Le thermomètre du monde

Indicateur 2 — Fragmentation économique · Avril 2026

La fin du commerce heureux

Quand acheter à l’étranger devient un risque politique

Pendant trente ans, le monde a fonctionné sur une idée simple : acheter là où c’est le moins cher, vendre partout où c’est possible, et faire confiance au commerce pour maintenir la paix. L’Europe achetait son gaz en Russie. Les États-Unis fabriquaient leurs téléphones en Chine. Le système créait de la richesse, mais elle se concentrait plus qu’elle ne se partageait. Il reposait sur des dépendances que beaucoup ont fini par contester.

En avril 2026, cette logique ne se fissure plus : elle se fracture. Les exportations chinoises vers les États-Unis reculent de 11 % sur les deux premiers mois de 2026 (douanes chinoises). Sur l’ensemble de 2025, le commerce bilatéral s’est contracté d’environ un quart, soit près de 170 milliards de dollars (CNUCED). Le yuan numérique a franchi 2,800 milliards de dollars de transactions cumulées. Les Émirats arabes unis quittent l’OPEP+ le 1er mai. Le Japon abroge l’interdiction d’exporter des armes létales qui tenait depuis 1947. Et le détroit d’Ormuz, par lequel passait un cinquième du pétrole mondial, voit son trafic s’effondrer de 95 %.

Le commerce mondial ne s’effondre pas. Il se réarme. Les échanges ne disparaissent pas : ils se rangent. Chaque flux choisit désormais son camp.

34 / 5
Fragmentation avancée Hausse d’un niveau · janvier 2026

Le cycle long · comment on en est arrivé là

Quatre-vingts ans d’allers-retours entre intégration et fragmentation. Chaque époque a son propre dosage. Avril 2026 marque le retour au niveau le plus haut depuis la Guerre froide, mais avec une nouveauté : la rupture n’est plus idéologique, elle est technologique et industrielle.

1945-1947

Bretton Woods, GATT, blocs en formation

1947-1989

Guerre froide. Deux mondes étanches, COCOM

1989-2001

Mondialisation, chute du mur, OMC

2001-2008

Âge d’or, entrée de la Chine à l’OMC

2008-2018

Crise financière, doutes, premières fissures

2018-2024

Trump 1, Covid, Ukraine, derisking

Avril 2026

Fragmentation avancée

Le commerce mondial sur 25 ans · 6,5 → ≈ 35 mille milliards $ soit près de 11 fois le PIB de la France

L’arrière-plan long que la fragmentation de 2026 vient interrompre. Valeur des exportations mondiales de biens et services en milliers de milliards de dollars courants ; les parts continentales sont calculées sur les exportations de marchandises uniquement (OMC). Trois bascules à lire ensemble : la croissance globale, la trajectoire par continent, et le décrochage de 2026.

Volume mondial (rouge, milliers de milliards $) et part par continent (lignes fines)

0 10 20 30 40 T$ 0 15 30 45 60 % 2000 2005 2010 2015 2020 2025 2000 · 6,45 T$ 2008 · crise 2020 · Covid 2025 · ≈ 35 T$ 2026 : ralentissement Asie 26 % Asie 42 % Europe 41 % Europe 36 % Am. du Nord 19 % Am. du Nord 13 %
Volume total (axe gauche, mille milliards $) Projection 2026 — ralentissement Asie Europe Amérique du Nord
Année Valeur Croissance Part Asie Événement structurant
2000 6,45 T$ +12,5 % 26 % L’âge d’or de la mondialisation. La Chine s’apprête à entrer à l’OMC en 2001, ce qui va déclencher la délocalisation massive des chaînes industrielles occidentales et libérer un cycle de croissance commerciale sans précédent depuis l’après-guerre.
Voir les 7 années intermédiaires · 2008 → 2025 Masquer les années intermédiaires
2008 16,10 T$ +15,0 % 30 % Pic historique d’avant la crise. Le commerce mondial atteint un sommet porté par dix années d’intégration intense des chaînes d’approvisionnement entre l’Asie, l’Europe et l’Amérique du Nord. La faillite de Lehman Brothers en septembre brise cette dynamique.
2009 12,50 T$ -22,4 % 32 % Effondrement après Lehman. Le resserrement du crédit fige les financements à l’exportation. La chute de 22 % en une seule année reste à ce jour la plus grande contraction commerciale en temps de paix depuis 1945.
2015 16,50 T$ -13,2 % 36 % Contre-choc des matières premières. Le pétrole s’effondre de 110 à 50 dollars le baril, le dollar s’apprécie fortement, ce qui rabote mécaniquement la valeur en dollars du commerce mondial. La Chine ralentit sa croissance industrielle.
2020 17,60 T$ -7,5 % 38 % Choc pandémique. Les confinements paralysent les ports asiatiques, les chaînes d’approvisionnement craquent (semi-conducteurs, masques, médicaments). Première prise de conscience massive de la fragilité des dépendances mondiales.
2022 25,30 T$ +12,3 % 40 % Triple choc inflationniste. Rebond post-Covid sur fond de pénurie, invasion russe de l’Ukraine en février, flambée des prix de l’énergie et des céréales. Le commerce mondial atteint un nouveau record en valeur, mais largement par effet prix.
2024 32,40 T$ +4,0 % 41 % Anticipation des tarifs Trump. Élection de Donald Trump en novembre 2024. Les importateurs américains accélèrent leurs commandes pour devancer les hausses tarifaires annoncées : le stockage anticipé dope artificiellement les flux du second semestre.
2025 ≈ 35 T$ +7,0 % 42 % Record absolu, l’année paradoxe. Envolée des exportations liées à l’intelligence artificielle (puces, serveurs, centres de données) qui contribuent à 42 % de la croissance des biens. Couplé à un stockage massif anticipant les tarifs Trump du printemps 2025.
2026 ≈ 35 T$ ralentissement 42 % Première fracture politique depuis 2009. Contraction du commerce bilatéral États-Unis – Chine sur la lancée de 2025. La croissance mondiale ralentit, le commerce reste sous pression sans projection chiffrée robuste. Pour la première fois depuis Lehman, un choc commercial majeur est de nature politique, sans cause sanitaire ni financière.

Le centre de gravité du commerce mondial · 2000 contre 2025

Part dans les exportations mondiales de marchandises · tri décroissant 2025 0 % 10 % 20 % 30 % 40 % 38 % 35,4 % 3,9 % 15,9 % 12,1 % 8,5 % 7,4 % 3,1 % 2,3 % 2,8 % 0,7 % 2,1 % 1,6 % 1,8 % 0,9 % 1,3 % 33,1 % 29,1 % EUROPE * ▼ -7 % CHINE ▲ +308 % ÉTATS- UNIS ▼ -30 % JAPON ▼ -58 % AFRIQUE ▲ +22 % INDE ▲ +200 % RUSSIE ▲ +12 % BRÉSIL ▲ +44 % AUTRES ▼ -12 % Sources : OMC, CNUCED, Andaman Partners Total mondial 2025 : 25,200 Mds$ pour les marchandises (35,000 Mds$ avec les services) — l’équivalent de 11 fois le PIB français transite chaque année par les frontières du monde. « Autres » = ASEAN, Corée, Mexique, Canada, Australie, autres économies · Total 2000 : 6,290 Mds$ * Europe = UE 27 + Royaume-Uni + Suisse + Norvège + Balkans · l’UE 27 représente 81 % de cet ensemble (Insee, OMC)
2000 2025

Ce que couvrent ces 35 mille milliards · composition 2025

Part dans les 35 mille milliards de dollars échangés (marchandises + services) 46 % Manufacturés machines, automobile, chimie, électronique 28 % Services transports, finance, services numériques 10 % Énergie 16 % Agro & autres

Cinq lectures simultanées.

D’abord la croissance brute. Le commerce mondial est multiplié par environ 5,5 en vingt-cinq ans.

Ensuite le déplacement du centre de gravité. La Chine quadruple sa part (3,9 % → 15,9 %), l’Inde triple, le Brésil progresse modérément, le Japon est divisé par 2,4, pendant que les États-Unis reculent de 12,1 % à 8,5 % et l’Europe* de 38 % à 35,4 %. La Russie et l’Afrique restent marginales malgré leur poids stratégique. La catégorie « Autres » (ASEAN, Corée, Mexique, Canada, Australie, autres économies) recule légèrement de 33,1 % à 29,1 % du commerce mondial.

Puis l’erreur de lecture américaine. Le recul des États-Unis de 12,1 % à 8,5 % n’est pas un déclin économique : leurs exportations doublent en valeur absolue sur la période, de 780 milliards à 2,065 milliards de dollars. Ce qui change, c’est leur place relative, sous l’effet de trois forces conjuguées : l’émergence chinoise qui mécaniquement déplace toutes les autres parts vers le bas, la désindustrialisation accélérée par le « China Shock » des années 2000-2010, et la bascule structurelle d’une économie où les services représentent désormais 77 % du PIB. À cela s’ajoute le dollar fort, qui pèse sur la compétitivité des biens à l’export tout en faisant des États-Unis le premier importateur mondial. Le 8,5 % cache une économie qui n’a pas reculé : elle a changé de division du travail.

Et le poids réel de l’Europe. L’Europe pèse 35,4 % des exportations mondiales : c’est plus que la Chine (15,9 %) et les États-Unis (8,5 %) réunis. Le Vieux Continent reste le premier ensemble commercial du monde et le leader incontesté des services (UE 22,8 %, devant les États-Unis à 14,4 % et la Chine à 7,6 %). Décliner par rapport à soi-même n’est pas synonyme de marginalité.

Enfin la nouveauté de 2026. Pour la première fois depuis 2009, le décrochage n’est plus subi : il est décidé. Tarifs imposés, détroits fermés, alliances reconfigurées, monnaies contestées. La rupture commerciale est devenue un choix d’État.

Chiffres clés · les flux qui se réorganisent

Chaque carte associe un chiffre choc, sa contrepartie chiffrée (ce qui se compense, ce qui se redirige), un mini-graphe de tendance et un lien vers la source.

01 / Commerce

-11 %

Exportations chinoises vers les États-Unis · janv.-fév. 2026

Sur l’ensemble de 2025, le commerce bilatéral s’est contracté d’environ un quart selon la CNUCED, soit près de 170 milliards de dollars. Le taux moyen effectif des droits de douane américains sur les importations chinoises atteint 33,9 % en janvier 2026, contre 2,3 % un an plus tôt. La loi IEEPA sur laquelle Trump avait fondé ses tarifs a été invalidée par la Cour suprême en février 2026.

Commerce bilatéral États-Unis – Chine (Mds$, USTR)

800 600 400 200 690 644 659 415 2022 2023 2024 2025 Mds $ · USTR
Effet américain sur les exportations européennes -4,6 %
Importations zone euro depuis la Chine jusqu’à +10 %
02 / Finance

2,800 Mds$

Paiements en yuan numérique e-CNY

Cumul des transactions internationales en monnaie numérique de banque centrale chinoise. Échelle d’un PIB national : équivalent à la France ou au Royaume-Uni. Ce n’est plus un projet pilote, c’est un canal industriel.

Cumul mondial e-CNY (Mds$, fin d’année)

3000 2000 1000 0 250 750 1,500 2,200 2,800 2022 2023 2024 2025 Avr-26 Mds $ · BRI/PBoC
Part du dollar dans paiements SWIFT ~58 %
Dollar dans réserves mondiales 57,8 % (contre 72 % en 2001)
03 / Réserves

17 mois

Achats consécutifs d’or par la PBoC

La banque centrale chinoise diversifie ses réserves mois après mois. Cette accumulation systématique compense le désengagement progressif sur la dette publique américaine, passée de 1,300 à 760 Mds$ en 10 ans.

Réserves chinoises : or PBoC face à la dette américaine (Mds$)

1400 1000 600 200 1,264 730 100 220 2015 2020 2025 WGC · TIC OR DETTE US
Or accumulé (rouge) ↗ Hausse régulière
Dette américains détenue (gris) -40 % en 10 ans
04 / Détroits

-95 %

Trafic du détroit d’Ormuz

Une route maritime stratégique presque vide depuis le 28 février 2026 (frappes États-Unis – Israël sur l’Iran). Péages iraniens à partir de début mars (jusqu’à 2 millions de dollars par passage), blocus naval américain déclaré le 13 avril. Un cinquième du pétrole mondial y passait. Les flux se redirigent : oléoducs vers la mer Rouge, contrats au coup par coup, et montée du corridor médian entre la Chine et l’Europe (par le Kazakhstan, la mer Caspienne et la Turquie).

Trafic Ormuz (% du niveau normal, 28 fév → fin avril 2026)

100 % 66 % 33 % 0 % 100 40 8 5 28-fév 2-mars 15-mars 1-avr 13-avr fin-avr % · Kpler/Vortexa
UE engagés sur corridor médian 10 Mds€ (Global Gateway)
Volume corridor (face au maritime) ~4 Mt/an, +2 chiffres
Source : suivi maritime Kpler / Vortexa · EU Global Gateway
05 / Technologie

6 / 6

Premiers modèles d’IA chinois en classements ouverts

Les six premiers modèles dans les benchmarks ouverts sont chinois. DeepSeek V4 rivalise avec les meilleurs occidentaux. SMIC fabrique en série les puces nécessaires, sans rien emprunter à l’Occident.

Modèles d’IA chinois dans le top 10 LMArena

10 6 3 0 0 1 2 4 6 2022 2023 2024 2025 2026 classement LMArena
TSMC investit au Japon 17 Mds$
Plan Corée du Sud 518 Mds$ (puces + défense)
Source : classements LMArena (LMSYS) · publications techniques DeepSeek
06 / Gouvernance

3 ruptures

Sorties unilatérales en moins de 60 jours

Les Émirats arabes unis quittent l’OPEP+ le 1er mai 2026.

L’Iran fait payer le passage d’Ormuz depuis le 2 mars 2026.

Le Japon abroge l’interdiction d’exporter des armes létales en vigueur depuis 1947.

Chronologie des sorties unilatérales (2026)

Acte 0 Iran Ormuz Japon armes Émirats OPEP+ Mars Avril Mai 2/03 5/04 1/05 déclarations officielles
Discipline OPEP+ depuis 2016 Premier départ
Interdit japonais armes létales 79 ans levés
Source : déclarations officielles · communiqués MOFA Japon, OPEC, présidence iranienne
07 / France

3 cas

Cascade industrielle française T1 2026

Stellantis (auto) ferme. Forvia (équipementier, 150,000 salariés) restructure. Sogran (mécanique) dépose le bilan. Trois noms parmi d’autres dans une vague qui touche l’emploi qualifié territorial.

France : indice industrie automobile face à la souveraineté numérique (base 100 en 2020)

150 120 90 60 100 142 78 2020 2023 T1-26 AUTO SOUV.NUM indice base 100 · INSEE/Dinum
Linux d’État (Dinum) ↗ Bascule en cours
OVHCloud aux armées ↗ Périmètre élargi
Source : communiqués entreprises · Dinum · ministère des Armées
08 / Barrières

10,3 %

Taux moyen effectif des tarifs américains

En janvier 2026 : 10,3 %, contre 2,3 % un an plus tôt, la plus forte hausse fiscale américaine en pourcentage du PIB depuis 1993. Sur la Chine seule, le taux effectif atteint 33,9 %. Sur l’acier et l’aluminium (Section 232) : 41,1 %.

Taux effectif des tarifs américains (% sur les importations, Penn Wharton)

15 % 10 % 5 % 0 % 2,3 5,0 8,0 10,0 10,3 Janv-25 Avr Juil Oct Janv-26 % · Penn Wharton
Recettes douanières américaines (12 mois) 209 Mds$
Coût moyen par foyer américain +1,500 $/an
09 / Matières

90 %

Part chinoise du raffinage mondial des terres rares

La Chine contrôle 90 % du raffinage des terres rares, 98 % du gallium, 75 % du graphite (anodes de batteries lithium-ion). Pékin a suspendu en novembre 2025 ses contrôles à l’exportation jusqu’en novembre 2026, après la rencontre Trump-Xi en Corée du Sud. Une pause tactique : le levier reste intact, prêt à être réactivé.

Part chinoise dans la production mondiale (raffinage, 2024)

100 % 66 % 33 % 0 % 98 90 75 65 60 Gallium T. rares Graphite Antim. German. % · IEA, CSIS
Suspension des contrôles à l’exportation 7 nov 2025 → 10 nov 2026
Prix terres rares en Europe face à la Chine ×6 (avr-mai 2025)

Les détroits stratégiques · qui dépend de quoi

Ormuz n’est pas le seul nœud maritime critique, et le pétrole n’est pas le seul flux à risque. Engrais, céréales, conteneurs, GNL transitent eux aussi par une poignée de passages étroits. Quand un détroit ferme, c’est l’agriculture mondiale et les chaînes de production qui vacillent.

Carte mondiale des principaux détroits stratégiques : Malacca, Ormuz, Bab el-Mandeb, Suez, détroits turcs et danois, Panama. Chaque passage est positionné sur la carte avec ses flux maritimes critiques.
Sept passages, sept dépendances. Près de 80 % du commerce mondial en volume passe par voie maritime ; un quart des flux énergétiques transite par le seul détroit d’Ormuz, fermé depuis le 28 février 2026. Cartographie inspirée de la Hinrich Foundation — Major maritime chokepoints in global trade.

Détroit d’Ormuz

Bloqué depuis le 28 fév. 2026

20 % du pétrole mondial transporté par voie maritime, 20 % du GNL. L’Europe y prend 12-14 % de son GNL.

30 % des engrais mondiaux. 30-35 % d’urée. Une fermeture prolongée menace 45 millions de personnes de famine (PAM).

Région du Golfe : 26 millions de conteneurs/an. Méthanol, aluminium, soufre, ciment.

Détroit de Malacca

Tensions Taïwan

24 Mb/j de pétrole. La Chine y fait passer 50 % de ses importations de brut.

Riz et soja vers l’Asie de l’Est. Couloir vital pour le Japon et la Corée.

Voie principale Asie ↔ Europe et Asie ↔ Moyen-Orient.

Canal de Suez

Détourné via Cap (Houthis)

10 % du pétrole mondial. GNL d’Algérie et du Qatar vers l’Europe.

Couloir céréales mer Noire vers l’Afrique et l’Asie du Sud, via le Bosphore puis Suez.

10 % du commerce maritime mondial. 22 % des conteneurs. 20 % des voitures.

Bab el-Mandeb

Attaques Houthis depuis 2023

Porte d’entrée sud du couloir Suez. GNL du Qatar vers l’Europe.

8-9 % des flux commerciaux mondiaux. Engrais et grains de la mer Noire vers l’Asie.

Trafic effondré : 26,000 navires en 2023, 13,000 en 2024.

Détroits turcs

Stable mais surchargé

Pétrole russe et caspien vers la Méditerranée.

Goulot des céréales mer Noire (blé, maïs, tournesol). Engrais russes et biélorusses.

Trafic régulé par la convention de Montreux (1936). Surchargé depuis l’invasion de l’Ukraine.

Détroits danois

Sous sanctions UE

Pétrole russe vers l’Asie via la « flotte fantôme ».

Grains baltes et finlandais. Engrais russes vers l’Afrique.

Conteneurs intra-européens. Vrac de bois et minerais nordiques.

Canal de Panama

Stable depuis fin 2024

Brut et produits raffinés Amériques ↔ Asie.

Soja, maïs, blé d’Amérique du Sud et du Midwest US vers l’Asie.

2,5 % du commerce maritime mondial, mais haute valeur (conteneurs, voitures, grains).

80 % du commerce mondial en volume passe par voie maritime (CNUCED). Quand Ormuz ferme, ce ne sont pas seulement les pompes à essence qui s’inquiètent : ce sont les semoirs des fermes africaines et asiatiques qui risquent de rester silencieux. Sources : EIA, CNUCED, IFPRI, ONU, World Economic Forum, Carnegie Endowment, Wikipedia.

Les dix verrous qui retiennent encore la rupture

Le passage au niveau 5 suppose qu’au moins deux verrous structurels cèdent simultanément. Aucun n’a encore sauté en avril 2026. Cinq sont d’ordre macro-économique : ils tiennent les flux de richesse ensemble. Cinq sont d’ordre technique : ils tiennent les infrastructures ensemble. Les deux séries sont complémentaires : un blocage durable d’une seule famille suffirait à faire basculer tout le système.

Volet économique · les flux de richesse

i

Monnaie de réserve unique

Le dollar pèse encore 57,8 % des réserves mondiales, contre 72 % en 2001. L’euro tient à 19 %, le yuan reste sous 3 % malgré les efforts de Pékin. Aucune monnaie alternative ne menace la facturation des matières premières et de l’énergie.

Seuil de bascule

Part du dollar passant sous 50 % des réserves mondiales, doublée d’un basculement de la facturation pétrolière.

Sous tension

ii

Interdépendance industrielle Chine ↔ Occident

Les Occidentaux dépendent toujours de la Chine pour 90 % du raffinage des terres rares, 70 % des composants de batteries, 40 % des principes actifs pharmaceutiques génériques. La Chine reste exportatrice nette de biens manufacturés vers l’Europe et les États-Unis.

Seuil de bascule

Embargo réciproque sur les matières critiques et chute de plus de moitié du commerce bilatéral en un an.

Fragilisé

iii

Usines croisées et participations

Volkswagen, BMW, Stellantis, Tesla, Apple, Foxconn : des centaines de milliers d’emplois et plusieurs centaines de milliards de capital industriel sont détenus par des Occidentaux en Chine, et inversement. Ces investissements croisés rendent toute rupture brutale extraordinairement coûteuse pour les deux camps.

Seuil de bascule

Confiscations d’actifs réciproques ou nationalisations forcées dans les deux blocs.

Sous tension

iv

Langage technique commun · normes ISO, CEI, UIT

Les standards industriels internationaux restent partagés. Une vis fabriquée à Shanghai s’emboîte dans une machine fabriquée à Stuttgart. La Chine a multiplié par 4 ses présidences de comités techniques entre 2015 et 2025, mais sans imposer de standards alternatifs incompatibles.

Seuil de bascule

Standards séparés et incompatibles dans les filières critiques (5G, IA, paiement, batteries, médicaments).

Fragilisé

v

Dette américaine détenue par le reste du monde

L’étranger détient encore 8 500 milliards de dollars de Treasuries américains, dont 1 000 milliards par la Chine et 1 100 milliards par le Japon. Cette imbrication financière fait de toute crise des taux US un choc partagé, donc négocié plutôt que rompu.

Seuil de bascule

Vente massive coordonnée des Treasuries par la Chine, le Japon et l’Arabie saoudite.

Sous tension

Volet technique · les infrastructures partagées

I

Système bancaire SWIFT

11,200 institutions financières actives, 200 pays connectés. La Russie est débranchée en partie depuis 2022.

Seuil de bascule

Sortie effective d’un grand pays, la Chine en particulier.

Sous tension

II

Internet partagé

Les standards techniques fondamentaux (IP, DNS, HTTPS) restent universels. Mais 60 % du trafic chinois passe désormais par le « Bouclier doré » chinois (Great Firewall), qui filtre et redirige les flux vers un internet parallèle.

Seuil de bascule

Deux internets totalement incompatibles, deux racines DNS distinctes.

Sous tension

III

Investissements croisés

Investissements directs étrangers entre États-Unis et Chine : −60 % depuis 2022 (Rhodium Group). Mais les flux ne sont pas bloqués administrativement.

Seuil de bascule

Gel total avec confiscations d’actifs réciproques.

Fragilisé

IV

Arbitrage commercial multilatéral

L’OMC est à l’arrêt depuis fin 2019 (organe d’appel paralysé), mais 164 membres restent présents et 72 % du commerce mondial reste régi par la clause de la nation la plus favorisée. Tant qu’elle tient, un éclatement en blocs commerciaux fermés reste impossible.

Seuil de bascule

Retrait officiel d’une grande puissance de l’OMC.

Sous tension

V

Standards industriels et normes

ISO, CEI, UIT : la Chine a multiplié par 4 le nombre de présidences de comités techniques qu’elle occupe entre 2015 et 2025. Les standards restent encore largement partagés.

Seuil de bascule

Deux mondes industriels normés séparément (5G, IA, paiement, batteries).

Fragilisé

Lecture · pastille ocre « sous tension » : verrou maintenu sous pression. Pastille rouge « fragilisé » : verrou très proche de la rupture.

Aujourd’hui face à demain · ce qui sépare encore le 4 du 5

Le niveau 5 n’est pas une simple amplification du 4. C’est un changement de nature. Ce qui sépare encore les deux étages, ce ne sont pas quelques pour cents supplémentaires : ce sont des sauts qualitatifs irréversibles.

Avril 2026 · niveau 4

Fragmentation avancée

  • Tarifs élevés mais négociables : un accord Trump-Xi reste possible.
  • Détroit d’Ormuz fermé, mais routes alternatives activables (cap de Bonne-Espérance, corridor médian).
  • Yuan numérique en croissance, mais le dollar conserve sa centralité.
  • Standards techniques encore partagés : une vis chinoise s’emboîte dans une machine allemande.
  • Dette américaine détenue à l’étranger : imbrication maintenue, pas de vente coordonnée.

Si rupture · niveau 5

Rupture systémique

  • Embargo réciproque États-Unis – Chine, plus de canal de négociation.
  • Confiscations d’actifs réciproques : Volkswagen en Chine, ByteDance aux États-Unis.
  • Sortie effective d’un grand pays de SWIFT, circuits financiers parallèles définitifs.
  • Standards incompatibles sur 5G, IA, paiement, batteries : deux mondes industriels séparés.
  • Vente coordonnée des Treasuries par Pékin, Tokyo, Riyad : choc des taux mondiaux.

Trois trajectoires à douze mois

À horizon avril 2027, trois scénarios restent ouverts. Aucun n’est écrit. Le classement ci-dessous reflète les signaux disponibles en avril 2026.

Scénario le plus probable

Palier

Le 4 s’installe, sans glisser au 5.

Les tarifs se stabilisent autour de 30-35 % sur la Chine. Ormuz reste partiellement fermé mais les routes alternatives s’organisent. Aucun verrou structurel ne saute. Le commerce mondial ralentit sans s’effondrer. Les blocs s’observent sans rupture totale.

Scénario intermédiaire

Cassure

Au moins deux verrous cèdent ensemble.

Un incident à Taïwan ou en Iran déclenche une cascade. Sortie officielle d’un grand pays de SWIFT, ou retrait formel de l’OMC, ou confiscations d’actifs réciproques. Passage au niveau 5. Choc inflationniste mondial, fragmentation durable.

Scénario le moins probable

Désescalade contrainte

Le coût économique force le compromis.

Les économies américaine et européenne ralentissent fortement. La pression intérieure (inflation, emploi) impose un accord partiel : baisse coordonnée des tarifs, réouverture d’Ormuz négociée. Retour au niveau 3 sans pour autant restaurer l’ouverture d’avant 2018.

En synthèse

Plus une préparation à la rupture, déjà une fragmentation avancée

Le système ne grince plus, il se déchire sur plusieurs lignes simultanées. Cinq dimensions au rouge, trois sorties unilatérales en soixante jours, un détroit stratégique fermé depuis le 28 février, une cascade industrielle qui s’installe.

Le passage au niveau 5 n’est pas automatique. Il exigera qu’au moins deux verrous structurels cèdent ensemble : sortie effective de SWIFT, deux internets incompatibles, retrait officiel de l’OMC. Aucun de ces seuils n’est encore franchi en avril 2026. Mais la trajectoire est claire : chaque cassure sectorielle rapproche le point de bascule.

Prochain rendez-vous

Juin 2026 Indicateur 3 · Sécurité énergétique & ressources critiques, avec Ormuz au centre.


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