Une photographie des détresses du monde.
Mise à jour de l'état des lieux publié en mars 2024. Données arrêtées à la mi-octobre 2026.
Le défi humanitaire en 2026.
En mars 2024, j'écrivais que le monde affrontait un défi humanitaire sans précédent. Je croyais décrire un sommet. C'était un palier. Deux ans et demi plus tard, le Soudan s'est installé dans la famine, Gaza vit sous un cessez-le-feu qui tue encore, l'Iran a connu sa propre guerre et un virus Ebola sans vaccin court dans l'est du Congo. Pendant ce temps, l'argent s'est retiré comme la mer à marée basse, laissant les humanitaires échoués sur le sable. Que reste-t-il de la solidarité internationale quand elle doit d'abord faire ses comptes ?
À la mi-octobre, trois alertes se superposent. Au Darfour, le comité d'examen de la famine relève des taux de malnutrition infantile au-delà du seuil de famine. À Gaza, plus aucune marchandise commerciale n'entre depuis plusieurs jours. Au Kenya, Ebola Bundibugyo franchit une nouvelle frontière. Les chiffres de cette page sont arrêtés à cette date.
La crise humanitaire de 2026 ne se résume pas à une hausse des besoins. Elle révèle un système contraint, faute d'argent, de hiérarchiser toujours plus sévèrement les vies qu'il peut protéger.
La guerre est redevenue le premier fabricant de détresse. En 2025, les nouveaux déplacements internes liés aux conflits ont dépassé, pour la première fois selon l'observatoire de référence, ceux causés par les catastrophes. Le Soudan en est l'épicentre, Gaza demeure sous une trêve fragile, et l'Iran et le Liban constituent les nouveaux fronts du printemps.
La faim et la maladie suivent. En 2025, des situations de famine ont été confirmées à Gaza et dans plusieurs zones du Soudan. Le choléra a tué davantage qu'à aucun moment depuis 1999, et Ebola, dans une souche sans vaccin, s'est installé dans des provinces en guerre.
Au même moment, l'aide internationale s'est effondrée, emportée d'abord par les coupes américaines. Prioriser n'est pas nouveau : l'humanitaire a toujours arbitré entre gravité, accès et moyens. Ce qui change, c'est que la pénurie, plus que les besoins, dicte l'ampleur du resserrement, et que l'ONU l'assume ouvertement.
Le système résiste aussi. Malgré les coupes, il a atteint en 2025 les deux tiers des personnes qu'il visait, et là où l'aide a pu passer, à Gaza notamment, la famine a reculé. Ses propres failles, elles, ne tiennent pas qu'à l'argent : une aide qui ne répond pas toujours aux besoins prioritaires, et des acteurs locaux encore tenus à la marge.
Ce qui aggrave
- Des guerres plus nombreuses, plus longues, et des humanitaires pris pour cibles
- Une aide internationale amputée de près d'un tiers en trois ans
- La sécheresse qui verrouille la faim là où la guerre empêche de semer
- Des épidémies qui prospèrent dans les zones sans soignants
Ce qui résiste
- Les deux tiers des personnes visées atteintes en 2025, malgré les coupes
- Des vaccins contre le choléra plus nombreux que jamais
- Un premier recul du nombre de réfugiés en dix ans
- À Gaza, une famine durable évitée quand l'aide a pu entrer
Moins de besoins sur le papier, plus de détresse sur le terrain.
Trois chiffres résument l'époque. Le premier rassure, le deuxième dérange, le troisième explique pourquoi le premier peut tromper.
Une baisse en trompe-l'œil.
À première vue, le monde va mieux : il y aurait moins de gens dans le besoin qu'en 2024. Ne vous réjouissez pas trop vite. Selon le Conseil norvégien pour les réfugiés, la baisse affichée reflète notamment un resserrement de la définition des besoins humanitaires pour 2026. Elle ne peut donc pas être lue, à elle seule, comme une amélioration.↗
Le Conseil ajoute que les besoins se sont aggravés dans de nombreux endroits. Ma lecture : une part au moins de la baisse tient au vocabulaire, pas au recul de la détresse.
Hors du périmètre prioritaire.
Prioriser n'est pas nouveau. L'action humanitaire a toujours arbitré entre la gravité des besoins, l'accès aux populations et les moyens disponibles. Ce qui change en 2026, c'est l'intensité du resserrement, dicté par la pénurie plus que par les besoins, et le fait que l'ONU l'assume publiquement sous le nom d'« hyperpriorisation ».
Sur les personnes recensées dans le besoin, seules celles jugées « priorité absolue » relèvent de l'appel prioritaire. Plus de 100 millions ne sont même pas ciblées par l'appel complet. Être hors de ce périmètre ne signifie pas nécessairement ne recevoir aucune aide : gouvernements, ONG et solidarités locales interviennent aussi. Mais le resserrement accroît le risque que des besoins pourtant reconnus restent sans réponse.
Le bilan de 2025 montre ce que le resserrement produit : à peine plus d'un tiers des personnes dans le besoin ont été atteintes. Même parmi les personnes jugées prioritaires, 16,5 millions n'ont pas été atteintes.↗
L'aide n'a pas seulement rétréci. Elle s'est diluée.
Le rapport de référence sur le système humanitaire parle d'un « effondrement générationnel ». Derrière la formule, des fermetures en cascade : environ 9 % des organisations humanitaires ont cessé leurs activités en 2025, en majorité des associations locales, celles qui connaissent le terrain et les gens. Près de 500 ONG locales ont fermé.
Moins d'argent, réparti sur des besoins qui ne baissent pas : le financement moyen par personne ciblée recule. Ce n'est pas la somme reçue par chaque personne effectivement aidée. Celles qui restent hors des plans dépendent d'autres secours, quand ils existent.
On n'a pas guéri le malade. On a changé de thermomètre.
Lecture SAPERE · La baisse en trompe-l'œil
Une carte des crises qui penche vers l'Afrique.
Vingt-six pays et territoires, retenus selon des critères explicites. Plus de la moitié sont africains. Survolez ou sélectionnez un pays pour lire ce qui s'y joue.
Survolez, touchez ou parcourez les pays au clavier (touche Tab).
Sources : Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (plans de réponse 2026) ; International Rescue Committee, liste de surveillance 2026 ; Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire ; OMS (choléra 2025) ; HCR. Gaza et le Liban sont signalés par un point, trop petits à cette échelle. Sélection et catégories établies par SAPERE selon les critères ci-dessous.
Méthode et liste des pays
Famine confirmée ou alerte famine. Famine confirmée par le Comité d'examen de la famine du cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire en 2025, ou alerte famine en cours en 2026 : Soudan, territoire palestinien (Gaza).
Crise majeure. Pays classé parmi les dix premiers de la liste de surveillance 2026 de l'International Rescue Committee, ou touché par une guerre ouverte en 2026 : RD Congo, Soudan du Sud, Éthiopie, Haïti, Myanmar, Mali, Burkina Faso, Liban, Iran.
Crise suivie. Pays doté d'un plan de réponse humanitaire de l'ONU en 2026, inscrit sur la liste de surveillance de l'International Rescue Committee, accueillant une crise de réfugiés majeure, ou figurant parmi les sept pays qui concentrent 90 % du choléra déclaré en 2025 : Ukraine, Syrie, Yémen, Afghanistan, Bangladesh, Centrafrique, Tchad, Somalie, Venezuela, Colombie, Cameroun, Nigeria, Mozambique, Niger, Angola.
Ces catégories croisent des critères de nature différente : elles ne forment pas un indice de gravité mesuré, mais une sélection raisonnée, vérifiable pays par pays.
Part de chaque région dans les 33,16 Md$ des plans de l'ONU recensés au 11 février 2026, avant les appels liés à la guerre de 2026 au Moyen-Orient. Le Soudan et ses réfugiés sont comptés en Afrique de l'Est, la Syrie et son plan régional pour les réfugiés au Moyen-Orient, selon le découpage de l'ONU. Calcul SAPERE d'après le service de suivi financier de l'ONU (FTS). Montants convertis à 1 € = 1,12 $.
La géographie de l'appel a changé depuis 2024. Le Moyen-Orient y pèse nettement plus lourd, porté par Gaza, la Syrie et le Yémen ; l'Afrique, qui concentre pourtant le plus grand nombre de pays en crise sur la carte, y pèse moins.
| Indicateur | Article de mars 2024 (données disponibles alors) | Mise à jour (données 2025-2026) |
|---|---|---|
| Personnes déplacées de force | 1 personne sur 73 (2023) | 1 personne sur 70 (fin 2025) |
| Insécurité alimentaire aiguë | 258 millions, 58 pays (2022) | 266 millions, 47 pays (2025). Périmètres différents : comparaison des totaux à interpréter avec prudence. |
| Famines confirmées | Aucune en cours | Gaza (août 2025) ; El Fasher et Kadugli, Soudan (novembre 2025) |
| Financement reçu par les appels de l'ONU | 17,9 Md€ en 2023, 35 % des besoins | 14,8 Md€ en 2025, 35 % des besoins |
| Température mondiale | 2023, année record | 2025 : +1,44 °C, 2e ou 3e année la plus chaude |
Les deux colonnes ne portent pas exactement sur les mêmes années : chaque cellule indique l'année de la donnée. Sources : HCR ; Rapport mondial sur les crises alimentaires 2023 et 2026 ; cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire ; Development Initiatives ; Organisation météorologique mondiale. Dollars courants convertis au cours du 16 octobre 2026 (1 € = 1,12 $).
Six fronts, aucun qui recule vraiment.
J'avais découpé l'état des lieux de 2024 en six fronts. Je les reprends ici, dans le même ordre, pour mesurer ce qui a bougé.
Conflits : la guerre, premier fabricant de détresse.
En 2025, les nouveaux déplacements internes liés aux conflits ont dépassé ceux causés par les catastrophes, une première selon l'Observatoire des situations de déplacement interne, basé à Genève.↗ Précision utile : l'Observatoire compte des mouvements, pas des personnes. Quelqu'un qui fuit deux fois dans l'année est compté deux fois.
Le Soudan reste l'épicentre : plus de 9 millions de déplacés à l'intérieur de ses frontières, le chiffre le plus élevé du monde pour la troisième année consécutive. La guerre entre l'armée et les Forces de soutien rapide, commencée en avril 2023, a gagné le Kordofan, où plus de 300,000 personnes ont fui depuis octobre 2025.↗
À Gaza, le cessez-le-feu annoncé le 10 octobre 2025 a fait taire le gros des armes. Pas toutes. Le ministère de la Santé local y compte 1,431 morts depuis la trêve.↗ Une paix qui tue encore porte mal son nom.
Au printemps 2026, la guerre a changé d'échelle au Moyen-Orient. Les frappes américaines et israéliennes sur l'Iran ont jeté sur les routes jusqu'à 3,2 millions d'Iraniens, selon le HCR.↗ Au Liban, plus d'un million de personnes ont fui depuis la fin mars. Ailleurs, l'Ukraine compte encore 3,7 millions de déplacés internes, et près de 1,5 million d'Haïtiens ont quitté leur foyer face aux gangs.
Même les secouristes sont devenus des cibles. En 2025, 907 humanitaires ont été tués, blessés ou enlevés, un record ; 350 sont morts, dont 186 à Gaza.↗ Le bombardement aérien est devenu leur première cause de mort.
« Servir les autres n'a jamais été aussi dangereux. »António Guterres, août 2026
Climat : l'accélérateur discret.
Mon article de 2024 annonçait 2023 comme l'année la plus chaude jamais mesurée. Elle l'a été, quelques mois, avant que 2024 ne la détrône. L'année 2025 s'est contentée du podium, alors même qu'un épisode La Niña, ce refroidissement naturel du Pacifique, aurait dû calmer le thermomètre.↗
Le climat tue rarement seul. Il aggrave. Au Soudan, la sécheresse couvre plus de la moitié du pays, et les pluies de fin septembre sont arrivées trop tard pour sauver les céréales. La faim naît ici d'un double verrou : la guerre empêche de semer, le ciel empêche de récolter.
Les catastrophes ont provoqué 29,9 millions de nouveaux déplacements internes en 2025, moins que l'année exceptionnelle 2024, mais toujours au-dessus de la moyenne de la décennie. Les Philippines en concentrent à elles seules plus d'un tiers, au rythme des typhons.
Économie : quand l'aide entre en récession.
Les prix restent une arme silencieuse. À Gaza, ils dépassaient encore en septembre 2026 de 204 % leur niveau d'avant-guerre. Au Soudan, plus de 170 frappes aériennes, pillages ou affrontements ont visé des marchés depuis janvier.
Mais le fait économique majeur de la période, c'est l'effondrement de l'aide elle-même. Washington a sabré son budget humanitaire, l'Allemagne a coupé 36 % du sien, et à eux deux ils expliquent 88 % de la chute mondiale.↗ Treize des vingt plus grands donateurs ont réduit leur contribution.
Le monde n'est pas devenu avare du jour au lendemain. Il a surtout perdu son premier mécène, et les autres ont regardé ailleurs. Tom Fletcher, le chef de l'humanitaire onusien, rappelle que l'appel mondial représente environ 1 % des dépenses militaires de la planète.↗
« Le monde pourrait dépenser un peu moins pour les armes. »Tom Fletcher, mars 2026
Déplacements : le premier recul en dix ans, et pourquoi il ne rassure pas.
Pour la première fois depuis une décennie, le nombre de déplacés forcés recule. La bonne nouvelle s'arrête presque là. Car ce recul tient surtout aux retours, en hausse de moitié sur un an.↗ Des Afghans renvoyés par l'Iran et le Pakistan vers un pays qui ne peut pas les accueillir. Des Syriens qui retrouvent des villes en ruine. Des Soudanais, 3,6 millions, qui reviennent dans un pays toujours en guerre. Rentrer n'est pas toujours revenir.
Pendant ce temps, la porte de sortie se referme. La réinstallation des réfugiés dans un pays tiers a chuté de plus de moitié, à 81,800 personnes. Le HCR, l'agence chargée de les protéger, est passé de 20,000 employés en 2024 à moins de 12,000.↗ Au Tchad, plus de 50,000 survivants soudanais de violences sexuelles risquent de perdre leur prise en charge.
« La protection a un plancher. En dessous, le système ne devient pas simplement plus petit. »Barham Salih, Haut-Commissaire pour les réfugiés, octobre 2026
Faim : deux contextes de famine la même année.
En 2025, le Comité d'examen de la famine a confirmé des situations de famine dans le gouvernorat de Gaza en août, puis à El Fasher et Kadugli, au Soudan, en novembre. Selon le Rapport mondial sur les crises alimentaires, c'est la première fois que la famine est confirmée dans deux contextes distincts la même année.↗ Le total mondial de la faim progresse à peine. Méfiance, encore : la baisse du nombre de pays couverts tient aux trous dans les données, pas à une amélioration. Moins de pays mesurés, ce n'est pas moins de ventres vides.
À Gaza, l'aide accrue après le cessez-le-feu a évité que la famine ne s'installe durablement. Le gain est réel et fragile. Plus de 1,4 million d'habitants, deux sur trois, devraient rester en crise alimentaire ou pire jusqu'à la fin de 2026. L'anémie touche 61 % des femmes enceintes, contre 41 % avant la guerre.↗
Au Soudan, l'alerte du 12 octobre 2026 est glaçante. Dans deux camps du Djebel Marra, au Darfour-Sud, la malnutrition aiguë des enfants atteint 38 % et 30,8 %, au-delà du seuil de famine. En août, à peine un quart des enfants gravement dénutris avec complications avaient reçu des soins. Sans traitement, jusqu'à deux sur trois peuvent mourir.
« La famine, c'est l'effondrement des systèmes. »Comité d'examen de la famine, 12 octobre 2026
Épidémies : le choléra au plus haut, Ebola sans vaccin.
Le choléra est une maladie du XIXe siècle qui s'obstine au XXIe. Paradoxe apparent : les décès ont bondi d'environ 30 % alors que les cas déclarés reculaient.↗ L'explication tient en une phrase : plus d'un décès sur cinq survient hors de tout établissement de santé. On meurt du choléra là où il n'y a plus de soignant pour poser une perfusion.
Une éclaircie, tout de même. La production mondiale de vaccins oraux a presque triplé entre 2022 et 2025, et la vaccination préventive a repris en 2026, après plus de trois ans de pause.
Puis il y a Ebola. Pas la souche que l'on sait combattre, mais la souche Bundibugyo, pour laquelle il n'existe ni vaccin ni traitement approuvés. L'OMS l'a déclarée urgence de santé publique de portée internationale le 17 mai 2026, quand on ne comptait que huit cas confirmés.↗ L'épidémie frappe surtout l'Ituri et le Nord-Kivu, des provinces en guerre où les services de santé sont désorganisés.
Source : Centre européen de prévention et de contrôle des maladies, point du 15 octobre 2026. Recoupement : l'OMS comptait 8,728 cas confirmés et 4,205 décès au 6 octobre, sur les mêmes sept provinces.↗ Souche Bundibugyo.↗
Deux ans et demi, huit moments de bascule.
Entre mon premier état des lieux et celui-ci, quelques dates ont suffi à changer l'échelle des crises.
Le Comité d'examen de la famine confirme la famine dans le gouvernorat de Gaza. Il la confirmera en novembre à El Fasher et Kadugli, au Soudan.
Israël et le Hamas annoncent une trêve négociée par Washington. L'aide entre davantage, les frappes ne cessent pas.
L'ONU lance son appel 2026, organisé autour d'une réponse resserrée et d'un périmètre dit « hyperprioritaire ».
Frappes sur l'Iran, exode au Liban : un nouveau front humanitaire s'ouvre en quelques jours.
Les États-Unis annoncent une nouvelle enveloppe pour l'aide coordonnée par l'ONU, après les coupes de 2025.
L'OMS déclare l'épidémie d'Ebola Bundibugyo urgence de santé publique de portée internationale.
Le HCR constate le premier recul du nombre de réfugiés en dix ans, porté par des retours souvent contraints.
Le comité d'examen de la famine signale des taux de malnutrition au-delà du seuil de famine au Darfour et une menace sur le Kordofan.
Combien de famines faudra-t-il encore pour que le monde finance plus d'un tiers de ses propres appels ?
Un appel plus maigre, des besoins qui ne reculent pas.
L'appel humanitaire 2026 est nettement plus modeste que celui de 2025. Ce n'est pas le signe de besoins en baisse, mais celui de moyens en baisse.
Personnes recensées dans le besoin ; personnes ciblées par l'appel complet ; personnes retenues dans l'appel prioritaire. Source : Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies, via le Conseil norvégien pour les réfugiés.
Sources : Development Initiatives, Global Humanitarian Assistance 2026 (2025 provisoire, 2024 déduit de la baisse de 20 %) ; ALNAP. Dollars courants convertis au cours du 16 octobre 2026 (1 € = 1,12 $), sans correction de l'inflation : en monnaie constante, la baisse serait plus forte encore.
Plans nationaux uniquement, hors plans régionaux pour les réfugiés, au 11 février 2026, avant les appels liés à la guerre de 2026 au Moyen-Orient. Source : service de suivi financier de l'ONU (FTS). L'Éthiopie, troisième en 2024, ne figure pas parmi les plans recensés à cette date. Conversion à 1 € = 1,12 $.
La plus grande crise du monde reste financée à moins de la moitié de ses besoins, alors que l'alerte famine est relancée au Darfour.
Un appel de 786 millions d'euros (880 millions de dollars) financé à moins de la moitié, dans un pays tenu par les gangs.
L'agence pour les réfugiés a besoin de 7,6 milliards d'euros. Elle en a obtenu à peine plus d'un tiers, et prévoit moins encore pour 2027.
Le resserrement a une arithmétique. Le financement par personne ciblée a été divisé par deux en quatre ans, alors que le coût estimé des besoins augmentait. Ce chiffre est une moyenne mondiale : il masque de fortes différences d'une crise à l'autre, mais la tendance, elle, est sans ambiguïté.
Washington n'a pas tout coupé. Après les coupes de 2025, les États-Unis ont rouvert une partie de l'enveloppe par le canal onusien.↗ C'est beaucoup pour ceux qui le reçoivent. C'est peu au regard de ce qui a disparu.
Victime de l'abandon, ou partie du problème ?
Il serait commode de tout imputer aux donateurs. Le système humanitaire a aussi ses propres failles, et il a aussi montré une réelle capacité d'adaptation. Les deux méritent d'être regardés en face.
Avec un cinquième de moyens en moins, il a tout de même atteint en 2025 près de 100 millions de personnes, les deux tiers de celles qu'il visait. La première tranche du financement américain de 2026 a touché 14,4 millions de personnes en quatre mois. La vaccination préventive contre le choléra a repris, adossée à une production de vaccins presque triplée. Et à Gaza, une aide massivement relancée a fait reculer la malnutrition en quelques mois.
Seuls 53 % des bénéficiaires interrogés estiment que l'aide a répondu à leurs besoins les plus importants.↗ Les organisations locales, les plus proches du terrain, n'ont reçu directement que 4,3 % des financements en 2025, et ce sont elles qui ont fermé en premier. L'aide en espèces, souvent jugée plus souple et moins coûteuse à acheminer, a reculé de 11 %. La dépendance à une poignée de grands donateurs a transformé une décision américaine en crise mondiale.
Sources : ALNAP, État du système humanitaire 2026 ; Development Initiatives, Global Humanitarian Assistance 2026 ; ONU Genève, mai 2026.
Le manque d'argent est aujourd'hui l'obstacle principal. Ce n'est pas le seul. Un système qui concentre ses ressources dans quelques grandes agences, qui laisse les acteurs locaux à la marge et qui reste suspendu aux décisions de deux ou trois capitales a rendu sa propre crise plus brutale. L'abandon des donateurs explique l'ampleur du choc ; le fonctionnement du système explique en partie sa violence.
Trois leçons pour lire les crises de 2026.
Au-delà des chiffres, l'époque dit quelque chose de la manière dont le monde regarde ses propres détresses.
La définition n'est pas la réalité.
Quand l'argent manque, la tentation est grande de rétrécir le problème plutôt que d'élargir la réponse. Une courbe qui baisse peut cacher une détresse qui monte. Il faut toujours demander qui a été compté, et qui a été retiré du compte.
Les conflits déplacent plus que les catastrophes.
On annonçait le siècle des réfugiés climatiques. Le climat pèse, et il aggrave souvent les crises existantes. Mais en 2025, ce sont les conflits qui ont provoqué le plus de nouveaux déplacements internes. Là où ils durent, la faim et les épidémies s'installent, et ceux qui viennent aider deviennent des cibles.
L'aide marche quand elle peut passer.
À Gaza, la malnutrition a reculé quand les camions sont entrés. Les vaccins contre le choléra n'ont jamais été aussi nombreux. Ces résultats montrent que l'accès et le financement peuvent changer l'issue d'une crise. Ils ne suffisent pas toujours : coordination, sécurité, logistique et place laissée aux acteurs locaux pèsent aussi sur ce que l'aide accomplit.
Le défi humanitaire, 2026. En 2024, j'écrivais « sans précédent » ; un précédent, c'est ce que l'on finit toujours par dépasser. Le tri n'est pas une fatalité comptable : c'est un choix, et un choix, ça se défait.
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