement. Le pays est gouverné sans majorité depuis le 1er juin.
Venezuela : un double séisme a fait plus de 2 300 morts et 50 000 disparus, l’armée quasiment absente des secours.
Bangladesh : son nouveau chef de gouvernement a choisi Pékin, pas New Delhi, pour son premier voyage à l’étranger.
France : neuf pays discutent avec Paris d’une protection nucléaire de rechange, au cas où Washington lâcherait l’OTAN.
Iran-États-Unis : la guerre s’est arrêtée sur le papier, mais le texte ne dit rien des missiles ni du contrôle d’Ormuz.
La suite du numéro raconte chacune de ces histoires en détail, zone par zone.
Sénégal : Faye limoge Sonko. Fin d’une alliance de treize ans. Quatre jours plus tard, Sonko est élu président de l’Assemblée nationale. Le FMI gèle 1,8 milliard de dollars↗.
Skopje : Macron relance l’élargissement aux Balkans. Premier sommet du genre depuis l’adhésion croate, treize ans plus tôt.
Les cartels brésiliens désignés terroristes par Washington, aux côtés d’Al-Qaïda et de l’État islamique.
Record mondial de conflits armés. Deux jours avant le coup d’envoi, l’Uppsala Conflict Data Program publie un chiffre que personne ne verra passer↗.
Paris signe avec Ottawa en silence. Macron et Carney concluent un accord de renseignement classifié. Aucune une.
Le mémorandum d’Islamabad signé à Versailles, six jours après l’ouverture du Mondial↗.
Le Venezuela tremble deux fois. Deux séismes en trente-neuf secondes↗. Le bilan ne cessera plus de s’alourdir.
Le plus beau Mondial africain de l’histoire
Dix sélections africaines à ce Mondial, un record qui pulvérise l’ancien plafond de six équipes fixé en 2010. Neuf sur dix qualifiées pour les seizièmes de finale, du jamais vu. Le Cap-Vert, à sa toute première participation, a sorti l’Uruguay. La RD Congo retrouvait la compétition cinquante-deux ans après le Zaïre de 1974, qualifiée après sa première victoire en Coupe du monde de son histoire. Jamais le continent n’était allé aussi loin, aussi nombreux.
Et pendant que PraiaCapitale du Cap-Vert, dont la sélection disputait son premier Mondial., Kinshasa et Dakar exultaient, trois crises se jouaient loin des caméras : au Sénégal et en Afrique du Sud, des crises politiques ; en RDC, à l’est, dans le Nord-Kivu puis en Ituri, l’épidémie d’Ebola a explosé pendant le tournoi, 377 morts pour plus de 1,300 cas au 30 juin↗, bilan sans doute sous-estimé. Des experts la qualifient déjà d’exceptionnelle. Elle a franchi une frontière vers le Haut-UéléProvince du nord-est de la RDC, à la frontière du Soudan du Sud et de la Centrafrique, jusque-là épargnée par l’épidémie., pendant que Kinshasa dansait pour ses Léopards.
Sénégal, la rupture et ce qui a suivi
Le tandem Faye-Sonko avait été salué comme une alternance historique. Le 23 mai, il a explosé : le président a limogé son Premier ministre, mettant fin à treize ans d’alliance↗. Quatre jours plus tard, Sonko était élu président de l’Assemblée nationale↗. Deux pouvoirs issus du même camp se font désormais face.
Ce n’était pas un conflit d’ego, mais l’affrontement de deux lignes économiques inconciliables. Sonko avait révélé, dès 2024, une dette non déclarée sous Macky Sall qui porte l’endettement sénégalais au-delà de 100% du PIB, et refusait toute restructuration, quand Faye négociait avec le FMI un programme suspendu de 1,55 milliard d’euros. Sur les hydrocarbures de Sangomar et GTA, même divorce de méthode : ultimatums publics contre les majors pétrolières d’un côté, processus jugé « plus que satisfaisant » de l’autre.
Ce qui a suivi mérite d’être raconté. Le nouveau Premier ministre, ancien cadre de la banque centrale ouest-africaine, a formé un gouvernement sans un seul ministre du parti majoritaire↗. Cinq jours plus tard, Sonko était réélu à la tête de ce parti avec une large majorité. Le Sénégal a désormais un exécutif technocrate sans majorité au Parlement, et un parti majoritaire resté dehors.
Le profil structurel du pays, avant cette rupture, est détaillé dans Les Forces et les Failles du Sénégal, sur SAPERE.
L’Afrique du Sud entre dans l’histoire, et vit sa pire vague xénophobe depuis 2008
Le 11 juin, l’Afrique du Sud ouvrait le tournoi contre le pays hôte à Mexico. Le 28, elle atteignait pour la première fois de son histoire les seizièmes de finale, avant d’y tomber face au Canada. Chez elle, un mouvement se réclamant de l’ex-président Jacob Zuma, destitué pour corruption en 2017, avait fixé aux étrangers un ultimatum informel : quitter le pays avant le 30 juin. Trente-deux ans après la promesse mandélienne de la nation arc-en-ciel, le pays vivait sa flambée xénophobe la plus meurtrière depuis 2008.
Le bilan s’est alourdi de semaine en semaine : maisons incendiées à Mossel Bay, un Malawite, Mishack Banda, lynché près de Pietermaritzburg, douze mille Malawites déjà rapatriés au 28 juin depuis un ancien drive-in de Durban reconverti en plateforme d’expulsion. Police et armée ont fini par être déployées dans le Cap-Oriental. Le terreau n’a rien de mystérieux : chômage à 32,7%, système minier de travail migrant à l’abandon, ménage blanc qui gagne toujours cinq fois plus qu’un ménage noir. « Il n’y a plus d’avenir pour nous ici », répètent les migrants qui font la queue pour rentrer chez eux.
L’Afrique comme destination des expulsions occidentales
Depuis janvier 2025, Washington a expulsé plus de 18,000 personnes vers 27 pays tiers, dont des Latino-Américains envoyés en RDC en pleine épidémie d’Ebola, ou en Guinée équatoriale pour une somme supérieure à huit ans d’aide bilatérale américaine. L’Union européenne a suivi une logique parallèle en entérinant des hubs de retour en Ouganda et au Rwanda, des centres de rétention construits hors de ses frontières. Le Nigeria, lui, a dit non : ciblé par Washington, Abuja a refusé de servir de zone d’accueil et porté plainte devant la Commission africaine des droits de l’homme.
L’envers du récit : la route atlantique et la Centrafrique
Pendant que l’Occident exporte ses migrants vers l’Afrique, des Africains continuent de mourir en mer pour rejoindre l’Europe : plus de mille morts en 2025 sur la route atlantique vers les Canaries. Au centre du continent, la Centrafrique incarne une troisième forme du même mécanisme, accueillant depuis 2017 des milliers d’hommes d’Africa Corps, l’héritier étatique de Wagner, désormais documentés pour prédation croissante, pendant que la France y reprend pied par l’aide humanitaire.
L’Afrique n’est pas seulement le continent où l’Occident externalise ses problèmes migratoires. C’est aussi celui qu’on sous-traite à des forces armées privées sans mandat démocratique.Venezuela : deux secousses, un État qui ne savait plus répondre
Le 24 juin à 18h04, la terre a tremblé deux fois en trente-neuf secondes dans l’État d’Yaracuy, le séisme le plus puissant à frapper le Venezuela depuis 1900↗. Bilan officiel du lendemain : 32 morts. Ce numéro se rédige alors qu’il dépasse 2,295 morts confirmés et environ 50,000 disparus selon l’ONU↗. Un tel écart ne se produit pas par malchance : le pays possédait l’un des réseaux de surveillance sismique les plus denses d’Amérique latine, aujourd’hui si dégradé, faute d’ingénieurs restés au pays, que les secouristes empruntent des images satellite étrangères pour cartographier leurs propres ruines. Il a fallu deux jours pleins avant les premiers secours extérieurs.
Sur le terrain, une question revenait sans cesse : où est notre armée ? Restée quasiment absente des sauvetages, elle a laissé des militaires mexicains puis américains rouvrir eux-mêmes l’aéroport et le port de la capitale↗. Une décennie d’effondrement économique et d’exil a vidé l’État de sa capacité à répondre à ses propres catastrophes. Et la couverture française n’a pas nommé la collision entre deux politiques : Washington expulse des Vénézuéliens depuis dix-huit mois, certains relogés dans des hôtels réquisitionnés à leur arrivée. L’un de ces hôtels s’est effondré le jour du séisme.
Haïti qualifiée, Port-au-Prince occupée
Haïti s’est qualifiée pour le Mondial, seul pays parmi les 48 qualifiés dont la capitale est majoritairement contrôlée par des gangs armés, au point que la sécurité d’infrastructures stratégiques a été confiée à une société militaire privée américaine. Ses joueurs évoluent tous à l’étranger. Et pourtant, la qualification a déclenché une fête nationale. Les deux choses sont vraies en même temps.
Pérou : le fujimorisme revient, à cinquante mille voix près
Le 29 juin, Keiko Fujimori a été proclamée présidente du Pérou avec 50,13% des voix, cinquante mille voix d’avance sur plus de dix-huit millions de votants↗, l’un des scrutins les plus serrés de l’histoire récente sud-américaine. Fille de l’autocrate Alberto Fujimori, mort en 2024 après sa condamnation pour crimes contre l’humanité, elle ramène au pouvoir un nom que le pays avait mis vingt-cinq ans à juger. Trois pays andins ont désormais viré à droite en moins de six mois : le Chili en mars (José Antonio Kast), puis la Colombie le 22 juin et le Pérou le 29, coup sur coup, en pleine Coupe du monde.
Canada : une alliance rompue, une autre signée
Le conseil de défense canado-américain créé en 1940 a été suspendu unilatéralement par Washington, sans communiqué. En réponse, le premier ministre Mark Carney signait avec Emmanuel Macron un accord de renseignement classifié couvrant défense, spatial et intelligence artificielle. Ce que Washington a fermé, Paris a proposé d’en rouvrir une partie.
L’envers du récit : les stades climatisés, les robinets fermés
Le Mondial se joue dans des stades climatisés pour contrer la chaleur. À Querétaro, ville mexicaine voisine des sites hôtes, Microsoft a obtenu une concession d’eau de 25 millions de litres par an sur treize ans pour ses centres de données. Les habitants, eux, n’ont l’eau courante que deux jours par semaine.
L’infrastructure qu’on refuse aux citoyens, on la trouve toujours pour les serveurs.Trois équipes sur la pelouse, un continent qui bascule
Le Japon, la Corée du Sud et l’Australie jouaient la Coupe du monde. Aucune équipe du Pacifique insulaire n’était qualifiée. En toile de fond, un rapport publié en janvier par l’ECFREuropean Council on Foreign Relations, cercle de réflexion paneuropéen spécialisé dans les relations internationales., « How Trump is making China great again », documentait un basculement diplomatique mondial↗ : la Chine, premier partenaire commercial de plus de cent vingt pays, propose des financements sans conditions politiques là où Washington est perçu comme imprévisible depuis 2017. Ce n’est pas de l’enthousiasme pour Pékin. C’est du pragmatisme documenté.
Le Bangladesh l’a illustré en direct. Tarique Rahman, chef du gouvernement depuis février, a choisi Pékin pour sa première tournée à l’étranger, laissant l’Inde, alliée traditionnelle, hors de l’itinéraire : quatre jours de visite, quinze mémorandums, 300 millions de dollars d’aide promis, partenariat élevé au rang de « communauté de destin »↗. Xi Jinping a même promis d’appuyer l’entrée du Bangladesh dans les BRICSBloc de pays émergents formé autour du Brésil, de la Russie, de l’Inde, de la Chine et de l’Afrique du Sud, élargi depuis à d’autres partenaires.. New Delhi n’a rien vu venir.
Le basculement diplomatique n’était pas le seul mouvement de la région. Plus au sud, dans le Pacifique, un autre bougeait en silence, entièrement militaire celui-là. Voici ce qui s’est joué en une semaine.
Une semaine de juin dans le Pacifique, sans couverture coordonnée
Le 24 juin, l’exercice Valiant Shield a déployé la puissance aérienne et navale américaine dans le Pacifique, aux côtés du Japon et de l’Australie, face à une présence chinoise en intensification constante. Le 29, l’Australie et le Vanuatu signaient un accord interdisant toute base militaire étrangère sur cet archipel courtisé par Pékin. Le lendemain, l’armée dévoilait le prix logistique de ce réarmement : une brigade blindée a vu sa consommation de diesel bondir de 40,000 à 300,000 litres par jour, un facteur sept et demi↗. Or ce pays ne disposait déjà, pendant le blocus d’OrmuzLe détroit d’Ormuz, entre l’Iran et la péninsule arabique, par lequel transite environ un cinquième du pétrole mondial. Sa fermeture par l’Iran en février a déclenché la guerre dont ce numéro parle depuis le début., que d’un tiers de la norme internationale de stocks de carburant. Se réarmer sans stocks, c’est bâtir une armée qui ne tiendrait pas un mois.
L’envers du récit : Tuvalu invente le premier traité migratoire climatique
Aux antipodes de ces calculs militaires, Tuvalu et l’Australie ont formalisé la voie Falepili, un traité bilatéral qui fait de la migration climatique un droit reconnu, une première mondiale. Les citoyens de cet archipel qui risque d’être submergé d’ici 2050 ont désormais le droit de résider et travailler en Australie.
Un État a légiféré sur sa propre disparition avant que la mer ne décide à sa place. Le Vanuatu a signé un traité de sécurité la même semaine. Seul le second a fait l’actualité.À lire sur SAPERELes vulnérabilités structurelles du sous-continent indien : Bangladesh, Sri Lanka, Népal, Pakistan, barrage chinois sur le Brahmapoutre. : le sous-continent indien fait l’objet d’un article dédié, Les Forces à l’œuvre dans le sous-continent indien #1.
Neuf pays, aucun traité : la dissuasion française qui s’élargit sans en préciser pour l’instant les règles
Le 2 mars 2026, Emmanuel Macron prononçait à l’Île Longue un discours fondateur sur la dissuasion↗. Huit pays ont rejoint le dialogue qu’il ouvrait dans les mois qui ont suivi, et la Norvège s’y est officiellement ralliée le 27 mai, portant leur nombre à neuf.
Chaque adhésion a été rendue publique. Ce qui reste flou, ce sont les règles du jeu : aucun traité, ni OTAN étendu, ni parapluie américain, mais une architecture parallèle. Autrement dit, la France teste l'idée d'un parapluie nucléaire européen, sans dire clairement qui serait protégé, ni quand, si Washington réduisait brutalement son engagement dans l'OTAN comme Trump l'a menacé de le faire. Le même discours a d'ailleurs acté un tournant sur l'arsenal lui-même : une augmentation a été annoncée, mais son ampleur ne sera plus rendue publique, une rupture avec des décennies de transparence sur un total resté stable autour de 290 têtes depuis 1992. Difficile de savoir ce que la France offre exactement aux Européens si elle ne dit plus elle-même de combien elle dispose. La France n'exporte plus seulement des Rafale et des réacteurs : elle exporte une doctrine dont elle garde, par construction constitutionnelle, le déclencheur pour elle seule.
Biélorussie : un dictateur a obéi à Kiev en trois jours
Maria Kolesnikova, opposante biélorusse libérée en décembre après cinq ans de détention, plaide pour un dialogue avec Loukachenko contre l'avis d'une partie de l'opposition en exil : « si vous ne parlez pas à lui, Poutine le fera »Argument central de Kolesnikova, rapporté par les briques qualifiées SAPERE : Loukachenko a des plans pour le pays, l'incorporer à la Russie., avertit-elle. Le 19 juin, Zelensky a donné une semaine à Minsk pour retirer des antennes-relais utilisées, selon Kiev, pour guider les drones russes, menaçant de s'en charger lui-même. Loukachenko s'est exécuté avant l'échéance, antennes confirmées inactives dès le 22↗, soumission d'un régime vassal de Moscou depuis trente et un ans, restée sans écho en France. Trois jours plus tard, Tikhanovskaïa, principale figure de l'opposition en exil, alertait pourtant sur des préparatifs de guerre côté biélorusse : la docilité sur les antennes n'a rien réglé du fond. La Moldavie voisine documente, elle, que les trois quarts de ses citoyens ont été exposés à de la désinformation russe en six mois.
L'envers du récit : l'Europe qui s'élargit par peur, pas par conviction
Le processus d'élargissement, au point mort depuis l'adhésion croate en 2013, repart en 2026 non par enthousiasme mais par réflexe défensif face à la menace russe et au désengagement américain. Neuf pays sont aujourd'hui candidats officiels : l'Ukraine, la Moldavie, cinq pays des Balkans occidentaux, la Géorgie, et la Turquie, candidate depuis 1999 mais gelée depuis 2018. Même l'Islande, qui a dit non à l'UE pendant cinquante ans, a fait approuver par son Parlement un référendum pour le 29 août↗, sous la pression des menaces américaines sur le Groenland.
L'Union européenne n'attire plus par son modèle. Elle rassure par sa taille.La guerre Iran-États-Unis-Israël fait l'objet d'une série analytique complète sur SAPERE. Ce numéro ne la redouble pas. Il pointe deux angles que même cette couverture dense a laissés dans l'ombre.
Une sélection en guerre, basée hors du pays qu'elle affronte
L'équipe d'Iran jouait ses matchs aux États-Unis mais vivait à Tijuana, incapable de résider dans un pays avec lequel elle était toujours en guerre à l'ouverture du tournoi. Le sélectionneur Amir Ghalenoei a qualifié son équipe de plus opprimée du Mondial. Le mémorandum d'Islamabad, négocié sous médiation pakistanaise, n'a été signé que six jours plus tard, à Versailles↗. Quatre sujets majeurs restent absents du texte : missiles balistiques iraniens, statut permanent d'Ormuz, fonds de reconstruction promis par Washington, garanties vis-à-vis d'Israël.
Onze mille marins toujours bloqués derrière le mémorandum
Le mémorandum signé, les caméras sont reparties. Fin juin, environ 11,000 marins civils patientaient toujours dans le golfe Persique, en attente d'évacuation depuis février, opération de l'Organisation maritime internationale suspendue après une nouvelle attaque contre un navire dans le golfe d'Oman↗. Un texte a été signé à Versailles. Les marins, eux, attendent encore.
Deux jours avant le coup d'envoi, l'Uppsala Conflict Data Program publiait son rapport annuel sur les conflits armés dans le monde. Le chiffre n'a pas fait la une. Deux jours plus tard, la cérémonie d'ouverture effaçait tout le reste : le plus grand tournoi de l'histoire s'ouvrait dans le monde le plus conflictuellement chargé depuis la Seconde Guerre mondiale. Ces deux réalités sont vraies simultanément.
Cette série cartographie quatre formes de silence, et les quatre se retrouvent ici : médiatique, quand une crise s'efface devant un match ; institutionnel, quand un séisme à cinq chiffres peine à trouver sa place à côté des résultats de poules ; volontaire, quand des États avancent sans le dire ; et par saturation, quand un mois de compétition suffit à recouvrir un rapport sur les guerres les plus meurtrières depuis la Guerre froide. Un même fil les traverse tous : le Sénégal gouverne sans majorité, le Venezuela a laissé d'autres armées rouvrir son aéroport, Haïti a confié ses infrastructures à une milice privée, l'Afrique du Sud n'a contenu sa colère qu'en laissant fuir ceux qu'elle visait. Quatre États qui ne tiennent plus seuls leurs fonctions élémentaires, au moment précis où le monde regardait un ballon.
Le Mondial n'est coupable de rien. Il est simplement, cette année, le contexte le plus efficace pour ne pas regarder ailleurs. Le Mondial 2026 a eu lieu. Le monde aussi.
L'Australie comptait ses jours de carburant. Le Venezuela comptait ses morts, par centaines puis par milliers.
Le silence le plus profond n'est pas dans les stades vides.
Il est dans les stades pleins, quand personne ne regarde à côté.
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