États-Unis d'Amérique Le pays qui peut tout projeter et commence à douter de tout financer
2024. Selon le Congressional Budget Office, les États-Unis consacrent davantage aux intérêts de leur dette fédérale qu'à leurs dépenses discrétionnaires de défense, selon les conventions budgétaires du CBO. Au tournant de 2025, l'armée de terre annonce une production d'obus de 155 mm plus que triplée depuis la guerre en Ukraine, encore loin de son objectif de 100,000 par mois.
Les États-Unis demeurent la première puissance militaire du monde par leurs moyens, leur portée et leurs alliances. À la question de la supériorité s'ajoute pourtant celle de sa durabilité : produire, réparer, approvisionner et financer un engagement prolongé.
Ce pilier lit la puissance militaire à travers quatre verbes :
Accumuler, projeter, dissuader, équiper, soutenir
Pour chaque indicateur, on lit la trajectoire sur six points de repère (2000, 2004, 2009, 2014, 2019, 2024) quand la série existe, puis la position américaine dans le monde.
Une frise de lecture qualifie chaque point selon sa nature stratégique. Ce pilier met à l'épreuve le concept stratégique SAPERE du Pilier VI : distinguer accumulation et projection, stocker des moyens et pouvoir les employer durablement à distance.
Les indicateurs mesurent l'accumulation, la projection et le soutien. La conversion de la force en résultats politiques ne se mesure pas par un chiffre : elle est analysée dans la synthèse, théâtre par théâtre.
La question n'est pas de savoir si les États-Unis peuvent encore vaincre. C'est de savoir si un appareil militaire conçu pour une supériorité technologique mondiale est adapté à une confrontation prolongée avec une grande puissance industrielle.
B, en % du PIB : 3,1 % en 2000, 4,0 % en 2004, 4,9 % en 2009, 3,7 % en 2014, 3,4 % en 2019 comme en 2024.
65
149 (est.)
314 (est.)
997
Marine chinoise : 255 en 2015, 360 en 2020, plus de 370 en 2024. Elle dépasse l'US Navy en nombre de navires entre 2015 et 2020.
Le nombre de navires ne dit pas tout. Un porte-avions américain de 100,000 tonnes et une corvette chinoise de 1,500 tonnes comptent chacun pour un. La projection dépend surtout des porte-avions, des sous-marins nucléaires d'attaque, des navires de ravitaillement et de la disponibilité réelle : onze porte-avions ne signifient pas onze groupes aéronavals déployables en même temps.
La tendance lourdeLa flotte américaine diminue jusqu'en 2015, puis se stabilise autour de 290 navires. Dans le même temps, la marine chinoise croît très vite : 255 navires en 2015, plus de 370 en 2024. Elle reste surtout une marine régionale, concentrée sur le Pacifique occidental, quand l'US Navy opère sur tous les océans.
Les bases à l'étranger. La projection repose aussi sur un réseau d'implantations : au moins 128 bases dans au moins 51 pays selon le Congressional Research Service (2024). Les estimations plus larges, autour de 750 sites, comptent aussi de petites installations : les deux chiffres ne relèvent pas du même périmètre et ne se comparent pas d'une année sur l'autre.
La Chine ne dispose que d'une base militaire officielle hors de son territoire, à Djibouti.
Les alliances : l'OTAN, une puissance collective sous leadership américain, mais non à disposition automatique de Washington. Les États-Unis ne sont pas seulement la première armée du monde : ils sont au centre du système d'alliances militaires le plus intégré de l'histoire contemporaine. L'OTAN passe de 19 membres en 2000 à 32 en 2024, avec l'entrée de la Suède en mars.
En 2024, les membres de l'Alliance dépensent ensemble 1,506 milliards de dollars pour leurs armées, 55 % du total mondial, dont environ les deux tiers pour les seuls États-Unis (SIPRI). Ce chiffre additionne des budgets nationaux : ce n'est ni le budget de l'OTAN, ni une force disponible d'un seul bloc. L'Alliance multiplie la puissance américaine de trois façons :
La relation est une interdépendance asymétrique. Les Européens dépendent de capacités américaines rares : renseignement et surveillance, ravitaillement en vol, défense antimissile, guerre électronique. Mais la solidarité joue dans les deux sens : l'article 5 n'a été invoqué qu'une fois, le 12 septembre 2001, au profit des États-Unis.
Il oblige chaque allié à prendre les mesures qu'il juge nécessaires, pas à une réponse militaire automatique et identique.
Le cadre change en vingt-cinq ans : élargissement à l'Europe centrale et orientale en 2004, mission en Afghanistan sous commandement de l'OTAN de 2003 à 2014, puis retour de la défense collective après l'annexion de la Crimée en 2014. Les alliés s'engagent alors à consacrer 2 % de leur PIB à la défense : trois le font en 2014, vingt-trois en 2024 selon l'OTAN.
Dans le Pacifique, les États-Unis s'appuient sur des alliances bilatérales, avec le Japon, la Corée du Sud, l'Australie et les Philippines, et sur le partenariat AUKUS conclu en 2021 avec l'Australie et le Royaume-Uni. Les forces européennes ne se convertiraient pas automatiquement en puissance disponible face à la Chine : l'OTAN est à la fois un multiplicateur de puissance et un engagement stratégique.
La ruptureL'écart se joue désormais dans la durée. La marine chinoise se renforce plus vite que l'américaine ne se renouvelle, et le Pacifique occidental est son théâtre proche, quand l'US Navy doit y projeter ses forces depuis l'autre côté de l'océan.
C'est le lien avec l'indicateur 5 : ce n'est pas seulement la taille des flottes qui compte, mais la capacité de chaque pays à construire, réparer et remplacer ses navires.
Rapport de forces dans le Pacifique occidental : Vigilance depuis la fin des années 2010, quand la marine chinoise devient la première en nombre de navires ; l'US Navy reste première en tonnage, en porte-avions et en sous-marins nucléaires.
Dynamique : flotte stable autour de 290 navires, face à une marine chinoise en forte croissance.
Jugement : la supériorité de projection demeure ; la vigilance tient au rapport de forces dans le Pacifique occidental et au rythme de renouvellement.
B, en 2024 (FAS) : 1,770 ogives déployées, à parité avec la Russie (1,710) ; la Chine en compte 500 au total, la France 290.
| Pays (2024) | Ogives déployées | Stock militaire |
|---|---|---|
| États-Unis | 1,770 | 3,708 |
| Russie | 1,710 | 4,380 |
| Chine | 24 | 500 |
| France | 280 | 290 |
| Royaume-Uni | 120 | 225 |
La dissuasion ne se mesure pas au seul nombre d'ogives. Elle dépend de leur capacité à survivre à une première frappe, de la diversité des vecteurs (missiles terrestres, sous-marins, bombardiers), de la doctrine et des mécanismes de vérification entre adversaires. Une réduction du nombre d'ogives n'est, à elle seule, ni un affaiblissement ni un progrès.
La tendance lourdeLe stock américain passe de 10,577 ogives en 2000 à 3,748 en 2023. Cette baisse suit les traités de réduction signés avec la Russie, jusqu'au traité New START, entré en vigueur en 2011, qui limite chaque pays à 1,550 ogives stratégiques déployées selon ses règles de décompte.
Les États-Unis gardent une triade complète : missiles intercontinentaux Minuteman III, sous-marins lanceurs d'engins de la classe Ohio, bombardiers B-52 et B-2. Les trois composantes font l'objet de programmes de renouvellement et de modernisation, avec des calendriers distincts : missile Sentinel, sous-marins Columbia, bombardier B-21.
La ruptureLa rupture vient de la Chine. Avec environ 500 ogives en 2024, elle reste loin des États-Unis et de la Russie, mais son arsenal croît rapidement. Pour la première fois, les États-Unis doivent penser leur dissuasion face à deux grandes puissances nucléaires à la fois.
Le cadre de maîtrise des armements se défait en parallèle : la Russie suspend sa participation à New START en 2023, et aucun accord n'associe la Chine.
Dynamique : stock réduit des deux tiers depuis 2000, modernisation de toute la triade engagée.
Jugement : la dissuasion américaine reste crédible ; la vigilance porte sur la montée de l'arsenal chinois et la fin des accords de limitation.
Premiers destinataires en 2020-2024 : Arabie saoudite (12 %), Ukraine (9,3 %), Japon (8,8 %), Qatar (7,7 %), Australie (6,7 %).
7,8
9,6
43
Les transferts d'armes sont un levier d'influence militaro-industriel. Un pays qui achète des avions américains dépend pendant des décennies des pièces, de la maintenance, des mises à jour et de la formation. Il en découle une interdépendance asymétrique, plutôt qu'une simple dépendance : les clients y gagnent aussi l'accès aux technologies et à l'alliance américaines.
La tendance lourdeLa part américaine reste autour de 30 % pendant quinze ans, puis augmente nettement après 2015. Le recul russe y contribue : la Russie, première exportatrice en 2000-2004, ne représente plus que 7,8 % en 2020-2024, sous l'effet des sanctions et de la guerre en Ukraine, qui absorbe sa production.
Chaque F-35 vendu à la Pologne, au Japon ou à l'Australie crée une relation de trente à quarante ans :
Depuis 2022, l'Ukraine devient le deuxième destinataire des armes américaines. La guerre montre la double face de cet atout : les transferts renforcent un partenaire, mais ils puisent dans les stocks américains, que l'industrie doit ensuite reconstituer.
C'est ce qui relie cet indicateur au suivant : la capacité d'exporter dépend de la capacité de produire.
Dynamique : part en hausse depuis 2015, à la faveur du recul russe et de la demande liée à la guerre en Ukraine.
Jugement : un levier d'influence durable, limité par les capacités de production et la reconstitution des stocks.
B, production militaire : obus de 155 mm, environ 14,000 par mois avant 2022, 28,000 en octobre 2023, production plus que triplée depuis 2022 selon l'US Army (février 2025).
| Domaine | Mesure 2024 | Avant ou objectif | Source |
|---|---|---|---|
| Munitions | Obus de 155 mm : environ 28,000 par mois en octobre 2023 ; production « plus que triplée » depuis 2022, selon l'US Army (février 2025) | Environ 14,000 par mois avant 2022 ; objectif de 100,000 par mois pour octobre 2025 (depuis 2024 : environ 36,000 en mars 2026) | Pentagone via le CSIS ; US Army ; inspection générale du Pentagone |
| Défense antimissile | Intercepteurs PAC-3 MSE : plus de 500 produits en 2024 | Objectif annoncé en octobre 2024 : 650 par an | Lockheed Martin |
| Programmes d'armement | Onze ans en moyenne pour livrer une première capacité | Trois ans de plus que prévu au départ | GAO, 2024 |
Une grande industrie navale marchande constitue un réservoir de compétences, de fournisseurs et d'infrastructures mobilisables. Elle ne se convertit pas automatiquement en capacités de construction ou de réparation de navires de combat : un porte-conteneurs n'est pas un destroyer.
La domination chinoise dans la construction civile ne prouve donc pas une supériorité navale militaire ; elle révèle une profondeur industrielle que les États-Unis n'ont plus à la même échelle.
La tendance lourdeLes chantiers américains construisent encore les navires de guerre les plus complexes du monde, porte-avions nucléaires et sous-marins, mais ils en livrent peu et lentement. Leur base civile a presque disparu : 0,04 % de la jauge mondiale en 2024. La Chine, la Corée du Sud et le Japon construisent 95 % des navires marchands du monde.
Pour les munitions, la guerre en Ukraine a servi de test. Les États-Unis produisaient environ 14,000 obus de 155 mm par mois avant 2022. Ils en produisent environ 28,000 en octobre 2023, et l'US Army annonce en février 2025 une production plus que triplée depuis 2022. L'objectif de 100,000 par mois était fixé à octobre 2025 ; depuis 2024, l'inspection générale du Pentagone relève environ 36,000 obus par mois en mars 2026.
La ruptureLa difficulté tient moins à l'argent qu'au temps. Selon le GAO, les grands programmes d'armement mettent en moyenne onze ans à livrer une première capacité, trois de plus que prévu. Une usine de munitions, un chantier naval ou une chaîne de missiles ne se construisent pas en quelques mois.
La question stratégique se pose donc au conditionnel : la supériorité militaire américaine peut-elle se maintenir dans un conflit prolongé si les États-Unis reconstituent leurs forces moins vite que leur principal concurrent ?
B, capacités de livraison : Vigilance en 2024, avec une montée en cadence réelle mais lente.
Jugement : la base industrielle de défense n'est pas un Piège dans son ensemble ; c'est sa capacité à produire vite et en masse qui est en question.
Le renseignement, l'avantage invisible
Aucun des cinq indicateurs ne mesure l'un des premiers atouts militaires américains : le renseignement. Dix-huit agences, coordonnées par le directeur du renseignement national, disposent pour l'exercice 2024 d'un budget publié de 106 milliards de dollars, 76,5 milliards pour le renseignement national et 29,8 milliards pour le renseignement militaire.
Les comparaisons internationales sont limitées par les différences de périmètre et de transparence.
Cet avantage repose sur des satellites d'observation et d'écoute à couverture mondiale et sur l'alliance de partage dite des « Five Eyes », avec le Royaume-Uni, le Canada, l'Australie et la Nouvelle-Zélande. Fin 2021, Washington rend publics les préparatifs de l'invasion russe de l'Ukraine : la déclassification devient un instrument diplomatique, qui prévient les alliés et prive Moscou de l'effet de surprise.
Le renseignement a aussi ses échecs : les attentats du 11 septembre 2001, les armes de destruction massive irakiennes qui n'existaient pas en 2003, la chute de Kaboul en 2021, plus rapide que prévu. Un excellent renseignement ne garantit ni la bonne décision, ni le résultat politique.
Trois mouvements d'une puissance qui domine les moyens et doute de la durée
Après le 11 septembre 2001, les États-Unis renversent les talibans en quelques semaines, puis le régime de Saddam Hussein en 2003. Le 12 septembre 2001, l'OTAN invoque pour la seule fois de son histoire l'article 5, en soutien aux États-Unis ; en 2004, elle s'élargit à sept pays d'Europe centrale et orientale. La dépense militaire culmine en 2009 à 4,9 % du PIB.
Les victoires militaires sont rapides ; la stabilisation politique échoue. En Irak comme en Afghanistan, la supériorité des moyens ne suffit pas à bâtir des États durables : c'est la limite de la conversion, dans un type de guerre précis.
Le retrait d'Irak et la loi de plafonnement de 2011 font reculer le budget ; la flotte tombe à 271 navires en 2015, son plus bas niveau depuis 1945. Le traité New START réduit les arsenaux.
Après l'annexion de la Crimée en 2014, l'OTAN revient à la défense collective : engagement des 2 % du PIB au sommet du pays de Galles, bataillons multinationaux dans les pays baltes et en Pologne à partir de 2017.
La conversion réussit pourtant ailleurs : la coalition menée par les États-Unis, appuyée sur des forces locales, détruit le territoire de l'État islamique entre 2014 et 2019. La dissuasion et les alliances contribuent à prévenir un affrontement direct en Europe et en Corée, sans qu'on puisse isoler leur effet de celui des autres facteurs.
La stratégie de défense nationale de 2018 désigne la Chine et la Russie comme priorités. Le budget remonte, les exportations atteignent 43 % des transferts mondiaux, et la guerre en Ukraine, à partir de 2022, fait des États-Unis le premier soutien militaire de Kiev. La Finlande en 2023 et la Suède en 2024 rejoignent l'OTAN, qui compte désormais 32 membres.
Elle révèle aussi les limites industrielles : stocks de munitions entamés, cadences lentes à relever, marine chinoise plus nombreuse et chantiers chinois sans équivalent. Le retrait d'Afghanistan, en août 2021, clôt vingt ans de guerre sur un échec politique.
Distinguer accumulation et projection conduit à ce diagnostic : la capacité mondiale de projection demeure, tandis que sa conversion politique et son soutien industriel doivent être évalués séparément, théâtre par théâtre.
La supériorité américaine se mesure à ce qu'elle peut déployer. Sa résilience se mesure à ce qu'elle peut reconstruire.
Elle tient aussi à ce que les États-Unis peuvent organiser autour d'eux : leur supériorité repose autant sur la puissance qu'ils possèdent que sur celle qu'ils coordonnent avec leurs alliés, à condition que ces alliés leur fassent confiance.
Le traité New START arrive à expiration le 5 février 2026. La flotte de combat compte 288 navires fin septembre 2025. Au sommet de La Haye, en juin 2025, les membres de l'OTAN s'engagent à porter leurs dépenses de défense et de sécurité à 5 % de leur PIB d'ici 2035.
Une projection publiée pèse sur la décennie : le CBO prévoit que les intérêts nets de la dette fédérale atteignent 1,700 milliards de dollars en 2034 (perspectives de juin 2024). La défense devra trouver sa place dans un budget fédéral de plus en plus contraint.
Dans une première trajectoire, les États-Unis maintiennent leur supériorité de projection et leurs alliances, laissent aux Européens une part croissante de leur propre défense, relèvent lentement leurs cadences industrielles et évitent un conflit prolongé avec la Chine. La dissuasion fonctionne, sans que la question de la durée soit tranchée.
Dans une deuxième trajectoire, plus favorable, une politique industrielle de défense, avec les alliés coréens et japonais pour la construction navale, reconstitue une profondeur de production. Les États-Unis l'ont déjà fait : entre 1941 et 1945, ils ont multiplié leur production militaire en quelques années.
Dans une troisième trajectoire, un conflit prolongé dans le Pacifique met à l'épreuve les stocks et les chantiers. La supériorité technologique initiale ne suffit plus : la capacité à remplacer les pertes, réparer et approvisionner devient déterminante, aux côtés des alliances, de la géographie et des stocks.
La question décisive n'est pas de savoir qui possède les meilleures armes, mais qui peut les produire, les réparer et les financer le plus longtemps.
L'objectif était fixé à octobre 2025 et n'est pas atteint : environ 36,000 par mois en mars 2026, selon l'inspection générale du Pentagone. Il mesure la capacité de l'industrie à monter en cadence.
Elle compte 296 navires fin 2024 et 288 fin 2025 ; l'objectif de la Navy est bien supérieur.
Le croisement de 2024 peut être passager ou durable ; le CBO prévoit leur hausse.
Sans accord, il n'y a plus de plafond ni d'inspections mutuelles entre les deux premiers arsenaux du monde.
Un tel seuil, repère de suivi choisi par SAPERE, signalerait une relance réelle des chantiers civils.
Les États-Unis demeurent la première puissance militaire mondiale par leurs moyens, leur portée et leurs alliances. Leur défi est désormais de transformer cette supériorité en résultats politiques durables, et de disposer d'une base industrielle capable de la soutenir face à un adversaire de puissance comparable.
Sources des données. IND1 : SIPRI, Military Expenditure Database (avril 2025), dollars constants de 2023, part du PIB, comparaisons 2024 en dollars courants ; CBO, intérêts nets de la dette et dépenses de défense (2024).
IND2 : Congressional Research Service, rapports RL32665 (navires de combat) et RL33153 (marine chinoise) ; OTAN (membres, article 5, dépenses de défense des alliés 2014-2024) ; SIPRI (dépenses des membres de l'OTAN en 2024) ; Office of Naval Intelligence ; CRS R48123 (bases à l'étranger, 2024).
IND3 : département de l'Énergie, transparence du stock nucléaire (2024) ; Federation of American Scientists, Status of World Nuclear Forces 2024. IND4 : SIPRI, Arms Transfers Database et fiches de tendances (2005 à 2025).
IND5 : CNUCED, navires construits par pays (jauge brute) ; US Army (février 2025) ; CSIS d'après des données du Pentagone (octobre 2023) ; inspection générale du Pentagone, citée par Defense News (juillet 2026) ; Lockheed Martin ; GAO, Weapon Systems Annual Assessment 2024. Encadré : ODNI et département de la Défense, budgets du renseignement 2024.
Méthode. Six points de repère quand la série existe ; aucune série n'est reconstituée avant sa première édition. Les comparaisons internationales utilisent une seule source et une seule date par tableau. Une projection n'est citée que lorsqu'une source la publie. Ce qui suit 2024 figure sous la mention « Depuis 2024 ». La qualification suit la position du pays ; la dynamique et le jugement sont écrits à part, dans l'encadré « Pourquoi ».
Suite de la série. Prochain épisode : Pilier VII, Innovation et savoir. États-Unis : le pays qui produit le plus d'innovation et commence à craindre de ne plus en fixer les règles.
Trajectoires de puissance, une exclusivité SAPERE - Novembre 2026
La série · États-Unis 2000-2024, les piliers de la puissance
- États-Unis Pilier 1 : Économie et finance
- États-Unis Pilier 2 : Industrie et technologie
- États-Unis Pilier 3 : Démographie et capital humain
- États-Unis Pilier 4 : Diplomatie, influence et information
- États-Unis Pilier 5 : Énergie et ressources
- États-Unis Pilier 6 : Défense et sécurité (vous êtes ici)
- États-Unis Pilier 7 : Innovation et savoir
- États-Unis Pilier 8 : Gouvernance et institutions
- États-Unis Pilier 9 : Autonomie stratégique
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Deux mesures, deux questions. Le volume dit quels moyens les États-Unis consacrent à leurs armées ; la part du PIB dit quel effort cela représente pour leur économie. Les deux ne racontent pas la même histoire : le volume a fortement augmenté depuis 2000, l'effort beaucoup moins.
La tendance lourdeAprès le 11 septembre 2001, les guerres d'Afghanistan et d'Irak font monter la dépense jusqu'à un pic d'un peu plus de mille milliards de dollars constants en 2009 (1,003 milliards), soit 4,9 % du PIB. Le retrait d'Irak et la loi de plafonnement budgétaire de 2011 la font ensuite reculer : en 2014, elle est inférieure de 17 % au pic de 2009.
Elle remonte à partir de 2017 avec le retour de la compétition entre grandes puissances, désignée comme priorité par la stratégie de défense nationale de 2018. En 2024, les États-Unis dépensent 997 milliards de dollars courants, plus que les neuf pays suivants réunis (984 milliards), mais de peu.
La ruptureLa contrainte ne vient pas de l'effort, revenu à 3,4 % du PIB : elle vient de la dette. En 2024, selon le CBO, les intérêts nets de la dette fédérale, environ 880 milliards de dollars, dépassent les dépenses discrétionnaires de défense. Le budget du Pentagone et la charge de la dette relèvent de comptabilités différentes, mais ils puisent dans le même budget fédéral.
Ce croisement résume le titre de ce pilier : la question n'est pas la capacité à dépenser pour la défense, mais la place qu'elle peut garder face aux autres charges de l'État, traitées au Pilier I.
Dynamique : volume en hausse de 71 % depuis 2000, effort revenu à 3,4 % du PIB après un pic à 4,9 % en 2009.
Jugement : les moyens restent sans équivalent ; la contrainte nouvelle vient de la charge de la dette, pas de l'effort militaire lui-même.