LE MOYEN-ORIENT
EN INFOGRAPHIES

Que sont devenus les réfugiés de 1948 ?

Cinq zones, cinq trajectoires juridiques

Illustration au crayon : une famille palestinienne de trois générations marche sur une piste, baluchons et valise à la main
Trois générations sur la route, baluchons et une valise. Des centaines de milliers de départs de 1948 ont pris cette forme.Illustration SAPERE. Image d’évocation, et non un document d’époque.

Le 29 novembre 1947, l’ONU vote le partage de la Palestine en deux États. Une guerre civile éclate aussitôt entre les deux communautés du pays, opposant leurs organisations armées et frappant largement les civils ; le 15 mai 1948, au lendemain de la proclamation de l’État d’Israël et de la fin du mandat britannique, cinq armées arabes entrent en Palestine.

De ces deux phases successives du conflit, entre 700,000 et 750,000 Palestiniens fuient ou sont chassés. La fuite devant les combats, la peur nourrie par les massacres et par leur diffusion, des expulsions locales et régionales, enfin l’effondrement de l’encadrement social vident des villes et des centaines de villages.

Près de huit décennies plus tard, l’UNRWA enregistre près de 6 millions de réfugiés de Palestine et de descendants, dans cinq zones, selon des relevés qui ne sont pas tous à la même date. Mais l’enregistrement ne dit ni où l’on vit ni ce que l’on a le droit de faire : selon le territoire, on a pu devenir citoyen, garder un statut intermédiaire, ou rester étranger.


Un même exil, cinq régimes juridiques, et des trajectoires qui divergent depuis près de huit décennies

Liban Syrie Jordanie Égypte 2,4 M 0,6 M 0,5 M 0,9 M 1,6 M Réfugiés de Palestine enregistrés auprès de l’UNRWA DERNIERS CHIFFRES PUBLIÉS PAR ZONE, DE 2020 À 2025 Par zone d’opération Jordanie 2,4 M 10 camps reconnus · chiffre 2025 Gaza 1,6 M 8 camps reconnus · chiffre 2023 Cisjordanie 0,93 M 19 camps reconnus · chiffre 2025 Syrie 0,57 M 9 camps reconnus · chiffre 2020 Liban 0,50 M 12 camps reconnus · chiffre 2025 58 camps reconnus Ces cinq effectifs ne correspondent pas à une même date, et celui de Gaza est antérieur à octobre 2023.

Faites glisser pour voir l’ensemble de la carte

Source : UNRWA, fiches par zone d’opération, derniers chiffres publiés (consultés en août 2026). Les cinq zones ne sont pas actualisées à la même date : de décembre 2020 pour la Syrie à 2025 pour la Jordanie, le Liban et la Cisjordanie ; celui de Gaza, antérieur à octobre 2023, ne dit rien des destructions et des déplacements survenus depuis.

Il s’agit de réfugiés enregistrés : l’admissibilité à l’enregistrement s’étend, selon les règles de l’UNRWA, aux descendants des réfugiés de 1948, selon des règles historiquement fondées sur la lignée paternelle. L’admissibilité peut ainsi se poursuivre de génération en génération, ce qui explique qu’un effectif de quelque 750,000 personnes en 1948 corresponde aujourd’hui à près de huit fois plus d’inscrits.

Carte construite par SAPERE, fond Natural Earth.

Le même exil, cinq statuts

Le statut ne dépend pas du pays où l’on vit aujourd’hui, mais de la localité perdue en 1948 : c’est pourquoi deux des cinq zones, Gaza et la Cisjordanie, sont en Palestine même. On peut être enregistré comme réfugié à quelques dizaines de kilomètres de son village d’origine, devenu israélien, sans pouvoir y retourner. Être réfugié ne veut pas dire être étranger au lieu où l’on vit.

Jordanie2,4 M enregistrés (2025)
Une citoyenneté largement accordée, puis différenciée après 1988. L’annexion de la Cisjordanie en 1950, puis la loi jordanienne sur la nationalité de 1954, étendent la citoyenneté à une grande partie des Palestiniens du royaume. Elle ouvre l’emploi, les services publics et la propriété.Le désengagement de la Cisjordanie, en juillet 1988, fait diverger les statuts : les Palestiniens résidant alors en Cisjordanie cessent d’être considérés comme citoyens jordaniens, et des retraits individuels ont été documentés depuis. Beaucoup de Palestiniens venus de Gaza après 1967 restent, eux, sans citoyenneté jordanienne.
Liban0,50 M enregistrés (2025)
Un statut particulièrement restrictif. Considérés comme des résidents étrangers, ils restent exclus de la nationalité. De nombreuses professions leur ont longtemps été fermées, des restrictions subsistent dans plusieurs secteurs réglementés, et une loi de 2001 leur a fermé l’acquisition de biens immobiliers, alors qu’ils pouvaient en acquérir auparavant. Ces restrictions, jointes aux guerres et à l’insécurité, ont nourri une forte émigration.
Syrie0,57 M enregistrés (2020)
Avant 2011, une large partie des droits sociaux et économiques. Accès au travail, à l’école et aux services publics dans des conditions largement comparables à celles des Syriens, sans la nationalité ni les droits politiques équivalents. La guerre ouverte en 2011 a déplacé une seconde fois une partie d’entre eux, notamment ceux du camp de Yarmouk, au sud de Damas.
Cisjordanie0,93 M enregistrés (2025)
Dans les territoires palestiniens, sous occupation israélienne. Beaucoup sont originaires de localités situées dans l’actuel Israël. Ils relèvent de régimes d’administration différents selon les zones : une partie du territoire dépend de l’Autorité palestinienne, tandis qu’Israël garde le contrôle des frontières extérieures, de l’espace aérien, de la circulation entre les zones et d’une large part du territoire. Dix-neuf camps y sont reconnus, le plus grand nombre des cinq zones.
Bande de Gaza1,6 M enregistrés (2023)
Un refuge devenu majoritaire. Environ 80,000 personnes y vivaient avant 1948 ; plus de 200,000 réfugiés y affluent, venus notamment d’al-Majdal, aujourd’hui Ashkelon, de Jaffa et du district de Beersheba. La population triple en quelques mois.Les réfugiés et leurs descendants forment depuis la majorité de la population. Huit camps sur 365 kilomètres carrés, sous blocus depuis 2007. Depuis octobre 2023, les déplacements massifs et la destruction de quartiers et de camps ont bouleversé cette géographie : les chiffres d’enregistrement ne décrivent plus une implantation effective.

Le réfugié palestinien n’est donc pas une condition unique : le même exode a produit, selon la frontière franchie, une citoyenneté, un statut d’étranger, une vie sous occupation ou de nouveaux déplacements. La question du retour ne s’y pose pas dans les mêmes termes.

Vivre dans un camp

Une précision s’impose d’emblée : l’UNRWA n’administre pas les camps et n’y exerce aucune police. Cette responsabilité revient aux autorités du pays d’accueil. L’agence y installe des écoles, des dispensaires, des réseaux d’eau et d’assainissement, mais le sol, l’ordre public et le droit applicable lui échappent.

Cette zone grise a des effets concrets. Au Liban, l’agence signale elle-même que le manque de gouvernance dans les camps, et l’absence d’un système judiciaire et policier qui y soit effectif, y laissent des risques de protection sans réponse.

45 %des réfugiés enregistrés au Liban vivent dans l’un des 12 camps
25 %environ en Cisjordanie, répartis dans les 19 camps du territoire
18 %en Jordanie, dans 10 camps reconnus, auxquels s’ajoutent 3 camps non officiels

Les camps ne sont plus des campements. Faute de pouvoir s’étendre, ils se sont bâtis en dur et en hauteur : ce sont des quartiers denses, souvent enclavés, où les réseaux ont été ajoutés après coup. Les huit camps de Gaza comptent parmi les densités de population les plus fortes du monde.

On y vit mal. Au Liban, 80 % des réfugiés de Palestine vivaient sous le seuil national de pauvreté en mars 2023. En Syrie, une enquête de l’UNRWA de 2022 estimait que 89 % disposaient de 2,15 dollars par jour ou moins, dans un pays où 40 % des écoles de l’agence et le quart de ses centres de santé avaient été détruits.

Le camp devait durer une saison. Il a produit des quartiers, des réseaux et trois générations. Ce qu’il n’a jamais produit, c’est un statut.

Enregistrés ne veut pas dire présents

C’est la principale précaution à prendre avec ces chiffres, et le Liban en donne la mesure. En février 2025, l’UNRWA y compte un peu moins de 500,000 réfugiés enregistrés, mais son propre bureau de terrain n’en dénombre que 222,000 effectivement présents, dont 27,000 venus de Syrie. Un recensement libanais de 2017 donnait déjà un ordre de grandeur voisin.

La Syrie présente le même écart : 569,000 enregistrés, environ 438,000 estimés encore dans le pays.

L’écart ne tient pas à une erreur : un départ n’entraîne pas nécessairement de radiation, les naissances continuent d’être déclarées depuis l’étranger, et les restrictions d’emploi et de logement ont poussé des dizaines de milliers de personnes à partir. Un enregistrement mesure un droit maintenu, pas une population sur place.

Les absents de la carte

L’UNRWA n’intervient que dans cinq zones, fixées à sa création : ni l’Égypte, ni l’Irak, ni les pays du Golfe n’en font partie. Les Palestiniens qui y vivent, estimés à quelque 50,000 et 100,000, ne figurent pas dans ces statistiques. Leur situation dépend du pays et des circonstances : l’absence d’UNRWA ne vaut pas absence de protection internationale.

En Égypte, les facilités dont ils bénéficiaient ont été réduites dès la fin des années 1970, sans régime de protection comparable à celui des cinq zones. Depuis octobre 2023, plusieurs dizaines de milliers de Gazaouis s’y sont réfugiés, dans des conditions de séjour incertaines.

Une carte des zones d’opération n’est pas une carte de la présence palestinienne. Elle dessine le périmètre d’une institution, pas celui d’un peuple.

Un exil, puis d’autres

1948L’exode initial disperse les réfugiés entre la Cisjordanie, Gaza, la Jordanie, le Liban et la Syrie. L’UNRWA est créée l’année suivante.
1967La guerre des Six Jours déplace une nouvelle vague vers la Jordanie, dont beaucoup sont déjà réfugiés depuis 1948.
1970 À 1987Septembre noir chasse les organisations palestiniennes de Jordanie vers le Liban, où elles seront prises dans la guerre civile, l’invasion de 1982 et la guerre des camps.
DEPUIS 2011La guerre syrienne déplace une seconde fois une partie des réfugiés, notamment ceux de Yarmouk, au sud de Damas.
DEPUIS 2023À Gaza, la guerre provoque des déplacements internes massifs et la destruction de quartiers et de camps entiers.

Pour une partie des réfugiés palestiniens, l’exil de 1948 n’a pas été un déplacement unique : il a été suivi de nouveaux déracinements. Au-delà des seuls réfugiés enregistrés, la diaspora en a connu d’autres, ainsi après la libération du Koweït en 1991, quand plusieurs centaines de milliers de Palestiniens quittent le pays ou en sont expulsés.

Ces statuts si différents ne tiennent pas à la seule volonté des États d’accueil : ils sont le produit d’une histoire régionale faite de constructions étatiques, de guerres et d’équilibres internes.

Les références de cette planche
UNRWA, effectifs enregistrés par zone d’opération et liste des camps reconnus
UNRWA, fiches par zone d’opération, 2023-2025 ; République libanaise, recensement des Palestiniens du Liban, 2017
Institute for Palestine Studies, Les réfugiés palestiniens dans la bande de Gaza, 1948-1967
Human Rights Watch, Stateless Again. Palestinian-Origin Jordanians Deprived of their Nationality, 2010
République libanaise, loi n° 296 du 5 avril 2001, sur l’acquisition de biens immobiliers par des non-nationaux
Alain Dieckhoff, Israël-Palestine, une guerre sans fin ?, Armand Colin
Henry Laurens, La Question de Palestine, t. 5, Fayard, sur les Palestiniens du Koweït

Exclusivité SAPERE. Les effectifs cités ne se confondent ni avec les seuls réfugiés de 1948 encore vivants, ni avec l’ensemble de la diaspora palestinienne.

Le Moyen-Orient en infographies Voir l’ensemble de la série Le parcours complet en six actes : où l’on est et qui veut quoi, d’où viennent les organisations armées, les terrains où tout se joue, le monde autour, ce qui fait finir une guerre, et le bilan.
© SAPERE · 2026Acte premier

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