Maroc : trois légitimités superposées

Une couronne au sommet, un écu à l'étoile verte au centre, un verset du Coran sur le ruban : ce sont les signes que le Maroc s'est donnés dix-sept mois après son indépendance.

Origine des armoiries

14 août 1957

Armoiries du royaume du Maroc : un écu rouge portant un soleil sur fond bleu, une bande verte à losanges et une étoile verte à cinq branches, surmonté de la couronne royale, tenu par deux lions, au-dessus d'un ruban portant un verset du Coran

Les armoiries du royaume du Maroc

Le blason marocain ne sépare pas le souverain, le pays et la foi : il les superpose.

Repères • Un blason de 1957 Méthode

Une correspondance, pas un jugement

Quatre éléments composent l'emblème et fournissent les quatre temps de la lecture : la couronne, l'écu, les deux lions qui le tiennent, et le verset inscrit sur le ruban.

Le classement retenu ici porte sur un seul point : la correspondance entre l'emblème et l'architecture constitutionnelle du pouvoir. Elle est forte. La Constitution de 2011 fait du roi le chef de l'État, le Commandeur des croyantsTraduction d'Amir al-Mouminine, titre religieux du souverain. L'article 41 de la Constitution de 2011 dispose que le roi, Commandeur des croyants, veille au respect de l'islam et garantit le libre exercice des cultes., le chef suprême des Forces armées royales, et celui qui nomme le chef du gouvernement au sein du parti arrivé en tête.

Ce constat ne dit rien de la qualité du régime ni de ses résultats économiques ou sociaux. Et le blason livre une lecture, pas une preuve.

La Couronne · La dynastie Dynastie

Une couronne qui porte l'étoile

Au sommet, la couronne royale en or, ornée de perles rouges et vertes, et surmontée d'une petite étoile à cinq branches. La couronne occupe le sommet de la composition et donne immédiatement sa tonalité monarchique à l'ensemble. C'est celle de la dynastie alaouiteFamille régnante du Maroc. Moulay Rachid réunifie le pays sous son autorité entre 1664 et 1669. Elle se dit chérifienne, c'est-à-dire descendante du Prophète par sa fille Fatima et Ali., qui règne sur le Maroc depuis le XVIIe siècle.

La même année, un mot change. En 1957, Mohammed V abandonne le titre de sultan pour celui de roi, au moment où le Maroc indépendant se redéfinit comme État moderne. La Constitution de 2011 en tire la règle : la couronne du Maroc est héréditaire et se transmet de père en fils, par ordre de primogéniture, dans la descendance de Mohammed VI.

C'est là que le Maroc se sépare d'autres royaumes du continent. Au Lesotho, le roi règne sans gouverner. Au Maroc, la Constitution fait du roi le chef de l'État : la couronne du dessin renvoie à une fonction, pas seulement à un rang.

L'Écu · Le royaume mis en image Territoire

Un soleil, une bande, une étoile

Sur le champ rouge de l'écu, un demi-soleil d'or rayonne sur un ciel bleu. Sous lui court une bande verte courbe, faite de losanges d'or et d'argent qui se tiennent par les pointes. Les présentations courantes y lisent les chaînes du Haut Atlas et du Moyen Atlas : c'est une lecture reçue, le dessin, lui, ne montre pas de montagne.

Le soleil entre naturellement en résonance avec le nom arabe du pays, al-Maghrib, « le Couchant ». Rien dans les sources consultées n'établit que ce rapprochement ait guidé le dessinateur ; il reste une résonance, pas une intention.

Au centre, l'étoile verte à cinq branches, le sceau de SalomonNom donné au Maroc à l'étoile verte à cinq branches (khatam Sulaymane). Le dahir du 17 novembre 1915 l'ajoute au centre du drapeau rouge.. Le sultan Moulay Youssef l'a placée sur le drapeau rouge par un dahirActe signé par le souverain marocain, qui a force de loi. Le terme désigne aussi bien les décisions de l'époque du sultanat que celles de la monarchie actuelle. du 17 novembre 1915, sous le protectoratRégime de tutelle établi par la France en 1912 et par l'Espagne dans le nord et le sud du pays. Il prend fin avec l'indépendance, reconnue par la France le 2 mars 1956 et par l'Espagne le 7 avril 1956.. La Constitution de 2011 l'écrit en toutes lettres : « L'emblème du Royaume est le drapeau rouge frappé en son centre d'une étoile verte à cinq branches. » L'écu reprend donc le signe national.

Les Lions · Les tenants de l'écu Tenants

Deux lions, deux regards

Deux lions dressés tiennent l'écu de part et d'autre. Ils ne sont pas dessinés de la même façon : celui de gauche est de profil, la gueule ouverte ; celui de droite fait face au spectateur.

Dans le vocabulaire héraldique, où c'est la position de la tête qui nomme l'animal, celui de droite est un léopard lionné, d'où les descriptions qui parlent d'« un lion et un léopard ». Les présentations courantes les rattachent au lion de l'Atlas, disparu à l'état sauvage au Maroc dans les années 1940.

En héraldique, on appelle tenants les figures placées de part et d'autre de l'écu. Ils le soutiennent sans occuper le centre de la composition. Rien dans le dessin ne permet d'en faire l'image d'une armée.

Le Verset · La légitimité religieuse Foi

Une devise qui n'est pas celle de la Constitution

Sur le ruban du bas, un verset du Coran (sourate 47, verset 7) : « Si vous faites triompher la cause de Dieu, Il vous fera triompher. » La phrase est en arabe, sans traduction, et elle ne nomme ni le roi ni le pays.

Elle n'est pas la devise officielle du royaume. L'article 4 de la Constitution en donne une autre : « Dieu, la Patrie, le Roi ». Les trois termes se retrouvent pourtant sur l'emblème : Dieu dans le verset, le royaume dans l'écu, le roi dans la couronne.

Là où la Mauritanie voisine inscrit l'islam dans le nom même de la République, la Constitution marocaine relie explicitement l'autorité religieuse du souverain à sa qualité de Commandeur des croyants.

Synthèse SAPERE : trois registres, un seul écu

Les armoiries marocaines articulent trois registres : dynastique, territorial et religieux. Ce qui frappe n'est pas ce qu'elles excluent, mais la manière dont ces trois dimensions se superposent sur un même objet. La devise constitutionnelle « Dieu, la Patrie, le Roi » reprend aujourd'hui ces mêmes trois registres.

L'emblème adopté en 1957 ne comporte aucun signe spécifique renvoyant aux territoires sahariens devenus ensuite centraux dans la diplomatie marocaine. Il ne porte pas non plus de signe explicitement amazigh. L'emblème de 1957 appartient à un autre moment de la construction symbolique de l'État : c'est la Constitution de 2011 qui a fait de l'amazighe une langue officielle. Ce sont des constats sur un dessin daté, pas des messages.

À chaque élection législative, comme celle du 23 septembre 2026, les Marocains choisissent une majorité ; ils ne touchent à aucun des trois registres de l'écu. La compétition électorale s'inscrit dans un cadre où le roi conserve des compétences constitutionnelles majeures.

Repères d'évolution

1664 – 1669

Moulay Rachid réunifie le Maroc sous l'autorité de la dynastie alaouite, qui règne depuis.

17 novembre 1915

L'étoile verte à cinq branches est placée au centre du drapeau rouge.

2 mars 1956

La France reconnaît l'indépendance du Maroc ; l'Espagne suit le 7 avril.

14 août 1957

Adoption des armoiries du royaume, sous Mohammed V.

23 juillet 1999

Mohammed VI accède au trône à la mort de son père, Hassan II. L'emblème n'est pas modifié.

29 juillet 2011

Promulgation de la Constitution en vigueur.

Septembre – octobre 2025

Manifestations du collectif GenZ 212 pour la santé et l'éducation. Human Rights Watch fait état de trois morts et de près de 1,000 arrestations.

23 septembre 2026

Élections législatives : 395 sièges, 15,801,162 inscrits, soit environ 2,180,000 de moins qu'en 2021.


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