Trajectoires de puissance · 2000-2024
États-Unis · vingt-cinq ans de puissance, lus pilier par pilier

États-Unis d'Amérique Le pays qui impose ses règles sans toujours les suivre

Quatrième épisode d'une lecture en neuf volets, consacré à la diplomatie et au soft power américain. Les États-Unis ont bâti l'essentiel des institutions internationales depuis 1945. En 2024, ils restent le premier contributeur au budget ordinaire de l'ONU, la première destination des étudiants du monde et le pays le mieux classé en soft power. Mais ils s'en retirent et y reviennent au gré des alternances, et leurs partenaires doutent de la continuité de leurs engagements.

Pilier IV · Lecture par le rayonnement, l'attraction et la maîtrise du récit
Diplomatie, influence et information

Janvier 2025. Dès son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump engage la sortie de l'accord de Paris et de l'Organisation mondiale de la santé, et gèle l'aide extérieure ; l'USAID, l'agence américaine d'aide au développement, est démantelée dans les semaines qui suivent.

Ces gestes ont des précédents. En 2001, George W. Bush avait rejeté le protocole de Kyoto. Lors de son premier mandat, Donald Trump avait déjà annoncé la sortie de l'accord de Paris en 2017 et celle de l'OMS en 2020, deux décisions annulées par Joe Biden en 2021. Le démantèlement de l'agence d'aide, lui, est sans précédent.

Ce pilier mesure le quart de siècle qui précède, de 2000 à 2024. Les États-Unis y conservent des ressources d'influence considérables. Leur efficacité dépend pourtant de la crédibilité de leurs engagements, et de la façon dont leurs partenaires perçoivent l'usage qu'ils en font.

Cinq indicateurs sur vingt-cinq ans

Attirer, informer, s'engager, former, plaire

Pour chaque indicateur, on lit la trajectoire sur six points de repère (2000, 2004, 2009, 2014, 2019, 2024) quand la série existe, puis la position américaine dans le monde.

Une frise de lecture qualifie chaque point selon sa nature stratégique. Ce pilier met à l'épreuve le concept stratégique SAPERE du Pilier IV : distinguer hard power et soft power. Il en tire trois dimensions qui ne se confondent pas : l'attraction (universités, culture), la crédibilité (information, continuité des engagements) et l'influence (institutions, coalitions, normes).

Les séries s'arrêtent en 2024. Ce qui s'est passé depuis figure à part, sous la mention « Depuis 2024 ».

La question n'est pas de savoir si les États-Unis ont encore les moyens d'influencer le monde : ils en ont plus que quiconque. C'est de savoir si leurs partenaires leur font encore confiance pour s'en servir.

Atout : indicateur favorable à la puissance Neutre : sans impact stratégique décisif Vigilance : signal préoccupant à surveiller Piège : indicateur structurellement défavorable
Une qualification peut évoluer dans le temps : un atout de 2000 peut devenir un piège en 2024.
Indicateur 1 sur 5
Puissance d'influence : Global Soft Power Index (rang et score sur 100, Brand Finance, depuis 2020)
Premiers du classement en 2024, après une chute au sixième rang en 2021.
1er rang mondial au Global Soft Power Index 2024 (Brand Finance), avec un score de 78,8 sur 100, devant le Royaume-Uni et la Chine (71,2)
L'indice existe depuis 2020 : les États-Unis y sont 1ers (67,1), puis 6es en 2021 (55,9), avant de reprendre la première place de 2022 à 2024 (70,7, puis 74,8, puis 78,8).

Aucune série comparable ne couvre 2000-2019 : la trajectoire commence en 2020.
Score des États-Unis au Global Soft Power Index, 2020-2024 (sur 100)
2020 2021 2022 2023 2024 67,1 78,8
Trajectoire : 67,1 (2020, 1er) → 55,9 (2021, 6e) → 78,8 (2024, 1er). Chine : 3e en 2024 (71,2).
Pas de projection : cinq éditions ne suffisent pas à dessiner une tendance. Depuis 2024 : 79,5 en 2025, puis 74,9 en 2026, soit 4,6 points de moins en un an, la plus forte baisse des 193 pays classés ; la Chine, 2e, est à 73,5.
Frise de lecture de puissance
2000 → 2019 · indice inexistant
n/d
2024 · 1er mondial
Atout
Global Soft Power Index 2024 (score sur 100)
Chine, 3e
71,2
États-Unis, 1er
78,8
Ce que mesure l'indicateur
Classement annuel de Brand Finance, publié depuis 2020. Il combine la notoriété d'un pays, sa réputation et son influence perçues, d'après une enquête auprès de plus de 100,000 personnes, et des données sur la culture, la gouvernance, l'éducation, l'économie et la diplomatie.

L'indice mesure une perception, pas une capacité. Il dit comment le monde voit un pays, et non ce que ce pays obtient de ses partenaires. D'autres classements existaient avant 2020 (Anholt-Ipsos, Soft Power 30 de Portland), mais leurs méthodes et leurs panels diffèrent : on ne peut pas les raccorder en une seule courbe.

La tendance lourde

Avant 2020, les classements disponibles placent tous les États-Unis dans le groupe de tête, avec des reculs nets après la guerre d'Irak de 2003 et pendant le premier mandat de Donald Trump. Ils ne permettent pas de dire de combien.

La série Brand Finance montre la même sensibilité aux événements. En 2021, les États-Unis tombent au sixième rang : l'enquête est menée pendant la pandémie, dont la gestion américaine est jugée sévèrement, et à la fin du premier mandat Trump. Ils reprennent la première place dès 2022.

La rupture

Le score de 2024, 78,8, est le plus haut jamais atteint par les États-Unis à cette date. Il repose sur des ressources que les alternances touchent peu : la langue anglaise, les universités, les entreprises du numérique, le cinéma et la musique.

La chute de 2021 montre pourtant que la perception peut se retourner en un an. C'est la limite de cet atout : il ne dépend pas seulement de ce que sont les États-Unis, mais aussi de ce qu'ils font.

Pourquoi Atout (2024) : Position : premier rang mondial en 2024, avec 78,8 sur 100.

Dynamique : une série courte et heurtée, avec une chute au sixième rang en 2021, puis trois années en tête.

Jugement : les ressources d'attraction restent les premières du monde ; leur perception dépend de la conduite de la politique américaine, comme l'a montré 2021.
Indicateur 2 sur 5
Liberté et crédibilité de l'information : rang au Classement mondial de la liberté de la presse (Reporters sans frontières)
Le pays du Premier Amendement a quitté le groupe de tête de la presse libre.
55e sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse 2024 (RSF), catégorie « situation problématique »
17e sur 139 pays en 2002, première édition, 22e sur 167 en 2004, 20e sur 175 en 2009. Puis 46e sur 180 en 2014, 48e en 2019 et 55e en 2024.

Repères 2024 : Norvège 1re, France 21e, Japon 70e, Chine 172e.
Rang des États-Unis au classement RSF, 2002-2024 (plus la courbe descend, plus le rang recule)
méthode 2013 2022 2002 2004 2009 2014 2019 2024 17e 55e
Trajectoire : 17e (2002) → 20e (2009) → 46e (2014) → 55e (2024). Le nombre de pays classés passe de 139 en 2002 à 180 depuis 2013 ; RSF a changé sa méthode en 2013 puis en 2022 : les rangs se comparent avec prudence.
Pas de projection. Depuis 2024 : 57e en 2025, puis 64e en 2026, le rang le plus bas jamais atteint par les États-Unis.
Frise de lecture de puissance
2002 → 2009 · dans le groupe de tête
Atout
2014 → 2024 · 46e à 55e
Vigilance
Classement RSF 2024 (rang sur 180)
Norvège
1re
France
21e
États-Unis
55e
Japon
70e
Chine
172e
Ce que mesure l'indicateur
Rang des États-Unis au Classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans frontières, publié chaque année depuis 2002. Depuis 2022, le score sur 100 combine cinq dimensions : politique, économique, législative, sociale et sécuritaire.

Cet indicateur fait entrer l'information dans le pilier. Il mesure les conditions dans lesquelles l'information est produite, pas la portée internationale des médias américains ni leur capacité à imposer un récit. Il dit en revanche quelque chose de la crédibilité de l'argument démocratique que Washington oppose à Pékin et à Moscou.

La tendance lourde

Pendant la première décennie, les points de repère placent les États-Unis dans le groupe de tête du classement. Le recul de 2003-2006 tient surtout à la guerre d'Irak et aux journalistes détenus ou tués sur ce terrain. RSF salue ensuite un « effet Obama » : les États-Unis remontent au 20e rang en 2009, sans retrouver le 17e rang de 2002.

La chute suivante vient de l'intérieur. En 2014, RSF retient la traque des sources :

Un
Chelsea Manning
Condamnée en 2013 pour avoir transmis des documents militaires à WikiLeaks.
Deux
Edward Snowden
Poursuivi après ses révélations sur la surveillance de masse.
Trois
Associated Press
Saisie secrète des relevés téléphoniques de l'agence de presse.

L'administration Obama engage huit poursuites au titre de l'Espionage Act contre des sources de la presse, plus que toutes les administrations précédentes réunies.

La rupture

La presse américaine recule moins par la censure que par l'asphyxie. En 2024, RSF relève la défiance envers les médias, l'hostilité de responsables politiques et des arrestations de journalistes par des polices locales.

Le fond économique pèse davantage encore : plus d'un tiers des journaux ont disparu depuis 2005, et plus de 200 comtés n'ont plus aucune source d'information locale (Northwestern Medill, rapport 2024). Une démocratie dont des régions entières ne sont plus couvertes perd une part de sa capacité à se raconter au monde.

Depuis 2024 : le décret du 14 mars 2025 démantèle l'agence qui finance Voice of America, et plus de 1,300 salariés sont mis en congé. RSF classe les États-Unis 64e en 2026.

Pourquoi Atout (2002-2009) puis Vigilance (2014-2024) : Position : dans le groupe de tête jusqu'en 2009, puis entre le 46e et le 55e rang.

Dynamique : les points de repère montrent une position favorable en début de période, puis un recul marqué.

Jugement : RSF range les États-Unis parmi les « situations problématiques » en 2024 ; ce n'est pas un Piège, car la presse reste protégée par le Premier Amendement et les tribunaux.
Indicateur 3 sur 5
Engagement multilatéral : décisions d'engagement et de désengagement sur un périmètre fixe de quinze accords et organisations (relevé SAPERE)
Les États-Unis restent au centre des institutions, mais leurs engagements vont et viennent.
6 décisions de retrait ou de désengagement entre 2015 et 2019 sur le périmètre retenu, puis 4 retours ou maintiens entre 2020 et 2024
Sur tout le quart de siècle, la position institutionnelle ne change pas : siège permanent et droit de veto au Conseil de sécurité, premier contributeur au budget ordinaire de l'ONU (22 %), minorité de blocage au FMI.

Ce qui varie, c'est la continuité des engagements : trois décisions de désengagement en 2000-2004, six en 2015-2019, puis quatre retours ou maintiens en 2020-2024.
Décisions par période de cinq ans
PériodeSensNombreActes
2000-2004désengagement3Kyoto rejeté (2001), traité ABM quitté (2002), signature de la CPI retirée (2002)
engagement1Retour à l'UNESCO (2003)
2005-2009désengagement1Conseil des droits de l'homme refusé à sa création (2006)
engagement1Élection au Conseil des droits de l'homme (2009)
2010-2014désengagement0—
engagement1Traité New START (2011)
2015-2019désengagement6Accord transpacifique (2017), accord de Paris (annonce, 2017), UNESCO (2017), accord iranien (2018), Conseil des droits de l'homme (2018), traité INF (2019)
engagement3Accord iranien (2015), accord transpacifique signé (2016), accord de Paris (2016)
2020-2024désengagement2Traité Ciel ouvert (2020), OMS (notification annulée, 2020)
engagement4OMS maintenue, accord de Paris, Conseil des droits de l'homme (2021), UNESCO (2023)
Voir les 22 décisions datées et la nature de chaque acte
PériodeDécision et dateNature de l'acteSens
2000-2004Protocole de Kyoto : rejet annoncé par la Maison-Blanche, 28 mars 2001Refus de ratificationdésengagement
Traité ABM : notification le 13 décembre 2001, retrait effectif le 13 juin 2002Retrait effectifdésengagement
Statut de Rome (CPI) : lettre au secrétaire général de l'ONU, 6 mai 2002Retrait de signaturedésengagement
UNESCO : retour le 1er octobre 2003Retour effectifengagement
2005-2009Conseil des droits de l'homme : vote contre sa création, 15 mars 2006, et pas de candidatureRefus de participationdésengagement
Conseil des droits de l'homme : élection, 12 mai 2009Adhésion effectiveengagement
2010-2014Traité New START : entrée en vigueur, 5 février 2011Adhésion effectiveengagement
UNESCO : contribution suspendue en octobre 2011 (non comptée : pas de retrait)——
2015-2019Accord nucléaire iranien : conclusion, 14 juillet 2015Engagement politiqueengagement
Accord transpacifique : signature, 4 février 2016Signatureengagement
Accord de Paris : adhésion, 3 septembre 2016Adhésion effectiveengagement
Accord transpacifique : retrait de la signature, 23 janvier 2017Abandon d'un accord signé, non ratifiédésengagement
Accord de Paris : annonce le 1er juin 2017, notification le 4 novembre 2019, effet le 4 novembre 2020Annonce, puis notificationdésengagement
UNESCO : notification le 12 octobre 2017, effet le 31 décembre 2018Retrait effectifdésengagement
Accord nucléaire iranien : sortie, 8 mai 2018Sortie d'un engagement politiquedésengagement
Conseil des droits de l'homme : retrait, 19 juin 2018Retrait effectifdésengagement
Traité INF : notification le 2 février 2019, retrait effectif le 2 août 2019Retrait effectifdésengagement
2020-2024Traité Ciel ouvert : notification le 22 mai 2020, retrait effectif le 22 novembre 2020Retrait effectifdésengagement
OMS : notification le 6 juillet 2020, annulée le 20 janvier 2021Notification annuléedésengagement
OMS : annulation de la sortie, 20 janvier 2021Maintienengagement
Accord de Paris : retour effectif, 19 février 2021Retour effectifengagement
Conseil des droits de l'homme : retour comme observateur en février 2021, élection en octobre 2021Retour effectifengagement
UNESCO : retour effectif, juillet 2023Retour effectifengagement
Périmètre fixe de quinze instruments : Conseil de sécurité, OTAN, OMC, OMS, UNESCO, Conseil des droits de l'homme, protocole de Kyoto, accord de Paris, statut de Rome (CPI), traités ABM, INF, Ciel ouvert et New START, accord transpacifique, accord nucléaire iranien. Chaque décision est comptée une fois, à la date de son premier acte officiel. Les États-Unis n'ont jamais quitté le Conseil de sécurité, l'OTAN ni l'OMC.
Pas de score : le relevé documente des actes de portée différente, que le tableau qualifie un par un. Depuis 2024 : nouvelles sorties engagées en 2025 (accord de Paris, OMS, UNESCO, Conseil des droits de l'homme).
Frise de lecture · position institutionnelle
2000 → 2024 · siège permanent, veto, premier contributeur à l'ONU
Atout
Frise de lecture · continuité des engagements
2000-2004 · Kyoto, ABM, CPI
Désengagement
2005-2014 · retours, peu de retraits
Réengagement
2015-2019 · six décisions
Désengagement
2020-2024 · quatre retours
Réengagement
Ce que mesure l'indicateur
Relevé SAPERE des décisions des États-Unis sur un périmètre fixe de quinze accords et organisations, avec la date et la nature juridique de chaque acte : refus, annonce, notification, retrait effectif, retour ou adhésion.

Le relevé mesure un comportement, pas une influence. Ses actes n'ont pas la même portée : une notification annulée ne vaut pas la sortie effective d'un traité. Il renseigne sur la prévisibilité institutionnelle des États-Unis ; il ne mesure pas toute la confiance diplomatique, qui dépend aussi des explications, des négociations et des engagements tenus.

La tendance lourde

L'unilatéralisme américain ne commence pas en 2017. Entre 2001 et 2002, l'administration de George W. Bush rejette le protocole de Kyoto, quitte le traité sur les missiles antibalistiques (ABM) et retire la signature américaine du statut de la Cour pénale internationale. En 2003, elle engage la guerre d'Irak sans mandat explicite du Conseil de sécurité.

La décennie suivante est celle des retours : Conseil des droits de l'homme en 2009, traité New START en 2011, accord nucléaire avec l'Iran en 2015, accord de Paris en 2016.

La rupture

Le premier mandat de Donald Trump ne change pas la nature de cette diplomatie, mais son intensité : six décisions de désengagement en trois ans, dont trois retraits effectifs, contre trois décisions sous George W. Bush. Joe Biden revient ensuite dans les institutions quittées ou annule les sorties engagées.

Cette alternance a un coût. Les partenaires apprennent qu'un engagement américain peut être défait par l'administration suivante, et en tiennent compte dans leurs propres choix.

Pourquoi deux frises : Position institutionnelle : Atout sur toute la période (siège permanent, veto, premier contributeur au budget ordinaire de l'ONU).

Continuité des engagements : désengagement en 2000-2004 et en 2015-2019, réengagement en 2005-2014 et en 2020-2024.

Jugement : la position reste un atout constant ; c'est la continuité, variable d'une présidence à l'autre, qui fait la fragilité.
Indicateur 4 sur 5
Attractivité éducative : étudiants internationaux accueillis (milliers, Institute of International Education, Open Doors)
Les universités américaines restent la première destination des étudiants du monde.
1,13 million d'étudiants internationaux en 2023-2024 (Open Doors), record historique, deux fois plus qu'en 2000-2001
548,000 en 2000-2001, 565,000 en 2004-2005 après le resserrement des visas qui suit le 11 septembre 2001, 691,000 en 2009-2010, 975,000 en 2014-2015, 1,08 million en 2019-2020.

Creux de la pandémie : 914,000 en 2020-2021. Puis 1,13 million en 2023-2024.
Étudiants internationaux aux États-Unis, 2000-2024 (milliers, années universitaires)
2020-21 : 914 k 2000-01 2004-05 2009-10 2014-15 2019-20 2023-24 548 k 1127 k
Trajectoire : 548,000 (2000-2001) → 1,08 million (2019-2020) → 1,13 million (2023-2024).
Pas de projection. Depuis 2024 : 1,18 million en 2024-2025 ; à l'automne 2025, les nouvelles inscriptions reculent de 17 % (IIE).
Frise de lecture de puissance
2000 → 2024 · première destination mondiale
Atout
Ce que mesure l'indicateur
Nombre total d'étudiants étrangers inscrits dans l'enseignement supérieur américain, y compris ceux qui travaillent après leur diplôme dans le cadre de leur visa étudiant, selon le rapport annuel Open Doors de l'Institute of International Education, publié avec le soutien du Département d'État.

Les étudiants internationaux sont l'un des vecteurs les plus durables de l'attraction américaine. En formant une partie des élites économiques, scientifiques et politiques du monde, les universités créent des réseaux d'anciens élèves qui survivent aux alternances. Une ministre des Finances formée à Harvard ou au MIT garde souvent un lien avec les États-Unis tout au long de sa carrière.

La tendance lourde

Le nombre d'étudiants double en vingt-trois ans, malgré deux chocs : le resserrement des visas après le 11 septembre 2001, qui fige les effectifs pendant cinq ans, et la pandémie, qui les fait reculer de 15 % en 2020-2021.

En 2023-2024, l'Inde dépasse la Chine comme premier pays d'origine, avec 331,000 étudiants. Cette diversification réduit la dépendance à un seul pays, au moment où les étudiants chinois deviennent un enjeu de sécurité pour Washington.

La rupture

Le record de 2023-2024 confirme que l'attraction universitaire résiste aux cycles politiques mieux que l'image du pays. Elle repose sur des universités classées parmi les premières du monde et sur l'accès au marché du travail américain.

Les signaux de 2025 montrent cependant sa sensibilité aux décisions de visa : avec une baisse de 17 % des nouvelles inscriptions, c'est le premier recul sérieux hors pandémie depuis 2001.

Pourquoi Atout (2000-2024) : Position : première destination mondiale des étudiants internationaux sur toute la période.

Dynamique : doublement en vingt-trois ans, interrompu par le 11 septembre 2001 et la pandémie.

Jugement : l'atout le plus stable du pilier, exposé désormais aux décisions de visa.
Indicateur 5 sur 5
Image internationale : opinion favorable des États-Unis (%, Pew Research Center)
L'image américaine reste sensible aux présidences, avec des retournements importants.
54 % d'opinions favorables en 2024 : médiane des 34 pays enquêtés par le Pew Research Center, comme en 2019 (33 pays)
Médianes Pew : 65 % en 2014 (43 pays), 54 % en 2019 (33 pays), 54 % en 2024 (34 pays). Pew ne publie pas de médiane avant 2014 : les quatre pays suivis en continu montrent la trajectoire depuis 2000.

Allemagne : 78 % en 2000, 45 % en 2003, 64 % en 2009, 49 % en 2024.
Opinion favorable des États-Unis : quatre pays suivis et médiane Pew (trait noir), 2000-2024 (%)
60 % 40 % Japon 70 % Royaume-Uni 54 % Allemagne 49 % France 46 % 2000 2003 2009 2014 2019 2024
Médiane : 65 % (2014, 43 pays) → 54 % (2019, 33 pays) → 54 % (2024, 34 pays). Pointillés : seuils de 60 % et de 40 %. 2000 : Département d'État ; 2003 à 2024 : Pew. Une médiane porte sur des pays qui changent d'une enquête à l'autre.
Pas de projection. Depuis 2024 : médiane de 49 % en 2025 (24 pays).
Frise de lecture de puissance
2000 · image largement favorable
Atout
2003-2004 · guerre d'Irak
Vigilance
2009 → 2014 · rebond, 65 % en 2014
Atout
2019 → 2024 · 54 %
Vigilance
Opinion favorable des États-Unis en 2024 (%)
France
46 %
Médiane, 34 pays
54 %
Japon
70 %
Ce que mesure l'indicateur
Part des adultes qui ont une opinion favorable des États-Unis, dans les enquêtes du Pew Research Center. La médiane est la valeur centrale des résultats nationaux : elle n'est pas un sondage mondial représentatif, et l'ensemble des pays enquêtés change d'une année à l'autre.

La perception internationale est la mesure la plus directe de l'image d'un pays. Elle ne se confond pourtant pas avec l'influence : un pays peu apprécié peut garder une attraction exceptionnelle sur les étudiants, les chercheurs et les investisseurs, comme le montre l'indicateur 4.

La tendance lourde

L'image des États-Unis suit les présidences avec un décalage court. La guerre d'Irak la fait chuter en 2003, en Europe surtout : de 78 % à 45 % d'opinions favorables en Allemagne. L'élection de Barack Obama la redresse en quelques mois : 75 % en France en 2009.

Le premier mandat de Donald Trump la fait retomber : médiane de 49 % en 2017 (37 pays). Le creux de 2020, 34 % dans douze pays, est suivi d'un rebond à 62 % en 2021 dans les mêmes pays.

La rupture

Dans les pays suivis, le rebond des années Biden reste partiel en Europe : en 2024, l'Allemagne (49 %) et la France (46 %) restent loin de leurs niveaux de 2009 (64 % et 75 %). Les médianes portent sur des pays différents d'une enquête à l'autre et ne se comparent qu'avec prudence.

Le Japon fait exception : 70 % d'opinions favorables en 2024, au-dessus de son niveau de 2009. Dans l'Indo-Pacifique, la montée de la Chine rend l'allié américain plus nécessaire.

Pourquoi l'alternance Atout / Vigilance : Position : 54 % en 2024, sous le seuil de 60 % retenu pour l'Atout, au-dessus de celui de 40 %.

Dynamique : des cycles liés aux présidences, avec des retournements importants dans les pays suivis.

Jugement : l'image reste majoritairement favorable, mais elle dépend de plus en plus de la conduite de la politique américaine.
Synthèse trajectoire 25 ans

Trois mouvements d'une puissance qui bâtit, quitte et revient

Trois mouvements
Premier mouvement · 2000-2008
La puissance qui choisit ses règles

En 2000, l'image des États-Unis est largement favorable : 78 % d'opinions positives en Allemagne, 83 % au Royaume-Uni. En deux ans, l'administration de George W. Bush rejette le protocole de Kyoto, quitte le traité ABM et retire sa signature de la Cour pénale internationale ; en 2003, elle engage la guerre d'Irak sans mandat explicite du Conseil de sécurité.

L'image s'effondre en Europe, et la presse américaine recule dans le classement de RSF. La même administration lance pourtant en 2003 le plan d'urgence contre le sida (PEPFAR), qui construit en Afrique une influence durable.

Deuxième mouvement · 2009-2016
Le retour

Les États-Unis rejoignent le Conseil des droits de l'homme, signent le traité New START, l'accord nucléaire avec l'Iran et l'accord de Paris. Leur image remonte : 75 % d'opinions favorables en France en 2009, médiane de 65 % en 2014. Les étudiants internationaux passent de 691,000 à près d'un million.

L'affaire Snowden de 2013 et la traque des sources de la presse font pourtant reculer les États-Unis au 46e rang de RSF en 2014 : l'argument démocratique s'abîme au moment où l'image se redresse.

Troisième mouvement · 2017-2024
La réversibilité

Six décisions de désengagement en trois ans, puis quatre retours ou maintiens à partir de 2021. Les États-Unis tombent au sixième rang du soft power en 2021, avant de reprendre la première place. Les étudiants internationaux atteignent 1,13 million en 2023-2024, record historique, et l'aide publique au développement 63,3 milliards de dollars en 2024, premier donateur mondial (OCDE).

Mais la presse recule au 55e rang, en Allemagne et en France, l'image reste loin de ses niveaux de 2009, et la Chine dispose depuis 2019 d'un réseau diplomatique un peu plus étendu (274 postes contre 271 en 2024, Lowy Institute). Les partenaires ont appris qu'un engagement américain peut être défait par l'administration suivante.

Phrase pivot

Distinguer hard power et soft power conduit à séparer trois composantes de l'influence américaine, qui n'évoluent ni au même rythme ni dans le même sens :

Un
L'attraction
Intacte : premier rang du soft power en 2024, record d'étudiants internationaux.
Deux
La crédibilité
Fragilisée : presse en recul, engagements moins prévisibles d'une présidence à l'autre.
Trois
L'influence
Constante dans les institutions : siège permanent, veto, premier contributeur au budget de l'ONU, premier donateur d'aide.

Aucun de ces indicateurs ne démontre un déclassement général de la puissance d'influence américaine. Plusieurs révèlent cependant une érosion relative de ses avantages et de sa crédibilité.

Depuis 2024

Les décrets de janvier 2025 engagent la sortie de l'accord de Paris et de l'OMS ; l'USAID est démantelée et Voice of America mise à l'arrêt. Les mesures suivent : 74,9 au Global Soft Power Index en 2026, soit 4,6 points de moins en un an, la Chine à 73,5 ; médiane Pew de 49 % en 2025 ; 64e rang de RSF en 2026 ; nouvelles inscriptions d'étudiants en recul de 17 % à l'automne 2025.

Projection 2025-2035
Trajectoire 1

Dans une première trajectoire, les États-Unis gardent leur position dans les institutions et leur avance d'attraction, mais continuent d'alterner retraits et retours. Leurs partenaires intègrent cette réversibilité : ils diversifient leurs alliances et couvrent leurs engagements avec Washington.

Trajectoire 2

Dans une deuxième trajectoire, plus favorable, une administration future reconstruit les instruments démantelés. L'histoire américaine montre que c'est possible : le programme Fulbright a survécu à toutes les alternances depuis 1946, et le plan contre le sida a été reconduit par tous les présidents depuis 2003.

Trajectoire 3

Dans une troisième trajectoire, le retrait des instruments d'attraction et d'aide se combine à un usage plus coercitif des leviers restants : droits de douane, sanctions, veto. Les États-Unis gardent les moyens de contraindre, mais perdent une part de leur capacité à convaincre.

La vulnérabilité américaine ne tient pas d'abord à l'image : elle tient à la confiance que les partenaires accordent à la continuité des engagements des États-Unis.
Cinq indicateurs de bascule à surveiller jusqu'en 2030
1
La Chine dépasse-t-elle les États-Unis au Global Soft Power Index avant 2030 ?

L'écart est de 1,4 point en 2026 (74,9 contre 73,5). Un dépassement serait une première depuis la création de l'indice en 2020.

Signal positif
Maintien du score grâce aux universités, au numérique et à la culture.
Signal négatif
Nouveaux reculs sur la gouvernance, la générosité perçue et l'engagement climatique.
2
Le Congrès rétablit-il une capacité d'aide au développement après le démantèlement de l'USAID ?

Le démantèlement est réversible si le Congrès légifère et finance une nouvelle structure.

Signal positif
Création d'une agence ou d'un service d'aide au Département d'État, maintien du plan contre le sida.
Signal négatif
Confirmation des coupes dans les budgets internationaux des années suivantes.
3
Les étudiants internationaux passent-ils sous le million avant 2030 ?

La baisse de 17 % des nouvelles inscriptions à l'automne 2025 constitue un signal de risque pour les effectifs totaux des années suivantes.

Signal positif
Stabilisation des politiques de visa, attractivité des universités et du marché du travail scientifique.
Signal négatif
Restrictions de visas d'études, fermetures consulaires, climat hostile aux étrangers.
4
Les États-Unis reviennent-ils dans l'OMS, l'accord de Paris ou l'UNESCO avant 2030 ?

Un retour montrerait que l'alternance continue de fonctionner dans les deux sens ; son absence installerait les retraits de 2025 dans la durée.

Signal positif
Décision de retour d'une nouvelle administration, maintien de contributions volontaires.
Signal négatif
Retraits étendus à d'autres organisations, refus de payer les contributions obligatoires.
5
La médiane Pew repasse-t-elle au-dessus de 50 % d'opinions favorables ?

La médiane est tombée à 49 % en 2025 ; sa remontée dépendra de la politique menée, comme en 2009 et en 2021.

Signal positif
Rebond chez les alliés européens et asiatiques.
Signal négatif
Creux comparable à celui de 2020, y compris chez les alliés du Pacifique.
Signature

Les États-Unis conservent une capacité exceptionnelle à attirer, à organiser des coalitions et à définir des règles. Leur vulnérabilité croissante ne réside pas seulement dans leur image, mais dans la confiance que leurs partenaires accordent à la continuité de leurs engagements.


En savoir plus sur SAPERE

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Laisser un commentaire

Défiler vers le haut