Qui croit quoi, et pourquoi la religion pèse sur le pouvoir ?
Sunnite, chiite, maronite, druze : ces mots reviennent dans tous les récits de guerre du Moyen-Orient, sans qu’on dise jamais ce qu’ils recouvrent. Cette planche les remet à plat, pays par pays, et montre où vivent ces populations. Elle défend surtout une idée : la religion ne suffit pas à expliquer ces guerres, et elle n’en est pas non plus un simple prétexte. Elle devient une ligne de fracture quand des institutions, un territoire et des soutiens étrangers lui donnent des conséquences matérielles.
L’islam, deux branches depuis l’an 632
À la mort du prophète, les musulmans se divisent sur la question de sa succession. C’est l’origine du partage entre sunnites et chiites, mais pas encore sa forme achevée : les deux traditions ne se constituent en doctrines distinctes que progressivement, sur plusieurs siècles.
Les sunnites forment environ neuf musulmans sur dix dans le monde. Les chiites sont majoritaires en Iran et en Irak, et généralement estimés majoritaires parmi les citoyens de Bahreïn.
Le chiisme a lui-même des branches : duodécimain en Iran, en Irak et au Liban, zaydite au Yémen.
Les autres appartenances de ces infographies
Combien, et où : les proportions pays par pays
Parts de population, estimations. Sources : CIA World Factbook pour les pays arabes, l’Iran et le Koweït ; Bureau central des statistiques israélien, décembre 2023, pour Israël.
Bahreïn est gouverné depuis 1783 par la dynastie sunnite des Al Khalifa, alors que ses citoyens sont généralement estimés majoritairement chiites. Ceux-ci sont fortement sous-représentés dans la police et l’appareil de sécurité, et le pays a connu en 2011 une contestation réprimée avec l’aide militaire de ses voisins du Golfe.
La part exacte des chiites y est disputée, entre 45 et 70 % selon les sources. Ce désaccord fait partie du sujet : les naturalisations d’étrangers sunnites y sont accusées de modifier l’équilibre, et compter devient un acte politique. Retenez le rapport, pas le pourcentage.
Le cas libanais : quand l’État distribue le pouvoir par confession
Cette répartition date du Pacte national de 1943 et repose sur un recensement de 1932, jamais refait depuis. Elle n’invente pas le partage confessionnel du pouvoir : des institutions de représentation confessionnelle existaient déjà dans le Mont-Liban ottoman, et la Constitution de 1926 en portait le principe.
Elle a figé une photographie démographique vieille de plus de quatre-vingt-dix ans. Les chiites, longtemps la communauté la plus pauvre et la moins écoutée, sont aujourd’hui généralement considérés comme la communauté la plus nombreuse, sans que l’attribution des trois postes change.
Les accords de Taëf, conclus en 1989 et qui organisent la sortie de la guerre civile, ont bien rééquilibré le Parlement à parts égales entre chrétiens et musulmans, et transféré l’essentiel des pouvoirs du président au conseil des ministres. Mais aucun recensement n’a été refait, et les trois présidences sont restées attribuées de la même façon.
Cet écart ne suffit pourtant pas à expliquer l’apparition du Hezbollah, et il serait commode de s’y arrêter. Le mouvement se forme au début des années 1980, en pleine guerre civile, dans un contexte déjà marqué par la mobilisation politique chiite, auquel s’ajoutent trois facteurs décisifs : la révolution iranienne de 1979, l’invasion israélienne de 1982, et l’envoi de cadres et d’argent par Téhéran.
Ce qui vient ensuite n’est plus sa formation mais sa consolidation : l’occupation du Sud-Liban lui permet de construire une légitimité de résistance à l’occupation, qui survivra au retrait israélien de 2000. Un déséquilibre démographique ne produit pas un mouvement armé ; il peut contribuer à en fournir le terrain.
Le mécanisme, en cinq temps
Aucune de ces étapes ne découle mécaniquement de la croyance. Une institution peut être religieuse, une mobilisation peut se sacraliser, un parrain étranger peut choisir son protégé par proximité doctrinale. Mais la croyance seule ne produit aucune des quatre étapes suivantes : l’appartenance ne devient politiquement décisive que lorsque des institutions lui attachent des droits, des ressources ou des protections.
Populations totales, toutes confessions confondues
Nations unies, Perspectives de la population mondiale, révision de 2024, chiffres au milieu de 2025. Pour Israël, Bureau central des statistiques israélien, janvier 2026. Israël en rouge : c’est le « 1 » des rapports de nombre ci-dessous.
Le rapport de nombre, selon ce que l’on compte
Sur ces 383 millions, 130 vivent dans deux pays qui ont signé la paix avec Israël : l’Égypte en 1979, la Jordanie en 1994. Les monarchies sunnites du Golfe se comptent d’abord contre l’Iran, quand l’Iran chiite arme un mouvement palestinien sunnite : les alignements ne suivent pas la ligne confessionnelle. La masse n’est pas une coalition.
Mais sur la terre disputée, le rapport est de un contre un. Une alliance ou un traité peuvent modifier un rapport de puissance régional ; ils ne font pas disparaître deux populations qui vivent sur le même territoire. C’est pourquoi ce rapport-là commande la question du partage de la terre.
Exclusivité SAPERE. Références : Nations unies, Perspectives de la population mondiale · CIA World Factbook · Bureau central des statistiques israélien · H. Bozarslan, « Une histoire de la violence au Moyen-Orient » (La Découverte, 2008) · Y. Schweitzer (dir.), « Female Suicide Bombers : Dying for Equality ? » (Jaffee Center, 2006) · base de veille SAPERE.
Le Moyen-Orient en infographies Voir l’ensemble de la série→ Le parcours complet en six actes : où l’on est et qui veut quoi, d’où viennent les organisations armées, les terrains où tout se joue, le monde autour, ce qui fait finir une guerre, et le bilan.Similaire
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