Mauritanie
La Mauritanie sécurise mieux son désert qu'elle ne partage sa richesse, et la frontière qu'elle tenait seule commence à bouger.
5,3 millions d'habitants. Aucune attaque terroriste recensée depuis le 20 décembre 2011, dans un Sahel où le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont basculé sous junte. Le pays exporte du gaz depuis avril 2025 et a vu sa dette publique retomber à 40,7 % du produit intérieur brut.
Mais l'inflation est remontée à 8,5 % en juillet 2026, sept civils mauritaniens ont été tués côté malien au premier trimestre, et le pays a perdu vingt-huit places au classement mondial de la liberté de la presse en deux éditions.
Près de quinze ans sans attentat, une présidence de l'Union africaine en 2024, un nouveau programme du Fonds monétaire international ouvert en juin 2026. Pour un produit intérieur brut de 11,7 milliards de dollars, celui d'une ville moyenne des pays riches.
L'économie, l'industrie extractive et l'énergie progressent depuis 2020. La défense et la gouvernance reculent, pour la première fois : la frontière malienne n'est plus inviolable, et la liberté de la presse s'est effondrée.
58,4 % de la population vit en pauvreté multidimensionnelle selon la dernière mesure disponible, fondée sur l'enquête de 2019-2021, un Mauritanien sur deux n'a pas l'électricité, et l'esclavage héréditaire n'a donné lieu à aucune poursuite sur la dernière période de référence américaine.
Ce qui entre, ce qui sort, et par où
Ce qui décrit le modèle
Où le pays tient, où il cède
IÉconomie et financeRésilient sous contrainte↗La dette recule et le Fonds monétaire international a rouvert un programme ; l'inflation, elle, est repartie.+
IIIndustrie et technologieFragile et dépendant↗Le pays extrait et expédie ; il ne transforme presque rien.+
IIIDémographie et capital humainFragile et dépendant→Une population jeune, une pauvreté qui ne recule pas, et trois cent mille réfugiés à nourrir.+
IVDiplomatie, influence et informationRésilient sous contrainte→Le crédit de 2024 ne se renouvelle pas, et la parole intérieure se referme.+
VÉnergie et ressourcesFragile et dépendant↗Exportatrice de gaz sans être devenue une économie gazière.+
VIDéfense et sécuritéRésilient sous contrainte↘Quinze ans sans attentat, mais une frontière que l'armée du voisin traverse.+
VIIInnovation et savoirFragile et dépendant→Ni recherche, ni écosystème, ni relais pour une jeunesse nombreuse.+
VIIIGouvernance et institutionsFragile et dépendant↘Les textes existent, les poursuites manquent, et la critique se paie en années de prison.+
IXAutonomie stratégiqueSous tension structurelle→Une diplomatie d'équilibre réelle, adossée à une économie que d'autres financent.+
Comprendre l'échelle de robustesse, du plus solide au plus fragile+
- Solidement ancré4,0 à 5,0 · Capacités prouvées sur la durée. Le pays absorbe les chocs sans risque de basculement.
- Résilient sous contrainte3,0 à 3,9 · Forces et faiblesses en tension, mais le système tient par ses propres moyens.
- Sous tension structurelle2,5 à 2,9 · Le pilier tient grâce à une béquille : une rente, un partenaire, un corridor. Il cède si elle cède.
- Fragile et dépendant1,5 à 2,4 · Vulnérabilité profonde. La fonction est assurée, mais sans maîtrise réelle des moyens.
- Défaillance critique1,0 à 1,4 · Risque d'effondrement de la fonction. Autorité ou capacité contestée sur l'essentiel.
L'échelle mesure la capacité à encaisser un choc, pas la richesse ni le potentiel. Le niveau de chaque pilier découle mécaniquement de son évaluation sur cinq points, selon les bornes ci-dessus.
Trois appuis, trois fractures
L'exception sécuritaire de l'ancien G5 Sahel
Aucune attaque terroriste recensée depuis le 20 décembre 2011, quinzième année consécutive. Le pays est aussi le seul de l'ancien G5 Sahel à n'avoir connu aucun coup d'État depuis 2008, quand le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont chacun basculé sous junte entre 2020 et 2023.
Cette exception ne tient pas à des moyens : les dépenses militaires plafonnent à 260 millions de dollars, 2,16 % du produit intérieur brut. Elle tient à une réforme militaire engagée après 2011, à un maillage territorial du Hodh, et à une contre-offensive théologique menée par les oulémas contre le discours jihadiste.
Le médiateur que Rabat et Alger acceptent tous les deux
La Mauritanie arbitre entre les deux puissances maghrébines sans trancher, et c'est précisément cette neutralité qui a contribué à en faire un candidat de compromis pour la présidence tournante de l'Union africaine en 2024. Elle a aussi médié dans les crises du Soudan et des Grands Lacs.
Un prestige religieux ancien complète cette position : les écoles coraniques de Chinguitti fournissent des prédicateurs reconnus jusque dans les cours du Golfe. Ce crédit-là ne s'achète pas, mais il ne se transmet pas non plus : il repose sur la personne du président plus que sur une institution.
Une dette qui a reculé quand celle des voisins montait
La dette publique est retombée à 40,7 % du produit intérieur brut en 2025, contre 49 % en 2023, et le risque de surendettement reste jugé modéré par le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, après avoir été classé élevé jusqu'en 2022.
Le déficit commercial a été ramené de 497 à 23 millions de dollars en un an, et le conseil du Fonds a approuvé le 24 juin 2026 deux nouveaux accords de quarante-deux mois. C'est le seul pilier où la Mauritanie fait mieux que la moyenne de son voisinage.
Une économie qui n'a pas quitté la mine
Le fer, l'or et la pêche forment l'essentiel des ventes à l'étranger, et depuis 2024 l'or est passé devant le fer. La SNIM, deuxième employeur du pays, pèse 6 % du produit intérieur brut et 27 % des exportations, avec un résultat net en recul de 24 % en 2025.
Le gaz n'a rien changé à la structure : il s'exporte brut, comme le minerai. Une seule concession, celle de Kinross à Tasiast, a fourni 37,1 % des recettes extractives de l'État en 2024. La martingale tient sur un nombre de piliers extrêmement réduit.
L'esclavage que la loi ne suffit pas à effacer
L'esclavage héréditaire, qualifié de crime contre l'humanité par la loi de 2015, continue de toucher la communauté haratine. Un tribunal spécial a été créé en février 2025, avec un procureur dédié.
Mais sur la dernière période de référence du département d'État américain, aucune poursuite ni condamnation pour esclavage héréditaire n'a été signalée, contre neuf l'année précédente.
Des policiers et des magistrats refusent d'enquêter, des affaires se règlent par médiation sociale pourtant interdite, et des responsables locaux nient l'existence du phénomène. Il n'existe aucun recensement officiel : la dernière estimation indépendante, celle de 2023, plaçait le pays au troisième rang mondial pour la prévalence.
La moitié du pays reste dans le noir
52,2 % des Mauritaniens avaient accès à l'électricité en 2024, contre 50,3 % l'année précédente : au rythme actuel, l'objectif d'accès universel pour 2030 suppose de doubler la cadence. L'accès rural demeure très inférieur à la moyenne nationale.
Le contraste avec les annonces est saisissant. Le mégaprojet d'hydrogène vert AMAN, quarante milliards de dollars et trente gigawatts annoncés en 2021, est en pause depuis juin 2025 faute d'acheteurs, et aucun chantier n'a démarré sur les 850,000 hectares concédés. Ce qui avance, ce sont soixante mégawatts hybrides pour trois cents millions de dollars.
Qui tient le pays, du dedans et du dehors
À l'intérieur
Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, réélu en juin 2024, s'appuie sur une majorité parlementaire écrasante, 107 sièges sur 176 pour le parti El Insaf. Ancien chef d'état-major et artisan de la reprise en main sécuritaire de 2011, il concentre la décision à la présidence et dans l'appareil militaire.
Le haut commandement reste très homogène : en 2019, sur trente-quatre généraux, deux seulement étaient haratines et aucun négro-mauritanien. Cette composition prolonge la fracture des années 1989-1991, quand l'armée a déporté des dizaines de milliers de Négro-Mauritaniens vers le Sénégal et le Mali.
À l'extérieur
Nouakchott ne dépend d'aucun bailleur unique : la Chine pour le commerce, le Golfe pour l'investissement, l'Union européenne pour la pêche et les migrations, les majors anglo-américaines pour le gaz. Le pays n'accueille aucune base militaire étrangère, ce qui le distingue de la plupart de ses partenaires régionaux.
Cet équilibre est devenu instable en 2026. La frontière malienne, longtemps la garantie de l'exception mauritanienne, est traversée par l'armée du voisin et ses auxiliaires russes ; Nouakchott parle de ligne rouge et choisit le confinement plutôt que l'escalade.
| Levier | Acteur | Emprise | Ce qu'il contrôle |
|---|---|---|---|
| Débouché et fourniture | Chine | ●●●● | Premier client pour le minerai de fer et l'or, premier fournisseur en machines et équipements, présente dans les infrastructures, le port et la pêche : le seul lien qui joue dans les deux sens. |
| Équilibre diplomatique | Maroc / Algérie | ●●●● | La neutralité mauritanienne entre les deux rivaux est sa principale ressource diplomatique ; toute rupture de cet équilibre effacerait sa capacité de médiation, et avec elle la stature acquise en 2024. |
| Investissement | Golfe | ●●● | Premiers investisseurs étrangers recensés par l'agence nationale : ports, immobilier, financements souverains, et depuis 2026 une concession électrique saoudienne de vingt-cinq ans à N'Diago. |
| Pêche et migrations | Union européenne | ●●● | Un accord de pêche à 60,8 millions d'euros par an qui expire le 14 novembre 2026, une enveloppe migratoire de 210 millions annoncée en 2024, et une conditionnalité sur les droits humains. |
| Production gazière | BP / Kosmos Energy | ●●● | Opérateurs de Grand Tortue Ahmeyim, partagé à parts égales avec le Sénégal. Le calendrier des phases suivantes, et le rythme de recouvrement des coûts qui retient l'essentiel des revenus, se décident hors de Nouakchott. |
| Défense et formation | France | ●●● | Ancienne puissance coloniale, partenaire du Collège de défense de Nouakchott où 247 officiers ont été formés depuis 2018, cinquième fournisseur du pays, mais en recul relatif face au Golfe, à la Chine et à la Turquie. |
| Accès au marché américain | États-Unis | ●● | Partenaire sécuritaire et arbitre de l'éligibilité à l'AGOA, retrouvée en janvier 2024 après six ans de suspension liée à l'esclavage, et réautorisée seulement jusqu'au 31 décembre 2026. |
Ce que la géographie impose
Ce qui changerait la donne
Un incident frontalier dégénère avec Bamako
Sept civils tués en deux mois, des troupes maliennes dans des villages mauritaniens : la séquence de 2026 s'est arrêtée au confinement. Un accrochage direct entre les deux armées changerait la nature du problème.
La phase 2 du gaz obtient sa décision d'investissement
Attendue en 2026, elle n'est pas venue. Sans elle, la rente gazière reste à 237 millions de dollars d'exportations dont 32 reviennent à l'État.
L'accord de pêche est renouvelé avant le 14 novembre
Le protocole en vigueur, 60,8 millions d'euros par an, expire à cette date, et le quatrième cycle de négociation s'est achevé en juin 2026 sans signature.
Une condamnation pour esclavage héréditaire est prononcée
Le tribunal spécial existe depuis février 2025 et n'a produit aucune poursuite pour esclavage héréditaire sur la dernière période de référence, contre neuf l'année précédente. Une condamnation dirait que l'instrument fonctionne.
L'accès à l'électricité franchit 65 %
Il est à 52,2 % en 2024, avec environ deux points gagnés par an. L'objectif d'accès universel pour 2030 suppose de doubler la cadence.
L'accès au marché américain est prolongé au-delà de décembre
L'éligibilité a été retrouvée en janvier 2024 après six ans de suspension liée à l'esclavage, mais le dispositif lui-même n'est réautorisé que jusqu'au 31 décembre 2026.
À cinq ans · 2026-2031
La rente finit par se partager
La phase 2 du gaz obtient sa décision d'investissement, l'électrification dépasse 65 %, et le tribunal spécial produit ses premières condamnations. Ce chemin suppose que l'État transforme une rente extractive en dépense sociale, ce qu'il n'a jamais fait sur le fer ni sur l'or.
Le pays tient, et la rente reste en haut
Le gaz produit sans changer d'échelle, la dette reste maîtrisée sous programme du Fonds monétaire international, l'exception sécuritaire tient au prix de tensions frontalières que Nouakchott absorbe sans riposter. La pauvreté ne recule pas, l'électrification gagne deux points par an : le pays reste plus respecté qu'il n'est riche.
La frontière cède, ou la rente décroche
Un choc sur les cours du fer ou de l'or fragilise les finances publiques avant que le gaz ne prenne le relais, pendant que le JNIM, désormais implanté à Kayes, franchit une frontière que l'armée du voisin traverse déjà. Aucun de ces éléments pris seul n'y conduirait ; c'est leur simultanéité qui fait le scénario.
Un désert mieux sécurisé que sa richesse n'est partagée
La Mauritanie a réussi ce qu'aucun de ses voisins sahéliens n'a su faire : près de quinze ans sans un seul attentat sur son sol, aucun coup d'État depuis 2008, une dette publique qui recule quand celle des autres monte.
Elle a obtenu la présidence de l'Union africaine en 2024 comme candidat de compromis, Rabat et Alger lui accordant l'un et l'autre leur confiance.
Et pourtant la note baisse, de 2,7 à 2,6, quatre piliers ayant été abaissés. Le pays exporte du gaz sans être devenu une économie gazière : le choc pétrolier le frappe comme un importateur net, et l'État a brûlé 13 % de son budget en un trimestre pour tenir le prix du carburant.
Surtout, la frontière a bougé. L'exception sécuritaire mauritanienne n'a jamais été menacée par les jihadistes ; elle l'est aujourd'hui par une armée régulière et ses auxiliaires russes. Nouakchott parle de ligne rouge et choisit de ne pas répondre : c'est une prudence, et c'est aussi l'aveu d'un rapport de forces.
Reste ce que la rente n'a jamais financé. Un Mauritanien sur deux vit en pauvreté multidimensionnelle, un sur deux n'a pas l'électricité, et l'esclavage héréditaire, crime contre l'humanité depuis 2015, n'a donné lieu à aucune poursuite sur la dernière période de référence.
Le tribunal spécial existe, le procureur existe, les condamnations manquent.
Le pays sécurise mieux son désert qu'il ne partage sa richesse, et le gaz, exporté brut comme le minerai avant lui, n'a rien changé à cette phrase.
Méthodologie et sources
Ce que le score mesure. Il répond à une seule question : dans quelle mesure le pays peut-il encaisser un choc ? Ni la richesse, ni la croissance, ni la qualité du gouvernement, prises séparément, ne donnent la réponse.
Un pays riche peut avoir un score bas s'il ne tient que par une rente ; un pays moins riche, un score honorable s'il dispose de capacités propres et de dépendances qu'il maîtrise. Une note ne bouge pas sur une impression : il faut un fait daté et vérifiable sur l'un des neuf piliers.
L'échelle, de 1 à 5. De 4,0 à 5,0, solidement ancré : le pays absorbe un choc sans vaciller. De 3,0 à 3,9, résilient sous contrainte. De 2,5 à 2,9, sous tension structurelle : le pays tient par une béquille, et cède si elle cède. De 1,5 à 2,4, fragile et dépendant : la fonction est assurée, mais sans maîtrise des moyens. De 1,0 à 1,4, défaillance critique.
Comment on arrive à 2,6. Chaque pilier reçoit une appréciation documentée, posée directement au dixième sur une échelle de cinq : un jugement argumenté, et non le produit d'une formule. Le calcul ne commence qu'ensuite. On multiplie chaque note par le poids du tableau ci-dessous, et on additionne les neuf résultats : le total brut vaut 2,5900.
C'est le seul chiffre de la fiche que l'on arrondit, au dixième le plus proche, ce qui donne 2,6 sur 5. La bande où le pays est rangé se lit sur ce chiffre arrondi, jamais sur le brut : c'est pourquoi deux fiches aux totaux très proches peuvent tomber de part et d'autre d'un seuil. La règle vaut pour les 54 fiches de la série.
Les neuf piliers, et ce que chacun pèse. Ils ne comptent pas à égalité : quatre d'entre eux portent à eux seuls 54 % de la note. La pondération ne récompense pas le prestige d'un domaine, mais sa capacité à entraîner ou à fragiliser les autres : l'économie, l'industrie, la défense et la gouvernance conditionnent le reste. Elle est la même pour les 54 fiches de la série, ce qui rend les scores comparables entre eux.
| Pilier | Le domaine | Poids dans la note |
|---|---|---|
| I | Économie et finance | 13,5 % |
| II | Industrie et technologie | 13,5 % |
| III | Démographie et capital humain | 9 % |
| IV | Diplomatie, influence et information | 9 % |
| V | Énergie et ressources | 9 % |
| VI | Défense et sécurité | 13,5 % |
| VII | Innovation et savoir | 9 % |
| VIII | Gouvernance et institutions | 13,5 % |
| IX | Autonomie stratégique | 10 % |
Ce que mesure chaque pilier
Posséder du pétrole, une armée nombreuse ou une jeunesse abondante est un potentiel. Les neuf piliers regardent ce que le pays sait en faire, c'est-à-dire la différence entre ce qu'il possède et ce qu'il sait faire de ce qu'il possède.
I · Économie et finance
Ce qui est regardé : la croissance, l'inflation, la dette, les réserves, l'accès au crédit. Pourquoi : un État qui ne peut plus emprunter, payer ses fournisseurs ni honorer ses échéances encaisse mal le premier choc venu.
II · Industrie et technologie
Ce qui est regardé : ce que le pays fabrique, transforme et répare lui-même. Pourquoi : exporter une matière première et importer les machines, c'est laisser la valeur se créer ailleurs. L'industrie transforme une ressource en capacité.
III · Démographie et capital humain
Ce qui est regardé : l'école, la santé, l'accès à l'eau, l'emploi, la structure par âge, le départ des compétences. Pourquoi : une jeunesse nombreuse est une force si elle est formée et employée. Sinon elle devient une pression de plus sur l'État.
IV · Diplomatie, influence et information
Ce qui est regardé : les alliances, les médiations, le poids dans les organisations, l'image du pays et sa capacité à faire circuler une information crédible. Pourquoi : tout ne se règle pas par l'argent ou par les armes. Savoir convaincre, négocier et se faire entendre donne des marges qu'un poids économique ne donne pas.
V · Énergie et ressources
Ce qui est regardé : l'accès à l'électricité, la fiabilité du réseau, la dépendance aux carburants importés, le mix énergétique et la maîtrise des ressources stratégiques. Pourquoi : avoir une ressource et pouvoir s'en servir sont deux choses. Un pays peut produire du pétrole et importer son carburant, avoir des barrages et laisser des provinces sans courant.
VI · Défense et sécurité
Ce qui est regardé : le contrôle réel du territoire, y compris dans le cyberespace, l'état du matériel, la logistique, les dépendances extérieures. Pourquoi : une force qu'on ne peut ni ravitailler ni déployer ne protège pas. On mesure une capacité, pas un inventaire.
VII · Innovation et savoir
Ce qui est regardé : la recherche, les universités, les brevets, la formation, le maintien des talents. Pourquoi : acheter une technologie n'est pas la maîtriser. L'industrie sait produire, l'innovation sait inventer.
VIII · Gouvernance et institutions
Ce qui est regardé : l'efficacité de l'administration, l'état de droit, la corruption, les contre-pouvoirs, la continuité des règles, les inégalités et la cohésion sociale. Pourquoi : des ressources ne deviennent de la robustesse que si un État sait les administrer, si ses décisions survivent à ceux qui les prennent, et si la société qu'il gouverne n'est pas fracturée.
IX · Autonomie stratégique
Ce qui est regardé : d'où viennent les recettes publiques, à qui le pays vend, de qui dépend sa sécurité, combien de mois d'importations ses réserves couvrent, et s'il peut refuser une pression extérieure. Pourquoi : aucun pays n'est indépendant. La question est de savoir si ses dépendances se négocient, ou si elles décident à sa place.
Aucun pilier ne suffit seul, et c'est le principe : une économie solide finance une armée, une industrie réduit les importations, de bonnes institutions transforment une rente passagère en infrastructures. À l'inverse, deux ou trois faiblesses profondes peuvent annuler plusieurs atouts.
La tendance portée par chaque pilier ajoute la seconde information. Elle distingue un pays fragile qui se redresse d'un pays mieux noté qui commence à céder.
Le climat n'est pas un dixième pilier : il agit à travers les autres. Une sécheresse touche d'un coup l'agriculture, l'électricité, les comptes publics et la santé.
SAPERE ne demande donc pas « quel pays est le plus puissant ? », mais : si quelque chose se dérègle demain, qu'est-ce qui continue de fonctionner, qu'est-ce qui cède, et de quoi le pays dépend-il pour tenir ?
Le pilier d'autonomie stratégique obéit à une règle propre, commune aux 54 fiches de la série : sa note est la moyenne de cinq sous-indicateurs, dépendance fiscale, concentration des exportations, autonomie sécuritaire, réserves et autonomie décisionnelle, et cette moyenne est plafonnée à 2,5 dès que deux sous-indicateurs au moins sont à 2 ou moins.
Un pays peut donc être solide sur trois critères sans que cela rachete deux dépendances lourdes.
Les points d'attention assumés : les recettes gazières encaissées par l'État en 2026 ne font l'objet d'aucune publication isolée, la loi de finances rectificative ne les détaillant pas ; l'issue des négociations de l'accord de pêche n'était pas connue à la date d'arrêt, à deux mois de son expiration.
Par ailleurs, il n'existe aucun recensement officiel des personnes en situation d'esclavage : la dernière estimation indépendante date de 2023 et porte sur des données de 2021. Et l'indice de pauvreté multidimensionnelle publié en 2025 repose sur une enquête de 2019-2021 : le chiffre est à jour comme publication, ancien comme mesure.
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La Mauritanie tient un pari que peu de ses voisins sahéliens peuvent revendiquer : quatorze années sans le moindre attentat terroriste sur son sol, quand le Mali, le Burkina Faso et le Niger s’enfoncent dans la spirale jihadiste. Cette exception sécuritaire, bâtie sur une réforme militaire profonde, une contre-offensive théologique et environ 17 % du budget de l’État consacrés ensemble à la Défense et à l’Intérieur en 2026, a fait de Nouakchott une référence citée aussi bien par l’OTAN que par l’Union africaine.
Ce crédit sécuritaire a nourri une ascension diplomatique sans rapport avec la taille de l’économie : présidence tournante de l’Union africaine en 2024, médiation reconnue entre Rabat et Alger, rôle d’arbitre dans plusieurs crises continentales. Dans le même temps, le pays engage un vrai basculement énergétique, avec le démarrage en 2025 du champ gazier Grand Tortue Ahmeyim, partagé avec le Sénégal.
Mais sur le plan intérieur, la réélection du président Ghazouani en juin 2024 n’a pas provoqué de rupture institutionnelle, et les fractures structurelles restent entières. L’indice de perception de la corruption de Transparency International stagne à 30/100, l’indice de Gini de la Banque mondiale n’a plus été actualisé depuis 2014, et l’esclavage héréditaire, pourtant qualifié de crime contre l’humanité par la loi de 2015, continue de toucher la communauté haratine selon l’ONU et les organisations locales. La Mauritanie sécurise mieux son désert qu’elle ne partage sa richesse.
Nouakchott parle plus grand que son économie ne pèse. La présidence de l’Union africaine en 2024, le rôle de médiateur entre Rabat et Alger, la position de pilier antiterroriste reconnue par Washington et l’OTAN : tout cela s’appuie sur un PIB d’environ 11 milliards de dollars, comparable à celui d’une agglomération moyenne des pays riches.
Cette tension traverse toute la politique étrangère du pays. Le crédit diplomatique et religieux a pris une avance considérable sur la base économique et industrielle qui, seule, pourrait le rendre durable au-delà du mandat personnel d’un président. Signe de cette fragilité : la liberté de la presse s’est dégradée sur la période, passant de la 33e à la 61e place au classement mondial de RSF entre 2024 et 2026, alors même que le pays engrangeait ses succès diplomatiques les plus visibles.
| Pays | Produits | Montant |
|---|---|---|
| Chine | Minerai de fer, or | ~715 M$ |
| Suisse | Or (négoce et raffinage) | ~612 M$ |
| Espagne | Produits de la pêche, fer | ~335 M$ |
| Japon | Minerai de fer | ~308 M$ |
| Allemagne | Minerai de fer, cuivre | ~194 M$ |
| Pays | Produits | Montant |
|---|---|---|
| Chine | Machines, équipements | ~829 M$ |
| Corée du Sud | Navires, équipements | ~642 M$ |
| Émirats arabes unis | Produits pétroliers raffinés | ~293 M$ |
| Norvège | Navires | ~275 M$ |
| France | Biens d’équipement, pharmacie | ~219 M$ |
La note globale est la somme pondérée de neuf piliers évalués chacun sur cinq points : économie et finance, industrie et technologie, démographie et capital humain, diplomatie et influence, énergie et ressources, défense et sécurité, innovation et savoir, gouvernance et institutions, autonomie stratégique.
Quatre piliers pèsent 13,5 % chacun, quatre pèsent 9 %, l’autonomie stratégique 10 %. La somme donne ici 2,590, arrondie à 2,6 ; c’est la note affichée qui détermine le niveau qualitatif.
L’échelle mesure la capacité à absorber un choc et à préserver une liberté d’action, non la richesse du sous-sol ni la performance de croissance.
Un pilier bien noté n’est pas un pilier riche : c’est un pilier qui tient sans béquille.
Données arrêtées au 13 septembre 2026, révisé le 15 septembre 2026.
Révision éditoriale du 15 septembre 2026 : liens de sources corrigés, et mise en page reprise pour la lecture sur téléphone. La fenêtre d’observation n’est pas étendue et aucune note ne bouge. La révision précédente, arrêtée à la mi-2026, donnait 2,7 : quatre piliers ont été abaissés sur des faits datés, économie, diplomatie, défense et gouvernance.
I · Économie et finance
II · Industrie et technologie
III · Démographie et capital humain
La route atlantique vers les Canaries se mesure : huit pirogues interceptées et 1,076 migrants secourus au large des côtes mauritaniennes en dix jours à partir du 28 mai 2026, et au moins 1,214 morts sur cette route en 2025 selon l'Organisation internationale pour les migrations. Le pays est devenu le laboratoire de l'externalisation européenne, et le dispositif s'est encore renforcé début septembre, les arrivées aux Canaries diminuant d'autant.
IV · Diplomatie, influence et information
V · Énergie et ressources
La chaleur pèse directement sur l'outil de production : 6,800 travailleurs de la ligne ferroviaire du minerai de fer entre Zouérate et Nouadhibou affrontent des températures supérieures à 40 degrés, dans une région où le mercure a oscillé entre 40 et 50 degrés lors de la saison chaude 2024.
VI · Défense et sécurité
VII · Innovation et savoir
VIII · Gouvernance et institutions
IX · Autonomie stratégique
Ce que l’histoire en dit
Les émirats du Trarza, du Brakna, de l’Adrar et du Tagant ont organisé des hiérarchies inégales entre guerriers, lettrés, tributaires, artisans et personnes asservies. L’esclavage, aboli en 1981, n’est criminalisé qu’en 2007, et ses sanctions renforcées en 2015 ; l’histoire longue de la Mauritanie montre que les lois ne suffisent pas à défaire les dépendances sociales. Un désert mieux sécurisé que sa richesse n’est partagée : le verdict de 2026 a des racines anciennes.
Le pays sur SAPERE · Mauritanie
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