La Cisjordanie : l’expansion continue des colonies
La colonisation de la Cisjordanie n’est pas un épisode, c’est une tendance. Depuis 1972, tous les points disponibles dessinent une hausse continue, sous les gouvernements travaillistes comme sous ceux de droite, pendant le processus d’Oslo comme après le retrait de Gaza. Cette planche montre la série, puis les cinq mécanismes qui la produisent, et ce que le droit international en dit.
Neuf gouvernements, quatre alternances, un processus de paix, un retrait : la tendance ne s’inverse jamais.
Cisjordanie hors Jérusalem-Est. Les bandes du bas indiquent qui gouverne en Israël. Les trois repères verticaux marquent les moments où l’on aurait pu attendre une inflexion.
Série en milliers de personnes résidant dans les implantations israéliennes de Cisjordanie, Jérusalem-Est exclue. Points de 1972 et 1993 : compilation de données officielles israéliennes par la Foundation for Middle East Peace. Points de 2000 à 2018 : bureau central israélien de statistique. Point de janvier 2026, en cercle creux et relié par un pointillé : Conseil de Yesha, organisation des colons, soit une source partie au sujet. Le pointillé signale ce changement de source, non une estimation.
Trois moments permettent d’observer si la tendance change. Aucun ne la fait changer. Entre la signature des accords d’Oslo en 1993 et l’an 2000, la population des colons a presque doublé, passant de 111,600 à 192,976. Le retrait de Gaza en 2005, qui a évacué vingt-et-une implantations, n’a pas ralenti la Cisjordanie. Les deux premiers sont des décisions israéliennes, le troisième un avis juridique extérieur : ils n’ont pas la même capacité d’action, seulement la même valeur de repère.
Un chiffre résume la dynamique récente : entre janvier 2025 et janvier 2026, la population des implantations a crû de 2.01 %, contre 1.1 % pour la population israélienne, soit près du double. Les deux taux et leur comparaison sont publiés par le Conseil de Yesha, organisation des colons, qui n’est pas une source indépendante.
Chaque point est une implantation israélienne référencée avec ses coordonnées. Les points pleins sont en Cisjordanie hors Jérusalem-Est, ceux de la ville annexée sont en cercles creux et ne sont pas comptés dans la courbe.
Positions : Wikidata, items identifiés comme implantations israéliennes et dotés de coordonnées, relevé du 4 octobre 2026, doublons retirés et conseils régionaux exclus. La répartition entre Cisjordanie et Jérusalem-Est est faite géométriquement, par appartenance aux contours officiels, et non à la main. Ce relevé est incomplet : il compte 157 points là où Peace Now dénombre 146 colonies reconnues et 340 avant-postes. Il montre donc une géographie, pas un dénombrement.
Cinq mécanismes qui permettent l’expansion
Cette croissance ne passe presque jamais par une décision portant sur la souveraineté. Elle passe par cinq mécanismes administratifs, fonciers et militaires, qui modifient l’usage et l’accès au sol sans qu’une annexion formelle de la Cisjordanie soit proclamée. Jérusalem-Est, elle, a été annexée dans le droit israélien en 1980, ce que le droit international ne reconnaît pas.
L’enregistrement cadastral a été interrompu en 1967 et une grande partie des terres n’est pas enregistrée. L’administration israélienne peut alors engager une procédure de déclaration de terres d’État, qui s’appuie sur des catégories foncières ottomanes et jordaniennes, sur le statut cadastral et sur l’usage effectif du sol. Les terres ainsi déclarées peuvent ensuite être affectées.
Un avant-poste est une implantation créée sans autorisation gouvernementale formelle : il est donc non autorisé au regard du droit israélien lui-même, y compris lorsque des institutions publiques l’ont ensuite soutenu ou raccordé aux réseaux. Il peut être reconnu rétroactivement. Peace Now en dénombre 340, contre 146 colonies officiellement reconnues.
En zone C, les permis de construire relèvent de l’administration militaire israélienne. Un plan de zonage ouvre la construction d’un côté et la rend impossible de l’autre, sans qu’aucune terre change de main.
Elles relient les implantations entre elles et à Israël en évitant les localités palestiniennes. Elles produisent deux effets : une continuité territoriale pour les unes, un morcellement pour les autres.
La Cisjordanie est administrée par ordonnances militaires depuis 1967. Zones de tir, réserves naturelles, zones archéologiques et fermetures de sécurité soustraient des terres à l’usage agricole sans procédure civile.
État constaté en octobre 2026. Dénombrement des colonies et des avant-postes : Peace Now, organisation israélienne opposée à la colonisation.
Ce que dit le droit, et ce qu’il peut
La quatrième Convention de Genève de 1949 interdit à une puissance occupante de transférer une partie de sa population civile dans le territoire qu’elle occupe. Israël n’en reconnaît pas l’applicabilité de droit à la Cisjordanie, au motif que ce territoire ne relevait pas, avant 1967, de la souveraineté internationalement reconnue d’un autre État, tout en déclarant appliquer de fait ses dispositions humanitaires.
Le 19 juillet 2024, la Cour internationale de justice a rendu un avis consultatif : elle y conclut que la présence continue d’Israël dans le territoire palestinien occupé est illicite, qu’il doit y mettre fin aussi rapidement que possible, cesser immédiatement toute nouvelle activité de colonisation et évacuer les colons. Elle énonce aussi des obligations pour les autres États, qui ne doivent ni reconnaître la situation comme licite, ni aider à son maintien.
Un avis consultatif n’est pas un arrêt directement exécutoire entre deux parties ; il formule l’interprétation de la Cour sur les obligations découlant du droit international.
Le 18 septembre 2024, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté une résolution demandant la fin de cette présence dans les douze mois, soit avant le 18 septembre 2025. Les résolutions de l’Assemblée générale sont des recommandations, non des décisions contraignantes. L’échéance est passée ; les données disponibles ne montrent aucune rupture dans la croissance.
Notre lecture de cette série
Les trois étages de cette planche ne disent pas la même chose. La série montre une tendance. Les cinq mécanismes montrent par quelles voies administratives elle se produit. Ce qui suit est une interprétation, et elle se discute.
Ce qui se lit ici dépasse les politiques de gouvernement.
La continuité observée traverse les alternances, et les mécanismes qui la produisent sont institutionnels : procédures foncières, plans d’urbanisme, ordonnances militaires, infrastructures. À ce titre elle relève d’une politique d’État au sens institutionnel, non d’une politique de majorité. Les alternances changent le discours, le rythme des annonces et le traitement des avant-postes ; elles ne changent pas la direction.
Exclusivité SAPERE. Série 1972-1993 : compilation de données officielles israéliennes par la Foundation for Middle East Peace. Série 2000-2018 : bureau central israélien de statistique. Janvier 2026 : Conseil de Yesha. Colonies, avant-postes et Jérusalem-Est : Peace Now.
Droit : quatrième Convention de Genève de 1949 ; avis consultatif de la Cour internationale de justice du 19 juillet 2024 ; résolution de l’Assemblée générale des Nations unies du 18 septembre 2024. État constaté en octobre 2026.
Le Moyen-Orient en infographies Voir l’ensemble de la série→ Le parcours complet en six actes : où l’on est et qui veut quoi, d’où viennent les organisations armées, les terrains où tout se joue, le monde autour, ce qui fait finir une guerre, et le bilan.Similaire
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