Mauritanie | Les Forces et les Failles | SAPERE
SAPERE · Les Forces et les Failles · Arrêté mi-2026 · Tendance depuis 2020
🇲🇷 Mauritanie
Environ 5,5 millions d’habitants. Aucune attaque terroriste recensée depuis le 20 décembre 2011, dans un Sahel où le Mali, le Burkina Faso et le Niger s’enfoncent. Présidence de l’Union africaine assurée en 2024. Une économie encore accrochée au fer et à l’or, rejointe depuis 2025 par le gaz naturel.
SAPERE 2.2 · Un désert mieux sécurisé que sa richesse n’est partagée
Sous tension structurelle
2,7/5
12,75
Rente extractive persistante · gouvernance à mi-chemin · esclavage non résolu
Tendance depuis 2020 : consolidation prudente. Le pays a gagné un rang diplomatique (présidence de l’Union africaine, 2024) et une nouvelle rente gazière, sans réduire ni sa dépendance aux matières premières ni les fractures sociales héritées de l’esclavage.
Ce score mesure la capacité à absorber un choc et à préserver sa liberté d’action, non le niveau de vie ni la popularité du gouvernement. À 2,7/5, la Mauritanie se situe parmi les États sous tension structurelle : loin des puissances régionales résilientes (3,0 et plus), mais nettement au-dessus des États fragiles ou en défaillance de son voisinage sahélien immédiat.
PIB nominal 2025
~11 Mds $
FMI, Trading Economics 2025 · environ 150e rang mondial
PIB PPA par habitant
~7,200 $
Banque mondiale, 2024 · pays classé parmi les moins avancés (PMA)
Exportations · poids mondial
~0,017 %
~4,0 Mds $ (OMC 2023) · minerai de fer, or, produits de la pêche
Importations · poids mondial
~0,022 %
~5,2 Mds $ (OMC 2023) · produits pétroliers, navires, céréales
En résumé

La Mauritanie tient un pari que peu de ses voisins sahéliens peuvent revendiquer : quatorze années sans le moindre attentat terroriste sur son sol, quand le Mali, le Burkina Faso et le Niger s’enfoncent dans la spirale jihadiste. Cette exception sécuritaire, bâtie sur une réforme militaire profonde, une contre-offensive théologique et plus de 20 % du budget annuel, a fait de Nouakchott une référence citée aussi bien par l’OTAN que par l’Union africaine.

Ce crédit sécuritaire a nourri une ascension diplomatique sans rapport avec la taille de l’économie : présidence tournante de l’Union africaine en 2024, médiation reconnue entre Rabat et Alger, rôle d’arbitre dans plusieurs crises continentales. Dans le même temps, le pays engage un vrai basculement énergétique, avec le démarrage en 2025 du champ gazier Grand Tortue Ahmeyim, partagé avec le Sénégal.

Mais sur le plan intérieur, la réélection du président Ghazouani en juin 2024 n’a pas provoqué de rupture institutionnelle, et les fractures structurelles restent entières. L’indice de perception de la corruption de Transparency International stagne à 30/100, l’indice de Gini de la Banque mondiale n’a plus été actualisé depuis 2014, et l’esclavage héréditaire, pourtant qualifié de crime contre l’humanité par la loi de 2015, continue de toucher la communauté haratine selon l’ONU et les organisations locales. La Mauritanie sécurise mieux son désert qu’elle ne partage sa richesse.

9 piliers de puissance SAPERE
Niveau \ Tendance depuis 2020
En baisse
= Stable
+ En hausse
Solidement ancré4,0-5,0
Résilient3,0-3,9
Défense et sécurité 3,9
Économie et finance 3,7Diplomatie, influence et information 3,5
Sous tension2,5-2,9
Gouvernance et institutions 2,5
Autonomie stratégique 2,5
Fragile1,5-2,4
Démographie et capital humain 2,2Innovation et savoir 1,6
Énergie et ressources 2,1Industrie et technologie 1,9
En défaillance1,0-1,4
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Score global : 9 piliers SAPERE 2.2 · somme pondérée = 2,7/5. Atouts : Défense et sécurité (3,9), Économie et finance (3,7), Diplomatie, influence et information (3,5). Faiblesses prioritaires : Innovation et savoir (1,6), Industrie et technologie (1,9), Énergie et ressources (2,1), Démographie et capital humain (2,2).
Qui tient le pays ?
Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani et le parti El Insaf. Réélu en juin 2024 avec une large majorité, le président s’appuie sur une majorité parlementaire écrasante, 107 sièges sur 176 pour El Insaf depuis 2023, et un gouvernement dirigé depuis août 2024 par le Premier ministre Mokhtar Ould Djay. Ancien chef d’état-major de l’armée, artisan reconnu de la reprise en main sécuritaire depuis 2011, Ghazouani concentre l’essentiel du pouvoir de décision à la présidence et dans l’appareil militaire. L’opposition, menée par le parti islamiste Tewassoul, dispose d’une représentation parlementaire réelle mais limitée.
Centre de gravité
Présidence Ghazouani, parti El Insaf et haut commandement militaire. Le pouvoir se décide verticalement, hérité de la culture d’état-major du président.
Vitesse d’exécution
Rapide sur la sécurité et la diplomatie ; lente sur l’électrification, l’éducation et la lutte contre l’esclavage, où les textes précèdent largement l’application.
Test politique
Réélection 2024 validée sans crise majeure, mais contestations de l’opposition sur la régularité de scrutins antérieurs et pression persistante des mouvements anti-esclavagistes (IRA-Mauritanie, SOS-Esclaves).
Le haut commandement reste très homogène sur le plan communautaire : en 2019, sur trente-quatre généraux mauritaniens, la quasi-totalité étaient des Maures blancs (Beydane), deux seulement étaient Haratines et aucun n’était Négro-mauritanien, alors que ces derniers représentent une part significative de la population. Cette composition prolonge une fracture ancienne, celle des événements de 1989-1991, quand l’armée mauritanienne a déporté environ 50,000 à 70,000 Négro-Mauritaniens vers le Sénégal et le Mali et purgé la fonction publique et les rangs militaires de leurs cadres noirs. Le sujet reste sensible et peu documenté officiellement.
Qui tient le pays de l’extérieur ?
Dépendance diversifiée mais réelle. Nouakchott ne dépend d’aucun bailleur unique, mais son développement, sa sécurité et ses grands projets extractifs restent façonnés par un petit nombre de partenaires extérieurs, du Golfe à l’Europe en passant par la Chine.
Échelle de dépendance (● à ●●●●) : intensité globale du lien, combinant le poids commercial, la dépendance technologique, l’exposition financière et le levier politique que l’acteur peut exercer.
CHINE
●●●●
Premier client (minerai de fer, or) et premier fournisseur du pays ; présente dans les infrastructures, le port et la pêche.
Concentration commerciale et dépendance aux équipements chinois.
GOLFE (EAU / Arabie saoudite)
●●●
Premiers investisseurs étrangers recensés par l’agence nationale de promotion des investissements, ports, immobilier et financements souverains.
Poids croissant dans des secteurs stratégiques, portuaire et énergétique.
FRANCE
●●●
Ancienne puissance coloniale, partenaire militaire (attaché de défense, Collège de défense de Nouakchott, 247 officiers formés depuis 2018) et de développement via l’AFD, 5e fournisseur du pays.
Influence en recul relatif face aux nouveaux entrants du Golfe, de Chine et de Turquie ; la Mauritanie affirme n’accueillir aucune base militaire étrangère sur son sol, contrairement à d’autres partenaires régionaux de la France.
ÉTATS-UNIS
●●
Partenaire sécuritaire, formation antiterroriste via le programme JCET, et commercial croissant depuis le retour de l’éligibilité à l’AGOA en janvier 2024.
Relation longtemps limitée par le classement du pays en niveau 3 dans la lutte contre la traite, lié à l’esclavage.
UNION EUROPÉENNE
●●●
Accord de pêche, appui budgétaire, financement de l’électrification rurale via l’Alliance Sahel.
Conditionnalités liées aux migrations et aux droits humains.
MAROC / ALGÉRIE
●●●●
La Mauritanie arbitre sans trancher entre les deux puissances maghrébines rivales, un rôle qui l’a portée à la présidence de l’Union africaine en 2024.
Toute rupture de cet équilibre fragiliserait sa capacité de médiation.
BP / KOSMOS ENERGY
●●●
Opérateurs britannique et américain du champ gazier Grand Tortue Ahmeyim, partagé avec le Sénégal.
Le calendrier et les revenus du gaz dépendent de décisions prises hors de Nouakchott.
La contradiction diplomatique

Nouakchott parle plus grand que son économie ne pèse. La présidence de l’Union africaine en 2024, le rôle de médiateur entre Rabat et Alger, la position de pilier antiterroriste reconnue par Washington et l’OTAN : tout cela s’appuie sur un PIB d’environ 11 milliards de dollars, comparable à celui d’une agglomération moyenne des pays riches.

Cette tension traverse toute la politique étrangère du pays. Le crédit diplomatique et religieux a pris une avance considérable sur la base économique et industrielle qui, seule, pourrait le rendre durable au-delà du mandat personnel d’un président. Signe de cette fragilité : la liberté de la presse s’est dégradée sur la période, passant de la 33e à la 61e place au classement mondial de RSF entre 2024 et 2026, alors même que le pays engrangeait ses succès diplomatiques les plus visibles.

Commerce, IDE et position française
5 premiers clients
PaysProduitsMontant
ChineMinerai de fer, or~715 M$
SuisseOr (négoce et raffinage)~612 M$
EspagneProduits de la pêche, fer~335 M$
JaponMinerai de fer~308 M$
AllemagneMinerai de fer, cuivre~194 M$
Observatoire de la complexité économique (OEC), données les plus récentes disponibles. 🇫🇷 Position France : hors top 5, environ 10e client, 2 % des exportations (75 M€, Direction générale du Trésor, dernières données publiées).
5 premiers fournisseurs
PaysProduitsMontant
ChineMachines, équipements~829 M$
Corée du SudNavires, équipements~642 M$
Émirats arabes unisProduits pétroliers raffinés~293 M$
NorvègeNavires~275 M$
FranceBiens d’équipement, pharmacie~219 M$
OEC, données les plus récentes disponibles. 🇫🇷 France au 5e rang des fournisseurs. 🇺🇸 Position États-Unis : absents des deux tops 5, relation commerciale longtemps freinée par la suspension de l’éligibilité à l’AGOA (2018-2024) liée au dossier de l’esclavage.
IDE entrants
~873 M$
Flux 2023 (CNUCED), en baisse de 38,4 % sur un an ; stock cumulé ~6,7 Mds $, soit 63,6 % du PIB.
Investisseurs
Émirats arabes unis, Arabie saoudite, Chine, France et Turquie (agence de promotion des investissements APIM). Secteur minier dominé par Kinross Gold (or) et First Quantum Minerals (cuivre).
France
5e nationalité d’investisseurs recensée par l’APIM ; présence historique dans la banque (Société Générale Mauritanie), l’énergie et le développement.
Quatre tendances structurelles
Réserves de change
4,4 → 6,4 mois
Fin 2024 à mi-2025, mois d’importations couverts (Trésor français, BAD).
Accès à l’électricité
49,0 % → 50,3 %
2022 à 2023 (Banque mondiale) ; accès universel visé pour 2030.
Attentats recensés
0
Aucun depuis le 20 décembre 2011, quatorzième année consécutive en 2025.
Production gazière
0 → export
Premier gaz extrait le 31 décembre 2024 (BP, Kosmos Energy), premières exportations de GNL au 1er trimestre 2025.
Ce qui tient · Ce qui freine
Quatre piliers portent une Mauritanie plus respectée qu’elle n’est riche. Quatre fissures rappellent que la sécurité et la diplomatie ne suffisent pas à refermer une économie de rente et une dette sociale non soldée.
4Forces4Failles
Ce qui tient
Aucune attaque terroriste recensée depuis le 20 décembre 2011, quatorze années consécutives.
Plus de 20 % du budget annuel consacré à la défense et à la sécurité.
Une frontière de 2,200 kilomètres avec le Mali tenue, quand Bamako, Ouagadougou et Niamey reculent face aux groupes armés.
Seul pays du G5 Sahel à n’avoir connu aucun nouveau coup d’État depuis celui d’août 2008, alors que le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont chacun basculé sous junte militaire entre 2020 et 2023.
Présidence tournante de l’Union africaine assurée en 2024, choisie comme candidat neutre pour débloquer la rivalité maroco-algérienne.
Rôle de médiation salué dans les crises du Soudan et de la région des Grands Lacs.
Un prestige religieux ancien qui fait de la Mauritanie un fournisseur reconnu de prédicateurs pour les cours du Golfe.
Réserves de change portées à 6,4 mois d’importations à la mi-2025, contre 4,4 mois fin 2024.
Inflation ramenée sous 2,5 %, dette publique proche de 42 à 44 % du PIB.
Risque de surendettement dégradé de élevé à modéré par le FMI et la Banque mondiale fin 2022.
Premier gaz extrait le 31 décembre 2024, premières exportations de GNL au 1er trimestre 2025.
Opéré par BP aux côtés de Kosmos Energy et des compagnies nationales Petrosen (Sénégal) et SMH (Mauritanie), les revenus étant partagés à parts égales, 50/50, selon l’accord interétatique signé en 2018 avec le Sénégal.
Un nouveau projet d’uranium, porté par l’australien Aura Energy, complète la diversification minière.
Ce qui freine
Les exportations restent concentrées sur trois familles de produits : minerai de fer, or et pêche.
La SNIM, deuxième employeur du pays, pèse à elle seule environ 15 % du PIB et 30 % des recettes d’exportation.
Le gaz naissant s’exporte à l’état brut, sans industrie de transformation locale qui en capterait la valeur ajoutée.
Une seule concession, celle du canadien Kinross Gold à Tasiast, a généré à elle seule 28,7 % des revenus miniers de l’État en 2023 : la martingale extractive tient sur un nombre de piliers extrêmement réduit.
Seuls 50,3 % des Mauritaniens ont accès à l’électricité en 2023, contre 49,0 % en 2022.
L’accès rural demeure très inférieur à la moyenne nationale.
L’objectif officiel d’un accès universel n’est fixé qu’à l’horizon 2030.
La population croît d’environ 2,7 % par an, l’une des progressions les plus rapides de la région.
58,4 % de la population vit en situation de pauvreté multidimensionnelle (PNUD).
Le pays se classe 126e sur 133 à l’indice mondial de l’innovation, sans écosystème de recherche pour absorber cette jeunesse.
L’esclavage héréditaire, qualifié de crime contre l’humanité par la loi de 2015, continue de toucher la communauté haratine selon l’ONU, SOS-Esclaves et Anti-Slavery International.
L’application judiciaire reste faible : les organisations locales dénoncent l’absence de recensement officiel et la lenteur des poursuites.
Ce contentieux a coûté au pays l’éligibilité à l’AGOA américaine entre 2018 et 2024.
À surveiller · signaux positifs
Risques
Rechute des cours du fer ou de l’or.
Contagion sécuritaire depuis le Mali ou instabilité au sein de l’Alliance des États du Sahel.
Retard ou déception sur les phases 2 et 3 du projet gazier Grand Tortue Ahmeyim.
Aggravation des tensions communautaires liées à l’esclavage et aux discriminations.
Afflux de réfugiés et migrants venus du Sahel et d’Afrique de l’Ouest.
Nouveau recul de la liberté de la presse.
Vulnérabilité climatique aiguë : 143e rang sur l’indice ND-GAIN, désertification et sécheresses récurrentes menaçant l’élevage et l’agriculture de subsistance.
Signaux positifs
Réserves de change doublées en un an.
Entrée en production et en exportation du gaz naturel.
Présidence réussie de l’Union africaine, capital diplomatique à réinvestir.
Éligibilité retrouvée à l’AGOA depuis janvier 2024.
Programmes solaires et hybrides en cours (Desert to Power, accord Iwa Green Energy).
Continuité sécuritaire inédite dans la région depuis 2011.
Effets de voisinage
Mali
Frontière de 2,200 km avec un pays en crise sécuritaire majeure ; la stabilité mauritanienne contraste avec la spirale malienne, mais expose le pays aux flux de réfugiés.
Sénégal
Partenaire du champ gazier Grand Tortue Ahmeyim et de l’OMVS ; relation apaisée malgré la mémoire sensible des tensions frontalières de 1989.
Maroc / Algérie
La Mauritanie arbitre sans trancher entre les deux rivaux maghrébins, un positionnement qui a nourri sa présidence de l’Union africaine en 2024.
AES / CEDEAO
Voisinage recomposé par le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la CEDEAO ; Nouakchott, elle-même sortie de la CEDEAO dès 1999, maintient de bonnes relations avec les deux blocs.
Choc externe actif
Les tensions au Moyen-Orient renchérissent les importations mauritaniennes de denrées alimentaires et de carburants, ses principaux postes d’achat. Cette pression est partiellement compensée par la hausse des cours de l’or et des hydrocarbures, dont la Mauritanie est désormais exportatrice. Le bilan reste incertain : un pays longtemps importateur net de nourriture et d’énergie encaisse d’abord le choc, avant que ses nouvelles recettes gazières et aurifères n’en atténuent l’effet.
Les dynamiques structurelles
Sécurité et rente extractive
La stabilité sécuritaire, financée à plus de 20 % du budget, protège avant tout les sites miniers et gaziers qui financent l’État. Sécurité et rente s’auto-entretiennent, mais aucune des deux ne tire encore l’économie hors de la dépendance aux matières premières.
Diplomatie et fragilité économique
Le crédit diplomatique accumulé par la présidence de l’Union africaine dépasse largement ce que l’économie mauritanienne peut soutenir dans la durée, rendant l’influence du pays dépendante de la personnalité et du mandat de son président plus que de bases structurelles.
Gaz et transformation industrielle
L’arrivée du gaz répète le scénario du fer : une ressource exportée brute, opérée par des majors étrangères, sans filière locale de transformation qui capterait davantage de valeur ajoutée sur le sol mauritanien.
Esclavage et accès aux marchés
La persistance de l’esclavage héréditaire n’est pas qu’une question de droits humains : elle a un prix commercial concret, comme l’a montré la suspension de l’éligibilité à l’AGOA américaine entre 2018 et 2024.
Équilibre maghrébin
La neutralité mauritanienne entre le Maroc et l’Algérie n’est pas un manque de choix : c’est la ressource diplomatique qui a permis à Nouakchott d’obtenir la présidence de l’Union africaine en 2024 comme candidat de compromis.
Électrification et cohésion territoriale
Tant qu’un Mauritanien sur deux reste sans électricité, la croissance macroéconomique se lit dans les statistiques nationales bien avant de se voir dans le quotidien des régions les plus pauvres.
Hydrogène vert : l’annonce et la réalité
Présenté en 2021 comme l’un des plus grands projets d’énergie renouvelable au monde, le mégaprojet AMAN (CWP Global, 40 milliards de dollars, 30 GW éolien et solaire) a été mis en pause en 2025 faute d’acheteurs pour l’ammoniac vert. Mi-2026, aucun chantier n’a démarré sur les 850,000 hectares concédés : un rappel que l’annonce d’un mégaprojet ne vaut pas sa réalisation, et que la transition énergétique mauritanienne se joue pour l’instant sur des échelles bien plus modestes, Desert to Power, Iwa Green Energy, que sur ses vitrines les plus spectaculaires.
Tourisme : un potentiel réel, un secteur encore confidentiel
Chinguetti, 7e ville sainte de l’islam, et les paysages de l’Adrar offrent un potentiel touristique documenté depuis les années 1990. Mais le secteur reste marginal : environ 4,000 touristes internationaux en 2023, loin des flux des décennies 1980-1990, freiné depuis 2011 par le classement en zone à risque des autorités françaises. Un gisement de devises qui reste, pour l’instant, largement inexploité.
Ce qui changerait la donne
Les événements qui, s’ils se produisaient, feraient basculer le diagnostic, dans un sens ou dans l’autre.
Les phases 2 et 3 du gaz démarrent à l’heure
Une montée en puissance confirmée de Grand Tortue Ahmeyim transformerait la rente gazière en recette durable plutôt qu’en promesse.
Un recensement officiel de l’esclavage est publié
La reconnaissance chiffrée du phénomène, réclamée depuis des années par les associations, marquerait une rupture avec le déni institutionnel.
L’accès à l’électricité franchit 65 à 70 %
Un basculement qui rapprocherait la Mauritanie du peloton de tête ouest-africain plutôt que de sa moyenne actuelle.
La fenêtre diplomatique de 2024 se referme sans relais
Sans nouveau mandat continental ni retour économique, le capital diplomatique accumulé pourrait s’éroder faute d’ancrage structurel.
Scénarios à cinq ans · 2026-2031
Scénario favorable
Le gaz monte en puissance sur ses trois phases, l’électrification dépasse 65 %, la lutte contre l’esclavage produit des condamnations effectives et l’exception sécuritaire tient malgré la pression du Sahel. La Mauritanie capitalise sur son image de médiateur pour attirer des investissements diversifiés au-delà du Golfe et de la Chine.
Scénario défavorable
Un choc sur les cours du fer ou de l’or fragilise les finances publiques avant que le gaz ne prenne le relais, la frontière malienne s’ouvre à une contagion jihadiste, et le contentieux de l’esclavage referme l’accès à certains marchés occidentaux. La présidence de l’Union africaine s’avère un pic diplomatique isolé plutôt qu’une trajectoire durable.
Comment lire le score
Le score mesure la capacité à absorber un choc et à préserver la liberté de décision du pays, non son niveau de vie ni la popularité de son gouvernement. Une variation de 0,1 point exige un changement documenté sur au moins un pilier pondéré.
Échelle
4,0-5,0 : solidement ancré. 3,0-3,9 : résilient. 2,5-2,9 : sous tension. 1,5-2,4 : fragile. 1,0-1,4 : en défaillance.
Pondérations et arrondi
P01, P02, P06 et P08 : 13,5 %. P03, P04, P05 et P07 : 9 %. P09 : 10 %. Total : 100 %. Les notes des neuf piliers sont des appréciations qualitatives posées directement au dixième (aucune valeur intermédiaire en centièmes). Le score global est la somme pondérée de ces notes : 2,716, arrondi au dixième (arrondi arithmétique, 0,05 au dixième supérieur) pour donner 2,7/5. Seul le score global fait l’objet d’un arrondi ; sa valeur non arrondie ne figure que dans la méthodologie.
Pilier IX · Autonomie stratégique, méthode de calcul. P09 = 2,5/5, avec plafonnement. A dépendance fiscale/rente = 2 : recettes publiques très concentrées sur les industries extractives. B diversification des exports = 2 : le fer, l’or et la pêche forment l’essentiel des ventes à l’étranger. C sécurité = 3 : armée nationale aux commandes, mais formée et équipée avec l’appui des États-Unis, de la France et de l’OTAN. D réserves = 4 : 6,4 mois d’importations couverts. E décisionnel = 3 : diplomatie d’équilibre reconnue, mais économie financée à hauteur de 63,6 % du PIB par le stock d’investissements étrangers. Moyenne arithmétique des cinq sous-indicateurs : (2 + 2 + 3 + 4 + 3) / 5 = 2,8. Deux sous-indicateurs (A et B) à 2 ou moins déclenchent la règle de plafonnement : le pilier IX est ramené à 2,5/5 quelle que soit cette moyenne.

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