Suisse
Forte chez elle, dépendante au-dehors.
9,1 millions d’habitants fin 2025, sur 41,291 km² : à peine plus que la région Centre-Val de Loire. Ce territoire vend au monde entier ses médicaments, ses machines et ses montres, et garde la plus forte capacité d’innovation de la planète. Ses institutions se corrigent, ses finances publiques sont saines, sa monnaie sert de refuge. Mais plus de la moitié de ses ventes hors or vont à l’Union européenne, son premier client pris isolément est américain, et son énergie comme sa défense aérienne dépendent de fournisseurs étrangers. Le défi : garder la liberté de choisir quand les grands voisins fixent les règles.1-4
Institutions, savoir et finances placent la Suisse parmi les pays les plus robustes. Sa croissance lente, son énergie importée et sa défense aérienne inachevée la retiennent sous le haut de l’échelle.
Depuis 2020, l’électricité solaire et le rayonnement progressent. Les naissances reculent et les exportations se concentrent davantage sur l’Union européenne.
Le paquet signé avec Bruxelles en 2026 fixera l’accès au premier marché du pays. Son sort se jouera dans les urnes, à la double majorité du peuple et des cantons. Entre la mi-août et la fin septembre, 46 % de la population se dit favorable à un rapprochement avec l’Union, contre 60 % des dirigeants.
Inventer chez soi, vendre chez les autres
La Suisse invente et fabrique des produits chers, qu’elle vend surtout à l’Europe et aux États-Unis. En retour, elle achète son pétrole, son gaz et ses armes. Ses revenus dépendent donc de règles commerciales que d’autres écrivent.4-7
Le poids et les marges
Deux grands clients, une filière dominante
| Rang | Pays ou économie | Ce qu’il achète | Part |
|---|---|---|---|
| 1 | États-Unis | Produits pharmaceutiques ; Horlogerie | 19,2 % |
| 2 | Allemagne | Produits pharmaceutiques ; Chimie organique | 15,8 % |
| 3 | Slovénie | Chimie organique ; Produits pharmaceutiques | 9,5 % |
| 4 | Italie | Chimie organique ; Produits pharmaceutiques | 7,3 % |
| 5 | Chine | Produits pharmaceutiques ; Machines | 5,1 % |
| Rang | Pays ou économie | Ce qu’il vend | Part |
|---|---|---|---|
| 1 | Allemagne | Produits pharmaceutiques ; Véhicules | 24,8 % |
| 2 | Slovénie | Produits pharmaceutiques ; Chimie organique | 11,4 % |
| 3 | Italie | Produits pharmaceutiques ; Machines | 10,2 % |
| 4 | Chine | Appareils électriques ; Machines | 8,0 % |
| 5 | France | Combustibles et énergie ; Véhicules | 6,2 % |
Ce qui a changé depuis 2020
Ce qui tient, ce qui retient
Vue d’ensemble : niveaux et tendances depuis 2020+
Niveaux sans pilier : Fragile et dépendant, Défaillance critique.
IÉconomie et financeRésilient sous contrainte→Des marges exceptionnelles, une croissance lente.+
En 2025, l’économie grandit de 1,6 % selon l’Office fédéral de la statistique.
Les prix n’augmentent que de 0,2 % sur l’année.
La dette publique se tient autour de 40 % du PIB, et ses intérêts coûtent moins de 1 % des recettes de l’État.
Fin 2025, les réserves de change couvrent environ treize mois d’importations.8-18
Quand un seul critère du haut de l’échelle manque, ici la croissance, et qu’aucune autre fragilité n’apparaît, le pilier se classe entre 3,0 et 3,9.
3,6. Peu de pays ont des marges pareilles ; une croissance faible depuis trois ans retient la note au milieu de la bande.
IIIndustrie et technologieSolidement ancré→Une industrie de pointe, très concentrée sur la chimie et la pharmacie.+
L’industrie manufacturière pèse 18,9 % de l’économie en 2025, autant qu’en 2020.
En 2024, la haute technologie fait 29,6 % des exportations industrielles.
La chimie et la pharmacie font 53 % des exportations hors or en 2025.
Depuis le 24 juillet 2026, Washington taxe les produits suisses jusqu’à 12,5 %.4-5,19-21
Une industrie diversifiée, avec ses champions, plus de 20 % de haute technologie et la capacité de concevoir et de breveter, se classe entre 4,0 et 5,0.
4,1. Le haut de l’échelle est atteint, mais à sa limite : une seule filière fait plus de la moitié des ventes.
IIIDémographie et capital humainRésilient sous contrainte↘Un capital humain de premier rang, une population qui vieillit.+
En 2025, 46,2 % des 25-64 ans ont un diplôme du supérieur.
En 2025, les élèves de 15 ans obtiennent 501 points en sciences, contre 482 en moyenne dans l’OCDE.
La fécondité tombe à 1,28 enfant par femme en 2025.
Fin 2025, les 65 ans et plus sont aussi nombreux que les moins de 20 ans.1,22-25
Un pays qui vieillit n’atteint le haut de l’échelle que si son vieillissement est durablement compensé. Sinon, s’il investit réellement dans la formation, il se classe entre 3,0 et 3,9.
3,6. Le capital humain est parmi les meilleurs du monde. L’immigration compense le vieillissement, mais en juin 2026 près de la moitié des votants a voulu la plafonner : la compensation existe, elle n’est pas encore durable.
IVDiplomatie, influence et informationRésilient sous contrainte↗Une voix sans alliance, portée par Genève et les bons offices.+
En avril 2026, Kinshasa et le M23 signent près de Montreux un accord d’étape sur la trêve.
Le 27 septembre 2026, 70,2 % des votants refusent d’inscrire une neutralité stricte dans la Constitution.
SWI swissinfo.ch informe le public étranger en dix langues.
En 2026, Brand Finance classe la Suisse 7e mondiale pour son influence, avec 63,2 sur 100.26-32
Une influence régionale réelle, quelques leviers exploités et au moins un média qui porte au-delà des frontières classent le pilier entre 3,0 et 3,9.
3,6. La Suisse est écoutée et sollicitée ; sans alliance, elle accueille les négociations plus qu’elle ne les conduit.
VÉnergie et ressourcesSous tension structurelle↗Une électricité propre et fiable, une énergie achetée dehors.+
En 2025, l’eau produit 55,5 % de l’électricité, l’atome 27,2 %, le soleil 11,8 %.
Sur l’année, les achats et les ventes de courant à l’étranger s’équilibrent.
Pétrole, gaz et combustible nucléaire venus de l’étranger font 69,4 % de l’énergie consommée.
L’accord sur l’électricité avec l’Union européenne n’est pas encore ratifié.6,33-35
Quand l’énergie doit être achetée dehors en quantité significative, le pilier se classe entre 2,5 et 2,9.
2,9, le haut de la bande. Le courant arrive sans coupure ; c’est le carburant et le chauffage qui viennent d’ailleurs.
VIDéfense et sécuritéRésilient sous contrainte→Un territoire tenu, une défense aérienne en retard.+
Aucune insurrection ni zone hors de contrôle sur le territoire.
En 2025, la défense reçoit 0,76 % du PIB, selon l’institut suédois SIPRI.
Le 8 septembre 2026, une commission du Parlement établit qu’aucun prix fixe n’a été convenu pour les F-35.
Les missiles Patriot commandés aux États-Unis arriveront avec quatre à cinq ans de retard.7,36-40
Le haut de l’échelle exige une armée professionnelle et des moyens en service, pas seulement commandés. Un territoire tenu, sans conflit interne et sous un commandement unique, se classe entre 3,0 et 3,9.
3,7. Le territoire est sûr ; la capacité de le défendre seul dans les airs reste à construire.
VIIInnovation et savoirSolidement ancré→La chaîne complète du savoir, de l’école polytechnique à l’usine.+
En 2026, l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle classe la Suisse première sur 139 économies.
C’est la seizième année consécutive.
En 2023, la recherche absorbe 3,2 % du PIB, soit 25,9 milliards de francs.41-44
Former des chercheurs, financer leurs laboratoires, protéger ce qu’ils trouvent, le fabriquer et le vendre au-delà des frontières : cette chaîne complète classe le pilier entre 4,0 et 5,0.
4,7. Rares sont les pays qui tiennent chaque maillon ; la Suisse les tient tous, avec des chercheurs venus du monde entier.
VIIIGouvernance et institutionsSolidement ancré→Des institutions qui corrigent leurs propres erreurs.+
En 2026, Freedom House accorde 96 sur 100 à la Suisse.
En 2026, Reporters sans frontières classe sa presse 8e sur 180.
Le peuple peut défaire une loi par référendum et vote plusieurs fois par an.
En 2023, la chute de Credit Suisse a montré les limites de la surveillance bancaire.7,45-49
Quand la justice tranche, que la presse enquête, que l’alternance passe par les urnes et que l’administration délivre partout, dans la durée, le pilier se classe entre 4,0 et 5,0.
4,4. Les institutions tiennent et se corrigent ; la finance et les grands achats publics restent leurs points faibles.
IXAutonomie stratégiqueRésilient sous contrainte↘Une souveraineté réelle, adossée à deux marchés dont elle dépend.+
L’État vit d’impôts variés, sans rente qui dicte ses choix.
Fin 2025, les réserves couvrent environ treize mois d’importations.
En 2025, l’Union européenne achète 52,6 % des marchandises exportées hors or.
En 2025, Washington impose 39 % de droits avant de les réduire contre des promesses d’investissement.4-5,13,30,50-51
La note est la moyenne de cinq critères, plafonnée à 2,5 si deux d’entre eux sont à 2 ou moins ; un débouché qui dépasse la moitié des exportations interdit au critère des exportations la note de 4.
3,8. Recettes 5, exportations 3, sécurité 3, réserves 5, liberté de décision 3 : aucun plafond. La Suisse choisit, mais dans un cadre que deux grands marchés fixent.
Une solidité qui dépend des autres
Les institutions se corrigent elles-mêmes
Le peuple peut défaire une loi, le Parlement enquête sur le gouvernement, les tribunaux tranchent. Après la chute de Credit Suisse, les règles bancaires se durcissent ; après l’affaire du prix des F-35, une commission établit les responsabilités.7 Les erreurs ne disparaissent pas, mais elles deviennent publiques et finissent par être réparées. C’est la protection la plus durable du pays.
Le savoir devient produit, et le produit s’exporte
Les écoles polytechniques, les laboratoires des grands groupes et des milliers de petites entreprises forment une chaîne rare : on y invente, on y brevette, on y fabrique.41 Cette chaîne permet de vendre cher des produits que peu de concurrents savent faire, des médicaments aux instruments de précision. Elle tient tant que les chercheurs du monde entier veulent venir y travailler.
Un coussin financier hors norme
Une dette publique modérée, des intérêts minimes et des réserves de change parmi les plus élevées du monde donnent à l’État et à la banque centrale de quoi absorber un choc.11,14 Le franc sert de refuge quand le monde s’inquiète. Ce refuge a un prix : il renchérit les produits suisses vendus à l’étranger.
Une voix écoutée sans alliance
Genève accueille les organisations internationales, et la Suisse prête son territoire et ses diplomates aux négociations entre adversaires.29 En 2026, le peuple refuse de restreindre cette diplomatie à une neutralité figée.30 Reste à convertir cet accueil en influence propre, quand d’autres conduisent les médiations.
Une filière et deux marchés tiennent les revenus
La chimie et la pharmacie font plus de la moitié des exportations hors or ; l’Union européenne en achète plus de la moitié, les États-Unis près d’un cinquième.4 Quand Washington taxe ou que Bruxelles change ses normes, le pays subit une décision qu’il ne prend pas. En 2025, la menace de droits à 39 % a suffi à obtenir des promesses d’investissement.5
Le ciel et le réseau restent à défendre
L’armée tient le territoire, mais la défense aérienne dépend de deux achats américains en difficulté : des F-35 sans prix garanti et des Patriot livrés avec des années de retard.7,38 Le renseignement juge la situation sécuritaire dégradée. Une neutralité qui ne peut pas protéger son ciel doit compter, en cas de crise, sur celui des voisins. Les drones et le cyber, vers lesquels le Conseil fédéral réoriente ses dépenses, prolongent la même faille à basse altitude et sur les réseaux.57
Un pays qui vieillit et dépend du travail venu d’ailleurs
Les naissances reculent et les plus de 65 ans égalent désormais les moins de 20 ans.1,22 Les hôpitaux, les laboratoires et les chantiers tiennent grâce aux étrangers et aux frontaliers. En juin 2026, une initiative pour plafonner la population a convaincu près de la moitié des votants : la réponse au vieillissement est aussi une source de conflit politique.25
Le carburant et l’hiver viennent de l’étranger
L’électricité est produite sur place, mais le pétrole, le gaz et le combustible nucléaire sont importés. L’hiver, le pays achète du courant à ses voisins sans être intégré au marché électrique européen.6,35 L’accord sur l’électricité avec l’Union européenne, renvoyé à plus tard par le Conseil des États, en est la clé.32
Ce qui peut empêcher le pays de mobiliser ses forces
L’érosion de l’accès réglementaire au marché européen
Le marché européen reste ouvert aux produits suisses, mais certaines reconnaissances techniques ne suivent plus l’évolution de ses règles. Pour l’instant, cela coûte. À terme, cela pourrait déplacer une partie de la production hors de Suisse.
Ce qui en ferait un verrou : des investissements ou des productions déplacés hors de Suisse pour des raisons réglementaires documentées.
L’accord sur l’électricité relève d’un dossier distinct, qui suit sa propre procédure parlementaire.61
Qui décide, qui peut peser
À l’intérieur
Le Conseil fédéral, sept ministres de quatre partis, gouverne collégialement ; le Parlement vote les lois ; le peuple et les cantons ont le dernier mot sur les grands choix. Ce partage rend les décisions lentes mais solides : une réforme adoptée a déjà traversé ses adversaires.25,30
À l’extérieur
L’Union européenne fixe le cadre du premier marché et de l’électricité ; les États-Unis sont le premier client et le fournisseur des armes ; l’Allemagne est le premier fournisseur. Ces trois rôles ne se confondent pas, et aucun ne se remplace aisément.5,31,52
Plus un acteur est proche du centre, plus son emprise est forte ; l’épaisseur du trait suit le nombre de points.
- 🇪🇺Union européenneforte
- Marché
- Normes
- Électricité
Premier débouché, avec plus de la moitié des exportations hors or, et premier fournisseur ; le paquet d’accords signé en 2026 doit encore passer devant le peuple.
Limite Sans accord sur l’électricité, Swissgrid reste hors du couplage des marchés. Douanes · Accords · Swissgrid
- 🇺🇸États-Unisforte
- Marché
- Armement
- Capital
Premier client pris isolément ; droits plafonnés à 12,5 % depuis juillet 2026, sans accord contraignant ; fournisseur des F-35 et des Patriot. Les groupes américains détiennent 40 % des investissements étrangers en Suisse, selon leur propriétaire final. SECO · F-35 · BNS
- 🇩🇪Allemagnenotable
- Fournisseur
- Industrie
Premier fournisseur, avec un quart des importations hors or, et deuxième client. Ses véhicules et ses machines alimentent l’industrie suisse. Ce lien commercial ne s’accompagne pas d’un levier politique propre. Comtrade
- 🇨🇳Chinemodérée
- Fournisseur
- Marché
Cinquième client et quatrième fournisseur hors or, liée à la Suisse par un accord de libre-échange depuis 2014. Ses appareils électriques et ses machines remplacent difficilement ceux d’ailleurs à court terme. Comtrade
- 🇷🇺Russiemodérée
- Menace hybride
Désignée par le renseignement suisse comme la menace la plus aiguë pour l’Europe ; la menace se manifeste par l’espionnage et les cyberattaques. Elle n’exerce aucune emprise économique ou militaire directe sur la Suisse. SRC
- 🇫🇷Francemodérée
- Fournisseur
- Travail frontalier
Cinquième fournisseur, sixième client ; une part du personnel des hôpitaux et des entreprises de Genève, de Vaud et de Bâle vient de France chaque jour.
Limite La relation est dense, sans dépendance unilatérale. Comtrade
Les points combinent dépendance technologique, exposition financière, poids commercial et capacité de pression politique. Ils ne mesurent pas seulement le volume des échanges. L’Union européenne est cotée comme un seul acteur, parce qu’elle négocie seule le commerce de ses membres.
Un carrefour alpin qui dépend de ses voisins
Le pays relie le nord et le sud de l’Europe ; ses propres approvisionnements passent par le fleuve et par les lignes de ses voisins.
- Rail
La colonne vertébrale du pays
Un réseau dense et électrifié porte voyageurs et marchandises à travers les Alpes.
- Rhin12 à 15 %des importations passent par les ports de Bâle
La seule sortie vers la mer
Quand le fleuve baisse, le carburant renchérit aussitôt.
53 - Électricité41lignes électriques vers les pays voisins
Un réseau relié, un marché à part
Sans accord avec l’Union européenne, la Suisse reste hors du marché électrique européen.
35 - Place financière
Un franc refuge
Les capitaux affluent dans les crises ; la monnaie monte et les exportateurs en paient le prix.
16
Un capital étranger massif, surtout américain
Les entreprises étrangères ont investi 926 milliards de francs en Suisse, selon la BNS à fin 2024. Beaucoup y installent leur siège européen ou leurs centres de recherche.54
Si l’on remonte aux propriétaires finaux, les groupes américains détiennent 40 % de ce capital, loin devant l’Irlande et l’Allemagne. Cette présence explique la prudence de Berne face à Washington.55
Au cœur de l’Union, sans en être membre
La Suisse est entourée de pays de l’Union européenne, dont elle applique une grande partie des règles par des accords bilatéraux.31,50,52,56
Ce qui changerait la donne
Les Suisses disent oui aux accords avec l’Union
Le peuple et les cantons approuvent les accords de 2026. Les entreprises gardent leur accès au marché européen ; la Suisse, elle, suivra désormais les règles européennes qui le régissent.
Washington signe un accord durable
Un accord commercial contraignant fixe les droits de douane et protège les médicaments. Les exportateurs retrouvent de la visibilité sur leur premier client.
La défense du ciel devient réelle
Les premiers F-35 et une défense sol-air entrent en service avec leurs équipages. La neutralité s’appuie alors sur une capacité propre, au-delà des contrats signés.
L’hiver électrique se passe des voisins
Le solaire, les barrages et l’accord sur l’électricité réduisent les importations d’hiver. Le carburant reste importé, mais le courant ne l’est plus.
La croissance dépasse durablement 2 %
La productivité repart et l’économie retrouve une croissance qui suffit à absorber le vieillissement. La note économique remonterait alors vers le haut de sa bande.
L’industrie élargit sa base
Machines, instruments et technologies nouvelles reprennent du poids face à la pharmacie. Un choc sur une seule filière n’ébranle plus tout le pays.
Trois chemins possibles
Le pays sécurise ses deux marchés
Les accords européens passent devant le peuple, et un accord avec Washington stabilise les droits de douane. La défense aérienne prend forme et le solaire réduit la dépendance d’hiver. La Suisse garde ses atouts et réduit ses failles, sans renoncer à sa neutralité.
La solidité tient, les dépendances demeurent
Institutions, finances et innovation continuent de porter le pays. Les accords européens avancent lentement, sous la menace d’un vote serré. Les droits américains restent un risque négocié d’année en année. Le pays reste parmi les plus robustes, sans maîtriser les règles qui comptent le plus pour lui.
Les deux grands marchés se ferment à la fois
Le peuple refuse les accords européens au moment où Washington relève ses droits sur les médicaments. Les groupes pharmaceutiques déplacent une partie de leur production. Le franc, toujours refuge, aggrave la perte de compétitivité, et la croissance s’arrête.
Solide chez elle, dépendante au-dehors
La grille place la Suisse parmi les pays résilients sous contrainte, et non au sommet, pour trois raisons qu’elle mesure sans les juger : une croissance trop lente pour ses critères, une énergie importée et une armée de milice. Ces trois freins pèsent plus lourd que la qualité de ses institutions et de sa recherche.
La trajectoire dit autre chose que le niveau : les progrès du solaire et du rayonnement compensent à peine le recul des naissances et la concentration des ventes sur l’Union européenne. Le pays ne s’affaiblit pas ; il devient plus dépendant de décisions prises ailleurs.
Le premier fait qui commencerait à démentir la trajectoire centrale serait un refus populaire du paquet d’accords européens, ou des droits américains relevés sur les médicaments au-delà de 15 %.
La Suisse sait fabriquer ce que le monde recherche. Sa faiblesse est de ne pas décider seule des conditions auxquelles le monde l’achète.
Comprendre l'échelle de robustesse, du plus solide au plus fragile+
- Solidement ancré4,0 à 5,0 · Capacités prouvées sur la durée. Le pays absorbe les chocs sans risque de basculement.
- Résilient sous contrainte3,0 à 3,9 · Forces et faiblesses en tension, mais le système tient par ses propres moyens.
- Sous tension structurelle2,5 à 2,9 · Le pilier tient grâce à une béquille : une rente, un partenaire, un corridor. Il cède si elle cède.
- Fragile et dépendant1,5 à 2,4 · Vulnérabilité profonde. La fonction est assurée, mais sans maîtrise réelle des moyens.
- Défaillance critique1,0 à 1,4 · Risque d'effondrement de la fonction. Autorité ou capacité contestée sur l'essentiel.
L'échelle mesure la capacité à encaisser un choc, pas la richesse ni le potentiel. Le niveau de chaque pilier découle mécaniquement de son évaluation sur cinq points, selon les bornes ci-dessus.
Méthodologie et sources+
Ce que le score mesure. Il répond à une seule question : dans quelle mesure le pays peut-il encaisser un choc ? Ni la richesse, ni la croissance, ni la qualité du gouvernement, prises séparément, ne donnent la réponse.
Un pays riche peut avoir un score bas s'il ne tient que par une rente ; un pays moins riche, un score honorable s'il dispose de capacités propres et de dépendances qu'il maîtrise. Une note ne bouge pas sur une impression : il faut un fait daté et vérifiable sur l'un des neuf piliers.
L'échelle, de 1 à 5. De 4,0 à 5,0, solidement ancré : le pays absorbe un choc sans vaciller. De 3,0 à 3,9, résilient sous contrainte. De 2,5 à 2,9, sous tension structurelle : le pays tient par une béquille, et cède si elle cède. De 1,5 à 2,4, fragile et dépendant : la fonction est assurée, mais sans maîtrise des moyens. De 1,0 à 1,4, défaillance critique.
Les notes de pilier. Chaque pilier reçoit une appréciation documentée, posée directement au dixième sur une échelle de cinq : un jugement argumenté, et non le produit d'une formule, sauf pour le pilier IX, dont la note est la moyenne de cinq sous-indicateurs, ramenée à 2,5 au plus dès que deux d'entre eux au moins sont à 2 ou moins. Le calcul du score ne commence qu'ensuite.
Quand une donnée manque. Un pilier qu'aucune source primaire ne documente n'est pas noté, et la fiche le dit. Le total est alors rapporté au poids des piliers réellement notés : une note absente ne compte ni pour ni contre le pays.
Le score perd en couverture, donc en degré de confiance, mais il reste sur la même échelle et avec les mêmes poids que les autres. Au-delà de trois piliers sans note, aucun score n'est calculé. La règle vaut pour toutes les fiches de la série.
Grille SAPERE v3.1. Les neuf piliers sont tous notés. Chaque note est un jugement argumenté, au dixième ; seul le pilier IX se calcule. La fiche, publiée d’abord sous la grille v3, n’a changé que sur l’économie lors de son passage à la v3.1.
Comment on arrive à 3,8. Chaque note est multipliée par son poids, on additionne, puis on arrondit au dixième le plus proche. Les piliers I, II, VI et VIII pèsent chacun 13,5 %, III, IV, V et VII chacun 9 %, IX 10 %.
Pilier IX. A recettes publiques = 5 ; B exportations = 3 ; C sécurité = 3 ; D réserves = 5 ; E liberté de décision = 3. Moyenne : 3,8. Aucun critère n’est à 2 ou moins : pas de plafond. Note du pilier IX = 3,8/5. Règle commune aux fiches de la série : la note du pilier IX est la moyenne arithmétique des cinq sous-indicateurs, plafonnée à 2,5 dès que deux d'entre eux au moins sont à 2 ou moins.
Exportations. Pour un pays qui n’est pas membre de l’Union européenne, l’Union compte comme un seul débouché ; elle dépasse ici la moitié des exportations hors or, ce qui interdit à B la note de 4.
Pilier I. Inflation, dette et réserves atteignent le haut de l’échelle ; seule la croissance reste en deçà. Sans autre fragilité, le pilier se classe entre 3,0 et 3,9, et la note de 3,6 tient compte de la durée de cette faiblesse.
Pilier IV. Pour les pays d’Europe, la flèche suit le score du Global Soft Power Index de Brand Finance, sur 100, comparé entre 2020 et l’édition la plus récente.
Les limites du score et les verrous. Le score est une moyenne pondérée : une bonne note peut en compenser une mauvaise, et le calcul ne mesure pas les dépendances entre piliers.
Chaque fiche recherche donc les verrous documentés qui empêchent ou pourraient empêcher le pays de mobiliser ses forces, et les moyens dont il dispose pour les desserrer. Ce diagnostic éclaire le score sans le modifier. En l’absence de verrou démontré, la fiche le dit.
Les neuf piliers, et ce que chacun pèse. Ils ne comptent pas à égalité : quatre d'entre eux portent à eux seuls 54 % de la note.
La pondération ne récompense pas le prestige d'un domaine, mais sa capacité à entraîner ou à fragiliser les autres : l'économie, l'industrie, la défense et la gouvernance conditionnent le reste. Elle est la même pour toutes les fiches de la série, ce qui rend les scores comparables entre eux.
| Pilier | Le domaine | Poids dans la note |
|---|---|---|
| I | Économie et finance | 13,5 % |
| II | Industrie et technologie | 13,5 % |
| III | Démographie et capital humain | 9 % |
| IV | Diplomatie, influence et information | 9 % |
| V | Énergie et ressources | 9 % |
| VI | Défense et sécurité | 13,5 % |
| VII | Innovation et savoir | 9 % |
| VIII | Gouvernance et institutions | 13,5 % |
| IX | Autonomie stratégique | 10 % |
Ce que mesure chaque pilier
Posséder du pétrole, une armée nombreuse ou une jeunesse abondante est un potentiel. Les neuf piliers regardent ce que le pays sait en faire, c'est-à-dire la différence entre ce qu'il possède et ce qu'il sait faire de ce qu'il possède.
I · Économie et finance
Ce qui est regardé : la croissance, l'inflation, la dette, les réserves, l'accès au crédit. Pourquoi : un État qui ne peut plus emprunter, payer ses fournisseurs ni honorer ses échéances encaisse mal le premier choc venu.
II · Industrie et technologie
Ce qui est regardé : ce que le pays fabrique, transforme et répare lui-même. Pourquoi : exporter une matière première et importer les machines, c'est laisser la valeur se créer ailleurs. L'industrie transforme une ressource en capacité.
III · Démographie et capital humain
Ce qui est regardé : l'école, la santé, l'accès à l'eau, l'emploi, la structure par âge, le départ des compétences. Pourquoi : une jeunesse nombreuse est une force si elle est formée et employée. Sinon elle devient une pression de plus sur l'État.
IV · Diplomatie, influence et information
Ce qui est regardé : les alliances, les médiations, le poids dans les organisations, l'image du pays et sa capacité à faire circuler une information crédible. Pourquoi : tout ne se règle pas par l'argent ou par les armes. Savoir convaincre, négocier et se faire entendre donne des marges qu'un poids économique ne donne pas.
V · Énergie et ressources
Ce qui est regardé : l'accès à l'électricité, la fiabilité du réseau, la dépendance aux carburants importés, le mix énergétique et la maîtrise des ressources stratégiques. Pourquoi : avoir une ressource et pouvoir s'en servir sont deux choses. Un pays peut produire du pétrole et importer son carburant, avoir des barrages et laisser des provinces sans courant.
VI · Défense et sécurité
Ce qui est regardé : le contrôle réel du territoire, y compris dans le cyberespace, l'état du matériel, la logistique, les dépendances extérieures. Pourquoi : une force qu'on ne peut ni ravitailler ni déployer ne protège pas. On mesure une capacité, pas un inventaire.
VII · Innovation et savoir
Ce qui est regardé : la recherche, les universités, les brevets, la formation, le maintien des talents. Pourquoi : acheter une technologie n'est pas la maîtriser. L'industrie sait produire, l'innovation sait inventer.
VIII · Gouvernance et institutions
Ce qui est regardé : l'efficacité de l'administration, l'état de droit, la corruption, les contre-pouvoirs, la continuité des règles, les inégalités et la cohésion sociale. Pourquoi : des ressources ne deviennent de la robustesse que si un État sait les administrer, si ses décisions survivent à ceux qui les prennent, et si la société qu'il gouverne n'est pas fracturée.
IX · Autonomie stratégique
Ce qui est regardé : d'où viennent les recettes publiques, à qui le pays vend, de qui dépend sa sécurité, combien de mois d'importations ses réserves couvrent, et s'il peut refuser une pression extérieure. Pourquoi : aucun pays n'est indépendant. La question est de savoir si ses dépendances se négocient, ou si elles décident à sa place.
Aucun pilier ne suffit seul, et c'est le principe : une économie solide finance une armée, une industrie réduit les importations, de bonnes institutions transforment une rente passagère en infrastructures. À l'inverse, deux ou trois faiblesses profondes peuvent annuler plusieurs atouts.
La tendance portée par chaque pilier ajoute la seconde information. Elle distingue un pays fragile qui se redresse d'un pays mieux noté qui commence à céder.
Le climat n'est pas un dixième pilier : il agit à travers les autres. Une sécheresse touche d'un coup l'agriculture, l'électricité, les comptes publics et la santé.
SAPERE ne demande donc pas « quel pays est le plus puissant ? », mais : si quelque chose se dérègle demain, qu'est-ce qui continue de fonctionner, qu'est-ce qui cède, et de quoi le pays dépend-il pour tenir ?
Limites. Les chiffres les plus récents datent d’octobre 2026 ; les séries plus anciennes gardent leur date. Les échanges de marchandises sont présentés hors or, dont le raffinage gonfle les flux sans mesurer une dépendance. La série de haute technologie change de méthode en 2022. Les longueurs nationales des routes et du rail ne sont pas chiffrées, faute de source officielle à jour consultée. Aucun classement régional n’est donné : la Suisse est la première fiche européenne notée sous cette grille.
Comment lire la trajectoire depuis 2020. Trajectoire depuis 2020 : −1 · Contrasté. Le score de robustesse dit où en est le pays aujourd’hui. La trajectoire dit dans quel sens il évolue depuis 2020.
Pour chacun des neuf piliers, on compare la situation de 2020 à la dernière donnée disponible. Un pilier qui progresse compte +1, un pilier stable 0, un pilier qui recule −1.
Chaque pilier pèse autant que dans le score : l’économie, l’industrie, la défense et la gouvernance comptent davantage que les autres. On additionne, puis on ramène le total sur une échelle qui va de −100 (les neuf piliers reculent) à +100 (les neuf progressent).
Le chiffre indique une direction, pas une vitesse : une petite avancée et une transformation profonde comptent de la même façon. Un résultat proche de 0 peut vouloir dire que rien ne bouge, ou que des progrès et des reculs s’équilibrent ; les flèches de chaque pilier, dans la matrice, le précisent.
Les libellés : à partir de +50, en nette amélioration ; de +15 à +49, en amélioration ; de −14 à +14, stable, ou contrasté quand au moins deux piliers progressent et deux reculent ; de −15 à −49, en dégradation ; à partir de −50, en nette dégradation.
Ici : 2 piliers progressent, 5 sont stables, 2 reculent.
La Suisse dans les deux autres séries SAPERE
Cette fiche mesure. Puissances 2027 raconte la vie politique suisse : qui gouverne, ce que le peuple a tranché en 2026 et ce qui se joue avec l’Union européenne. L’Anatomie de puissance dessine la forme de cette puissance et ses dépendances réciproques avec les grands.
Les références, dans l’ordre du texte
- OFS, population résidante permanente par classe d’âge, 31 décembre 2025
- OFS, statistique de la superficie 2013/18 : superficie totale de la Suisse, 41,291 km²
- Insee, comparateur de territoires, région Centre-Val de Loire : superficie 2022, 39,151 km²
- OFDF, commerce extérieur suisse 2025, total conjoncturel, 29 janvier 2026
- SECO, relations commerciales Suisse-États-Unis, état au 17 août 2026
- OFEN, statistique globale suisse de l’énergie 2025
- Commission de gestion du Conseil national, rapport sur le prix fixe du F-35A, 8 septembre 2026
- Banque mondiale, croissance réelle, série 2020 à 2025
- OFS, première estimation annuelle du PIB 2025, 25 août 2026
- Banque mondiale, inflation moyenne, série 2020 à 2025
- FMI DataMapper, dette brute des administrations publiques
- Banque mondiale, intérêts rapportés aux recettes, série 2020 à 2024
- Banque mondiale, réserves en mois d’importations, série 2020 à 2025
- BNS, réserves monétaires officielles, réserves de devises, fin 2020 à août 2026
- SECO, prévisions conjoncturelles du 17 septembre 2026
- BNS, appréciation de la situation économique et monétaire, 24 septembre 2026
- OFS, indice des prix à la consommation de septembre 2026
- BCE, taux de référence de l’euro, moyennes annuelles et 31 août 2026
- Banque mondiale, industrie manufacturière dans le PIB, série 2020 à 2025
- Banque mondiale, haute technologie dans les exportations manufacturières, série 2020 à 2024
- ONU Comtrade, exportations 2025 par chapitre du Système harmonisé
- OFS, nombre moyen d’enfants par femme, série jusqu’en 2025
- OFS, niveau de formation des 25-64 ans, 2025
- SEFRI et CDIP, résultats suisses de PISA 2025, 8 septembre 2026
- Confédération, résultats officiels de la votation du 14 juin 2026
- Brand Finance, Global Soft Power Index 2026
- Brand Finance, Global Soft Power Index 2020, rapport
- SWI swissinfo.ch, service international de la SSR en dix langues
- SWI swissinfo.ch, accord d’étape près de Montreux entre la RDC et le M23, avril 2026
- Confédération, résultats officiels de la votation du 27 septembre 2026
- DFAE, paquet Suisse-UE, signature du 2 mars 2026
- Parlement, objet 26.023, décisions du Conseil des États du 28 septembre au 1er octobre 2026
- OFEN, consommation d’énergie et bilan électrique 2025, 18 juin 2026
- OFEN, statistique globale suisse de l’énergie 2020
- Swissgrid, prise de position sur l’accord sur l’électricité, 12 septembre 2025
- SIPRI, base des dépenses militaires 1949-2025, version 1.2
- Parlement, crédit additionnel F-35A, vote du Conseil national du 15 septembre 2026
- armasuisse, retard du Patriot annoncé le 6 mars 2026
- Conseil fédéral, défense sol-air de longue portée, 24 juin 2026
- Service de renseignement de la Confédération, La sécurité de la Suisse 2026, 25 juin 2026
- OMPI, Global Innovation Index 2026, 29 septembre 2026
- OMPI, Global Innovation Index 2020
- OFS, recherche et développement en Suisse 2023, 26 juin 2025
- OFS, recherche et développement en Suisse 2021, 25 mai 2023
- Freedom House, Freedom in the World 2026
- RSF, classement mondial de la liberté de la presse 2026
- Transparency International, indice de perception de la corruption 2025
- Transparency International, indice 2020
- Banque mondiale, indice de Gini
- ONU Comtrade, marchandises 2025, exportations par partenaire
- ONU Comtrade, or et métaux précieux (chapitre 71), exportations 2020 et 2025 par partenaire
- ONU Comtrade, marchandises 2025, importations par partenaire
- OFPP, fiche sur les infrastructures critiques, navigation rhénane
- BNS, investissements directs 2024, 12 décembre 2025
- BNS, Direct Investment 2024, tableau des investisseurs par pays
- Natural Earth, contours au 1:110 millions
- Le Temps, Valérie de Graffenried, entretien avec Jacques Pitteloud, 27 octobre 2026
- OFSP, législation sur les dispositifs médicaux : mise à jour de l’accord de reconnaissance mutuelle en suspens
- Swiss Medtech, fabricants suisses traités par l’UE comme ceux d’un pays tiers depuis le 26 mai 2021
- Swissmem, nouveau règlement européen sur les machines : conséquences pour les exportateurs suisses à partir de 2027
- 20 minutes, l’accord sur l’électricité passe de justesse en commission du Conseil des États, 27 octobre 2026
Suisse
9,1 millions d’habitants fin 2025, sur 41,291 km² : à peine plus que la région Centre-Val de Loire. Ce territoire vend au monde entier ses médicaments, ses machines et ses montres, et garde la plus forte capacité d’innovation de la planète. Ses institutions se corrigent, ses finances publiques sont saines, sa monnaie sert de refuge. Mais plus de la moitié de ses ventes hors or vont à l’Union européenne, son premier client pris isolément est américain, et son énergie comme sa défense aérienne dépendent de fournisseurs étrangers. Le défi : garder la liberté de choisir quand les grands voisins fixent les règles.OFS, population résidante permanente par classe d’âge, 31 décembre 2025 · OFS, statistique de la superficie 2013/18 : superficie totale de la Suisse, 41,291 km² · Insee, comparateur de territoires, région Centre-Val de Loire : superficie 2022, 39,151 km² · OFDF, commerce extérieur suisse 2025, total conjoncturel, 29 janvier 2026
Institutions, savoir et finances placent la Suisse parmi les pays les plus robustes. Sa croissance lente, son énergie importée et sa défense aérienne inachevée la retiennent sous le haut de l’échelle.
Depuis 2020, l’électricité solaire et le rayonnement progressent. Les naissances reculent et les exportations se concentrent davantage sur l’Union européenne.
Le paquet signé avec Bruxelles en 2026 fixera l’accès au premier marché du pays. Son sort se jouera dans les urnes, à la double majorité du peuple et des cantons. Entre la mi-août et la fin septembre, 46 % de la population se dit favorable à un rapprochement avec l’Union, contre 60 % des dirigeants.Le Temps, Daniel Gonzalez, sondage MIS Trend, 305 dirigeants et 1,335 personnes, 17 août au 23 septembre 2026
Inventer chez soi, vendre chez les autres
La Suisse invente et fabrique des produits chers, qu’elle vend surtout à l’Europe et aux États-Unis. En retour, elle achète son pétrole, son gaz et ses armes. Ses revenus dépendent donc de règles commerciales que d’autres écrivent. OFDF, commerce extérieur suisse 2025, total conjoncturel, 29 janvier 2026 · SECO, relations commerciales Suisse-États-Unis, état au 17 août 2026 · OFEN, statistique globale suisse de l’énergie 2025 · Commission de gestion du Conseil national, rapport sur le prix fixe du F-35A, 8 septembre 2026
Le poids et les marges
Deux grands clients, une filière dominante
| Rang | Pays ou économie | Ce qu’il achète | Part |
|---|---|---|---|
| 1 | États-Unis | Produits pharmaceutiques ; Horlogerie | 19,2 % |
| 2 | Allemagne | Produits pharmaceutiques ; Chimie organique | 15,8 % |
| 3 | Slovénie | Chimie organique ; Produits pharmaceutiques | 9,5 % |
| 4 | Italie | Chimie organique ; Produits pharmaceutiques | 7,3 % |
| 5 | Chine | Produits pharmaceutiques ; Machines | 5,1 % |
| Rang | Pays ou économie | Ce qu’il vend | Part |
|---|---|---|---|
| 1 | Allemagne | Produits pharmaceutiques ; Véhicules | 24,8 % |
| 2 | Slovénie | Produits pharmaceutiques ; Chimie organique | 11,4 % |
| 3 | Italie | Produits pharmaceutiques ; Machines | 10,2 % |
| 4 | Chine | Appareils électriques ; Machines | 8,0 % |
| 5 | France | Combustibles et énergie ; Véhicules | 6,2 % |
Ce qui a changé depuis 2020
Matrice et justifications
Vue d’ensemble : niveaux et tendances depuis 2020+
La matrice peut défiler horizontalement sur téléphone. Toucher un pilier ouvre sa justification.
Une solidité qui dépend des autres
FORCE 01 · Atout stratégiqueLes institutions se corrigent elles-mêmes
Le peuple peut défaire une loi, le Parlement enquête sur le gouvernement, les tribunaux tranchent. Après la chute de Credit Suisse, les règles bancaires se durcissent ; après l’affaire du prix des F-35, une commission établit les responsabilités. Commission de gestion du Conseil national, rapport sur le prix fixe du F-35A, 8 septembre 2026 Les erreurs ne disparaissent pas, mais elles deviennent publiques et finissent par être réparées. C’est la protection la plus durable du pays.
FORCE 02 · Atout stratégiqueLe savoir devient produit, et le produit s’exporte
Les écoles polytechniques, les laboratoires des grands groupes et des milliers de petites entreprises forment une chaîne rare : on y invente, on y brevette, on y fabrique. OMPI, Global Innovation Index 2026, 29 septembre 2026 Cette chaîne permet de vendre cher des produits que peu de concurrents savent faire, des médicaments aux instruments de précision. Elle tient tant que les chercheurs du monde entier veulent venir y travailler.
FORCE 03 · Atout stratégiqueUn coussin financier hors norme
Une dette publique modérée, des intérêts minimes et des réserves de change parmi les plus élevées du monde donnent à l’État et à la banque centrale de quoi absorber un choc. FMI DataMapper, dette brute des administrations publiques · BNS, réserves monétaires officielles, réserves de devises, fin 2020 à août 2026 Le franc sert de refuge quand le monde s’inquiète. Ce refuge a un prix : il renchérit les produits suisses vendus à l’étranger.
FORCE 04 · Atout à consoliderUne voix écoutée sans alliance
Genève accueille les organisations internationales, et la Suisse prête son territoire et ses diplomates aux négociations entre adversaires. SWI swissinfo.ch, accord d’étape près de Montreux entre la RDC et le M23, avril 2026 En 2026, le peuple refuse de restreindre cette diplomatie à une neutralité figée. Confédération, résultats officiels de la votation du 27 septembre 2026 Reste à convertir cet accueil en influence propre, quand d’autres conduisent les médiations.
FAILLE 01 · ●●●● · StructurelUne filière et deux marchés tiennent les revenus
La chimie et la pharmacie font plus de la moitié des exportations hors or ; l’Union européenne en achète plus de la moitié, les États-Unis près d’un cinquième. OFDF, commerce extérieur suisse 2025, total conjoncturel, 29 janvier 2026 Quand Washington taxe ou que Bruxelles change ses normes, le pays subit une décision qu’il ne prend pas. En 2025, la menace de droits à 39 % a suffi à obtenir des promesses d’investissement. SECO, relations commerciales Suisse-États-Unis, état au 17 août 2026
FAILLE 02 · ●●●● · Moyen termeLe ciel et le réseau restent à défendre
L’armée tient le territoire, mais la défense aérienne dépend de deux achats américains en difficulté : des F-35 sans prix garanti et des Patriot livrés avec des années de retard. Commission de gestion du Conseil national, rapport sur le prix fixe du F-35A, 8 septembre 2026 · armasuisse, retard du Patriot annoncé le 6 mars 2026 Le renseignement juge la situation sécuritaire dégradée. Une neutralité qui ne peut pas protéger son ciel doit compter, en cas de crise, sur celui des voisins. Les drones et le cyber, vers lesquels le Conseil fédéral réoriente ses dépenses, prolongent la même faille à basse altitude et sur les réseaux. Le Temps, Valérie de Graffenried, entretien avec Jacques Pitteloud, 27 octobre 2026
FAILLE 03 · ●●● · StructurelUn pays qui vieillit et dépend du travail venu d’ailleurs
Les naissances reculent et les plus de 65 ans égalent désormais les moins de 20 ans. OFS, population résidante permanente par classe d’âge, 31 décembre 2025 · OFS, nombre moyen d’enfants par femme, série jusqu’en 2025 Les hôpitaux, les laboratoires et les chantiers tiennent grâce aux étrangers et aux frontaliers. En juin 2026, une initiative pour plafonner la population a convaincu près de la moitié des votants : la réponse au vieillissement est aussi une source de conflit politique. Confédération, résultats officiels de la votation du 14 juin 2026
FAILLE 04 · ●●● · StructurelLe carburant et l’hiver viennent de l’étranger
L’électricité est produite sur place, mais le pétrole, le gaz et le combustible nucléaire sont importés. L’hiver, le pays achète du courant à ses voisins sans être intégré au marché électrique européen. OFEN, statistique globale suisse de l’énergie 2025 · Swissgrid, prise de position sur l’accord sur l’électricité, 12 septembre 2025 L’accord sur l’électricité avec l’Union européenne, renvoyé à plus tard par le Conseil des États, en est la clé. Parlement, objet 26.023, décisions du Conseil des États du 28 septembre au 1er octobre 2026
Ce qui peut empêcher le pays de mobiliser ses forces
L’érosion de l’accès réglementaire au marché européen
Le marché européen reste ouvert aux produits suisses, mais certaines reconnaissances techniques ne suivent plus l’évolution de ses règles. Pour l’instant, cela coûte. À terme, cela pourrait déplacer une partie de la production hors de Suisse.
Ce qui en ferait un verrou : des investissements ou des productions déplacés hors de Suisse pour des raisons réglementaires documentées.
L’accord sur l’électricité relève d’un dossier distinct, qui suit sa propre procédure parlementaire. 20 minutes, l’accord sur l’électricité passe de justesse en commission du Conseil des États, 27 octobre 2026
Qui décide, qui peut peser
À l’intérieur
Le Conseil fédéral, sept ministres de quatre partis, gouverne collégialement ; le Parlement vote les lois ; le peuple et les cantons ont le dernier mot sur les grands choix. Ce partage rend les décisions lentes mais solides : une réforme adoptée a déjà traversé ses adversaires. Confédération, résultats officiels de la votation du 27 septembre 2026 · Confédération, résultats officiels de la votation du 14 juin 2026
À l’extérieur
L’Union européenne fixe le cadre du premier marché et de l’électricité ; les États-Unis sont le premier client et le fournisseur des armes ; l’Allemagne est le premier fournisseur. Ces trois rôles ne se confondent pas, et aucun ne se remplace aisément. DFAE, paquet Suisse-UE, signature du 2 mars 2026 · SECO, relations commerciales Suisse-États-Unis, état au 17 août 2026 · ONU Comtrade, marchandises 2025, importations par partenaire
Plus un acteur est proche du centre, plus son emprise est forte ; l’épaisseur du trait suit le nombre de points.
- 🇪🇺Union européenneforte
- Marché
- Normes
- Électricité
Premier débouché, avec plus de la moitié des exportations hors or, et premier fournisseur ; le paquet d’accords signé en 2026 doit encore passer devant le peuple.
Limite Sans accord sur l’électricité, Swissgrid reste hors du couplage des marchés. Douanes · Accords · Swissgrid
- 🇺🇸États-Unisforte
- Marché
- Armement
- Capital
Premier client pris isolément ; droits plafonnés à 12,5 % depuis juillet 2026, sans accord contraignant ; fournisseur des F-35 et des Patriot. Les groupes américains détiennent 40 % des investissements étrangers en Suisse, selon leur propriétaire final. SECO · F-35 · BNS
- 🇩🇪Allemagnenotable
- Fournisseur
- Industrie
Premier fournisseur, avec un quart des importations hors or, et deuxième client. Ses véhicules et ses machines alimentent l’industrie suisse. Ce lien commercial ne s’accompagne pas d’un levier politique propre. Comtrade
- 🇨🇳Chinemodérée
- Fournisseur
- Marché
Cinquième client et quatrième fournisseur hors or, liée à la Suisse par un accord de libre-échange depuis 2014. Ses appareils électriques et ses machines remplacent difficilement ceux d’ailleurs à court terme. Comtrade
- 🇷🇺Russiemodérée
- Menace hybride
Désignée par le renseignement suisse comme la menace la plus aiguë pour l’Europe ; la menace se manifeste par l’espionnage et les cyberattaques. Elle n’exerce aucune emprise économique ou militaire directe sur la Suisse. SRC
- 🇫🇷Francemodérée
- Fournisseur
- Travail frontalier
Cinquième fournisseur, sixième client ; une part du personnel des hôpitaux et des entreprises de Genève, de Vaud et de Bâle vient de France chaque jour.
Limite La relation est dense, sans dépendance unilatérale. Comtrade
Les points combinent dépendance technologique, exposition financière, poids commercial et capacité de pression politique. Ils ne mesurent pas seulement le volume des échanges. L’Union européenne est cotée comme un seul acteur, parce qu’elle négocie seule le commerce de ses membres.
Un carrefour alpin qui dépend de ses voisins
Le rail est la colonne vertébrale du pays : le réseau, dense et électrifié, porte une grande part du transit de marchandises à travers les Alpes. Les longueurs nationales à jour n’ont pas été trouvées dans une source officielle consultée ; elles ne sont donc pas chiffrées ici.
Le Rhin est la seule sortie maritime : selon l’Office fédéral de la protection de la population, les ports rhénans de Bâle traitent 12 à 15 % des importations suisses, et une part importante des produits pétroliers. Une sécheresse qui abaisse le fleuve renchérit aussitôt le carburant. OFPP, fiche sur les infrastructures critiques, navigation rhénane
Le réseau électrique compte 41 lignes transfrontalières. Faute d’accord avec l’Union européenne, la Suisse reste hors du couplage des marchés, et les flux non planifiés que Swissgrid doit corriger sont passés de 17,180 mégawattheures en 2014 à 552,069 en 2024. Swissgrid, prise de position sur l’accord sur l’électricité, 12 septembre 2025
Un capital étranger massif, surtout américain
Fin 2024, les investissements directs étrangers en Suisse atteignent 926 milliards de francs, dont 887 en participations et 39 en prêts entre sociétés d’un même groupe. Les capitaux suisses à l’étranger sont plus élevés encore : 1,340 milliards. BNS, investissements directs 2024, 12 décembre 2025
Le pays qui investit en premier dépend de la façon de compter. Par investisseur immédiat, les Pays-Bas (26 %) et le Luxembourg (15 %) arrivent en tête : ce sont souvent des sociétés relais. Par propriétaire final, les États-Unis détiennent 40 % du stock, l’Irlande 8 %, l’Allemagne 5 %, la France 3 %. BNS, Direct Investment 2024, tableau des investisseurs par pays
Ce capital américain explique en partie la prudence de Berne face à Washington : sièges européens, centres de recherche et fonctions financières sont implantés en Suisse pour servir tout le continent.
Au cœur de l’Union, sans en être membre
La Suisse est entourée de pays de l’Union européenne, dont elle applique une grande partie des règles par des accords bilatéraux. ONU Comtrade, marchandises 2025, exportations par partenaire · ONU Comtrade, marchandises 2025, importations par partenaire · DFAE, paquet Suisse-UE, signature du 2 mars 2026 · Natural Earth, contours au 1:110 millions
Ce qui changerait la donne
Les Suisses disent oui aux accords avec l’Union
Le peuple et les cantons approuvent les accords de 2026. Les entreprises gardent leur accès au marché européen ; la Suisse, elle, suivra désormais les règles européennes qui le régissent.
Washington signe un accord durable
Un accord commercial contraignant fixe les droits de douane et protège les médicaments. Les exportateurs retrouvent de la visibilité sur leur premier client.
La défense du ciel devient réelle
Les premiers F-35 et une défense sol-air entrent en service avec leurs équipages. La neutralité s’appuie alors sur une capacité propre, au-delà des contrats signés.
L’hiver électrique se passe des voisins
Le solaire, les barrages et l’accord sur l’électricité réduisent les importations d’hiver. Le carburant reste importé, mais le courant ne l’est plus.
La croissance dépasse durablement 2 %
La productivité repart et l’économie retrouve une croissance qui suffit à absorber le vieillissement. La note économique remonterait alors vers le haut de sa bande.
L’industrie élargit sa base
Machines, instruments et technologies nouvelles reprennent du poids face à la pharmacie. Un choc sur une seule filière n’ébranle plus tout le pays.
Trois chemins possibles
Le pays sécurise ses deux marchés
Les accords européens passent devant le peuple, et un accord avec Washington stabilise les droits de douane. La défense aérienne prend forme et le solaire réduit la dépendance d’hiver. La Suisse garde ses atouts et réduit ses failles, sans renoncer à sa neutralité.
La solidité tient, les dépendances demeurent
Institutions, finances et innovation continuent de porter le pays. Les accords européens avancent lentement, sous la menace d’un vote serré. Les droits américains restent un risque négocié d’année en année. Le pays reste parmi les plus robustes, sans maîtriser les règles qui comptent le plus pour lui.
Les deux grands marchés se ferment à la fois
Le peuple refuse les accords européens au moment où Washington relève ses droits sur les médicaments. Les groupes pharmaceutiques déplacent une partie de leur production. Le franc, toujours refuge, aggrave la perte de compétitivité, et la croissance s’arrête.
Solide chez elle, dépendante au-dehors
La grille place la Suisse parmi les pays résilients sous contrainte, et non au sommet, pour trois raisons qu’elle mesure sans les juger : une croissance trop lente pour ses critères, une énergie importée et une armée de milice. Ces trois freins pèsent plus lourd que la qualité de ses institutions et de sa recherche.
La trajectoire dit autre chose que le niveau : les progrès du solaire et du rayonnement compensent à peine le recul des naissances et la concentration des ventes sur l’Union européenne. Le pays ne s’affaiblit pas ; il devient plus dépendant de décisions prises ailleurs.
Le premier fait qui commencerait à démentir la trajectoire centrale serait un refus populaire du paquet d’accords européens, ou des droits américains relevés sur les médicaments au-delà de 15 %.
La Suisse sait fabriquer ce que le monde recherche. Sa faiblesse est de ne pas décider seule des conditions auxquelles le monde l’achète.
Ce que les chiffres permettent de conclure
L’année 2026 en quelques dates
Février : la Cour suprême américaine invalide la base juridique des droits dits réciproques. 2 mars : signature à Bruxelles du paquet d’accords avec l’Union européenne. 6 mars : armasuisse annonce un retard de quatre à cinq ans des Patriot. Avril : Kinshasa et le M23 signent près de Montreux un accord d’étape. 14 juin : l’initiative « Pas de Suisse à 10 millions ! » est rejetée par 54,8 % des votants. 25 juin : le renseignement juge la situation sécuritaire encore dégradée. 24 juillet : les droits américains passent à un plafond de 12,5 %. 8 septembre : la commission de gestion établit l’absence de prix fixe pour les F-35. 15 septembre : le Conseil national vote 394 millions de francs supplémentaires pour viser 30 avions. 18 septembre : le Conseil fédéral publie sa stratégie de sécurité et parle d’une « césure ». 24 septembre : la BNS maintient son taux à 0 %. 27 septembre : l’initiative sur la neutralité est rejetée par 70,2 % des votants et par tous les cantons. 1er octobre : le Conseil des États adopte le paquet européen, sauf l’accord sur l’électricité, et choisit le référendum obligatoire. 29 novembre : vote sur l’assouplissement des exportations de matériel de guerre.Le Temps, Frédéric Koller, « Un général, et comment on devra l’élire », 27 octobre 2026 · Le Temps, Étienne Meyer-Vacherand, « Délocaliser ou fermer, le dilemme d’une industrie », 27 octobre 2026
Ce que les notes ne disent pas encore
La note économique repose sur une croissance faible depuis trois ans ; si elle dépasse durablement 2 %, le pilier remontera vers le haut de sa bande, sans atteindre le niveau supérieur, qui exige davantage. Si les Patriot et les F-35 entrent en service, la défense pourra progresser. Si le peuple refuse le paquet européen, le sous-indicateur des exportations et la liberté de décision devront être réexaminés.
L’or et le commerce
La Suisse raffine une grande partie de l’or mondial. En 2025, l’or et les métaux précieux font 39,9 % de ses exportations de marchandises selon Comtrade, et leur poids a bondi avec la ruée vers l’or provoquée par la menace douanière américaine. Ces flux traversent le pays sans mesurer sa production ni ses dépendances : c’est pourquoi les tableaux de clients et de fournisseurs les retirent. Avec l’or, la part de l’Union dans les exportations tombe à 38 %, et celle des États-Unis monte à 21,9 %.
Le franc refuge
Quand le monde s’inquiète, les capitaux achètent des francs. La monnaie monte, les produits suisses renchérissent et l’inflation importée baisse. La BNS a longtemps acheté des devises pour freiner cette hausse, d’où ses réserves immenses ; elle les réduit depuis 2022. Ce mécanisme protège le pouvoir d’achat et pénalise les exportateurs : c’est un amortisseur, pas une source de croissance.
Neutralité et sanctions
En 2022, la Suisse reprend les sanctions européennes contre la Russie, sans rompre sa neutralité militaire. L’initiative rejetée le 27 septembre 2026 voulait interdire ce type de mesures, sauf décision de l’ONU. Son rejet par 70,2 % des votants confirme une neutralité qui laisse au gouvernement le choix de ses sanctions : c’est la base du sous-indicateur E.
Les rangs
Les rangs de PIB sont recalculés sur les données 2025 de la Banque mondiale, hors regroupements régionaux : 20e sur 186 pour la richesse produite, 35e sur 185 en parité de pouvoir d’achat. L’écart vient des prix : la Suisse est l’un des pays les plus chers du monde, et la parité de pouvoir d’achat corrige ce niveau de prix.
Les finances publiques
La dette brute des administrations publiques, environ 40 % du PIB selon le FMI, se répartit entre la Confédération, les cantons, les communes et les assurances sociales. Le frein à l’endettement, inscrit dans la Constitution, oblige la Confédération à équilibrer son budget sur un cycle conjoncturel. Les intérêts coûtent moins de 1 % des recettes : l’État emprunte à des taux parmi les plus bas du monde. La contrainte budgétaire vient d’ailleurs, des dépenses nouvelles votées par le peuple ou par le Parlement, comme la treizième rente de vieillesse ou le réarmement, qui doivent trouver un financement.
Les droits de douane américains, régime par régime
En août 2025, Washington impose 39 % de droits sur les produits suisses, l’un des taux les plus élevés du monde. Le 14 novembre 2025, une déclaration d’intention les ramène à 15 %, contre des promesses d’investissement des entreprises suisses aux États-Unis. Le 20 février 2026, la Cour suprême américaine invalide la base juridique des droits dits réciproques ; une surtaxe de 10 % prend le relais jusqu’au 24 juillet, date à laquelle un plafond de 12,5 % s’applique. Les médicaments relèvent depuis le 31 juillet 2026 d’un régime distinct, plafonné à 15 %. Aucun accord contraignant n’est signé : chaque régime peut être remplacé par décision américaine.
L’électricité d’hiver
L’été, les barrages et les panneaux solaires produisent plus que le pays ne consomme, et la Suisse exporte. L’hiver, la neige retient l’eau, le soleil faiblit, et le pays importe. Sur l’année 2025, les deux mouvements s’équilibrent à 21 gigawattheures près ; l’hiver 2024-2025 a laissé un solde importateur de 729 gigawattheures. Les centrales nucléaires, qui fournissent plus du quart de l’électricité, fonctionnent avec un combustible importé ; leur arrêt programmé, puis le débat de 2026 sur la levée de l’interdiction d’en construire de nouvelles, déterminent la marge d’hiver des prochaines décennies.
La milice et ses limites
L’armée suisse repose sur le service obligatoire des hommes et sur des cadres de milice, encadrés par un noyau de professionnels. Ce modèle permet de mobiliser vite un grand nombre de soldats pour protéger le territoire et appuyer les autorités civiles, comme lors des grands sommets. Il convient moins aux systèmes complexes de défense aérienne, qui exigent des équipages entraînés en permanence. Le service civil attire une part croissante des appelés, ce qui réduit les effectifs disponibles. La grille réserve le niveau haut du pilier VI aux armées professionnelles : c’est l’une des raisons de la note de 3,7.
Ce que la note ne mesure pas
La note dit la capacité à encaisser un choc, pas la qualité de vie ni la richesse par habitant, parmi les plus élevées du monde. Un pays riche peut être noté sous le haut de l’échelle s’il dépend d’autres pour une fonction vitale. La Suisse illustre ce cas : ses atouts sont exceptionnels, mais trois fonctions, l’énergie, la défense du ciel et l’accès à ses marchés, reposent en partie sur des décisions prises à Bruxelles et à Washington.
La Slovénie, partenaire statistique
La Slovénie apparaît comme troisième client et deuxième fournisseur hors or. Ce rang reflète les échanges internes d’un groupe pharmaceutique suisse qui y possède des usines, pas un marché slovène de cette taille. La dépendance réelle est celle de la filière pharmaceutique, comptée au pilier II et au sous-indicateur B.
Les montants derrière les parts
| Flux | Partenaire | Valeur en dollars | Part calculée |
|---|---|---|---|
| Exportations | États-Unis | 63,954,852,062 | 19,2 % |
| Exportations | Allemagne | 52,635,712,460 | 15,8 % |
| Exportations | Slovénie | 31,728,145,860 | 9,5 % |
| Exportations | Italie | 24,302,349,257 | 7,3 % |
| Exportations | Chine | 17,028,566,044 | 5,1 % |
| Exportations | France | 14,528,645,060 | 4,4 % |
| Importations | Allemagne | 67,318,096,187 | 24,8 % |
| Importations | Slovénie | 31,005,687,714 | 11,4 % |
| Importations | Italie | 27,640,131,846 | 10,2 % |
| Importations | Chine | 21,749,374,485 | 8,0 % |
| Importations | France | 16,815,172,305 | 6,2 % |
| Importations | États-Unis | 16,490,053,376 | 6,1 % |
Méthodologie et légende
Grille SAPERE v3.1. Les neuf piliers sont tous notés. Chaque note est un jugement argumenté, au dixième ; seul le pilier IX se calcule. La fiche, publiée d’abord sous la grille v3, n’a changé que sur l’économie lors de son passage à la v3.1.
Comment on arrive à 3,8. Chaque note est multipliée par son poids, on additionne, puis on arrondit au dixième le plus proche. Les piliers I, II, VI et VIII pèsent chacun 13,5 %, III, IV, V et VII chacun 9 %, IX 10 %.
Pilier IX. A recettes publiques = 5 ; B exportations = 3 ; C sécurité = 3 ; D réserves = 5 ; E liberté de décision = 3. Moyenne : 3,8. Aucun critère n’est à 2 ou moins : pas de plafond. Note du pilier IX = 3,8/5. Règle commune aux fiches de la série : la note du pilier IX est la moyenne arithmétique des cinq sous-indicateurs, plafonnée à 2,5 dès que deux d'entre eux au moins sont à 2 ou moins.
Exportations. Pour un pays qui n’est pas membre de l’Union européenne, l’Union compte comme un seul débouché ; elle dépasse ici la moitié des exportations hors or, ce qui interdit à B la note de 4.
Pilier I. Inflation, dette et réserves atteignent le haut de l’échelle ; seule la croissance reste en deçà. Sans autre fragilité, le pilier se classe entre 3,0 et 3,9, et la note de 3,6 tient compte de la durée de cette faiblesse.
Pilier IV. Pour les pays d’Europe, la flèche suit le score du Global Soft Power Index de Brand Finance, sur 100, comparé entre 2020 et l’édition la plus récente.
Les limites du score et les verrous. Le score est une moyenne pondérée : une bonne note peut en compenser une mauvaise, et le calcul ne mesure pas les dépendances entre piliers.
Chaque fiche recherche donc les verrous documentés qui empêchent ou pourraient empêcher le pays de mobiliser ses forces, et les moyens dont il dispose pour les desserrer. Ce diagnostic éclaire le score sans le modifier. En l’absence de verrou démontré, la fiche le dit.
Comprendre l'échelle de robustesse, du plus solide au plus fragile+
- Solidement ancré4,0 à 5,0 · Capacités prouvées sur la durée. Le pays absorbe les chocs sans risque de basculement.
- Résilient sous contrainte3,0 à 3,9 · Forces et faiblesses en tension, mais le système tient par ses propres moyens.
- Sous tension structurelle2,5 à 2,9 · Le pilier tient grâce à une béquille : une rente, un partenaire, un corridor. Il cède si elle cède.
- Fragile et dépendant1,5 à 2,4 · Vulnérabilité profonde. La fonction est assurée, mais sans maîtrise réelle des moyens.
- Défaillance critique1,0 à 1,4 · Risque d'effondrement de la fonction. Autorité ou capacité contestée sur l'essentiel.
L'échelle mesure la capacité à encaisser un choc, pas la richesse ni le potentiel. Le niveau de chaque pilier découle mécaniquement de son évaluation sur cinq points, selon les bornes ci-dessus.
Les neuf piliers, et ce que chacun pèse. Ils ne comptent pas à égalité : quatre d'entre eux portent à eux seuls 54 % de la note.
La pondération ne récompense pas le prestige d'un domaine, mais sa capacité à entraîner ou à fragiliser les autres : l'économie, l'industrie, la défense et la gouvernance conditionnent le reste. Elle est la même pour toutes les fiches de la série, ce qui rend les scores comparables entre eux.
| Pilier | Le domaine | Poids dans la note |
|---|---|---|
| I | Économie et finance | 13,5 % |
| II | Industrie et technologie | 13,5 % |
| III | Démographie et capital humain | 9 % |
| IV | Diplomatie, influence et information | 9 % |
| V | Énergie et ressources | 9 % |
| VI | Défense et sécurité | 13,5 % |
| VII | Innovation et savoir | 9 % |
| VIII | Gouvernance et institutions | 13,5 % |
| IX | Autonomie stratégique | 10 % |
Ce que mesure chaque pilier
Posséder du pétrole, une armée nombreuse ou une jeunesse abondante est un potentiel. Les neuf piliers regardent ce que le pays sait en faire, c'est-à-dire la différence entre ce qu'il possède et ce qu'il sait faire de ce qu'il possède.
I · Économie et finance
Ce qui est regardé : la croissance, l'inflation, la dette, les réserves, l'accès au crédit. Pourquoi : un État qui ne peut plus emprunter, payer ses fournisseurs ni honorer ses échéances encaisse mal le premier choc venu.
II · Industrie et technologie
Ce qui est regardé : ce que le pays fabrique, transforme et répare lui-même. Pourquoi : exporter une matière première et importer les machines, c'est laisser la valeur se créer ailleurs. L'industrie transforme une ressource en capacité.
III · Démographie et capital humain
Ce qui est regardé : l'école, la santé, l'accès à l'eau, l'emploi, la structure par âge, le départ des compétences. Pourquoi : une jeunesse nombreuse est une force si elle est formée et employée. Sinon elle devient une pression de plus sur l'État.
IV · Diplomatie, influence et information
Ce qui est regardé : les alliances, les médiations, le poids dans les organisations, l'image du pays et sa capacité à faire circuler une information crédible. Pourquoi : tout ne se règle pas par l'argent ou par les armes. Savoir convaincre, négocier et se faire entendre donne des marges qu'un poids économique ne donne pas.
V · Énergie et ressources
Ce qui est regardé : l'accès à l'électricité, la fiabilité du réseau, la dépendance aux carburants importés, le mix énergétique et la maîtrise des ressources stratégiques. Pourquoi : avoir une ressource et pouvoir s'en servir sont deux choses. Un pays peut produire du pétrole et importer son carburant, avoir des barrages et laisser des provinces sans courant.
VI · Défense et sécurité
Ce qui est regardé : le contrôle réel du territoire, y compris dans le cyberespace, l'état du matériel, la logistique, les dépendances extérieures. Pourquoi : une force qu'on ne peut ni ravitailler ni déployer ne protège pas. On mesure une capacité, pas un inventaire.
VII · Innovation et savoir
Ce qui est regardé : la recherche, les universités, les brevets, la formation, le maintien des talents. Pourquoi : acheter une technologie n'est pas la maîtriser. L'industrie sait produire, l'innovation sait inventer.
VIII · Gouvernance et institutions
Ce qui est regardé : l'efficacité de l'administration, l'état de droit, la corruption, les contre-pouvoirs, la continuité des règles, les inégalités et la cohésion sociale. Pourquoi : des ressources ne deviennent de la robustesse que si un État sait les administrer, si ses décisions survivent à ceux qui les prennent, et si la société qu'il gouverne n'est pas fracturée.
IX · Autonomie stratégique
Ce qui est regardé : d'où viennent les recettes publiques, à qui le pays vend, de qui dépend sa sécurité, combien de mois d'importations ses réserves couvrent, et s'il peut refuser une pression extérieure. Pourquoi : aucun pays n'est indépendant. La question est de savoir si ses dépendances se négocient, ou si elles décident à sa place.
Aucun pilier ne suffit seul, et c'est le principe : une économie solide finance une armée, une industrie réduit les importations, de bonnes institutions transforment une rente passagère en infrastructures. À l'inverse, deux ou trois faiblesses profondes peuvent annuler plusieurs atouts.
La tendance portée par chaque pilier ajoute la seconde information. Elle distingue un pays fragile qui se redresse d'un pays mieux noté qui commence à céder.
Le climat n'est pas un dixième pilier : il agit à travers les autres. Une sécheresse touche d'un coup l'agriculture, l'électricité, les comptes publics et la santé.
SAPERE ne demande donc pas « quel pays est le plus puissant ? », mais : si quelque chose se dérègle demain, qu'est-ce qui continue de fonctionner, qu'est-ce qui cède, et de quoi le pays dépend-il pour tenir ?
Les chiffres les plus récents datent d’octobre 2026 ; les séries plus anciennes gardent leur date. Les échanges de marchandises sont présentés hors or, dont le raffinage gonfle les flux sans mesurer une dépendance. La série de haute technologie change de méthode en 2022. Les longueurs nationales des routes et du rail ne sont pas chiffrées, faute de source officielle à jour consultée. Aucun classement régional n’est donné : la Suisse est la première fiche européenne notée sous cette grille.
Comment lire la trajectoire depuis 2020. Trajectoire depuis 2020 : −1 · Contrasté. Le score de robustesse dit où en est le pays aujourd’hui. La trajectoire dit dans quel sens il évolue depuis 2020.
Pour chacun des neuf piliers, on compare la situation de 2020 à la dernière donnée disponible. Un pilier qui progresse compte +1, un pilier stable 0, un pilier qui recule −1.
Chaque pilier pèse autant que dans le score : l’économie, l’industrie, la défense et la gouvernance comptent davantage que les autres. On additionne, puis on ramène le total sur une échelle qui va de −100 (les neuf piliers reculent) à +100 (les neuf progressent).
Le chiffre indique une direction, pas une vitesse : une petite avancée et une transformation profonde comptent de la même façon. Un résultat proche de 0 peut vouloir dire que rien ne bouge, ou que des progrès et des reculs s’équilibrent ; les flèches de chaque pilier, dans la matrice, le précisent.
Les libellés : à partir de +50, en nette amélioration ; de +15 à +49, en amélioration ; de −14 à +14, stable, ou contrasté quand au moins deux piliers progressent et deux reculent ; de −15 à −49, en dégradation ; à partir de −50, en nette dégradation.
Ici : 2 piliers progressent, 5 sont stables, 2 reculent.
Calcul de la trajectoire. Chaque flèche vaut +1 si le pilier progresse depuis 2020, 0 s’il est stable, −1 s’il recule ; on la multiplie par le poids du pilier, on additionne, on rapporte au poids des flèches documentées, puis on multiplie par 100 et on arrondit à l’entier. Flèches retenues : I Économie et finance (13,5 %) stable ; II Industrie et technologie (13,5 %) stable ; III Démographie et capital humain (9 %) en recul ; IV Diplomatie, influence et information (9 %) en progression ; V Énergie et ressources (9 %) en progression ; VI Défense et sécurité (13,5 %) stable ; VII Innovation et savoir (9 %) stable ; VIII Gouvernance et institutions (13,5 %) stable ; IX Autonomie stratégique (10 %) en recul.
Références consultées
OFS, population résidante permanente par classe d’âge, 31 décembre 2025
OFS, nombre moyen d’enfants par femme, série jusqu’en 2025
OFS, niveau de formation des 25-64 ans, 2025
SEFRI et CDIP, résultats suisses de PISA 2025, 8 septembre 2026
Banque mondiale, PIB nominal 2025 et économies comparables
Banque mondiale, PIB en PPA 2025
Banque mondiale, croissance réelle, série 2020 à 2025
OFS, première estimation annuelle du PIB 2025, 25 août 2026
SECO, prévisions conjoncturelles du 17 septembre 2026
Banque mondiale, inflation moyenne, série 2020 à 2025
OFS, indice des prix à la consommation de septembre 2026
BNS, appréciation de la situation économique et monétaire, 24 septembre 2026
FMI DataMapper, dette brute des administrations publiques
Banque mondiale, intérêts rapportés aux recettes, série 2020 à 2024
Banque mondiale, réserves en mois d’importations, série 2020 à 2025
BNS, réserves monétaires officielles, réserves de devises, fin 2020 à août 2026
Banque mondiale, industrie manufacturière dans le PIB, série 2020 à 2025
Banque mondiale, haute technologie dans les exportations manufacturières, série 2020 à 2024
ONU Comtrade, marchandises 2025, exportations par partenaire
ONU Comtrade, marchandises 2025, importations par partenaire
ONU Comtrade, or et métaux précieux (chapitre 71), exportations 2020 et 2025 par partenaire
ONU Comtrade, or et métaux précieux (chapitre 71), importations 2025 par partenaire
ONU Comtrade, produits par client, 2025
ONU Comtrade, produits par fournisseur, 2025
ONU Comtrade, exportations 2025 par chapitre du Système harmonisé
OFS, statistique de la superficie 2013/18 : superficie totale de la Suisse, 41,291 km²
Insee, comparateur de territoires, région Centre-Val de Loire : superficie 2022, 39,151 km²
OFDF, commerce extérieur suisse 2025, total conjoncturel, 29 janvier 2026
OMC, Global Trade Outlook, mars 2026, annexes
SECO, relations commerciales Suisse-États-Unis, état au 17 août 2026
BNS, investissements directs 2024, 12 décembre 2025
BNS, Direct Investment 2024, tableau des investisseurs par pays
OFEN, consommation d’énergie et bilan électrique 2025, 18 juin 2026
OFEN, statistique globale suisse de l’énergie 2025
OFEN, statistique globale suisse de l’énergie 2020
Swissgrid, prise de position sur l’accord sur l’électricité, 12 septembre 2025
OFPP, fiche sur les infrastructures critiques, navigation rhénane
Commission de gestion du Conseil national, rapport sur le prix fixe du F-35A, 8 septembre 2026
Parlement, crédit additionnel F-35A, vote du Conseil national du 15 septembre 2026
armasuisse, retard du Patriot annoncé le 6 mars 2026
Conseil fédéral, défense sol-air de longue portée, 24 juin 2026
Service de renseignement de la Confédération, La sécurité de la Suisse 2026, 25 juin 2026
SIPRI, base des dépenses militaires 1949-2025, version 1.2
Confédération, résultats officiels de la votation du 27 septembre 2026
Confédération, résultats officiels de la votation du 14 juin 2026
DFAE, paquet Suisse-UE, signature du 2 mars 2026
Parlement, objet 26.023, décisions du Conseil des États du 28 septembre au 1er octobre 2026
Transparency International, indice de perception de la corruption 2025
Transparency International, indice 2020
RSF, classement mondial de la liberté de la presse 2026
Freedom House, Freedom in the World 2026
Banque mondiale, indice de Gini
OMPI, Global Innovation Index 2026, 29 septembre 2026
OMPI, Global Innovation Index 2020
OFS, recherche et développement en Suisse 2023, 26 juin 2025
OFS, recherche et développement en Suisse 2021, 25 mai 2023
Brand Finance, Global Soft Power Index 2026
Brand Finance, Global Soft Power Index 2020, rapport
SWI swissinfo.ch, accord d’étape près de Montreux entre la RDC et le M23, avril 2026
SWI swissinfo.ch, service international de la SSR en dix langues
Natural Earth, contours au 1:110 millions
BCE, taux de référence de l’euro, moyennes annuelles et 31 août 2026
Swiss Medtech, fabricants suisses traités par l’UE comme ceux d’un pays tiers depuis le 26 mai 2021
Première fiche Forces et Failles de la Suisse, grille v3. Une maquette non publiée de mai 2026 a servi d’indication, pas de source. Matière de presse : extraction du 21 octobre 2026, 826 briques rattachées et 393 mentions, triées par mots-clés ; environ 430 portent réellement sur la Suisse. Les faits retenus sont recoupés sur des pages institutionnelles, consignées dans le dossier de sources.
Arbitrages de l’auteur du 21 octobre 2026 : pilier I à 2,9 par la branche « croissance inférieure à 2 % », comme Brunei ; mesure du pilier IV pour l’Europe, le score du Global Soft Power Index de Brand Finance ; notes des huit autres piliers validées ; quatre forces et quatre failles. Somme pondérée 3.7505, arrondie à 3,8.
Révision du 27 octobre 2026. Reprise du Temps du 27 octobre 2026, ajouts validés par l’auteur : une idée nouvelle dans « Ce qui fragilise » des piliers I, VI, VII et VIII, à la place, dans la page publique, du franc fort, des trente ans de coupes, du recul de la part de la recherche et de l’affaire des F-35, conservés ici dans le bloc « pourquoi » de chaque pilier ; faille 02 retitrée et élargie aux drones et au cyber ; point de bascule complété par le sondage MIS Trend ; dates du 18 septembre et du 29 novembre ; bascule 01 réécrite par l’auteur. Aucune note ni tendance ne change.
Révision du 28 octobre 2026. Passage à la grille v3.1, adoptée le même jour. Pilier I relevé de 2,9 à 3,6, validé par l’auteur : une croissance inférieure à 2 % n’est plus une branche de crise. Piliers III et VI : notes inchangées, règle reformulée ; au III, l’auteur maintient la note sous 4, la compensation du vieillissement par l’immigration n’étant pas encore durable. Somme pondérée 3.8450, arrondie à 3,8 ; trajectoire inchangée (−1).
Révision du 28 octobre 2026, encadré « Les verrous ». Règle de série appliquée après relecture du coach et de Perplexity : aucun verrou démontré, un risque documenté, l’érosion de l’accès réglementaire au marché européen (dispositifs médicaux depuis 2021, machines à partir de janvier 2027 ; l’électricité traitée comme un dossier distinct). Phrase des limites du score ajoutée à la méthodologie. Chute du verdict remplacée, validée par l’auteur : la fiche décrit une érosion des conditions d’accès, pas une fermeture des marchés. Aucune note, aucun score ni aucune trajectoire ne change.
I · Économie et finance
Inflation basse, dette modérée et réserves immenses : trois critères du haut de l’échelle sont tenus. Seule la croissance reste en deçà : sous la grille v3.1, sans autre fragilité, le pilier se classe entre 3,0 et 3,9. La note de 3,6 tient compte d’une faiblesse qui dure depuis trois ans.
Croissance annuelle selon la Banque mondiale : 0,8 %, 1,4 % et 1,3 % de 2023 à 2025 ; l’OFS estime 2025 à 1,6 % dans sa révision d’août 2026, toujours sous le seuil de 2 %. Inflation : 2,1 %, 1,1 % et 0,2 %. Dette brute des administrations publiques selon le FMI : 40,2 %, 40,4 % et 40,1 % du PIB. Réserves : 12,9, 13,2 puis 13,1 mois d’importations en fin d’année. Les intérêts représentent 0,9 % des recettes en 2024. Sous la v3, la branche « croissance inférieure à 2 % » primait sur l’exercice unique et donnait 2,9, comme Brunei (2,8) ; la v3.1 du 28 octobre 2026 ne la traite plus en branche de crise. Le SECO prévoit 1,7 % pour 2026 ; la BNS maintient son taux à 0 % le 24 septembre 2026 ; l’inflation atteint 1,0 % sur un an en septembre. Fin août 2026, les réserves de devises valent 770,1 milliards de francs, environ 821,3 milliards d’euros au taux de la BCE du 31 août.Banque mondiale, croissance réelle, série 2020 à 2025 · OFS, première estimation annuelle du PIB 2025, 25 août 2026 · Banque mondiale, inflation moyenne, série 2020 à 2025 · FMI DataMapper, dette brute des administrations publiques · Banque mondiale, intérêts rapportés aux recettes, série 2020 à 2024 · Banque mondiale, réserves en mois d’importations, série 2020 à 2025 · BNS, réserves monétaires officielles, réserves de devises, fin 2020 à août 2026 · SECO, prévisions conjoncturelles du 17 septembre 2026 · BNS, appréciation de la situation économique et monétaire, 24 septembre 2026 · OFS, indice des prix à la consommation de septembre 2026 · BCE, taux de référence de l’euro, moyennes annuelles et 31 août 2026
Le franc fort renchérit les produits suisses à l’étranger, au moment où les droits de douane américains les frappent aussi.Le Temps et Heidi.news, Serge Michel et Rinny Gremaud, « Pourquoi la Suisse n’investit plus dans son avenir ? », 27 octobre 2026
II · Industrie et technologie
Grands groupes nationaux, machines, instruments, horlogerie : la base est diversifiée et elle conçoit, outille et brevette. La haute technologie dépasse 20 % des exportations industrielles. La note de 4,1 reste au bas du niveau haut : la chimie et la pharmacie font plus de la moitié des ventes.
La série de la Banque mondiale sur la haute technologie saute de 14,2 % en 2021 à 30,0 % en 2022 : changement de nomenclature, qui classe désormais une partie des médicaments en haute technologie. La comparaison avec 2020 (12,9 %) n’a donc pas de sens. Les exportations de marchandises comprennent aussi l’or raffiné, qui représente 39,9 % du total en 2025 selon Comtrade : il transite et se raffine en Suisse, mais ne mesure pas une production industrielle. Les droits américains ont suivi plusieurs régimes : 39 % en août 2025, 15 % après la déclaration du 14 novembre 2025, une surtaxe de 10 % de février à juillet 2026, puis un plafond de 12,5 % ; les médicaments relèvent d’un régime à part, plafonné à 15 % depuis le 31 juillet 2026. Aucun accord contraignant n’est conclu.Banque mondiale, industrie manufacturière dans le PIB, série 2020 à 2025 · Banque mondiale, haute technologie dans les exportations manufacturières, série 2020 à 2024 · OFDF, commerce extérieur suisse 2025, total conjoncturel, 29 janvier 2026 · ONU Comtrade, exportations 2025 par chapitre du Système harmonisé · SECO, relations commerciales Suisse-États-Unis, état au 17 août 2026
III · Démographie et capital humain
Le capital humain progresse et attire des compétences venues d’ailleurs, mais la grille ne réserve le haut de l’échelle à un pays vieillissant que si son vieillissement est durablement compensé, ce que la contestation politique de l’immigration ne permet pas encore d’établir. La Suisse investit réellement dans la formation : la bande 3,0 à 3,9 s’applique, et la note de 3,6 tient compte du vieillissement.
Population au 31 décembre 2025 : 9,127,125 habitants, dont 28 % de nationalité étrangère. Les 65 ans et plus comptent 1,810,648 personnes, 19,8 % de la population, autant que les moins de 20 ans. PISA 2025 : 501 en sciences, 499 en mathématiques, 470 en lecture, contre 482, 463 et 461 pour la moyenne de l’OCDE. Le 14 juin 2026, l’initiative « Pas de Suisse à 10 millions ! » est rejetée par 54,8 % des votants, mais elle obtient la majorité dans dix cantons et demi-cantons : la dépendance au travail étranger est aussi une question politique.OFS, population résidante permanente par classe d’âge, 31 décembre 2025 · OFS, nombre moyen d’enfants par femme, série jusqu’en 2025 · OFS, niveau de formation des 25-64 ans, 2025 · SEFRI et CDIP, résultats suisses de PISA 2025, 8 septembre 2026 · Confédération, résultats officiels de la votation du 14 juin 2026
IV · Diplomatie, influence et information
La Suisse héberge, accueille et facilite, et ses médias parlent au-delà de ses frontières. Elle n’a pas d’alliance militaire et ne dispose d’aucune rente géostratégique majeure, ce qui lui ferme le niveau haut. La note de 3,6 reconnaît une influence réelle, dont l’agenda dépend souvent de ce que d’autres décident.
Mesure du pilier IV pour la série Europe (arbitrage de l’auteur du 21 octobre 2026) : score du Global Soft Power Index de Brand Finance, sur 100. Suisse : 54,5 et 8e en 2020, première édition sur soixante pays ; 63,2 et 7e en 2026. Le 27 septembre 2026, le peuple rejette par 70,2 % une initiative qui voulait inscrire une neutralité stricte dans la Constitution et interdire les sanctions non décidées par l’ONU ; aucun canton ne l’accepte. Le paquet d’accords avec l’Union européenne, signé le 2 mars 2026, est adopté par le Conseil des États le 1er octobre, à l’exception de l’accord sur l’électricité. Les pourparlers de Montreux, du 13 au 17 avril 2026, sont les premiers de cette série tenus en Suisse.Brand Finance, Global Soft Power Index 2026 · Brand Finance, Global Soft Power Index 2020, rapport · SWI swissinfo.ch, service international de la SSR en dix langues · SWI swissinfo.ch, accord d’étape près de Montreux entre la RDC et le M23, avril 2026 · Confédération, résultats officiels de la votation du 27 septembre 2026 · DFAE, paquet Suisse-UE, signature du 2 mars 2026 · Parlement, objet 26.023, décisions du Conseil des États du 28 septembre au 1er octobre 2026
V · Énergie et ressources
L’eau et l’atome produisent l’électricité sur place et le réseau achemine ce qui est produit. Mais près de la moitié de l’énergie consommée vient de l’étranger en pétrole et en gaz, et la grille classe alors le pilier entre 2,5 et 2,9. La note de 2,9 reflète la fiabilité du réseau.
L’OFEN chiffre la dépendance à l’étranger à 69,4 % en 2025 : 49,3 % d’agents énergétiques importés et 20,1 % de combustible nucléaire. La Banque mondiale, qui compte le nucléaire comme production nationale, donne 48,0 % d’importations nettes en 2024. Production 2025 : 67,5 térawattheures. Le solde annuel est presque nul ; l’hiver 2024-2025 laisse un excédent d’importation de 729 gigawattheures. La Suisse compte 41 lignes électriques transfrontalières ; hors du couplage des marchés européens, Swissgrid doit corriger des flux non planifiés de plus en plus lourds.OFEN, consommation d’énergie et bilan électrique 2025, 18 juin 2026 · OFEN, statistique globale suisse de l’énergie 2025 · OFEN, statistique globale suisse de l’énergie 2020 · Swissgrid, prise de position sur l’accord sur l’électricité, 12 septembre 2025
VI · Défense et sécurité
L’État contrôle tout son territoire et aucun groupe armé ne le conteste. Mais l’armée repose sur la milice, et non sur des professionnels, ce qui ferme le niveau haut. La note de 3,7 tient compte d’une défense aérienne dont les deux grands achats prennent du retard.
Dépenses militaires selon le SIPRI : 0,77 % du PIB en 2020, 0,76 % en 2025. Le Parlement accorde 394 millions de francs de crédit additionnel pour viser 30 avions au lieu de 36 (Conseil national, 15 septembre 2026). Le 24 juin 2026, le Conseil fédéral maintient le Patriot et ouvre des discussions pour un second système de défense sol-air. Le Service de renseignement écrit le 25 juin 2026 que la situation sécuritaire de la Suisse s’est encore détériorée et désigne la Russie comme la menace la plus aiguë pour l’Europe. Les cyberattaques contre des entreprises et des communes relèvent de la menace, pas d’une perte de contrôle du territoire.SIPRI, base des dépenses militaires 1949-2025, version 1.2 · Commission de gestion du Conseil national, rapport sur le prix fixe du F-35A, 8 septembre 2026 · Parlement, crédit additionnel F-35A, vote du Conseil national du 15 septembre 2026 · armasuisse, retard du Patriot annoncé le 6 mars 2026 · Conseil fédéral, défense sol-air de longue portée, 24 juin 2026 · Service de renseignement de la Confédération, La sécurité de la Suisse 2026, 25 juin 2026
Après trente ans de coupes, l’armée doit reconstituer ses stocks et sa défense aérienne.Le Temps, Valérie de Graffenried, entretien avec Jacques Pitteloud, 27 octobre 2026 · Le Temps, Madeleine von Holzen, « Un sentiment de sécurité à double tranchant », 27 octobre 2026
VII · Innovation et savoir
La Suisse forme des chercheurs, finance leurs laboratoires, protège ce qu’ils trouvent, le fabrique et le vend partout : c’est la définition du niveau haut. La note de 4,7 retient en plus seize années de suite au premier rang mondial de l’innovation.
Dépense intra-muros de recherche et développement selon l’OFS : 3,4 % du PIB et 24,6 milliards de francs en 2021, 3,22 % et 25,9 milliards en 2023. Le classement de l’OMPI place la Suisse première en 2020 comme en 2026 ; en 2026, elle est deuxième pour les moyens engagés et première pour les résultats.OMPI, Global Innovation Index 2026, 29 septembre 2026 · OMPI, Global Innovation Index 2020 · OFS, recherche et développement en Suisse 2023, 26 juin 2025 · OFS, recherche et développement en Suisse 2021, 25 mai 2023
La part de la recherche dans le PIB recule légèrement depuis son sommet de 2021.Le Temps, Anouch Seydtaghia, « Un urgent besoin de stratégie numérique », 27 octobre 2026
VIII · Gouvernance et institutions
Les quatre questions du pilier reçoivent une réponse positive et durable : la justice tranche, la presse enquête, l’alternance passe par les urnes, l’administration délivre partout. La note de 4,4 tient compte de failles réelles dans la surveillance financière et dans les grands achats publics.
Transparency International : 85 sur 100 en 2020, 80 et 6e sur 182 en 2025 ; cet indice de perception de la corruption est un repère, il n’ouvre aucune classe à lui seul. Indice de Gini : 33,5 en 2023, inégalités modérées. RSF : 8e en 2020 et en 2026, avec un changement de méthode en 2022. La commission de gestion du Conseil national a établi les manquements du dossier F-35 ; le Conseil fédéral doit lui répondre avant le 11 décembre 2026.Freedom House, Freedom in the World 2026 · RSF, classement mondial de la liberté de la presse 2026 · Transparency International, indice de perception de la corruption 2025 · Transparency International, indice 2020 · Banque mondiale, indice de Gini · Commission de gestion du Conseil national, rapport sur le prix fixe du F-35A, 8 septembre 2026
L’affaire du prix des F-35 révèle une communication défaillante du département de la Défense.Le Temps, Yan Pauchard, « La sécurité suisse peut-elle encore se permettre 26 polices cantonales ? », 27 octobre 2026
IX · Autonomie stratégique
A recettes publiques = 5 ; B exportations = 3 ; C sécurité = 3 ; D réserves = 5 ; E liberté de décision = 3. Moyenne 3,8, aucun plafond : la Suisse garde de larges marges de choix, mais l’Union européenne prend plus de la moitié de ses exportations hors or.
Pour un pays qui n’est pas membre de l’Union, l’Union compte comme un seul débouché : au-delà de la moitié, B ne peut atteindre 4. Calcul sur Comtrade hors chapitre 71 (or et métaux précieux), dont les flux de raffinage ne mesurent pas une dépendance commerciale ; les douanes suisses donnent 51,3 % sur leur total conjoncturel, qui exclut aussi l’or. Avec l’or, la part de l’Union tombe à 38,0 %. C = 3 : commandement national, mais avions, missiles et leur maintenance viennent des États-Unis. E = 3 : la Suisse refuse en 2021 l’accord-cadre avec l’Union, mais cède en 2025 aux pressions américaines.OFDF, commerce extérieur suisse 2025, total conjoncturel, 29 janvier 2026 · ONU Comtrade, marchandises 2025, exportations par partenaire · ONU Comtrade, or et métaux précieux (chapitre 71), exportations 2020 et 2025 par partenaire · SECO, relations commerciales Suisse-États-Unis, état au 17 août 2026 · Banque mondiale, réserves en mois d’importations, série 2020 à 2025 · Confédération, résultats officiels de la votation du 27 septembre 2026
Pourquoi cette note ?
Ce qui tient
Ce qui fragilise
Tendance depuis 2020
Ce que l’histoire en dit
En 1648, les traités qui mettent fin à la guerre de Trente Ans reconnaissent l’indépendance de la Confédération suisse, jusque-là sous la juridiction nominale du Saint-Empire. Le traité de Westphalie pose le principe : chaque territoire règle ses affaires sans intervention extérieure. Le 27 septembre 2026, 70,2 % des votants refusent d’inscrire une neutralité stricte dans la Constitution. La souveraineté suisse se définit encore par ce qu’elle refuse de s’interdire.
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