LE MOYEN-ORIENT
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Quatre-vingts ans de provisoires devenus permanents

Sept dispositifs provisoires, transitoires ou réversibles, et ce qu’ils sont devenus

Depuis 1947, les conflits israélo-palestinien, libanais et iranien se sont emboîtés sans qu’aucun règlement d’ensemble ait abouti.

Une mécanique s’y répète : douze repères, sept dispositifs. De nature différente, ils naissent tous comme solutions transitoires, mesures limitées ou cadres révisables : ligne d’armistice, agence de secours, occupation, autonomie, blocus, accord nucléaire. Certains deviennent le cadre durable de la suite. Tous n’ont pas duré : c’est ce qui rend la comparaison instructive.


1947-1948
partage voté par l’ONU, refusé par les États arabes et les dirigeants palestiniens ; Israël naît, 700,000 à 750,000 Palestiniens sont exilés
1967
Cisjordanie, Gaza, Golan et premières colonies
1979
révolution en Iran
1982
naissance du Hezbollah au Liban
1987
naissance du Hamas à Gaza, pendant la première Intifada
1993
Oslo, cinq ans devenus trente-trois
2000
Israël quitte le Sud-Liban
2007
le Hamas prend Gaza, blocus israélien
2018
Washington quitte l’accord nucléaire
2023
7 octobre : attaque du Hamas depuis Gaza, riposte israélienne sur le territoire
2025
nucléaire iranien : sanctions de l’ONU rétablies, fin de l’accord de 2015
2026
28 février : les États-Unis et Israël frappent l’Iran ; le 2 mars, le Hezbollah rouvre le front libanais

Ce qui devait être provisoire, et ce que c’est devenu


Le dispositif annoncé comme temporaireCe qu’il est devenu
1949Les accords d’armistice fixent des lignes de cessez-le-feu entre Israël et ses voisins. Le texte précise qu’elles sont dictées par des considérations militaires et ne préjugent pas des frontières définitives.Elles sont devenues la ligne verte, référence territoriale centrale du dossier israélo-palestinien.
1949L’Assemblée générale crée l’UNRWA, agence de secours aux réfugiés de Palestine, dotée d’un mandat à durée limitée en attendant un règlement politique.Le mandat est reconduit sans interruption depuis. L’agence compte aujourd’hui près de six millions de réfugiés enregistrés, à qui elle fournit école, santé et aide sociale.
1967Israël occupe la Cisjordanie, Jérusalem-Est, Gaza, le Sinaï et le Golan. Le régime juridique de l’occupation est, par définition, temporaire : il vaut dans l’attente d’un règlement.L’occupation de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est se poursuit depuis 1967. Le Sinaï a été rendu à l’Égypte en 1982 ; Gaza, évacuée de ses colonies en 2005, relève depuis d’un régime juridique distinct et disputé.
1982Pour chasser l’OLP, qui le harcèle depuis le Sud-Liban, Israël annonce une opération limitée à 40 kilomètres de profondeur.Elle ira jusqu’à Beyrouth, et l’armée israélienne restera dix-huit ans au sud du pays. Ce provisoire-là a été refermé : retrait en 2000.
1993À Oslo, Israël et l’OLP se reconnaissent et créent une Autorité palestinienne autonome pour cinq ans, le temps de négocier le statut final des territoires.L’intérim instauré en 1993 se poursuit. Les négociations sur le statut final, reprises à plusieurs reprises, n’ont jamais abouti.
2007Après la prise de Gaza par le Hamas, Israël impose un blocus terrestre, aérien et maritime, présenté comme un moyen de pression sur le mouvement.Il est toujours en vigueur, et a survécu à cinq guerres.
2015L’accord de Vienne soumet le programme nucléaire iranien à des contrôles internationaux contre la levée des sanctions, avec des échéances échelonnées.Les États-Unis en sortent en mai 2018 et n’y sont jamais revenus. En septembre 2025, les sanctions de l’ONU sont rétablies ; le cadre onusien expire le mois suivant.
Ce qui dure encore ANNÉES ÉCOULÉES, EN 2026 0 20 40 60 80 ans Lignes d’armistice devenues la ligne verte 1949 : lignes militaires, sans préjuger des frontières 77 ans UNRWA, agence de secours aux réfugiés créée en 1949 pour un temps limité, mandat reconduit 77 ans Occupation par Israël de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est, depuis juin 1967 59 ans Autonomie palestinienne d’Oslo accord israélo-palestinien de septembre 1993 33 ans 5 ans prévus Blocus israélien de la bande de Gaza terrestre, aérien et maritime, depuis juin 2007 19 ans Occupation israélienne du Sud-Liban annoncée limitée en 1982, close en 2000 18 ans puis refermé

En gris, l’occupation du Sud-Liban, close par le retrait israélien de 2000. Seul l’accord d’Oslo comportait un terme explicite, cinq ans, dépassé depuis 1999. Construction SAPERE.

Certains de ces provisoires ont été refermés : le Sinaï rendu, le Sud-Liban évacué. La plupart sont devenus le cadre durable du conflit, et c’est leur empilement qui rend aujourd’hui tout règlement plus difficile.
Pourquoi la guerre des Six JoursAu printemps 1967, l’escalade précède la guerre : Moscou annonce à tort des concentrations de troupes israéliennes, l’Égypte masse son armée dans le Sinaï, obtient le retrait des Casques bleus et ferme le détroit de Tiran aux navires israéliens, un blocus qu’Israël avait déclaré d’avance tenir pour un motif de guerre. Le 5 juin, Israël attaque le premier et détruit au sol l’aviation égyptienne. Attaque préventive pour les uns, guerre évitable pour les autres : le débat n’est pas clos, et cette planche ne le tranche pas.
La résolution 242, appliquée à moitiéLa résolution de novembre 1967 pose l’échange de la paix contre un retrait. Sa version française parle du retrait « des territoires occupés », l’anglaise de territories sans article : plusieurs historiens tiennent cette différence pour volontaire, et elle a permis des lectures opposées. Elle a servi de base au traité israélo-égyptien de 1979 et au retour du Sinaï ; elle n’a en revanche jamais débouché sur un règlement territorial israélo-palestinien.
1967, ce que « territoires » veut direEn six jours, Israël prend la Cisjordanie et Jérusalem-Est à la Jordanie, Gaza et le Sinaï à l’Égypte, le Golan à la Syrie. Le Sinaï a été rendu en 1982 contre un traité de paix, les colonies de Gaza démantelées en 2005, le Golan annexé de fait en 1981, une annexion que l’immense majorité des États refuse de reconnaître, les États-Unis exceptés depuis 2019.
La ligne de 1967, et ce que dit le tableauRestent la Cisjordanie et Jérusalem-Est, occupées sans interruption : ce sont elles que vise la ligne de 1967. Ce tableau n’accuse personne de mentir depuis quatre-vingts ans : Oslo, par exemple, organisait une transition sans garantir un État à échéance. Il dit autre chose : des dispositifs conçus comme temporaires se fossilisent, tandis que d’autres, au Sinaï ou au Sud-Liban, ont bel et bien été refermés.
Le cas jordanienLa Jordanie donne la mesure du provisoire devenu permanent : 2,4 millions de réfugiés palestiniens y sont enregistrés pour 11,5 millions d’habitants, sans que le traité de paix signé avec Israël en 1994 en soit remis en cause.
Quarante-huit heuresRegardez le dernier repère : les frappes sur l’Iran sont du 28 février, le front libanais se rallume le 2 mars. Quarante-huit heures séparent les deux, et c’est la démonstration la plus courte de ces infographies : les fronts ne sont pas indépendants, et une escalade sur l’un peut en réactiver un autre en quelques heures.

Exclusivité SAPERE. Références : ONU · UNRWA · J.-C. Lescure, « Le conflit israélo-palestinien en 100 questions » (Tallandier, 2018).

Le Moyen-Orient en infographies Voir l’ensemble de la série→ Le parcours complet en six actes : où l’on est et qui veut quoi, d’où viennent les organisations armées, les terrains où tout se joue, le monde autour, ce qui fait finir une guerre, et le bilan.
© SAPERE · 2026Acte premier

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