Somalie
La Somalie est un État que d'autres financent, que deux de ses États fédérés contestent et qu'une insurrection continue de grignoter.
20,3 millions d'habitants, et aucun recensement complet depuis 1975.
Un pays qui a vu sa dette presque entièrement effacée en 2023, et dont le système ne tient depuis que sur quatre appuis qu'il ne contrôle pas : l'argent de sa diaspora, qui fait vivre les ménages, les bailleurs et le FMI, la Turquie, et la mission de l'Union africaine.
En 2026, tout s'est tendu à la fois : une réforme constitutionnelle qui prolonge les mandats d'un an, contestée par l'opposition, une armée fédérale retournée contre un État fédéré, le choc d'Ormuz sur le carburant, une crise alimentaire.
Et Washington qui programme la fin du soutien logistique onusien à la force africaine, transformée en septembre en retrait progressif sur douze mois à compter de janvier 2027.
La diaspora fait vivre les ménages ; les bailleurs et le FMI, la Turquie et la mission africaine portent l'État. Aucun de ces appuis n'appartient à Mogadiscio. Quand l'un vacille, l'État découvre qu'il n'a rien en propre pour compenser.
L'économie, la population, la diplomatie, l'énergie, la défense, la gouvernance et l'autonomie reculent depuis 2020.
L'industrie et l'innovation restent stables : l'argent mobile et une bourse naissante n'ont pas encore changé la base productive, et la recherche n'a pas bougé.
La diplomatie remonte pourtant d'un cran dans la notation : un siège au Conseil de sécurité, qui ne suffit pas à faire de Mogadiscio l'arbitre de sa propre région.
Le président gouverne sur un mandat prolongé que l'opposition ne reconnaît plus, pendant que la force africaine qui protège la capitale voit sa logistique onusienne programmée pour un retrait progressif à compter de janvier 2027.
Ce qui entre, ce qui sort, et par où
Ce qui décrit le pays
Qui achète, qui fournit
| Rang | Pays | Ce qu'il achète | Part des exportations |
|---|---|---|---|
| 1 | Émirats arabes unis | Or | ~37,4 % |
| 2 | Arabie saoudite | Bétail vivant, ovins, caprins | ~29,4 % |
| 3 | Oman | Bétail vivant, bovins | ~18,8 % |
| 4 | Inde | Oléagineux, ferraille | ~3,2 % |
| 5 | Macao | Non détaillé | ~2,1 % |
| Rang | Pays | Ce qu'il vend | Part des importations |
|---|---|---|---|
| 1 | Émirats arabes unis | Tabac, équipements, lait | ~29,4 % |
| 2 | Chine | Machines, électronique, textiles | ~19,6 % |
| 3 | Inde | Denrées, véhicules | ~15,1 % |
| 4 | Turquie | Pâtes, farine, fer | ~8,2 % |
| 5 | Oman | Produits laitiers, farine, ciment | ~5,0 % |
Quatre tendances structurelles
Où le pays tient, où il cède
Les neuf piliers en un coup d'œil · niveau et tendance depuis 2020+
IÉconomie et financeFragile et dépendant↘Une dette effacée, une fenêtre refermée par Ormuz.+
IIIndustrie et technologieDéfaillance critique→Une économie de l'élevage et du téléphone, sans usine.+
IIIDémographie et capital humainFragile et dépendant↘Une population jeune, un tiers du pays en insécurité alimentaire aiguë.+
IVDiplomatie, influence et informationFragile et dépendant↘Un siège au Conseil de sécurité, un terrain pour les autres.+
VÉnergie et ressourcesFragile et dépendant↘Un potentiel immense, une sécurité énergétique au plus bas.+
VIDéfense et sécuritéDéfaillance critique↘Une capitale protégée par la force africaine de l'AUSSOM, dont l'Ouganda fournit près de deux cinquièmes des hommes.+
VIIInnovation et savoirFragile et dépendant→Un savoir formé à l'écart de l'État.+
VIIIGouvernance et institutionsDéfaillance critique↘Un pouvoir qui s'étend par la loi et par les armes.+
IXAutonomie stratégiqueDéfaillance critique↘Une seule marge : savoir dire non.+
Comprendre l'échelle de robustesse, du plus solide au plus fragile+
- Solidement ancré4,0 à 5,0 · Capacités prouvées sur la durée. Le pays absorbe les chocs sans risque de basculement.
- Résilient sous contrainte3,0 à 3,9 · Forces et faiblesses en tension, mais le système tient par ses propres moyens.
- Sous tension structurelle2,5 à 2,9 · Le pilier tient grâce à une béquille : une rente, un partenaire, un corridor. Il cède si elle cède.
- Fragile et dépendant1,5 à 2,4 · Vulnérabilité profonde. La fonction est assurée, mais sans maîtrise réelle des moyens.
- Défaillance critique1,0 à 1,4 · Risque d'effondrement de la fonction. Autorité ou capacité contestée sur l'essentiel.
L'échelle mesure la capacité à encaisser un choc, pas la richesse ni le potentiel. Le niveau de chaque pilier découle mécaniquement de son évaluation sur cinq points, selon les bornes ci-dessus.
Quatre atouts, six fractures
La diaspora, premier bailleur du pays
La diaspora envoie chaque année davantage que l'aide publique et les investissements étrangers réunis.
L'argent passe par les opérateurs de transfert et le paiement mobile, là où le système bancaire reste embryonnaire.
Ce filet de sécurité privé, né par nécessité, finance l'école, la santé et la nourriture de millions de familles sans passer par l'État. C'est lui, davantage que l'État, qui amortit les chocs.
Autour de lui, la société a bâti ses propres capacités, télécoms, argent mobile, commerce du bétail : elles protègent les ménages, mais ne remplacent ni l'impôt, ni la sécurité, ni la souveraineté publique.
La dette a disparu avant que la paix ne revienne
La Somalie a franchi en décembre 2023 le point d'achèvement de l'initiative PPTE, qui a effacé l'essentiel de sa dette extérieure.
Le programme du FMI continue de débloquer des tranches, mais la base fiscale n'a pas bougé : l'État a gagné du répit, pas de l'autonomie.
Le bétail nourrit une économie que l'État ne finance pas
L'élevage reste le socle de l'économie, et les ventes d'animaux vivants vers l'Arabie saoudite et Oman ont progressé en 2024, portées par la saison du pèlerinage.
Ce commerce fonctionne sans routes ni administration efficaces : il précède l'État plus qu'il n'en dépend.
Mais il repose sur une seule route maritime, qui longe désormais une rive tenue par les Houthis : la force la plus ancienne de l'économie somalienne est aussi la plus exposée à une guerre qui n'est pas la sienne.
Un littoral immense, encore à valoriser
La plus longue façade maritime d'Afrique continentale ouvre sur le golfe d'Aden et l'océan Indien.
Ses eaux ont longtemps été pillées par des flottes de pêche étrangères, et le forage lancé en 2026 avec la Turquie reste un pari, pas une rente : ses termes favorisent largement le partenaire turc.
Le puits dira s'il y a du pétrole ; il ne dira pas qui en profitera, ni si Mogadiscio saura en tirer autre chose qu'une dépendance de plus envers Ankara.
Le territoire que Mogadiscio a reperdu
Une offensive d'Al-Shabaab lancée en 2025 a effacé la plupart des gains obtenus depuis 2022 ; le président lui-même a échappé à un attentat en mars 2025, qui a fait dix morts.
Le 1er juillet 2026, Washington a annoncé qu'il cesserait après le 31 décembre de financer la logistique onusienne de la mission de l’Union africaine ; le 18 septembre, selon Reuters, il a accepté que ce retrait s'étale sur douze mois à compter de janvier 2027.
Sans cette logistique, carburant, vivres, transport et soins, la force africaine ne peut pas durer : plusieurs diplomates de l'Union africaine parlent déjà de fin de mission.
Dernière place de l'indice de perception de la corruption
La Somalie partage la dernière place mondiale de l'indice de perception de la corruption avec le Soudan du Sud.
La commission anticorruption créée en 2021 reste dissoute, et ce score pèse directement sur la confiance des bailleurs et des investisseurs.
L'argent mobile, lui, prospère précisément là où l'État n'a jamais reconstruit ni banques ni fiscalité fiables : une excellence en archipel, qui rend le vide institutionnel moins visible sans le combler.
Un seul partenaire tient la mer et le sous-sol
La Turquie dispose à Mogadiscio de ce qui est présenté comme sa plus grande base militaire à l'étranger, gère le port et l'aéroport, protège les eaux territoriales et frappe elle-même Al-Shabaab.
La coentreprise SOMTURK encadre les licences de pêche et de forage et perçoit une part des redevances.
La Somalie a troqué une dépendance sécuritaire américaine, réversible en un communiqué, contre une dépendance turque plus récente mais plus difficile à dénouer, puisqu'elle touche les ports, le sous-sol et les rapports de force internes.
Un gouvernement fédéral que deux États fédérés contestent
Le Puntland a cessé de reconnaître le gouvernement fédéral en mars 2024, le Jubaland a suspendu ses liens en novembre de la même année.
La réforme censée renforcer la légitimité de l'État, le suffrage universel, est précisément ce qui a précipité la rupture : chercher plus de démocratie a coûté de l'unité.
Le président gouverne depuis le 15 mai 2026 sur un mandat prolongé d'un an que l'opposition juge illégitime ; les pourparlers de Halane, parrainés par Washington et Londres, ont échoué, selon le Somali Guardian.
Un État qui fait la guerre à ses propres membres
Au printemps 2026, des unités fédérales ont pris le contrôle de Baidoa, capitale de l'État du Sud-Ouest, selon Reuters, et chassé son président régional ; la presse régionale les décrit comme formées par la Turquie et appuyées par l'Égypte.
La ville reste disputée : des combats ont de nouveau opposé les forces fédérales à une milice fidèle à l'ancien président régional en août, puis début septembre.
L'Éthiopie, qui maintient environ 10,000 soldats en Somalie, s'est tenue à l'écart, y voyant un encerclement turco-égyptien plutôt qu'un simple appui à Mogadiscio.
La faim gagne au moment où l'aide se retire
Près de deux millions d'enfants seront malnutris cette année, selon l'UNICEF, pendant que les centres de soins ferment faute de financements.
Le choc d'Ormuz a fait grimper les denrées de 20 % en un mois, et la prise par les Houthis de la rive yéménite de Bab el-Mandeb menace désormais la route du bétail vers les ports saoudiens.
Au nord et au centre, plus des trois quarts des points d'eau traditionnels sont à sec dans certaines régions : la sécheresse frappe les troupeaux qui font vivre le pays, au moment où l'aide qui aurait pu les relayer se retire.
Qui tient le pays, du dedans et du dehors
À l'intérieur
Hassan Sheikh Mohamud, élu par le Parlement en 2022, a poussé depuis 2024 une réforme vers le suffrage universel, présentée comme un progrès démocratique et dénoncée par ses opposants comme un moyen de recentraliser le pouvoir.
En mars 2026, le Parlement a porté les mandats de quatre à cinq ans. Le président s'estime en fonction jusqu'en mai 2027 ; l'opposition, réunie notamment autour du président du Puntland et de l'ancien président Sharif Sheikh Ahmed, lui conteste toute légitimité depuis le 15 mai 2026.
Une alliance d'opposition, le Somali Future Council, rassemble d'anciens présidents et Premiers ministres ; elle qualifie la prolongation de coup de force constitutionnel.
Al-Shabaab, lui, tient ou dispute de larges zones rurales et prélève l'impôt sur plusieurs axes.
La crise fédérale a changé de nature en 2026 : Mogadiscio ne négocie plus seulement avec ses États fédérés, il reprend l'un d'eux par la force, et en prépare un autre, le Jubaland.
À l'extérieur
Mogadiscio ne dépend pas d'un seul bailleur, mais la Turquie y a acquis en quelques années une emprise sans équivalent : sécurité, mer, ports et sous-sol. Le FMI tient le guichet budgétaire, et le Qatar soutient le gouvernement fédéral.
Le Qatar, contrepoids aux Émirats, finance et soutient le gouvernement fédéral ; l'Égypte, en appuyant Mogadiscio contre l'Éthiopie, poursuit aussi sa propre querelle du Nil. Chaque parrain vient avec son agenda, et aucun n'a pour priorité la cohésion de la fédération.
Washington, partenaire sécuritaire historique, frappe plus que jamais : un décompte en sources ouvertes fait état de frappes multipliées par quatre depuis janvier 2025.
Mais il a annoncé le 1er juillet la fin du financement de la logistique onusienne de la force africaine, selon The EastAfrican ; en septembre, il a accepté un retrait progressif sur douze mois à compter de janvier 2027.
La Turquie a aussi formé les unités qui ont repris Baidoa : le protecteur de l'État est devenu un acteur de ses rapports de force internes, ce qui rend la dépendance plus difficile à dénouer qu'une simple aide militaire.
La France pèse peu : troisième créancier bilatéral du Club de Paris, elle suit le dossier depuis son ambassade de Nairobi et finance surtout la filière pastorale et, depuis décembre 2025, un projet de protection du patrimoine du Somaliland doté de 2 millions d'euros.
Le Golfe se dispute la Corne par procuration : les Émirats gèrent le port de Berbera au Somaliland et soutiennent sa séparation, que reconnaît désormais Israël. L'Éthiopie cherche un accès à la mer par le même port.
| Levier | Acteur | Emprise | Ce qu'il contrôle |
|---|---|---|---|
| Sécurité, mer et sous-sol | Turquie | ●●●● | La base de Mogadiscio, la marine, le port, l'aéroport, la pêche et les forages. |
| Budget | FMI et Banque mondiale | ●●●● | Les revues qui conditionnent les décaissements et ont permis l'effacement de la dette. |
| Troupes et accès à la mer | Éthiopie | ●●●● | Environ 10,000 soldats en Somalie, et la convoitise du port de Berbera. |
| Sécurité aérienne | États-Unis | ●●● | Les frappes, la brigade Danab, et le sort de la logistique de la force africaine. |
| Ports et séparatisme | Émirats arabes unis | ●●● | Le port de Berbera et l'appui au Somaliland. |
| Financement politique | Qatar | ●●● | Un soutien constant au gouvernement fédéral, contrepoids aux Émirats. |
| Débouchés du bétail | Arabie saoudite / Oman | ●●● | Les marchés qui absorbent l'essentiel des animaux vivants exportés. |
| Patrimoine et aide | France | ● | Un poids marginal, surtout présent au Somaliland. |
Ce que la géographie impose
Aucun de ces voisins ne partage vraiment les intérêts de Mogadiscio. Chacun arbitre en silence entre soutenir l’État fédéral, ménager le Somaliland ou le Puntland, et protéger ses propres routes et sa part de la pêche régionale.
La concurrence portuaire oppose Berbera à Mogadiscio, et Djibouti aux deux.
Le partage des eaux du fleuve Jubba avec l’Éthiopie et la circulation d’Al-Shabaab à travers des frontières poreuses comptent parmi les frictions que ce voisinage n’a jamais réglées.
Ce qui changerait la donne
Un accord sur le mandat et le calendrier électoral
Un compromis avec l'opposition qui n'aggrave pas la fracture avec le Puntland et le Jubaland montrerait que la fédération peut encore absorber un choc politique.
Le soutien à la force africaine est relayé
Un relais européen, arabe ou africain à la logistique onusienne comblerait le vide ouvert par l'annonce américaine.
Le forage confirme des réserves exploitables
Une découverte commerciale changerait la trajectoire budgétaire, à condition que les termes du contrat évoluent en faveur de la Somalie.
Al-Shabaab reprend une grande ville
La chute d'un centre urbain signerait l'échec de la contre-offensive et rouvrirait la question de la survie de l'État fédéral.
Un deuxième pays reconnaît le Somaliland
Après Israël, une reconnaissance de plus transformerait un précédent isolé en dynamique de fragmentation.
Bab el-Mandeb se ferme au commerce
Un blocage durable du détroit couperait la route du bétail vers les ports saoudiens, principal débouché de l'économie réelle.
À cinq ans · 2026-2031
La fédération recousue
Mogadiscio, le Puntland et le Jubaland reviennent à une table commune, un relais finance la force africaine et le programme du FMI se poursuit.
C'est la condition la moins probable : aucune négociation commune n'a eu lieu depuis la rupture de 2024. Le choc d'Ormuz devrait aussi se révéler passager, et le forage turc tenir ses promesses.
L'État sous perfusion
Le mandat prolongé tient sans accord, les États fédérés restent en rupture, et la force africaine se réduit pendant que la Turquie, les Émirats et l'Égypte comblent une partie du vide, chacun à sa façon.
Al-Shabaab ne prend pas de grande ville mais garde ses positions. C'est la trajectoire qui se réalise si les arbitrages actuels se maintiennent.
Le vide
Le choc pétrolier se prolonge, l'opération contre le Jubaland dégénère en conflit fédéral ouvert, et la fin de la logistique onusienne laisse Al-Shabaab s'approcher de Mogadiscio.
D'autres pays emboîtent le pas d'Israël sur le Somaliland.
Un État tenu par ce qu'il ne contrôle pas
La Somalie n’est plus l’État effondré des années 1990 : elle a un gouvernement reconnu, un budget, une banque centrale, un siège au Conseil de sécurité. Mais chacun de ces attributs repose sur un appui qu’elle ne commande pas.
Le pouvoir fédéral aggrave cette dépendance au lieu de la réduire. Il prolonge son mandat au moment où il aurait besoin de toute la fédération, et réclame le monopole de la force face aux États fédérés tout en le sous-traitant face à Al-Shabaab.
Le premier fait qui démentirait la trajectoire centrale ne serait ni un forage heureux ni un nouveau décaissement du FMI, mais un accord entre Mogadiscio, le Puntland et le Jubaland sur le calendrier électoral.
La Somalie proclame sa souveraineté ; d’autres la paient, la protègent et la patrouillent.
Méthodologie et sources
Ce que le score mesure. Il répond à une seule question : dans quelle mesure le pays peut-il encaisser un choc ? Ni la richesse, ni la croissance, ni la qualité du gouvernement, prises séparément, ne donnent la réponse.
Un pays riche peut avoir un score bas s'il ne tient que par une rente ; un pays moins riche, un score honorable s'il dispose de capacités propres et de dépendances qu'il maîtrise. Une note ne bouge pas sur une impression : il faut un fait daté et vérifiable sur l'un des neuf piliers.
L'échelle, de 1 à 5. De 4,0 à 5,0, solidement ancré : le pays absorbe un choc sans vaciller. De 3,0 à 3,9, résilient sous contrainte. De 2,5 à 2,9, sous tension structurelle : le pays tient par une béquille, et cède si elle cède. De 1,5 à 2,4, fragile et dépendant : la fonction est assurée, mais sans maîtrise des moyens. De 1,0 à 1,4, défaillance critique.
Les notes de pilier. Chaque pilier reçoit une appréciation documentée, posée directement au dixième sur une échelle de cinq : un jugement argumenté, et non le produit d'une formule, sauf pour le pilier IX, dont la note est la moyenne de cinq sous-indicateurs, ramenée à 2,5 au plus dès que deux d'entre eux au moins sont à 2 ou moins. Le calcul du score ne commence qu'ensuite.
Quand une donnée manque. Un pilier qu'aucune source primaire ne documente n'est pas noté, et la fiche le dit. Le total est alors rapporté au poids des piliers réellement notés : une note absente ne compte ni pour ni contre le pays.
Le score perd en couverture, donc en degré de confiance, mais il reste sur la même échelle et avec les mêmes poids que les autres. Au-delà de trois piliers sans note, aucun score n'est calculé. La règle vaut pour les 54 fiches de la série.
Comment on arrive à 1,4. On multiplie chacune des neuf notes par le poids du tableau ci-dessous, et on additionne les résultats : le total brut vaut 1,407.
C'est le seul chiffre de la fiche que l'on arrondit, au dixième le plus proche, ce qui donne 1,4 sur 5. La bande où le pays est rangé se lit sur ce chiffre arrondi, jamais sur le brut. La règle vaut pour les 54 fiches de la série.
Les neuf piliers, et ce que chacun pèse. Ils ne comptent pas à égalité : quatre d'entre eux portent à eux seuls 54 % de la note.
La pondération ne récompense pas le prestige d'un domaine, mais sa capacité à entraîner ou à fragiliser les autres : l'économie, l'industrie, la défense et la gouvernance conditionnent le reste. Elle est la même pour les 54 fiches de la série, ce qui rend les scores comparables entre eux.
| Pilier | Le domaine | Poids dans la note |
|---|---|---|
| I | Économie et finance | 13,5 % |
| II | Industrie et technologie | 13,5 % |
| III | Démographie et capital humain | 9 % |
| IV | Diplomatie, influence et information | 9 % |
| V | Énergie et ressources | 9 % |
| VI | Défense et sécurité | 13,5 % |
| VII | Innovation et savoir | 9 % |
| VIII | Gouvernance et institutions | 13,5 % |
| IX | Autonomie stratégique | 10 % |
Ce que mesure chaque pilier
Posséder du pétrole, une armée nombreuse ou une jeunesse abondante est un potentiel. Les neuf piliers regardent ce que le pays sait en faire, c'est-à-dire la différence entre ce qu'il possède et ce qu'il sait faire de ce qu'il possède.
I · Économie et finance
Ce qui est regardé : la croissance, l'inflation, la dette, les réserves, l'accès au crédit. Pourquoi : un État qui ne peut plus emprunter, payer ses fournisseurs ni honorer ses échéances encaisse mal le premier choc venu.
II · Industrie et technologie
Ce qui est regardé : ce que le pays fabrique, transforme et répare lui-même. Pourquoi : exporter une matière première et importer les machines, c'est laisser la valeur se créer ailleurs. L'industrie transforme une ressource en capacité.
III · Démographie et capital humain
Ce qui est regardé : l'école, la santé, l'accès à l'eau, l'emploi, la structure par âge, le départ des compétences. Pourquoi : une jeunesse nombreuse est une force si elle est formée et employée. Sinon elle devient une pression de plus sur l'État.
IV · Diplomatie, influence et information
Ce qui est regardé : les alliances, les médiations, le poids dans les organisations, l'image du pays et sa capacité à faire circuler une information crédible. Pourquoi : tout ne se règle pas par l'argent ou par les armes. Savoir convaincre, négocier et se faire entendre donne des marges qu'un poids économique ne donne pas.
V · Énergie et ressources
Ce qui est regardé : l'accès à l'électricité, la fiabilité du réseau, la dépendance aux carburants importés, le mix énergétique et la maîtrise des ressources stratégiques. Pourquoi : avoir une ressource et pouvoir s'en servir sont deux choses. Un pays peut produire du pétrole et importer son carburant, avoir des barrages et laisser des provinces sans courant.
VI · Défense et sécurité
Ce qui est regardé : le contrôle réel du territoire, y compris dans le cyberespace, l'état du matériel, la logistique, les dépendances extérieures. Pourquoi : une force qu'on ne peut ni ravitailler ni déployer ne protège pas. On mesure une capacité, pas un inventaire.
VII · Innovation et savoir
Ce qui est regardé : la recherche, les universités, les brevets, la formation, le maintien des talents. Pourquoi : acheter une technologie n'est pas la maîtriser. L'industrie sait produire, l'innovation sait inventer.
VIII · Gouvernance et institutions
Ce qui est regardé : l'efficacité de l'administration, l'état de droit, la corruption, les contre-pouvoirs, la continuité des règles, les inégalités et la cohésion sociale. Pourquoi : des ressources ne deviennent de la robustesse que si un État sait les administrer, si ses décisions survivent à ceux qui les prennent, et si la société qu'il gouverne n'est pas fracturée.
IX · Autonomie stratégique
Ce qui est regardé : d'où viennent les recettes publiques, à qui le pays vend, de qui dépend sa sécurité, combien de mois d'importations ses réserves couvrent, et s'il peut refuser une pression extérieure. Pourquoi : aucun pays n'est indépendant. La question est de savoir si ses dépendances se négocient, ou si elles décident à sa place.
Aucun pilier ne suffit seul, et c'est le principe : une économie solide finance une armée, une industrie réduit les importations, de bonnes institutions transforment une rente passagère en infrastructures. À l'inverse, deux ou trois faiblesses profondes peuvent annuler plusieurs atouts.
La tendance portée par chaque pilier ajoute la seconde information. Elle distingue un pays fragile qui se redresse d'un pays mieux noté qui commence à céder.
Le climat n'est pas un dixième pilier : il agit à travers les autres. Une sécheresse touche d'un coup l'agriculture, l'électricité, les comptes publics et la santé.
SAPERE ne demande donc pas « quel pays est le plus puissant ? », mais : si quelque chose se dérègle demain, qu'est-ce qui continue de fonctionner, qu'est-ce qui cède, et de quoi le pays dépend-il pour tenir ?
Les points d'attention assumés : la Somalie ne publie pas de statistiques commerciales par pays, et les tableaux reposent sur les déclarations de ses partenaires ; aucun recensement n'a eu lieu depuis 1975 ; la part du territoire tenue par Al-Shabaab repose sur des estimations.
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La Somalie a gagné, en décembre 2023, ce qu’aucune bataille n’aurait pu lui offrir : l’effacement de 4,5 milliards de dollars de dette extérieure au point d’achèvement de l’Initiative PPTE. Mais ce répit budgétaire n’a pas résisté à 2026. Dès mars, dans les jours qui ont suivi les perturbations du trafic à Ormuz, les prix du carburant ont bondi de 77 % en 72 heures à Mogadiscio, de 0,65 à 1,15 dollar le litre d’essence selon des médias somaliens, et les denrées alimentaires de 20 % en un mois, pendant que le budget régional du Programme alimentaire mondial, amputé d’un tiers, réduisait l’aide disponible dans un pays où 6,5 millions de personnes, près d’un habitant sur trois, sont désormais en insécurité alimentaire aiguë. Le revenu national dépasse le PIB de plus de 6 milliards de dollars, presque entièrement grâce à l’aide internationale et aux transferts d’une diaspora mondiale qui envoie chaque année environ 2 milliards de dollars : c’est elle, davantage que l’État, qui amortit le choc.
Pendant que l’économie encaissait, le pouvoir fédéral se retournait contre ses propres membres. Le 18 mars 2025, Al-Shabaab avait tenté d’assassiner le président Hassan Sheikh Mohamud ; il en a réchappé, mais dix personnes sont mortes. Fin mars puis début avril 2026, ce sont des unités fédérales, formées par la Turquie et appuyées par l’Égypte, qui ont pris le contrôle de Baidoa au terme d’une confrontation avec les autorités du South West State, provoquant la fuite de son président régional : le conflit fédéral est passé du désaccord institutionnel à l’épreuve de force armée. Le gouvernement prépare une opération similaire contre le Jubaland. Le 1er juillet 2026, Washington a annoncé qu’il cesserait, après le 31 décembre, de financer le soutien logistique de l’ONU à la mission de l’Union africaine, en invoquant des résultats jugés insuffisants contre Al-Shabaab, qui tient ou dispute de larges zones rurales du centre et du sud. Le 18 septembre, il a accepté que ce retrait s’étale sur douze mois à compter de janvier 2027. La résurgence, distincte, de la piraterie dans l’océan Indien rappelle par ailleurs que l’incapacité de l’État à sécuriser son espace maritime n’a, elle non plus, jamais vraiment disparu.
Le fil qui relie ces épisodes est la dépendance à un patronage extérieur devenu plus intrusif que jamais : la Turquie protège les eaux somaliennes, gère le port et l’aéroport de la capitale, frappe directement Al-Shabaab et a formé les unités qui ont repris Baidoa à un État fédéré. La Somalie a regagné une marge budgétaire en 2023 au moment précis où s’aggravaient une perte de contrôle territorial et des fractures fédérales bien antérieures à cette date, et où s’ajoutait désormais une nouvelle vulnérabilité : son autonomie économique face aux chocs venus d’ailleurs. Au fond, le système somalien ne tient pas sur des capacités que l’État aurait bâties lui-même : il tient sur quatre appuis qu’il ne contrôle pas. La diaspora fait vivre les ménages ; les bailleurs et le FMI financent le budget et ont effacé l’ancienne dette ; la Turquie forme l’armée et protège les eaux ; la mission de l’Union africaine tient une partie du terrain. Autour d’eux, la société a bâti ses propres capacités privées, télécoms, argent mobile, transferts, commerce du bétail, qui protègent les ménages sans remplacer ni l’impôt, ni la sécurité, ni la souveraineté publique. Le jour où l’un de ces appuis vacille, comme l’a montré l’annonce américaine de juillet 2026, l’État découvre qu’il n’a rien en propre pour compenser.
Mogadiscio siège au Conseil de sécurité de l’ONU pour 2025-2026. Le 23 décembre 2025, la résolution 2809, qui renouvelle le mandat de la mission de l’Union africaine, y a réaffirmé comme à l’accoutumée sa souveraineté et son intégrité territoriale ; trois jours plus tard, Israël reconnaissait le Somaliland. Le gouvernement fédéral revendique un contrôle plein et entier sur son territoire et ses eaux.
Mais cette souveraineté proclamée tient à des béquilles étrangères : une marine turque protège les eaux somaliennes que l’État ne peut surveiller seul, des soldats ougandais, éthiopiens, djiboutiens et kényans tiennent des positions que l’armée nationale ne tient pas encore, et un fonds militaire turc encaisse une part des redevances de pêche prélevées dans la zone économique exclusive du pays. Le président qui affirme n’avoir utilisé « pas un seul shilling étranger » pour financer les élections de 2026 dépend, pour les tenir, de troupes qu’aucun shilling somalien ne finance.
| Pays | Produits | Montant | Poids |
|---|---|---|---|
| Émirats arabes unis | Or | ~360 M$ | ~37,4 % |
| Arabie saoudite | Bétail vivant, ovins, caprins | ~283 M$ | ~29,4 % |
| Oman | Bétail vivant, bovins | ~180 M$ | ~18,8 % |
| Inde | Oléagineux, ferraille | ~31 M$ | ~3,2 % |
| Macao | Non détaillé | ~20 M$ | ~2,1 % |
| Pays | Produits | Montant | Poids |
|---|---|---|---|
| Émirats arabes unis | Tabac, équipements de diffusion, lait | ~1,52 Md $ | ~29,4 % |
| Chine | Machines, électronique, textiles | ~1,01 Md $ | ~19,6 % |
| Inde | Denrées, véhicules | ~780 M$ | ~15,1 % |
| Turquie | Pâtes, farine, fer | ~424 M$ | ~8,2 % |
| Oman | Produits laitiers, farine, ciment | ~257 M$ | ~5,0 % |
I · Économie et finance
II · Industrie et technologie
III · Démographie et capital humain
IV · Diplomatie, influence et information
V · Énergie et ressources
VI · Défense et sécurité
VII · Innovation et savoir
VIII · Gouvernance et institutions
IX · Autonomie stratégique
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