Le monde et ses silences en mai 2026

Ce que les écrans tiennent. Ce qu’ils laissent passer.

Le 11 mai 2026, à Paris, un cabinet d’avocats a déposé une plainte pénale ciblant Mansour ben Zayed Al Nahyan, vice-président des Émirats arabes unis et propriétaire de Manchester City, pour fourniture de drones armés à la milice soudanaise des Forces de soutien rapideLes FSR sont une milice paramilitaire dirigée par Mohamed Hamdan Dogolo (Hemedti). Elles affrontent les Forces armées soudanaises depuis avril 2023 dans la guerre civile la plus meurtrière au monde.. Ce geste judiciaire est une première. Pas seulement pour le Soudan, que si peu de personnes regardent depuis des mois. Pour toute la série de guerres qui se déroulent à l’abri de l’écran principal. Pendant que la crise d’Ormuz occupait les salles de rédaction, une autre mécanique tournait : au Soudan, le drone est devenu la première cause de mortalité civile. Au Mali, une organisation jihadiste a démontré sa capacité à frapper six villes simultanément avec plus de 1,000 combattants. Au Myanmar, les Rohingyas ont changé de persécuteurs sans que l’impunité change d’adresse.

À Fontainebleau, les dirigeants du G7 ont effacé les mots « changement climatique » de leur communiqué officiel. Ce qu’ils n’ont pas dit : en révisant ses scénarios la même semaine, le GIECGroupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat : organisme scientifique de l’ONU qui synthétise les recherches mondiales sur le changement climatique et publie des scénarios de référence utilisés par les gouvernements et les investisseurs pour calibrer leurs politiques et engagements. a abandonné le pire, mais aussi le meilleur. Des milliards d’investissements verts reposaient sur des seuils que plus personne ne défend officiellement. Autrement dit : les entreprises, les fonds et les États qui avaient calibré leurs engagements climatiques sur 1,5°C se retrouvent sans boussole de référence commune. Ce n’est pas seulement un recul sémantique. C’est une réallocation silencieuse des capitaux.

Sous les ruines de l’installation d’Ispahan bombardée en mars, l’AIEAAgence internationale de l’énergie atomique, basée à Vienne. Elle certifiait, avant les frappes, un stock iranien de 440,9 kg d’uranium enrichi à 60%, soit une étape technique de la qualité militaire (90%). estime qu’au moins la moitié du stock d’uranium iranien enrichi à haute teneur se trouve désormais inaccessible à toute inspection. Personne ne sait dans quel état. La presse occidentale a couvert les frappes. Elle n’a pas couvert ce qu’il reste sous les décombres.

Ce numéro n’est pas une revue de presse. C’est une lecture périphérique d’un mois où les écrans étaient saturés, et où cinq guerres, une crise alimentaire par ricochet et un basculement climatique institutionnel se jouaient dans les marges.

1er mai

Gaza : les chiffres que personne ne lit

Le bilan officiel atteint 72,601 morts et 172,419 blessés depuis octobre 2023. Le chômage s’établit à 68% à Gaza. Dans les camps de tentes, une infestation de rats est documentée. Le mort-aux-rats y est interdit par les autorités israéliennes au titre du « double usage ». L’OMS recense 4,3 attaques par jour contre des structures de santé dans le monde, Moyen-Orient inclus.
4 mai

Le Vatican contre la guerre

Le pape Léon XIV prononce une condamnation explicite de l’intervention militaire contre l’Iran : « Dieu n’écoute pas les prières de ceux qui font la guerre. » Marco Rubio planifie une rencontre avec le Saint-Siège. C’est le premier choc diplomatique ouvert entre le Vatican et l’administration Trump II.
11 mai

Soudan : une plainte nomme les responsables

Un cabinet d’avocats français dépose une plainte ciblant Mansour ben Zayed et Abdallah ben Zayed, ainsi que 6 autres personnes et 4 entreprises émiraties. Chef d’accusation : fourniture de drones Wing Loong II aux FSR soudanaises. Bilan documenté : 880 morts civils par frappe de drones entre janvier et avril, soit 80% des décès civils du conflit sur la période.
13 mai

Israël : tribunal militaire et peine de mort

Le Parlement israélien adopte la création d’un tribunal militaire spécial pouvant appliquer la peine de mort aux Palestiniens impliqués dans les attaques du 7 octobre. Des recours constitutionnels sont déposés dans la journée.
15 mai

Cuba : l’aveu officiel

Le ministre cubain Lévy annonce officiellement zéro diesel ni fuel disponible dans les circuits d’État. Les coupures d’électricité atteignent 22 heures par jour à La Havane. Le carburant s’échange à 8-10 dollars le litre au marché noir. Un quart de la population a émigré depuis 2020. Washington propose une aide conditionnelle de 100 millions de dollars.
16 mai

Malte cède sa souveraineté numérique

Le gouvernement maltais s’associe à OpenAI pour offrir à ses 520,000 citoyens un accès gratuit d’un an à ChatGPT Plus, en échange d’une formation à l’intelligence artificielle. Aucun débat parlementaire. Aucune délibération publique.
20-22 mai

Poutine à Pékin : l’axe qui se consolide

Visite d’État de Vladimir Poutine en Chine. Extension du Traité de bon voisinage sino-russe pour vingt-cinq ans supplémentaires. Accord définitif sur le gazoduc Force de Sibérie 2 (50 milliards de m³/an). Déclaration commune pour « un monde multipolaire ». Le commerce bilatéral a progressé de 64% depuis 2022. La presse occidentale couvre les sanctions contre la Russie. Elle ne couvre pas, ou si peu, ce que la Russie construit avec la Chine.
22 mai

G7 Fontainebleau : un mot effacé

Sous pression de l’administration Trump, les dirigeants du G7 retirent l’expression « changement climatique » du communiqué final du sommet de Fontainebleau. C’est la première fois depuis la création du G7. La même semaine, le GIEC abandonne son scénario extrême à +4,4°C. Le scénario vertueux à +1,5°C disparaît en même temps. Le nouveau médian officiel est +3,5°C.
23 mai

Pakistan-Afghanistan : une guerre dans l’ombre d’Ormuz

Le conflit militaire ouvert entre le Pakistan et l’Afghanistan, déclenché le 21 février 2026 par des frappes pakistanaises sur les bases afghanes dont l’ancienne installation américaine de Bagram, est resté en marge des unes françaises en mai. Deux États en guerre. L’un nucléaire. Aucune couverture soutenue.
24 mai

Ebola en RDC et Ouganda : les chiffres officiels sous-estiment la mortalité réelle

Les autorités congolaises et les agences onusiennes évoquent plus d’une centaine de morts et plus de 500 cas suspects, dans une épidémie qui a franchi la frontière ougandaise. L’insécurité liée au M23Mouvement du 23 mars : groupe armé soutenu par le Rwanda, actif dans l’est de la République démocratique du Congo. Contrôle depuis 2022 de larges zones du Nord-Kivu, rendant inaccessibles de nombreuses régions aux acteurs humanitaires. empêche de documenter de nombreux décès dans les zones les plus touchées. La réponse sanitaire est paralysée par la conjonction du conflit M23, de la méfiance communautaire envers les équipes de soins, et du retrait des financements de l’USAIDUnited States Agency for International Development : principale agence américaine d’aide au développement international. Son démantèlement partiel sous l’administration Trump II a supprimé des financements essentiels pour les réponses sanitaires d’urgence en Afrique subsaharienne.. Le Rwanda a fermé sa frontière en violation des protocoles internationaux de santé publique.
28 mai

Pentagone, Dell, Trump : la séquence qui pose question

Le département de la Défense attribue à Dell Federal Systems un contrat cadre de 9,7 milliards de dollars sur cinq ans pour centraliser les licences Microsoft, les abonnements cloud et les garanties logicielles de l’ensemble de l’armée américaine. La chronologie est documentée : Trump a acheté pour 1 à 5 millions de dollars d’actions Dell le 10 février. Il a publiquement encouragé les invités de la Maison-Blanche à « aller acheter un Dell » le 8 mai, après quoi le cours a bondi de 14,6% en séance. Le contrat Pentagone suit vingt jours plus tard. Aucune loi américaine n’interdit actuellement au président de détenir des actions en direct dans des entreprises recevant des contrats fédéraux.
28 mai

GIEC et G7 : la semaine du recul climatique institutionnalisé

En sept jours, le G7 efface les mots, le GIEC révise les scénarios, et plusieurs gouvernements européens annoncent le report de leurs objectifs de neutralité carbone. Des milliards d’investissements verts avaient été calibrés sur des seuils que personne ne défend plus officiellement.

La plainte déposée le 11 mai à Paris n’est pas un geste symbolique. C’est une procédure pénale. Elle nomme Mansour ben Zayed Al Nahyan, propriétaire de Manchester City et vice-président des Émirats arabes unis, comme co-responsable de la fourniture de drones armés à une milice engagée dans ce que les experts de l’ONU ont qualifié, à El Fasher en octobre 2025, de « caractéristiques d’un génocide ». Entre janvier et avril 2026, ces drones ont tué 880 civils, soit 80% des décès civils du conflit sur la période. Le drone est devenu la première cause de mortalité civile dans la guerre civile soudanaise, devant les affrontements terrestres. Plus de 8,000 personnes sont portées disparues au 23 mai.

Ce que la plainte change, ce n’est pas le conflit lui-même. Il dure depuis le 15 avril 2023 et a produit 14 millions de déplacés, dont un million réfugiés au Tchad. La famine est officiellement confirmée à El Fasher et Kadugli. Ce que la plainte change, c’est la possibilité d’une traçabilité. Pour la première fois dans ce conflit, une procédure judiciaire établit un lien documenté entre une décision d’État, une livraison d’armes identifiée, et des morts civils comptés un par un.

Soudan

Le propriétaire de Manchester City et les drones de Khartoum

Les Wing Loong II sont des drones de combat de fabrication chinoise, d’une portée de 4,000 kilomètres, capables de transporter 480 kilos de munitions. Leur présence au Soudan est documentée depuis 2023 par des images satellites et des analyses de débris. Ce que la plainte du 11 mai ajoute, c’est la chaîne de responsabilité : quatre entreprises émiraties auraient servi d’intermédiaires entre les fournisseurs et les FSRForces de soutien rapide : milice paramilitaire dirigée par Mohamed Hamdan Dogolo, dit Hemedti. Financées et armées par les Émirats arabes unis depuis au moins 2019, elles contrôlaient en mai 2026 près de 45 sites miniers dans le Nord et le Sud-Kivu.. The Sentry avait documenté en avril 17,7 millions de livres sterling d’actifs immobiliers des FSR à Dubaï. Le maillage financier est désormais judiciaire.

Pendant quatre numéros, cette série a nommé le Soudan comme un silence. En mai, ce silence a trouvé un nom propre devant un tribunal. Ce n’est pas la même chose.
Guinée

Quand la mine mange le territoire

Dans la préfecture de Boké, 61% du territoire fait l’objet d’un permis minier sur les réserves mondiales de bauxite. Un agriculteur a perdu 79 hectares sur 310 cultivés. Un pêcheur voit son revenu journalier passer de 95 euros à moins de 50. Ces chiffres proviennent d’une enquête de terrain publiée en mai 2026 par des chercheurs de l’Université de Conakry.

RDC

Ebola sous trois verrous

L’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo n’est pas seulement une urgence sanitaire. C’est une démonstration de ce qui arrive quand trois obstacles se cumulent sans que personne ne les lève. Premier verrou : le conflit M23 interdit l’accès des équipes de réponse rapide aux zones les plus touchées. Deuxième verrou : la méfiance communautaire envers les brigades de soins, construite au fil de décennies de promesses non tenues, ralentit l’isolement des cas. Troisième verrou : le retrait des financements de l’USAID a amputé la capacité logistique des organisations qui coordonnaient la réponse.

Au 31 mai, les autorités congolaises et les agences onusiennes évoquent déjà plus d’une centaine de morts et plus de 500 cas suspects, dans un contexte où l’insécurité liée au M23 empêche de documenter de nombreux décès. L’écart entre bilans officiels et mortalité probable est au cœur du sujet : les zones les plus touchées se situent dans des territoires sous emprise du M23, où les équipes de vérification n’ont pas accès. Une frontière rwandaise fermée en violation des protocoles de l’OMS empêche les équipes de santé transfrontalières de travailler. La conjonction de la guerre, de la défiance et du désengagement américain produit exactement le contexte dans lequel une épidémie devient incontrôlable et ses chiffres invérifiables.

Soudan : état du conflit au 23 mai 2026 Fig. 1
880 / 80%
880 civils tués par drones entre janvier et avril 2026. Ces drones représentent 80% des décès civils sur la période. Chiffres issus de la plainte pénale déposée à Paris le 11 mai.
14 M
déplacés depuis avril 2023, dont 1 million réfugiés au Tchad
8,000
personnes portées disparues au 23 mai 2026
8
personnes nommées dans la plainte pénale française du 11 mai
El Fasher, octobre 2025 : « les caractéristiques d’un génocide ». Sources : OCHA, HCDH, plainte pénale Paris 11/05/2026.

L’envers du récit : le GSIM, une armée qui n’en est pas une

Pendant que la procédure judiciaire ouvre une piste de responsabilité sur le Soudan, l’Institut contre-terrorisme israélien qualifie les attaques du 25 avril au Mali de « tournant majeur » : le GSIMGroupe de soutien à l’islam et aux musulmans, coalition djihadiste affiliée à Al-Qaïda au Sahel. a démontré sa capacité à frapper simultanément six villes avec plus de 1,000 combattants organisés, ce qui le positionne désormais comme une force de niveau quasi étatique. Africa CorpsSuccesseur officiel du groupe Wagner en Afrique depuis 2023, Africa Corps est une structure paramilitaire sous contrôle direct du ministère russe de la Défense. Déployé au Mali, au Burkina Faso, en Libye et en Centrafrique, il remplace le modèle privé de Wagner après la mort de Prigojine en août 2023. a évacué Kidal le 26 avril sans combattre, puis Tessalit et Aguel’hoc les jours suivants, sans prévenir l’armée malienne. Trois bases perdues en six jours.

France-Afrique

Un silence français : l’AFD

En mai 2026, un fait documenté concernant la politique africaine de la France est passé sous silence : la coupe budgétaire de l’AFDAgence française de développement : principal outil de l’aide publique au développement française, intervenant dans une centaine de pays sur des projets d’infrastructure, santé, éducation et environnement.. Son budget a subi une réduction de 1,5 milliard d’euros. La part des dons dans ses financements passe de 20% à 10%, au profit des prêts remboursables. L’aide française perd officiellement sa prétention à la neutralité pour devenir, selon les termes internes des concepteurs de la réforme, un outil de soft power assumé. Autrement dit : la France finance le développement africain de moins en moins, et contre davantage de contreparties politiques.

C’est ici que je dois dire ce que je pense vraiment. On réduit les dons, on transforme l’aide en prêts, on assume que la solidarité doit désormais être rentable. Ce n’est pas une réforme technocratique. C’est un choix de société, pris discrètement, sans débat public. Et ce choix aura des conséquences concrètes : des projets d’eau potable non financés, des infrastructures hospitalières abandonnées, des programmes éducatifs suspendus dans des pays où ces carences alimentent exactement les dynamiques que la France dit vouloir combattre : l’instabilité, les migrations, le jihadisme. On se prépare à des lendemains douloureux, encore une fois. Et on le fait sans en parler.

Le 15 mai 2026, le ministre cubain Lévy a dit quelque chose qu’aucun gouvernement ne dit jamais. Il a dit la vérité. Zéro diesel. Zéro fuel. Les réserves de l’État sont épuisées. À La Havane, les coupures d’électricité durent vingt-deux heures par jour. Le carburant s’échange à huit ou dix dollars le litre sur le marché noir. Un quart de la population a quitté le pays depuis 2020. Le régime demande à ses fonctionnaires de venir travailler à pied ou à vélo. L’aide américaine conditionnelle de 100 millions de dollars, proposée par Trump, n’a pas encore été versée.

Ce n’est pas une crise qui commence. C’est l’effondrement d’un système qui tenait depuis des décennies par la rente pétrolière vénézuélienne, aujourd’hui tarie, et par les remises de la diaspora, qui continuent mais ne suffisent plus. L’aveu officiel du 15 mai n’est pas une annonce de politique. C’est un constat de faillite énergétique d’État. La presse française a couvert la chute de Maduro en janvier. Elle n’a pas couvert l’onde de choc cubaine qui en découle directement.

Honduras

Dix jours après l’OQTF française

Rubén Torres était défenseur des droits humains au Honduras. Il défendait des communautés paysannes menacées par des projets d’extraction minière. Il avait demandé une protection internationale. La France avait signé une OQTFObligation de quitter le territoire français : mesure administrative d’expulsion. La signature d’une OQTF implique une décision sur la situation de la personne visée au regard du droit d’asile. à son nom. Dix jours plus tard, il était tué au Honduras.

La procédure administrative française n’a pas tué Rubén Torres. Mais la séquence des faits établit une responsabilité de calendrier que personne n’a examinée publiquement. La France est l’un des États signataires de la Convention de 1951 sur les réfugiés. Elle est également l’un des États qui reçoivent chaque année des demandes de protection de défenseurs des droits humains en Amérique centrale. La question de ce que la France fait de ces demandes mérite une réponse publique. Elle n’en a pas reçue en mai 2026.

États-Unis

Le Golden Dome et la fourchette révélatrice

L’administration Trump a présenté en mai le projet Golden Dome, bouclier antimissile destiné à couvrir l’intégralité du territoire américain depuis l’espace. Les estimations de coût publiées par le Congressional Budget Office oscillent entre 252 et 3,600 milliards de dollars. L’écart n’est pas une imprécision technique. C’est la révélation d’une incertitude fondamentale sur la faisabilité du projet.

À titre de comparaison, le budget annuel de la défense américaine dépasse désormais les 1,000 milliards de dollars, dont près de 900 milliards pour le seul Pentagone. Le Golden Dome coûterait donc entre un quart et plus de trois fois ce budget total, selon les scénarios. Le projet a été présenté comme une annonce politique, pas comme un engagement budgétaire soumis à évaluation. Ce détail a son importance : les entreprises susceptibles de décrocher ces contrats sont précisément celles dans lesquelles Trump a déclaré des positions boursières ce trimestre.

Une fourchette de coût qui va de 252 à 3,600 milliards de dollars ne dit pas l’ambition d’un projet. Elle dit son irréalisme. Et personne ne le nomme ainsi.
États-Unis

Le portefeuille qui décide

Le 14 mai, le Bureau américain de l’éthique gouvernementale publie la déclaration de patrimoine du premier trimestre de Trump : plus de 3,700 transactions boursières entre 220 et 750 millions de dollars, concentrées sur Nvidia, Intel, Tesla, Boeing, des entreprises dont les perspectives dépendent directement des décisions de l’exécutif. Le 28 mai, le Pentagone attribue à Dell un contrat de 9,7 milliards de dollars. Trump avait acheté des actions Dell en février, fait publiquement leur promotion depuis la Maison-Blanche le 8 mai, et vu le cours bondir de 14,6% dans la journée. Le trust gérant ses actifs n’est pas aveugle : c’est sa famille qui le gère.

En parallèle, la famille Trump a lancé pendant la campagne une plateforme de cryptomonnaies, World Liberty Financial, dont elle perçoit 75% des bénéfices. La valeur des jetons a chuté de 80% depuis le lancement. Un entrepreneur sino-américain, Justin Sun, fait l’objet d’une procédure judiciaire pour avoir, selon l’accusation, acheté des dizaines de millions de ces jetons afin de s’attirer la bienveillance de l’administration.

Un président en exercice qui achète des actions d’une entreprise, en fait publiquement la promotion depuis la Maison-Blanche, et voit cette entreprise recevoir un contrat fédéral de 9,7 milliards trois semaines plus tard : aucune loi ne l’interdit.
Trois responsabilités sans réponse publique Fig. 2
Cuba : faillite énergétique
22h/jour
de coupures électriques. Carburant à 8-10$/litre au marché noir. 25% de la population émigrée depuis 2020.
Golden Dome : irréalisme chiffré
×14
rapport entre scénario bas (252 Mds$) et haut (3,600 Mds$). Cet écart révélateur d’une incertitude technique fondamentale n’a pas été analysé comme tel dans la presse française généraliste.
Trump / Dell : la séquence
9,7 Mds$
contrat Pentagone à Dell. Achat d’actions Trump : 10 fév. Éloge public : 8 mai (+14,6%). Contrat : 28 mai.
Sources : ministre Lévy (Havane, 15/05), Congressional Budget Office (mai 2026), New York Times + Washington Post (28/05/2026), Bureau américain de l’éthique gouvernementale (14/05/2026).
Haïti

La même recette pour le même désastre

En mai 2026, l’ONU a déployé en Haïti une Gang Suppression ForceForce de suppression des gangs : déploiement de 5,500 membres, avec les premiers soldats tchadiens, en remplacement de la Mission de soutien à la sécurité (MSS) déployée en 2024. de 5,500 hommes en remplacement de la MSSMission de soutien à la sécurité : force multinationale mandatée par l’ONU et déployée en Haïti en 2024 sous commandement kényan pour lutter contre les gangs armés qui contrôlaient Port-au-Prince. Bilan jugé insuffisant : extension du contrôle des gangs malgré près d’un milliard de dollars dépensés. 2024, qui avait coûté près d’un milliard de dollars pour un bilan de défaillance documentée : extension du contrôle des gangs, massacres non réprimés, crédibilité onusienne effondrée sur le terrain. La nouvelle force reproduit les mêmes caractéristiques structurelles que la précédente : financement volontaire non garanti, mandat limité, coordination déficiente avec les autorités haïtiennes. Haïti a un problème onusien. L’ONU a un problème haïtien. En mai 2026, les deux s’ignoraient mutuellement.

En mai 2026, un ménage japonais dépensait 28,8% de son budget en alimentation. C’est le record depuis quarante-cinq ans. Le coefficient d’EngelIndicateur économique mesurant la part des dépenses alimentaires dans le budget total d’un ménage. Plus il est élevé, plus le ménage est contraint financièrement. japonais n’avait pas atteint ce niveau depuis l’ère de la reconstruction industrielle des années 1970. La cause immédiate est connue : la fermeture du détroit d’Ormuz a interrompu plus de 40% des approvisionnements japonais en naphta, matière première du plastique, des textiles synthétiques et de nombreux intrants industriels. Les prix alimentaires ont progressé de 15 à 20% en deux mois.

En réponse, Tokyo et Séoul ont structuré discrètement, lors d’un sommet bilatéral passé sous silence, un mécanisme mutuel de prêt de produits pétroliers en cas de rupture d’approvisionnement prolongée. C’est la première architecture de solidarité énergétique entre les deux pays depuis des décennies de tensions historiques.

Pakistan-Afghanistan

La guerre que deux États nucléaires ne mentionnent pas

Le 21 février 2026, le Pakistan a bombardé des bases afghanes, dont l’ancienne installation américaine de Bagram. Les forces afghanes ont riposté. Islamabad a utilisé le terme de « guerre ouverte ». Les combats ont impliqué des appareils militaires, des missiles de croisière et des unités terrestres des deux côtés. L’un des deux belligérants possède l’arme nucléaire.

En mai 2026, ce conflit était dans son troisième mois, absorbé par la crise iranienne. Une guerre entre deux États, dont l’un est doté de l’arme nucléaire, se jouait en silence. C’est précisément la définition d’un silence par saturation d’attention.

Myanmar

Les Rohingyas et la permanence de l’impunité

En mai 2026, l’armée d’ArakanForce armée ethnique birmane représentant la population rakhine bouddhiste. Depuis 2023, elle contrôle la majeure partie de l’État de Rakhine, dont l’armée nationale a été chassée. a procédé à des massacres de civils rohingyas dans l’État de Rakhine. Les Rohingyas, apatrides depuis 1982, avaient fui la violence de la junte birmane lors des épurations de 2017. Autrement dit : les mêmes populations ont d’abord été chassées par la junte, et sont désormais persécutées par les forces qui combattent cette même junte.

Ils sont pris entre deux feux, exclus de tout accord de gouvernance, invisibles dans les deux récits dominants sur la Birmanie. La presse résume le conflit birman à un antagonisme junte-opposition démocratique. La substitution du persécuteur n’a pas changé leur statut d’invisibles.

Myanmar

L’ASEAN ouvre la porte sans conditions

Le 14 mai, l’ASEANAssociation of Southeast Asian Nations : organisation régionale regroupant dix États d’Asie du Sud-Est. Fondée en 1967, elle fonctionne sur le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures de ses membres, ce qui limite structurellement sa capacité à sanctionner des régimes autoritaires comme la junte birmane. a décidé de réouvrir son dialogue avec la junte birmane sans poser de conditions préalables. Cette décision met fin à la seule pression internationale collective qui existait encore sur le régime militaire en place depuis le coup d’État de 2021. Les Rohingyas, qui subissaient déjà en mai les violences de l’armée d’Arakan, le voient : la pression régionale qui aurait pu peser sur n’importe quel acteur du conflit birman vient de s’effacer. La dernière contrainte diplomatique sur la Birmanie a été levée le 14 mai 2026.

Chine

Les restrictions sur les puces accélèrent ce qu’elles prétendent bloquer

Le directeur général d’ASMLASML : entreprise néerlandaise, seul fabricant mondial de machines de lithographie ultraviolette extrême (EUV) indispensables à la fabrication des puces les plus avancées. Son PDG Peter Wennink avait averti que les restrictions d’exportation vers la Chine renforceraient l’autonomie technologique chinoise., le seul fabricant mondial de machines à fabriquer les puces les plus avancées, a déclaré en mai que les restrictions américaines sur les semi-conducteurs chinois revenaient à « priver un désert d’eau ». Elles stimulent l’innovation endogène plutôt qu’elles ne la bloquent. En mai, la Chine a refusé de commander des puces Nvidia H200 même lorsqu’elles redevenaient disponibles, préférant ses propres filières. Des consultations sino-américaines se tenaient discrètement en Corée du Sud sur ce dossier. La politique américaine de confinement technologique de la Chine produit l’effet inverse de celui annoncé. Personne n’en tire les conséquences publiquement.

Asie : ce que la fermeture d’Ormuz coûte vraiment Fig. 3
Coefficient d’Engel japonais (mai 2026) 28,8%
Record depuis 45 ans. Dernière valeur comparable : ère de la reconstruction industrielle japonaise des années 1970.
Part du naphta japonais venant du Moyen-Orient >40%
2,8 millions de kilolitres/mois consommés. Interruption quasi totale depuis la fermeture d’Ormuz.
Hausse des prix alimentaires au Japon (mai 2026) +15-20%
Sources : ministère japonais des Finances, METI, agences de presse asiatiques.

L’envers du récit : Ormuz comme école pour Taipei

Le 16 avril, des fonctionnaires de quatre ministères taïwanais se sont réunis pour travailler un scénario qui n’avait jamais été formalisé administrativement : si Pékin fermait le détroit de Taïwan demain, comment escorterait-on les navires marchands ? Qui paie les assurances ? Qui réquisitionne les capitaines ? Ce n’est pas un exercice militaire. C’est un exercice interministériel de logistique civile. Son modèle explicite, selon Bloomberg, était la fermeture iranienne d’Ormuz en mars.

Ce qui circule d’un détroit à l’autre n’est pas une arme. C’est une méthode de pensée administrative. La fermeture d’Ormuz a ouvert une école que les États asiatiques apprennent à leurs fonctionnaires, en silence, pendant que la presse couvre les pétroles.

À Fontainebleau, le 22 mai, les dirigeants du G7 ont signé un communiqué. Il manquait deux mots : « changement climatique ». Ce n’est pas une négligence rédactionnelle. C’est une capitulation sémantique négociée. Pour la première fois depuis la création du G7, les sept économies les plus avancées du monde n’ont pas mentionné le changement climatique dans leur texte commun. La pression américaine a suffi. Les alliés ont cédé.

La même semaine, le GIEC publiait sa révision des scénarios climatiques. Les gouvernements ont communiqué sur l’abandon du scénario catastrophe à +4,4°C (SSP5-8.5). Ce qu’ils n’ont pas communiqué : le scénario vertueux à +1,5°C a disparu en même temps. Le nouveau médian officiel est +3,5°C. Des milliards d’investissements publics et privés avaient été calibrés sur le seuil de 1,5°C. Ce seuil n’est plus un objectif de politique publique. Il n’est plus dans les projections des modèles. Il a été effacé dans le même mouvement que le scénario catastrophe, mais beaucoup plus discrètement.

Ce recul institutionnel du vocabulaire climatique s’accompagne de données qui n’ont pas non plus fait les unes. Au 6 mai 2026, 163 millions d’hectares avaient brûlé dans le monde en quatre mois, dont 85 millions d’hectares de forêts africaines. L’Organisation météorologique mondiale a prévenu d’un nouveau record de température mondiale en 2026. La probabilité d’un nouvel épisode El Niño au second semestre est estimée à 20-30%. On a effacé le mot dans le communiqué. Pendant ce temps, les chiffres continuaient de monter.

Information

Quand la concentration des médias change de nature

En mai 2026, trois dynamiques convergent dans l’espace informationnel mondial sans être nommées ensemble. Le groupe Bolloré poursuit son repositionnement éditorial au sein de plusieurs chaînes d’information françaises. Elon Musk maintient son emprise sur la plateforme X, devenue pour des millions d’Européens la principale source d’information politique en temps réel. Aux États-Unis, les réseaux proches de l’administration Trump ont développé des liens opérationnels avec des médias dans plusieurs pays européens.

En Israël, la chaîne Channel 14, soutenue par des donateurs liés au gouvernement Netanyahu, a diffusé en mai des contenus que des organismes de surveillance de la presse ont qualifiés d’appels génocidaires à l’encontre de la population de Gaza. Ces contenus ont circulé sur les réseaux sociaux européens sans restriction. La concentration des médias est traitée comme une affaire de régulation commerciale. Elle n’est pas traitée comme une question de survie démocratique.

Algérie

Un journaliste français condamné à sept ans

Christophe Gleizes, journaliste sportif français, est détenu depuis 2024 et a vu sa condamnation à sept ans de prison pour « apologie du terrorisme » confirmée en appel fin 2025. L’affaire s’inscrit dans un contexte paradoxal : depuis la crise diplomatique ouverte par le dossier du Sahara occidental en 2024, Paris et Alger sont entrés dans une phase de désescalade prudente, avec reprise des contacts de haut niveau et retour de l’ambassadeur français à Alger. C’est précisément cette volonté affichée de réchauffer la relation qui rend le silence de Paris sur le sort d’un journaliste français d’autant plus frappant. Un réchauffement diplomatique acheté au prix d’un silence sur les libertés.

Les démarches françaises restent discrètes, orientées vers une issue par voie de grâce présidentielle, sans que le dossier ne soit porté devant les instances européennes compétentes. Dans un contexte où plus de 52% des pays du monde sont en situation difficile ou très grave pour la liberté de la presse selon le classement mondial 2026 de Reporters sans frontières, le silence de Paris sur le cas Gleizes est lui-même un silence politique.

Nord Stream

L’enquête qui donne enfin un nom

Le 31 mai 2026, une enquête multicentrique conduite par des parquets allemand, polonais et américain, s’appuyant sur des preuves ADN et des données radar néerlandaises, a établi qu’un commando de 7 Ukrainiens, sous-financé et opérant sans chaîne de commandement officielle clairement établie, a détruit les gazoducs Nord Stream en septembre 2022. L’affaire avait été présentée pendant trois ans comme une opération sophistiquée impliquant potentiellement une grande puissance. Elle était une opération artisanale à haut risque menée par un groupe très réduit.

Ce résultat d’enquête devrait reposer la question des responsabilités politiques. Qui a financé le commando ? Qui a su ? Kyiv a nié toute implication officielle. La Russie continue d’accuser l’Occident. Mais au-delà des responsabilités, la question du mobile reste entière : pourquoi détruire Nord Stream ? La réponse la plus probable est stratégique. En sabotant le gazoduc, l’Ukraine supprimait une infrastructure que Moscou aurait pu utiliser comme levier de négociation, et qu’une éventuelle pression occidentale en faveur d’un cessez-le-feu aurait pu remettre en service. Détruire Nord Stream, c’était brûler un pont que d’autres auraient pu emprunter pour conclure la paix aux conditions russes. Une infrastructure civile détruite pour interdire une capitulation. Ce calcul, s’il est avéré, méritait un débat public. Il n’a pas eu lieu.

UE post-Magyar

Sept colons sanctionnés, deux ministres protégés

La victoire de Péter Magyar en Hongrie a produit une première conséquence concrète et mesurable en mai : la levée du veto hongrois sur les sanctions de l’Union européenne contre des colons extrémistes israéliens. Un accord a été trouvé le 12 mai pour sanctionner 7 colons et 12 responsables du Hamas. Ce résultat n’aurait pas été possible avec Orbán. Il illustre ce que la chute du Fidesz change effectivement dans la mécanique institutionnelle européenne.

Plusieurs États membres avaient plaidé pour que le régime de sanctions vise aussi Itamar Ben GvirMinistre de la Sécurité nationale dans le gouvernement Netanyahu depuis 2022, chef du parti Otzma Yehudit (Force juive). Condamné en Israël pour incitation au racisme avant d’entrer au gouvernement. Partisan déclaré de l’expulsion des Palestiniens et de la colonisation accélérée en Cisjordanie. et Bezalel SmotrichMinistre des Finances et ministre délégué à la Défense chargé de la Cisjordanie dans le gouvernement Netanyahu depuis 2022, chef du Parti sioniste religieux. Architecte de la politique d’expansion des colonies et de l’administration civile israélienne en Cisjordanie. A déclaré en 2023 que « le peuple palestinien n’existe pas »., ministres du gouvernement Netanyahu connus pour leurs déclarations les plus radicales sur les colonies. Dans la version finalement adoptée, leurs noms n’apparaissent pas : le compromis sanctionne les exécutants sans toucher les commanditaires politiques. C’est un progrès par rapport à l’inertie d’avant Magyar, pas une rupture avec la tradition européenne, et française, de ménager les ministres israéliens.

La guerre Iran-États-Unis-Israël fait l’objet d’une série analytique complète sur SAPERE. Ce numéro ne la redouble pas. Il pointe ce que même la couverture la plus dense de la crise a laissé dans l’ombre : les effets par ricochet, les acteurs invisibles, les dynamiques parallèles que le bruit d’Ormuz a étouffées.

À lire sur SAPERE Iran 2026 : une guerre que personne ne contrôle

La série complète : chronologie des frappes, recomposition du pouvoir iranien, blocus naval, négociations d’Islamabad, société iranienne sous la guerre.

Ormuz

L’arme alimentaire, pas le baril

La fermeture du détroit paralyse les engrais, pas seulement le pétrole. La zone Golfe-Ormuz représente 30% du commerce mondial d’engrais. Le trafic maritime a chuté de 95%. Le prix de l’urée a progressé de 60% en deux mois. La saison des semailles s’achève en Afrique. 45 millions de personnes sont menacées de famine par ricochet. Cinq navires par jour suffiraient à éviter la crise. Un mécanisme de corridor humanitaire créé en mars par l’ONU reste sous-financé et sous-utilisé.

La même fermeture prive les industries vertes d’un intrant invisible : le soufre, indispensable à l’extraction du cuivre et du nickel pour les batteries. La Chine a discrètement accumulé des stocks stratégiques. L’Europe ne l’a pas fait. Et il y a ce que les statistiques ne montrent pas : 20,000 marins civils du Sud global, Philippins, Indiens, Pakistanais, Bangladais, bloqués sur des navires abandonnés dans le détroit, sans salaire ni ravitaillement.

Russie-Chine

L’axe silencieux

Poutine à Pékin du 20 au 22 mai : extension du Traité de bon voisinage pour vingt-cinq ans, accord définitif sur le gazoduc Force de Sibérie 2 (50 milliards de m³/an), déclaration commune pour un système financier multipolaire. Le commerce bilatéral a progressé de 64% depuis 2022. La même semaine, Trump à Pékin : 200 Boeing commandés, consultations tarifaires ouvertes. Blinken reconnaissait que les États-Unis « ne peuvent pas concurrencer la Chine seuls ». En une semaine, les deux rivaux déclarés de la Chine lui rendaient visite. Lus ensemble, les deux déplacements dessinent la centralité de Pékin.

Gaza

La phase 2 bloquée

La phase 2 de la trêve d’octobre, celle du retrait israélien progressif, est bloquée depuis des semaines. Israël contrôle physiquement plus de 50% de la bande de Gaza. Dans les coulisses, Washington et plusieurs capitales européennes décrivent un gouvernement israélien incapable de s’accorder sur un calendrier de retrait, mais ces hésitations n’apparaissent presque jamais dans le récit grand public. Le résultat est une asymétrie narrative : l’intransigeance du Hamas est surmédiatisée, la responsabilité israélienne dans l’enlisement de la phase 2 reléguée au rang de note de bas de page. Dans le langage diplomatique comme dans la couverture médiatique, l’impasse est rebaptisée « complexité », ce qui permet de ne pas nommer les acteurs qui la produisent.

Le « Board of Peace » créé pour documenter les violations à Gaza et servir d’interface entre ONG, agences onusiennes et médiateurs n’a jamais reçu les financements promis par les États donateurs. Faute de fonds, il est resté virtuel, laissant le terrain de la narration du cessez-le-feu aux seuls belligérants et à leurs alliés.

Indicateurs : Moyen-Orient, mai 2026
Part commerce mondial d’engrais via Ormuz30%
Personnes menacées de famine par ricochet45 millions
Marins civils bloqués dans/autour d’Ormuz20,000
Chute du trafic maritime dans le détroit-95%
Commerce bilatéral Russie-Chine depuis 2022+64%
Territoire de Gaza sous contrôle physique israélien>50%
Morts et blessés à Gaza depuis octobre 202372,601 + 172,419

L’envers du récit : les morts qui ont disparu du récit

Depuis le début des frappes du 28 février, près de 3,400 morts en Iran, plus de 2,200 morts au Liban, 32 dans les États du Golfe, 23 en Israël. En mai, ces morts ont disparu du récit, absorbés par la séquence diplomatique, les barils, les tonnages.

Le bilan iranien n’est pas seulement militaire. L’ONU a documenté au moins 21 exécutions d’opposants et plus de 4,000 arrestations depuis le 28 février. La prix Sakharov Nasrin Sotoudeh a été arrêtée le 2 avril. La prix Nobel de la paix Narges Mohammadi reste emprisonnée. Internet coupé quasi totalement depuis le 28 février.

Une guerre traitée par sa logistique et son économie, sans ses morts et sans ses prisonniers politiques.

Mai 2026 ne dit pas que le monde s’enfonce. Il dit qu’il continue de fonctionner sur deux vitesses : celle des faits que les écrans montrent, et celle des faits que les écrans tiennent à distance. La plainte du 11 mai, la guerre Pakistan-Afghanistan dans son troisième mois invisible, le mot « changement climatique » effacé des communiqués du G7, un président américain qui achète des actions Dell et voit cette entreprise recevoir un contrat fédéral de 9,7 milliards trois semaines plus tard : aucun de ces éléments n’est secret. Tous se jouaient pendant qu’autre chose occupait l’écran.

Les États ajustent. Les marchés intègrent. Les populations paient. Pour un ménage japonais qui consacre 28,8% de son budget à la nourriture, il n’y a pas de négociation d’Ormuz à attendre. Pour les familles iraniennes qui cherchent leurs proches dans des listes officieuses, il n’y a pas de cadrage médiatique qui restitue un nom.

La question n’est plus de savoir si les écrans cachent des choses.

La question est de savoir ce qu’il reste à voir quand on en détourne les yeux.

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