SAPERE · Les Forces et les Failles · Mauritanie · 2026-09-15
SAPERE · Les Forces et les FaillesMauritanie · données arrêtées au 13 septembre 2026, révisé le 15 septembre 2026 · tendance depuis 2020
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Mauritanie

Profil géopolitique

La Mauritanie sécurise mieux son désert qu'elle ne partage sa richesse, et la frontière qu'elle tenait seule commence à bouger.

2,6/5Sous tension structurelle→ consolidation qui s'essouffle

5,3 millions d'habitants. Aucune attaque terroriste recensée depuis le 20 décembre 2011, dans un Sahel où le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont basculé sous junte. Le pays exporte du gaz depuis avril 2025 et a vu sa dette publique retomber à 40,7 % du produit intérieur brut.

Mais l'inflation est remontée à 8,5 % en juillet 2026, sept civils mauritaniens ont été tués côté malien au premier trimestre, et le pays a perdu vingt-huit places au classement mondial de la liberté de la presse en deux éditions.

La situation
Un pays plus respecté qu'il n'est riche

Près de quinze ans sans attentat, une présidence de l'Union africaine en 2024, un nouveau programme du Fonds monétaire international ouvert en juin 2026. Pour un produit intérieur brut de 11,7 milliards de dollars, celui d'une ville moyenne des pays riches.

La trajectoire
Trois piliers montent, deux reculent

L'économie, l'industrie extractive et l'énergie progressent depuis 2020. La défense et la gouvernance reculent, pour la première fois : la frontière malienne n'est plus inviolable, et la liberté de la presse s'est effondrée.

La faille décisive
Une rente qui ne se partage pas

58,4 % de la population vit en pauvreté multidimensionnelle selon la dernière mesure disponible, fondée sur l'enquête de 2019-2021, un Mauritanien sur deux n'a pas l'électricité, et l'esclavage héréditaire n'a donné lieu à aucune poursuite sur la dernière période de référence américaine.

Ce qui entre, ce qui sort, et par où

Un sous-sol qui part vers l'Asie et l'Europe, une frontière qui reçoit ce que le Sahel ne retient plus.
Mauritanie 5,3 M habitants Chine ↑ premier client : fer et or ↓ premier fournisseur : machines et équipements BP et Kosmos Energy calendrier du gaz : BP, Kosmos, et Dakar Union européenne accord de pêche et enveloppe migratoire Golfe premiers investisseurs : ports, immobilier, électricité Mali plus de 300,000 réfugiés, et une frontière qui bouge Gaz exporté brut, fer en minerai, or en lingots
Schéma des dépendances : positions et distances non proportionnelles. Seul le lien chinois est réciproque : la Mauritanie lui vend son sous-sol et lui achète ses machines. Les trois autres flèches entrent, et celle du Mali est la seule que le pays subit sans contrepartie.

Ce qui décrit le modèle

Quatre repères de comparaison mondiale, trois chiffres qui racontent la Mauritanie elle-même.
PIB nominal
~11,7 Mds $
2025 · environ 150e rang mondial · le produit intérieur brut d'une agglomération moyenne des pays riches
PIB par habitant
~2,198 $
2025 · pays classé parmi les moins avancés · 58,4 % de la population en pauvreté multidimensionnelle
Exportations · poids mondial
~0,02 %
4,3 Mds $ en 2025, en hausse de 12,3 % · or, fer, pêche, et gaz depuis avril 2025
Déficit commercial
23 M $
2025 · contre 497 M $ un an plus tôt · déficit courant ramené de 9,4 à 3,4 % du PIB
Recettes gazières de l'État
~32 M $
2025 · sur 237 M $ de gaz exporté · les trois quarts des revenus bruts partent en recouvrement des coûts
Réfugiés accueillis
plus de 300,000
mai 2026, estimation incluant les non-enregistrés · Haut-Commissariat pour les réfugiés · dont près de 120,000 au camp de Mbera, le reste dans plus de soixante-dix villages du Hodh Ech Chargui · 189,881 enregistrés au 31 août 2026, dont 98,2 % de Maliens
Attentats recensés
0
depuis le 20 décembre 2011 · quinzième année consécutive · indice mondial du terrorisme à zéro en 2024 comme en 2025

Où le pays tient, où il cède

Chaque pilier est noté sur cinq, puis pondéré selon son poids dans la grille SAPERE 2.2.
IÉconomie et financeRésilient sous contrainte↗La dette recule et le Fonds monétaire international a rouvert un programme ; l'inflation, elle, est repartie.
Ce qui tient
La dette publique est retombée à 40,7 % du produit intérieur brut en 2025, contre 49 % en 2023, et le déficit commercial de 497 à 23 millions de dollars en un an.
Le conseil du Fonds monétaire international a approuvé le 24 juin 2026 deux nouveaux accords de quarante-deux mois, et les exportations ont progressé de 12,3 % en 2025.
Ce qui fragilise
L'inflation est remontée à 8,5 % en juillet 2026 contre 1,6 % en moyenne sur 2025, et tenir le prix du carburant a coûté 13 % du budget national en un trimestre.
Les réserves de change sont projetées en baisse pour 2026, de 5,9 à 5,5 mois d'importations, le Fonds monétaire international imputant ce recul aux pressions de balance des paiements liées au conflit au Moyen-Orient.
IIIndustrie et technologieFragile et dépendant↗Le pays extrait et expédie ; il ne transforme presque rien.
Ce qui tient
La SNIM a vendu 14,7 millions de tonnes de minerai de fer en 2025 et vise 15,5 millions en 2026.
Le gaz de Grand Tortue Ahmeyim tourne au-dessus de sa capacité nominale depuis 2025, et une concession de vingt-cinq ans a été signée pour une centrale à gaz de 230 mégawatts à N'Diago.
Ce qui fragilise
Le gaz s'exporte à l'état brut, le fer en minerai, l'or en lingots : aucune filière locale ne capte la valeur, et la SNIM a vu son résultat net reculer de 24 % en 2025.
Le mégaprojet d'hydrogène vert AMAN, quarante milliards de dollars annoncés, est en pause depuis juin 2025 faute d'acheteurs ; aucun projet d'hydrogène à l'échelle du gigawatt n'a atteint sa décision d'investissement en Afrique.
IIIDémographie et capital humainFragile et dépendant→Une population jeune, une pauvreté qui ne recule pas, et trois cent mille réfugiés à nourrir.
Ce qui tient
Le recensement de 2023 a établi la population à 4,93 millions d'habitants : une croissance de 2,8 % par an, mais sur une base plus étroite qu'on ne le disait.
Le pays accueille les réfugiés maliens sans les refouler, et cette continuité d'accueil lui vaut un crédit réel auprès des agences onusiennes et des bailleurs européens.
Ce qui fragilise
305,000 réfugiés et demandeurs d'asile vivent en Mauritanie, dont 120,227 au seul camp de Mbera, dans une région où 78 % des habitants sont en pauvreté multidimensionnelle.
58,4 % de la population vit en pauvreté multidimensionnelle selon le Programme des Nations unies pour le développement, soit quarante-huit points de plus que la pauvreté monétaire mesurée.
La route atlantique vers les Canaries se mesure aussi : huit pirogues interceptées et 1,076 migrants secourus au large des côtes en dix jours à partir du 28 mai 2026, et au moins 1,214 morts sur cette route en 2025 selon l'Organisation internationale pour les migrations. Le pays est devenu le laboratoire de l'externalisation européenne.
IVDiplomatie, influence et informationRésilient sous contrainte→Le crédit de 2024 ne se renouvelle pas, et la parole intérieure se referme.
Ce qui tient
La présidence de l'Union africaine en 2024 et le rôle de médiateur entre Rabat et Alger ont donné à Nouakchott une stature sans rapport avec la taille de son économie.
Le ministre de la Défense a entrepris en juin 2026 une tournée à Bamako, Niamey, Ouagadougou et N'Djamena pour rouvrir une coopération sécuritaire régionale après la dissolution du G5 Sahel.
Ce qui fragilise
Le pays est passé du 33e au 61e rang au classement mondial de la liberté de la presse entre 2024 et 2026 : il était le premier pays africain et arabe, il ne l'est plus.
Aucun nouveau mandat continental n'a pris le relais de 2024, et le capital diplomatique repose sur la personne du président plus que sur une base économique ou institutionnelle.
VÉnergie et ressourcesFragile et dépendant↗Exportatrice de gaz sans être devenue une économie gazière.
Ce qui tient
Trente-sept cargaisons de gaz liquéfié ont été exportées depuis avril 2025, et Kosmos Energy annonce trente-deux à trente-six cargaisons pour la seule année 2026, soit un doublement.
L'accès à l'électricité est monté à 52,2 % en 2024, et la première centrale hybride en producteur indépendant, soixante mégawatts pour trois cents millions de dollars, doit entrer en service en septembre 2026.
Ce qui fragilise
Les exportations de gaz n'ont rapporté que 237 millions de dollars en 2025, dont environ 32 sont revenus à l'État : les trois quarts partent en recouvrement des coûts.
Ni la phase 2 ni la phase 3 du champ n'ont fait l'objet d'une décision d'investissement, remplacées par une « phase 1+ » tournée vers le marché intérieur.
VIDéfense et sécuritéRésilient sous contrainte↘Quinze ans sans attentat, mais une frontière que l'armée du voisin traverse.
Ce qui tient
Aucune attaque terroriste n'a été recensée sur le sol mauritanien depuis le 20 décembre 2011 : le score de l'indice mondial du terrorisme est nul en 2024 comme en 2025, dans un Sahel qui s'enfonce.
C'est aussi le seul pays de l'ancien G5 Sahel à n'avoir connu aucun coup d'État depuis 2008, et la Défense et l'Intérieur mobilisent ensemble environ 17 % du budget de l'État en 2026.
Ce qui fragilise
Sept civils mauritaniens ont été tués côté malien en février et mars 2026, l'armée malienne et l'Africa Corps russe étant mis en cause, et des soldats maliens sont entrés dans des villages autour de Gogui.
Les dépenses militaires mesurées par le SIPRI sont de 2,16 % du produit intérieur brut : l'exception tient à une doctrine et à un maillage, non à des moyens.
VIIInnovation et savoirFragile et dépendant→Ni recherche, ni écosystème, ni relais pour une jeunesse nombreuse.
Ce qui tient
Le retour du gaz et l'arrivée d'opérateurs internationaux forment un vivier de formation technique que le pays n'avait pas il y a dix ans.
Le Collège de défense de Nouakchott, qui a formé deux cent quarante-sept officiers depuis 2018, montre qu'une filière de compétences peut se construire quand l'État en fait une priorité.
Ce qui fragilise
Le pays est 131e sur 139 économies à l'indice mondial de l'innovation en 2025, contre 126e sur 133 l'année précédente : il recule à mesure que le classement s'élargit.
Il n'existe pas d'écosystème de recherche ni de capital-risque capable d'absorber une génération dont plus de la moitié vit en pauvreté multidimensionnelle.
VIIIGouvernance et institutionsFragile et dépendant↘Les textes existent, les poursuites manquent, et la critique se paie en années de prison.
Ce qui tient
Un tribunal spécial de lutte contre l'esclavage, la traite et le trafic de migrants a été créé en février 2025, avec un procureur dédié et un juge d'instruction.
L'ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz a été condamné en appel à quinze ans de prison pour corruption en mai 2025, une sanction rare dans la région.
Ce qui fragilise
Aucune poursuite ni condamnation pour esclavage héréditaire n'a été signalée sur la dernière période de référence du département d'État américain, contre neuf l'année précédente, et des responsables locaux en nient l'existence.
Deux députées d'opposition ont été condamnées à quatre ans de prison en mai 2026 pour avoir dénoncé une discrimination raciale de la justice ; Freedom House la note à 38 sur 100, et l'indice de perception de la corruption stagne à 30 sur 100.
IXAutonomie stratégiqueSous tension structurelle→Une diplomatie d'équilibre réelle, adossée à une économie que d'autres financent.
Ce qui tient
Nouakchott arbitre entre Rabat et Alger sans trancher, n'accueille aucune base militaire étrangère et a diversifié ses partenaires entre la Chine, le Golfe, l'Europe et la Turquie.
Les réserves couvrent près de six mois d'importations, et aucun client ne dépasse un cinquième des exportations : la concentration ne joue pas sur la destination.
Ce qui fragilise
Recettes publiques adossées aux industries extractives, ventes à l'étranger limitées au fer, à l'or et à la pêche : deux sous-indicateurs à 2 plafonnent le pilier à 2,5.
Le stock d'investissements étrangers équivaut à 63,6 % du produit intérieur brut, et le calendrier du gaz comme celui des mines se décide à Londres, à Houston et à Toronto.
Comprendre l'échelle de robustesse, du plus solide au plus fragile
  1. Solidement ancré4,0 à 5,0 · Capacités prouvées sur la durée. Le pays absorbe les chocs sans risque de basculement.
  2. Résilient sous contrainte3,0 à 3,9 · Forces et faiblesses en tension, mais le système tient par ses propres moyens.
  3. Sous tension structurelle2,5 à 2,9 · Le pilier tient grâce à une béquille : une rente, un partenaire, un corridor. Il cède si elle cède.
  4. Fragile et dépendant1,5 à 2,4 · Vulnérabilité profonde. La fonction est assurée, mais sans maîtrise réelle des moyens.
  5. Défaillance critique1,0 à 1,4 · Risque d'effondrement de la fonction. Autorité ou capacité contestée sur l'essentiel.

L'échelle mesure la capacité à encaisser un choc, pas la richesse ni le potentiel. Le niveau de chaque pilier découle mécaniquement de son évaluation sur cinq points, selon les bornes ci-dessus.

Trois appuis, trois fractures

Ce que le pays peut opposer à un choc, et ce qui cède en premier.
Ce qui tient
FORCE 01

L'exception sécuritaire de l'ancien G5 Sahel

Aucune attaque terroriste recensée depuis le 20 décembre 2011, quinzième année consécutive. Le pays est aussi le seul de l'ancien G5 Sahel à n'avoir connu aucun coup d'État depuis 2008, quand le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont chacun basculé sous junte entre 2020 et 2023.

Cette exception ne tient pas à des moyens : les dépenses militaires plafonnent à 260 millions de dollars, 2,16 % du produit intérieur brut. Elle tient à une réforme militaire engagée après 2011, à un maillage territorial du Hodh, et à une contre-offensive théologique menée par les oulémas contre le discours jihadiste.

FORCE 02

Le médiateur que Rabat et Alger acceptent tous les deux

La Mauritanie arbitre entre les deux puissances maghrébines sans trancher, et c'est précisément cette neutralité qui a contribué à en faire un candidat de compromis pour la présidence tournante de l'Union africaine en 2024. Elle a aussi médié dans les crises du Soudan et des Grands Lacs.

Un prestige religieux ancien complète cette position : les écoles coraniques de Chinguitti fournissent des prédicateurs reconnus jusque dans les cours du Golfe. Ce crédit-là ne s'achète pas, mais il ne se transmet pas non plus : il repose sur la personne du président plus que sur une institution.

FORCE 03

Une dette qui a reculé quand celle des voisins montait

La dette publique est retombée à 40,7 % du produit intérieur brut en 2025, contre 49 % en 2023, et le risque de surendettement reste jugé modéré par le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, après avoir été classé élevé jusqu'en 2022.

Le déficit commercial a été ramené de 497 à 23 millions de dollars en un an, et le conseil du Fonds a approuvé le 24 juin 2026 deux nouveaux accords de quarante-deux mois. C'est le seul pilier où la Mauritanie fait mieux que la moyenne de son voisinage.

Ce qui freine
FAILLE 01

Une économie qui n'a pas quitté la mine

Le fer, l'or et la pêche forment l'essentiel des ventes à l'étranger, et depuis 2024 l'or est passé devant le fer. La SNIM, deuxième employeur du pays, pèse 6 % du produit intérieur brut et 27 % des exportations, avec un résultat net en recul de 24 % en 2025.

Le gaz n'a rien changé à la structure : il s'exporte brut, comme le minerai. Une seule concession, celle de Kinross à Tasiast, a fourni 37,1 % des recettes extractives de l'État en 2024. La martingale tient sur un nombre de piliers extrêmement réduit.

FAILLE 02

L'esclavage que la loi ne suffit pas à effacer

L'esclavage héréditaire, qualifié de crime contre l'humanité par la loi de 2015, continue de toucher la communauté haratine. Un tribunal spécial a été créé en février 2025, avec un procureur dédié.

Mais sur la dernière période de référence du département d'État américain, aucune poursuite ni condamnation pour esclavage héréditaire n'a été signalée, contre neuf l'année précédente.

Des policiers et des magistrats refusent d'enquêter, des affaires se règlent par médiation sociale pourtant interdite, et des responsables locaux nient l'existence du phénomène. Il n'existe aucun recensement officiel : la dernière estimation indépendante, celle de 2023, plaçait le pays au troisième rang mondial pour la prévalence.

FAILLE 03

La moitié du pays reste dans le noir

52,2 % des Mauritaniens avaient accès à l'électricité en 2024, contre 50,3 % l'année précédente : au rythme actuel, l'objectif d'accès universel pour 2030 suppose de doubler la cadence. L'accès rural demeure très inférieur à la moyenne nationale.

Le contraste avec les annonces est saisissant. Le mégaprojet d'hydrogène vert AMAN, quarante milliards de dollars et trente gigawatts annoncés en 2021, est en pause depuis juin 2025 faute d'acheteurs, et aucun chantier n'a démarré sur les 850,000 hectares concédés. Ce qui avance, ce sont soixante mégawatts hybrides pour trois cents millions de dollars.

Qui tient le pays, du dedans et du dehors

Un ancien chef d'état-major à la présidence, et des dépendances réparties entre assez d'acteurs pour qu'aucun ne tienne tout.

À l'intérieur

Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, réélu en juin 2024, s'appuie sur une majorité parlementaire écrasante, 107 sièges sur 176 pour le parti El Insaf. Ancien chef d'état-major et artisan de la reprise en main sécuritaire de 2011, il concentre la décision à la présidence et dans l'appareil militaire.

Le haut commandement reste très homogène : en 2019, sur trente-quatre généraux, deux seulement étaient haratines et aucun négro-mauritanien. Cette composition prolonge la fracture des années 1989-1991, quand l'armée a déporté des dizaines de milliers de Négro-Mauritaniens vers le Sénégal et le Mali.

Décision rapideLa sécurité et la diplomatie : une tournée ministérielle dans les capitales sahéliennes a été montée en quelques jours en juin 2026 pour rouvrir une coopération régionale.
Décision lenteL'électrification, l'éducation et la lutte contre l'esclavage, où les textes précèdent largement l'application : la loi de 2015 a onze ans, le tribunal spécial un an et demi, les poursuites manquent toujours.
Test du systèmeLe dialogue national, bloqué depuis juin 2026 sur un seul point : la majorité veut inscrire la question du mandat présidentiel à l'ordre du jour, l'opposition refuse. Ghazouani est dans son second et dernier mandat.

À l'extérieur

Nouakchott ne dépend d'aucun bailleur unique : la Chine pour le commerce, le Golfe pour l'investissement, l'Union européenne pour la pêche et les migrations, les majors anglo-américaines pour le gaz. Le pays n'accueille aucune base militaire étrangère, ce qui le distingue de la plupart de ses partenaires régionaux.

Cet équilibre est devenu instable en 2026. La frontière malienne, longtemps la garantie de l'exception mauritanienne, est traversée par l'armée du voisin et ses auxiliaires russes ; Nouakchott parle de ligne rouge et choisit le confinement plutôt que l'escalade.

De quoi dépend la Mauritanie ?D'un sous-sol dont les cours se fixent ailleurs, d'un gaz dont le calendrier se décide chez ses opérateurs et à Dakar, d'un accord de pêche européen qui expire le 14 novembre 2026, et d'un voisin malien qu'elle ne contrôle pas.
Quelles alternatives ?Limitées et lentes : la phase 2 du gaz n'a pas de décision d'investissement, l'hydrogène vert est en pause, l'uranium de Tiris attend la sienne, et la transformation locale n'a jamais démarré.
Choc externe actifLe Brent au-dessus de 100 dollars depuis le 9 septembre 2026. Le pays exporte du gaz mais reste importateur net d'énergie : dix-sept milliards d'ouguiyas de subventions en trois mois, soit 13 % du budget national.
Ce que Nouakchott peut opposerPrès de quinze ans sans attentat dans un Sahel qui s'effondre, une neutralité maghrébine que Rabat comme Alger acceptent, une dette publique à 40,7 % du produit intérieur brut, et près de six mois de réserves d'importations.
LevierActeurEmpriseCe qu'il contrôle
Débouché et fournitureChine●●●●Premier client pour le minerai de fer et l'or, premier fournisseur en machines et équipements, présente dans les infrastructures, le port et la pêche : le seul lien qui joue dans les deux sens.
Équilibre diplomatiqueMaroc / Algérie●●●●La neutralité mauritanienne entre les deux rivaux est sa principale ressource diplomatique ; toute rupture de cet équilibre effacerait sa capacité de médiation, et avec elle la stature acquise en 2024.
InvestissementGolfe●●●Premiers investisseurs étrangers recensés par l'agence nationale : ports, immobilier, financements souverains, et depuis 2026 une concession électrique saoudienne de vingt-cinq ans à N'Diago.
Pêche et migrationsUnion européenne●●●Un accord de pêche à 60,8 millions d'euros par an qui expire le 14 novembre 2026, une enveloppe migratoire de 210 millions annoncée en 2024, et une conditionnalité sur les droits humains.
Production gazièreBP / Kosmos Energy●●●Opérateurs de Grand Tortue Ahmeyim, partagé à parts égales avec le Sénégal. Le calendrier des phases suivantes, et le rythme de recouvrement des coûts qui retient l'essentiel des revenus, se décident hors de Nouakchott.
Défense et formationFrance●●●Ancienne puissance coloniale, partenaire du Collège de défense de Nouakchott où 247 officiers ont été formés depuis 2018, cinquième fournisseur du pays, mais en recul relatif face au Golfe, à la Chine et à la Turquie.
Accès au marché américainÉtats-Unis●●Partenaire sécuritaire et arbitre de l'éligibilité à l'AGOA, retrouvée en janvier 2024 après six ans de suspension liée à l'esclavage, et réautorisée seulement jusqu'au 31 décembre 2026.
Les points mesurent l'emprise, c'est-à-dire l'intensité globale du lien : poids commercial, dépendance technologique, exposition financière et levier politique combinés, et non le seul volume des échanges.

Ce que la géographie impose

Un million de kilomètres carrés pour cinq millions d'habitants, entre un Maghreb divisé et un Sahel qui s'effondre.
Sahara occidental Territoire non autonome au sens des Nations unies, au nord. Algérie Un point de contact au nord-est, sur le tracé saharien. Mali 2,200 km de frontière, traversée par les forces maliennes en 2026. Sénégal Le fleuve frontière, et le champ gazier partagé à parts égales. MAURITANIE SAHARA OCCIDENTAL ALGÉRIE MALI SÉNÉGAL
Le Sahara occidental est figuré dans la teinte des voisins, et non dans celle du Maroc : l'Organisation des Nations unies le classe territoire non autonome, et son statut final n'est pas tranché.
Mali2,200 kilomètres de frontière, et la source du risque le plus immédiat. La menace n'est plus seulement jihadiste : l'armée du voisin et ses auxiliaires russes ont traversé en 2026.
SénégalLe fleuve frontière, l'organisation qui en gère les eaux, et le champ gazier partagé à parts égales depuis 2018. La relation est apaisée, mais Dakar s'impatiente du retard pris par les phases suivantes.
Maroc et AlgérieNouakchott arbitre entre les deux rivaux sans trancher, et c'est cette neutralité qui en a fait un candidat de compromis pour l'Union africaine en 2024. Le seul passage routier vers le Maroc traverse le Sahara occidental.
Alliance des États du SahelVoisinage recomposé par le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la CEDEAO. Nouakchott, sortie de la CEDEAO dès 1999, a rouvert un canal sécuritaire avec les trois capitales en juin 2026.

Ce qui changerait la donne

Les événements qui, s'ils se produisaient, feraient bouger le diagnostic, dans un sens ou dans l'autre.
⚑

Un incident frontalier dégénère avec Bamako

Sept civils tués en deux mois, des troupes maliennes dans des villages mauritaniens : la séquence de 2026 s'est arrêtée au confinement. Un accrochage direct entre les deux armées changerait la nature du problème.

🜂

La phase 2 du gaz obtient sa décision d'investissement

Attendue en 2026, elle n'est pas venue. Sans elle, la rente gazière reste à 237 millions de dollars d'exportations dont 32 reviennent à l'État.

UE

L'accord de pêche est renouvelé avant le 14 novembre

Le protocole en vigueur, 60,8 millions d'euros par an, expire à cette date, et le quatrième cycle de négociation s'est achevé en juin 2026 sans signature.

§

Une condamnation pour esclavage héréditaire est prononcée

Le tribunal spécial existe depuis février 2025 et n'a produit aucune poursuite pour esclavage héréditaire sur la dernière période de référence, contre neuf l'année précédente. Une condamnation dirait que l'instrument fonctionne.

%

L'accès à l'électricité franchit 65 %

Il est à 52,2 % en 2024, avec environ deux points gagnés par an. L'objectif d'accès universel pour 2030 suppose de doubler la cadence.

AGOA

L'accès au marché américain est prolongé au-delà de décembre

L'éligibilité a été retrouvée en janvier 2024 après six ans de suspension liée à l'esclavage, mais le dispositif lui-même n'est réautorisé que jusqu'au 31 décembre 2026.

À cinq ans · 2026-2031

Trois chemins, dont un qui ne demande aucune décision pour se réaliser.
Trajectoire favorable

La rente finit par se partager

La phase 2 du gaz obtient sa décision d'investissement, l'électrification dépasse 65 %, et le tribunal spécial produit ses premières condamnations. Ce chemin suppose que l'État transforme une rente extractive en dépense sociale, ce qu'il n'a jamais fait sur le fer ni sur l'or.

Trajectoire centrale

Le pays tient, et la rente reste en haut

Le gaz produit sans changer d'échelle, la dette reste maîtrisée sous programme du Fonds monétaire international, l'exception sécuritaire tient au prix de tensions frontalières que Nouakchott absorbe sans riposter. La pauvreté ne recule pas, l'électrification gagne deux points par an : le pays reste plus respecté qu'il n'est riche.

Trajectoire défavorable

La frontière cède, ou la rente décroche

Un choc sur les cours du fer ou de l'or fragilise les finances publiques avant que le gaz ne prenne le relais, pendant que le JNIM, désormais implanté à Kayes, franchit une frontière que l'armée du voisin traverse déjà. Aucun de ces éléments pris seul n'y conduirait ; c'est leur simultanéité qui fait le scénario.

Méthodologie et sources

Ce que le score mesure. Il répond à une seule question : dans quelle mesure le pays peut-il encaisser un choc ? Ni la richesse, ni la croissance, ni la qualité du gouvernement, prises séparément, ne donnent la réponse.

Un pays riche peut avoir un score bas s'il ne tient que par une rente ; un pays moins riche, un score honorable s'il dispose de capacités propres et de dépendances qu'il maîtrise. Une note ne bouge pas sur une impression : il faut un fait daté et vérifiable sur l'un des neuf piliers.

L'échelle, de 1 à 5. De 4,0 à 5,0, solidement ancré : le pays absorbe un choc sans vaciller. De 3,0 à 3,9, résilient sous contrainte. De 2,5 à 2,9, sous tension structurelle : le pays tient par une béquille, et cède si elle cède. De 1,5 à 2,4, fragile et dépendant : la fonction est assurée, mais sans maîtrise des moyens. De 1,0 à 1,4, défaillance critique.

Comment on arrive à 2,6. Chaque pilier reçoit une appréciation documentée, posée directement au dixième sur une échelle de cinq : un jugement argumenté, et non le produit d'une formule. Le calcul ne commence qu'ensuite. On multiplie chaque note par le poids du tableau ci-dessous, et on additionne les neuf résultats : le total brut vaut 2,5900.

C'est le seul chiffre de la fiche que l'on arrondit, au dixième le plus proche, ce qui donne 2,6 sur 5. La bande où le pays est rangé se lit sur ce chiffre arrondi, jamais sur le brut : c'est pourquoi deux fiches aux totaux très proches peuvent tomber de part et d'autre d'un seuil. La règle vaut pour les 54 fiches de la série.

Les neuf piliers, et ce que chacun pèse. Ils ne comptent pas à égalité : quatre d'entre eux portent à eux seuls 54 % de la note. La pondération ne récompense pas le prestige d'un domaine, mais sa capacité à entraîner ou à fragiliser les autres : l'économie, l'industrie, la défense et la gouvernance conditionnent le reste. Elle est la même pour les 54 fiches de la série, ce qui rend les scores comparables entre eux.

PilierLe domainePoids dans la note
IÉconomie et finance13,5 %
IIIndustrie et technologie13,5 %
IIIDémographie et capital humain9 %
IVDiplomatie, influence et information9 %
VÉnergie et ressources9 %
VIDéfense et sécurité13,5 %
VIIInnovation et savoir9 %
VIIIGouvernance et institutions13,5 %
IXAutonomie stratégique10 %

Ce que mesure chaque pilier

Posséder du pétrole, une armée nombreuse ou une jeunesse abondante est un potentiel. Les neuf piliers regardent ce que le pays sait en faire, c'est-à-dire la différence entre ce qu'il possède et ce qu'il sait faire de ce qu'il possède.

I · Économie et finance

Ce qui est regardé : la croissance, l'inflation, la dette, les réserves, l'accès au crédit. Pourquoi : un État qui ne peut plus emprunter, payer ses fournisseurs ni honorer ses échéances encaisse mal le premier choc venu.

II · Industrie et technologie

Ce qui est regardé : ce que le pays fabrique, transforme et répare lui-même. Pourquoi : exporter une matière première et importer les machines, c'est laisser la valeur se créer ailleurs. L'industrie transforme une ressource en capacité.

III · Démographie et capital humain

Ce qui est regardé : l'école, la santé, l'accès à l'eau, l'emploi, la structure par âge, le départ des compétences. Pourquoi : une jeunesse nombreuse est une force si elle est formée et employée. Sinon elle devient une pression de plus sur l'État.

IV · Diplomatie, influence et information

Ce qui est regardé : les alliances, les médiations, le poids dans les organisations, l'image du pays et sa capacité à faire circuler une information crédible. Pourquoi : tout ne se règle pas par l'argent ou par les armes. Savoir convaincre, négocier et se faire entendre donne des marges qu'un poids économique ne donne pas.

V · Énergie et ressources

Ce qui est regardé : l'accès à l'électricité, la fiabilité du réseau, la dépendance aux carburants importés, le mix énergétique et la maîtrise des ressources stratégiques. Pourquoi : avoir une ressource et pouvoir s'en servir sont deux choses. Un pays peut produire du pétrole et importer son carburant, avoir des barrages et laisser des provinces sans courant.

VI · Défense et sécurité

Ce qui est regardé : le contrôle réel du territoire, y compris dans le cyberespace, l'état du matériel, la logistique, les dépendances extérieures. Pourquoi : une force qu'on ne peut ni ravitailler ni déployer ne protège pas. On mesure une capacité, pas un inventaire.

VII · Innovation et savoir

Ce qui est regardé : la recherche, les universités, les brevets, la formation, le maintien des talents. Pourquoi : acheter une technologie n'est pas la maîtriser. L'industrie sait produire, l'innovation sait inventer.

VIII · Gouvernance et institutions

Ce qui est regardé : l'efficacité de l'administration, l'état de droit, la corruption, les contre-pouvoirs, la continuité des règles, les inégalités et la cohésion sociale. Pourquoi : des ressources ne deviennent de la robustesse que si un État sait les administrer, si ses décisions survivent à ceux qui les prennent, et si la société qu'il gouverne n'est pas fracturée.

IX · Autonomie stratégique

Ce qui est regardé : d'où viennent les recettes publiques, à qui le pays vend, de qui dépend sa sécurité, combien de mois d'importations ses réserves couvrent, et s'il peut refuser une pression extérieure. Pourquoi : aucun pays n'est indépendant. La question est de savoir si ses dépendances se négocient, ou si elles décident à sa place.

Aucun pilier ne suffit seul, et c'est le principe : une économie solide finance une armée, une industrie réduit les importations, de bonnes institutions transforment une rente passagère en infrastructures. À l'inverse, deux ou trois faiblesses profondes peuvent annuler plusieurs atouts.

La tendance portée par chaque pilier ajoute la seconde information. Elle distingue un pays fragile qui se redresse d'un pays mieux noté qui commence à céder.

Le climat n'est pas un dixième pilier : il agit à travers les autres. Une sécheresse touche d'un coup l'agriculture, l'électricité, les comptes publics et la santé.

SAPERE ne demande donc pas « quel pays est le plus puissant ? », mais : si quelque chose se dérègle demain, qu'est-ce qui continue de fonctionner, qu'est-ce qui cède, et de quoi le pays dépend-il pour tenir ?

Sources principales : Fonds monétaire international (rapport pays de juin 2026, croissance, dette, réserves), Banque centrale de Mauritanie (rapport annuel 2025), ANSADE (recensement, prix, inflation), ministère des Finances (loi de finances 2026 et rectificative), ITIE Mauritanie (rapport 2024 sur les industries extractives), SNIM, Kosmos Energy et BP pour le champ de Grand Tortue Ahmeyim, Haut-Commissariat pour les réfugiés, indice mondial du terrorisme, SIPRI pour les dépenses militaires, Reporters sans frontières, Transparency International, Freedom House, Programme des Nations unies pour le développement, OMPI, indice mondial de l'innovation, Banque mondiale, Direction générale du Trésor français, Commission européenne pour l'accord de pêche, Walk Free, département d'État américain pour le rapport sur la traite, SOS-Esclaves et Anti-Slavery International. Les valeurs commerciales sont en dollars courants.

Le pilier d'autonomie stratégique obéit à une règle propre, commune aux 54 fiches de la série : sa note est la moyenne de cinq sous-indicateurs, dépendance fiscale, concentration des exportations, autonomie sécuritaire, réserves et autonomie décisionnelle, et cette moyenne est plafonnée à 2,5 dès que deux sous-indicateurs au moins sont à 2 ou moins.

Un pays peut donc être solide sur trois critères sans que cela rachete deux dépendances lourdes.

Les points d'attention assumés : les recettes gazières encaissées par l'État en 2026 ne font l'objet d'aucune publication isolée, la loi de finances rectificative ne les détaillant pas ; l'issue des négociations de l'accord de pêche n'était pas connue à la date d'arrêt, à deux mois de son expiration.

Par ailleurs, il n'existe aucun recensement officiel des personnes en situation d'esclavage : la dernière estimation indépendante date de 2023 et porte sur des données de 2021. Et l'indice de pauvreté multidimensionnelle publié en 2025 repose sur une enquête de 2019-2021 : le chiffre est à jour comme publication, ancien comme mesure.

Cadre d'évaluation SAPERE 2.2

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Ce que l’histoire en dit

Les émirats du Trarza, du Brakna, de l’Adrar et du Tagant ont organisé des hiérarchies inégales entre guerriers, lettrés, tributaires, artisans et personnes asservies. L’esclavage, aboli en 1981, n’est criminalisé qu’en 2007, et ses sanctions renforcées en 2015 ; l’histoire longue de la Mauritanie montre que les lois ne suffisent pas à défaire les dépendances sociales. Un désert mieux sécurisé que sa richesse n’est partagée : le verdict de 2026 a des racines anciennes.

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