Les Forces et les Failles · Données arrêtées au 16 octobre 2026

Myanmar

Birmanie · Asie du Sud-Est

Le Myanmar a de la terre, du gaz et des ateliers ; la guerre les a partagés entre des pouvoirs rivaux qui s’en nourrissent chacun de leur côté.

Robustesse1,6/5Fragile et dépendantTrajectoire depuis 2020−82En nette dégradation
Ce score mesure la capacité à encaisser un choc, pas la richesse ni la qualité du pays.

54,8 millions d’habitants en 2025. Entre l’Inde, la Chine et la Thaïlande, le Myanmar, que l’on appelle aussi Birmanie, possède des rizières, du gaz, des terres rares et des ateliers qui exportent. Depuis le coup d’État du 1er février 2021, l’armée, les forces de résistance et les armées ethniques se disputent le territoire. Les villes produisent, les frontières commercent, et chacun protège d’abord ce qu’il tient. Le 28 mars 2025, un séisme de magnitude 7,7 près de Mandalay a ajouté plus de 3,700 morts à la guerre.1-5

Le diagnostic
Des activités survivent à l’État fragmenté

Les récoltes, le gaz et les ateliers font toujours entrer de l’argent. Il irrigue des circuits et des villes ; la nourriture, le courant et les soins arrivent, eux, selon l’endroit où l’on vit.

La dynamique
La crise dure plus longtemps que les reprises

L’armée reprend des villes, les usines tournent un peu mieux en 2026 ; ces embellies restent locales. Depuis 2020, sept piliers sur neuf reculent.

Le point de bascule
Aucune sécurité commune

Le contrôle d’une mine ou d’un passage peut financer le pouvoir qui le détient. La richesse du pays entretient ainsi la guerre qui l’empêche de la partager.

Des ouvertures locales, une sécurité toujours fragmentée

Une première étape pour le raffinage

Le 14 octobre 2026, les autorités inaugurent la première phase de la raffinerie de Thanlyin et annoncent son démarrage. C’est une étape matérielle au-delà du projet annoncé. Le débit effectivement produit, la qualité des carburants et leur répartition entre usages civils et militaires restent à établir. Cette ouverture ne démontre donc pas encore une baisse durable des importations ni une amélioration du courant disponible.6

Des interlocuteurs retrouvés, des retours contestés

Le 8 octobre 2026, Anwar Ibrahim reçoit Min Aung Hlaing en Malaisie. Leur conférence de presse porte sur la coopération économique et le retour de ressortissants birmans. Ce contact réduit l’isolement bilatéral du pouvoir ; il ne prouve ni un règlement de la guerre ni un rétablissement complet de sa représentation politique dans les instances de l’ASEAN.7

Le HCR s’inquiète, le 30 septembre 2026, du renvoi de 1,476 personnes depuis la Malaisie. Les autorités présentent ces retours comme volontaires, mais l’agence n’a pas pu rencontrer les personnes détenues avant leur départ pour en vérifier les conditions. Il faut distinguer un transport organisé d’un retour sûr, librement choisi et durable.8

Les civils et les échanges restent exposés

Selon le mécanisme d’enquête de l’ONU, la frappe du 28 septembre 2026 près du marché de Kyauktaw, dans l’État de Rakhine, aurait tué au moins 50 personnes. Le bilan demeure provisoire. L’attaque a aussi endommagé des commerces et un pont : elle atteint les moyens de se nourrir et de circuler, au-delà des seules pertes humaines.9

Quand la guerre défait les capacités du pays

1. Combats et contrôles rivauxHabitants déplacés, passagescontrôlés par plusieurs autorités2. Routes et réseaux perturbésTransport plus difficile,électricité moins prévisible3. Activités et services réduitsProduire, apprendre et se soignerdevient plus difficile4. Capacités affaibliesRevenus et savoir-faire se perdent ;reconstruire devient plus coûteux

Faire défiler le schéma horizontalement.

Lecture SAPERE à partir des constats de la Banque mondiale, du HCR et du mécanisme d’enquête de l’ONU. Les flèches expliquent un enchaînement ; elles ne mesurent pas la part de chaque cause.9-11

Des flux qui traversent des frontières fragiles

VOISINS TERRESTRESChine : 23,2 % des ventes33,5 % des achatsThaïlande : 19,5 %des ventesMYANMARMarchandises · 2024PARTENAIRES LOINTAINSJapon : 7,2 % des ventesSingapour : 24,9 %des achatsFlèches : sens des marchandises ; paiements en sens inverse.

Faire défiler le schéma horizontalement.

Parts des exportations et des importations enregistrées en douane : un poids commercial, pas une alliance.12

Le poids du pays et ses fractures

Richesse produite · PIB · 2025
72,3 milliards €
Moins de 0,1 % de la richesse mondiale. Prix courants, convertis au change moyen annuel de la BCE.13-14
Richesse corrigée des prix · 2025
329,7 milliards $ int.
0,2 % du total mondial. La parité de pouvoir d’achat mesure ce que l’on peut acheter sur place, pas les devises en caisse.15
Part des exportations mondiales · 2024
Moins de 0,1 %
13,8 milliards d’euros de marchandises. Même série et même année pour le pays et pour le monde.16
Part des importations mondiales · 2024
Moins de 0,1 %
11,5 milliards d’euros de marchandises. Marchandises déclarées en douane ; la contrebande échappe au relevé.17
Déplacés internes · 31 août 2026
Environ 4 millions
Le HCR dénombre environ 4 millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays. Les réfugiés à l’étranger ne sont pas compris dans ce total.11
Entreprises subissant des coupures · mars 2026
44 %
Part des entreprises interrogées par la Banque mondiale qui subissent des coupures d’électricité.10
Terres rares · production minière 2025
22,000 tonnes
Estimation USGS, en équivalent oxydes ; environ 5,6 % de la production mondiale. C’est du minerai extrait, pas du métal raffiné.18

Des débouchés variés, des approvisionnements concentrés

Marchandises 2024 · parts calculées sur les valeurs Comtrade non arrondies · montants convertis au change moyen BCE.
Les cinq premiers clients · montant et part du total national
RangPaysCe qu’il achètePart
1Chine 3,2 milliards €Gaz, selon les opérateurs23,2 %
2Thaïlande 2,7 milliards €Gaz, selon les opérateurs19,5 %
3Inde 1,2 milliard €Légumes et légumineuses ; céréales (chapitres 07 et 10, 2024)8,5 %
4Japon 1,0 milliard €Vêtements hors maille et en maille (62 et 61, 2024)7,2 %
5Allemagne 0,6 milliard €Détail par produit non publié4,2 %
Dénominateur : ensemble des exportations birmanes de marchandises déclarées, 13,8 milliards d’euros en 2024.12
🇫🇷 Position France : 21e client, 113,6 millions d’euros et 0,8 % du flux ; Détail par produit non publié.
Position Indonésie : 6e client, 474,5 millions d’euros et 3,4 % du flux ; Détail par produit non publié.
Position Malaisie : 15e client, 219,8 millions d’euros et 1,6 % du flux ; Détail par produit non publié.
Position Singapour : 20e client, 117,2 millions d’euros et 0,9 % du flux ; Détail par produit non publié.
Position États-Unis : 7e client, 437,1 millions d’euros et 3,2 % du flux ; Détail par produit non publié.
Les produits datés de 2024 viennent des relevés douaniers bilatéraux ; les autres mentions décrivent une relation attestée par les opérateurs.10,19
Les cinq premiers fournisseurs · montant et part du total national
RangPaysCe qu’il vendPart
1Chine 3,9 milliards €Détail par produit non publié33,5 %
2Singapour 2,9 milliards €Carburants, selon la Banque mondiale (2026)24,9 %
3Malaisie 1,2 milliard €Détail par produit non publié10,1 %
4Thaïlande 1,1 milliard €Détail par produit non publié9,3 %
5Indonésie 0,6 milliard €Détail par produit non publié5,4 %
Dénominateur : ensemble des importations birmanes de marchandises déclarées, 11,5 milliards d’euros en 2024.12
🇫🇷 Position France : 15e fournisseur, 54,7 millions d’euros et 0,5 % du flux ; Détail par produit non publié.
Position Allemagne : 14e fournisseur, 69,0 millions d’euros et 0,6 % du flux ; Détail par produit non publié.
Position Japon : 10e fournisseur, 127,6 millions d’euros et 1,1 % du flux ; Détail par produit non publié.
Position Inde : 6e fournisseur, 332,1 millions d’euros et 2,9 % du flux ; Détail par produit non publié.
Position États-Unis : 12e fournisseur, 104,0 millions d’euros et 0,9 % du flux ; Détail par produit non publié.
Les produits datés de 2024 viennent des relevés douaniers bilatéraux ; les autres mentions décrivent une relation attestée par les opérateurs.10,19
Le pays vend plus qu’il n’achète, mais cet excédent reflète aussi des achats empêchés par le manque de devises. Aux frontières tenues par plusieurs autorités, la douane ne voit qu’une partie des flux. Des clients variés amortissent la perte d’un marché ; une panne de courant ou un blocage du change frappe, lui, tous les ateliers à la fois.

Quatre tendances structurelles depuis 2020

Chaque flèche compare deux années d’observation.
Les équipements peuvent s’étendre pendant que les institutions qui rendent leur usage possible s’affaiblissent.

Ce qui résiste, ce qui se défait

Vue d’ensemble : niveaux et tendances depuis 2020+
Niveau↘ En recul→ Stable↗ En progrès
Sous tension structurelle2,5 à 2,9
Industrie et technologie 2,5/5
Fragile et dépendant1,5 à 2,4
Énergie et ressources 1,8/5Autonomie stratégique 1,8/5Économie et finance 1,6/5Démographie et capital humain 1,5/5
Diplomatie, influence et information 1,6/5Innovation et savoir 1,5/5
Défaillance critique1,0 à 1,4
Défense et sécurité 1,2/5Gouvernance et institutions 1,1/5

Aucun pilier dans les niveaux : Solidement ancré, Résilient sous contrainte.

Les fragilités les plus profondes concernent la gouvernance et la sécurité, seuls piliers en défaillance critique. Ouvrir chaque pilier pour lire les appuis, les failles et la comparaison depuis 2020.

IÉconomie et financeFragile et dépendant↘L’économie fonctionne, mais la récession et le rationnement des devises réduisent les marges.+
Pourquoi 1,6 ?
Ce qu’on observe

L’économie se contracte de 2 % sur l’exercice 2025/26, selon l’estimation publiée par la Banque mondiale en juin 2026.

Les prix augmentent en moyenne de 21,1 % sur le même exercice. Les ménages perdent du pouvoir d’achat.

En 2026, l’achat de devises reste soumis à autorisation : une commande ne suffit pas à payer les fournitures étrangères.

La dette publique atteint 51,9 % du PIB en 2025 dans le WEO d’avril 2026. Le risque vient aussi de la difficulté à payer les importations, au-delà du seul montant de la dette.10,23-24

Ce que dit la règle

Une récession sur le dernier exercice place le pilier entre 1,5 et 2,4. Le niveau inférieur demande une crise plus profonde, comme un effondrement économique, une hyperinflation ou une faillite souveraine.

Le jugement SAPERE

SAPERE conserve 1,6 : les activités continuent, mais la répétition des chocs et les difficultés de paiement laissent très peu de marge.

Ce qui tient
Les exportations et les paiements entretiennent une activité économique.
Les entreprises conservent des débouchés dans plusieurs pays.
Ce qui fragilise
La récession et l’inflation réduisent les revenus réels.
Les autorisations de change compliquent l’achat des fournitures étrangères.
Tendance depuis 2020. En 2020/21, l’inflation moyenne n’était que de 2,3 %, selon la même table de la Banque mondiale. La pandémie rend le seul taux de croissance de 2020 peu représentatif. La hausse durable des prix et les restrictions de change de 2026 fondent le recul.
IIIndustrie et technologieSous tension structurelle↘Des ateliers tiennent et exportent, mais une seule filière porte l’industrie et ses intrants viennent d’ailleurs.+
Pourquoi 2,5 ?
Ce qu’on observe

Les activités de fabrication représentent environ un quart du PIB en 2025. Le pays possède donc une véritable base industrielle.

Les usines interrogées fonctionnent à 74 % de leur capacité en mars 2026, contre 63 % en octobre 2025. Cette reprise récente reste partielle.

En 2024, les vêtements sont le premier produit vendu au Japon, quatrième client du pays.10,25-26

Ce que dit la règle

Une industrie qui dépend fortement d’une filière, ici l’habillement, se situe entre 2,5 et 2,9. Le poids des usines dans l’économie écarte le diagnostic d’une industrie presque absente.

Le jugement SAPERE

SAPERE conserve 2,5 : les ateliers et leurs clients constituent un appui réel, mais l’énergie, le transport et les approvisionnements restent fragiles.

Ce qui tient
Les ateliers conservent des clients en Asie et en Europe.
Des équipements et des savoir-faire subsistent autour de Rangoun.
Ce qui fragilise
La fabrication dépend de composants et de matières premières importés.
Les coupures d’électricité et les obstacles au transport interrompent la production.
Tendance depuis 2020.
La fabrication passe de 25,5 % du PIB en 2020 à 25,1 % en 2025. Sa place change peu, mais une part stable peut masquer une baisse des volumes.
La haute technologie progresse de 3,2 % des exportations manufacturières en 2020 à 5,2 % en 2024. Ce progrès limité ne compense pas la détérioration des conditions de production depuis 2021 : tendance en recul.
IIIDémographie et capital humainFragile et dépendant↘Une population encore active subit des ruptures durables de santé, d’école et de sécurité.+
Pourquoi 1,5 ?
Ce qu’on observe

En 2026, l’UNICEF estime que 3,4 millions d’enfants ont besoin d’un soutien éducatif. L’accès à l’école est durablement perturbé.

La couverture par trois doses du vaccin contre la diphtérie, le tétanos et la coqueluche tombe de 84 % en 2020 à 71 % en 2024.

La mortalité infantile estimée baisse pourtant de 37,2 à 32,8 décès pour mille naissances entre 2020 et 2024. Tous les indicateurs de santé ne suivent donc pas la même direction.8,11,20,27-29

Ce que dit la règle

Deux ruptures majeures, par exemple l’école et la santé, font descendre le pilier sous 1,5. Ici, seule la rupture scolaire est établie pour tout le pays.

Le jugement SAPERE

SAPERE conserve 1,5 : les difficultés d’école et de soins atteignent les possibilités de toute une génération. Les services locaux et familiaux préservent une partie des capacités.

Ce qui tient
La population en âge de travailler reste un appui possible pour la reconstruction.
Les familles, les soignants et les associations maintiennent des services locaux.
Ce qui fragilise
Les déplacements interrompent l’école, les soins et l’emploi.
La vaccination infantile reste en dessous de son niveau de 2020.
Tendance depuis 2020. La part des 65 ans ou plus monte de 6,5 % en 2020 à 7,5 % en 2025 : le vieillissement reste modéré. Avec le recul de la vaccination, il va dans le même sens : la flèche descend, malgré la baisse estimée de la mortalité infantile.
IVDiplomatie, influence et informationFragile et dépendant→La région parle du Myanmar ; d’autres en fixent les termes.+
Pourquoi 1,6 ?
Ce qu’on observe

Depuis juin 2026, Min Aung Hlaing est reçu à New Delhi, Pékin, Bangkok, Moscou, Hanoï et Kuala Lumpur.

En 2026, les sanctions européennes restent en vigueur.

Les médias birmans en exil maintiennent une audience extérieure. DVB publie ainsi une enquête sur un projet de raffinerie en août 2026.7,30-35

Ce que dit la règle

Un pays qui négocie mais laisse d’autres acteurs fixer les conditions se situe entre 1,5 et 2,4. La visibilité médiatique ne suffit pas à créer une coalition durable.

Le jugement SAPERE

SAPERE conserve 1,6 : les voisins ont besoin d’interlocuteurs, mais ces contacts ne donnent pas au pays la maîtrise d’un règlement politique.

Ce qui tient
Les voisins ont besoin d’accords sur les frontières et les échanges.
Les médias en exil font circuler une information birmane à l’étranger.
Ce qui fragilise
Les partenaires extérieurs imposent une partie des conditions de négociation.
Les contacts diplomatiques n’ont pas produit de règlement national.
Tendance depuis 2020.
L’influence diplomatique Lowy passe de 24,0 sur 100 en 2020 à 24,6 en 2025. Il faudrait plus de deux points pour parler de progrès : tendance stable.
Les contacts malaisiens d’octobre 2026 réduisent un isolement bilatéral, mais ne remplacent pas cette mesure commune à tous les pays.
VÉnergie et ressourcesFragile et dépendant↘Le pays exporte du gaz et des minerais, importe son carburant et vit avec des coupures.+
Pourquoi 1,8 ?
Ce qu’on observe

En 2024, 80 % des habitants sont raccordés à l’électricité, contre 70 % en 2020.

En mars 2026, 44 % des entreprises interrogées subissent des coupures d’électricité. Produire et exporter de l’énergie ne garantit pas un courant continu chez soi.

Les autorités annoncent le démarrage de la première phase de Thanlyin le 14 octobre 2026. Les volumes de carburant effectivement disponibles restent à vérifier.6,10,18,36-39

Ce que dit la règle

Des coupures récurrentes touchant plus d’une entreprise sur quatre placent le pilier entre 1,5 et 2,4.

Le jugement SAPERE

SAPERE conserve 1,8 : le gaz et les barrages sont des atouts. La raffinerie ouvre une possibilité, mais son effet sur les importations et les usages civils n’est pas encore mesuré.

Ce qui tient
Le gaz et l’hydroélectricité constituent une base domestique réelle.
Le démarrage annoncé de Thanlyin ouvre une possibilité de produire davantage de carburants sur place.
Ce qui fragilise
Les coupures d’électricité perturbent encore de nombreuses entreprises.
Les carburants importés et les infrastructures exposées à la guerre restent des dépendances majeures.
Tendance depuis 2020. Depuis 2020, la Banque mondiale décrit une dégradation de l’alimentation électrique, après les chocs de 2021. Le raccordement progresse, mais le courant devient moins fiable : la flèche descend. Le démarrage annoncé de la raffinerie en octobre ne démontre pas encore un retournement durable.
VIDéfense et sécuritéDéfaillance critique↘L’armée conserve des moyens de frappe ; le contrôle du territoire reste disputé.+
Pourquoi 1,2 ?
Ce qu’on observe

L’organisme de recherche ISP-Myanmar estime que les forces de résistance contrôlent au moins 38 % du territoire en 2025. Cette estimation ne décrit pas la ligne de front d’aujourd’hui.

Le HCR dénombre environ 4 millions de déplacés internes au 31 août 2026. Les réfugiés partis à l’étranger ne sont pas compris dans ce total.

La frappe aérienne du 28 septembre 2026 près du marché de Kyauktaw aurait tué au moins 50 personnes, selon le mécanisme d’enquête de l’ONU. Le bilan demeure provisoire.3,9,11,40-43

Ce que dit la règle

La perte durable du contrôle de vastes territoires et la concurrence d’autorités armées placent la sécurité nationale entre 1,0 et 1,4. Le seul fait qu’une guerre existe ne suffit pas à cette conclusion.

Le jugement SAPERE

SAPERE conserve 1,2 : l’armée garde une capacité de frappe, mais le pays manque d’une sécurité commune. Une victoire locale ne rétablit pas à elle seule les services et la circulation.

Ce qui tient
L’armée conserve des moyens lourds et une capacité de reconquête locale.
Certains arrangements locaux maintiennent des échanges et des services.
Ce qui fragilise
Des autorités armées rivales empêchent une protection commune du territoire.
Les frappes et les combats atteignent les habitants, les routes et les infrastructures.
Tendance depuis 2020. Des conflits ethniques existaient déjà en 2020. Depuis le coup d’État de 2021, la guerre s’étend à une bien plus grande partie du pays, et les déplacés se comptent par millions : la flèche descend. Les reprises de villes ne suffisent pas à l’inverser.
VIIInnovation et savoirFragile et dépendant→Des compétences subsistent, mais les moyens de recherche sont devenus marginaux.+
Pourquoi 1,5 ?
Ce qu’on observe

Le Myanmar occupe le 125e rang sur 139 dans l’indice mondial de l’innovation de 2026.

En 2023, la recherche pèse moins de 0,1 % du PIB, contre 0,2 % en 2020.21,44-46

Ce que dit la règle

Une capacité de recherche marginale se situe entre 1,5 et 2,4. Le niveau inférieur suppose une absence presque totale de cette capacité.

Le jugement SAPERE

SAPERE conserve 1,5 : des connaissances restent disponibles, mais les moyens de les transformer en recherche régulière sont très réduits.

Ce qui tient
Des enseignants et ingénieurs continuent de transmettre leurs compétences.
La diaspora et les liens internationaux peuvent soutenir une reconstruction.
Ce qui fragilise
Les moyens de recherche ont fortement diminué depuis 2020.
La censure, les déplacements et les fermetures interrompent le travail scientifique.
Tendance depuis 2020. Le pays était 129e en 2020 : il faudrait gagner dix rangs pour parler de progrès, et la flèche reste stable. Cette stabilité ne signifie pas que les moyens de recherche ont tenu.
VIIIGouvernance et institutionsDéfaillance critique↘Les institutions sont soumises à la force et concurrencées sur le territoire.+
Pourquoi 1,1 ?
Ce qu’on observe

Min Aung Hlaing est élu président le 3 avril 2026, puis entre en fonction le 10 avril. Le scrutin a été organisé sous le contrôle de l’armée.

Freedom House attribue 4 sur 100 à la situation des libertés en 2025, contre 28 sur 100 en 2020. Cette échelle va du moins libre au plus libre.

Le Parlement réuni le 23 mars 2026 réserve d’office un quart des sièges aux militaires.2,40,47-52

Ce que dit la règle

Des autorités rivales sans légitimité commune, ou un pouvoir sans contre-pouvoir observable, placent le pilier entre 1,0 et 1,4.

Le jugement SAPERE

SAPERE conserve 1,1 : des administrations fonctionnent encore, mais le titre présidentiel ne change pas l’origine militaire du pouvoir ni la fragmentation des règles.

Ce qui tient
Des administrations et services professionnels continuent leur travail dans les zones accessibles.
Les organisations civiques documentent les violences et organisent l’entraide.
Ce qui fragilise
La justice ne constitue pas un contre-pouvoir indépendant face à l’armée.
Les autorités concurrentes et la répression empêchent une responsabilité publique commune.
Tendance depuis 2020. En 2020, le pouvoir civil excluait déjà largement les Rohingya et laissait d’importantes prérogatives à l’armée. Le coup d’État et la multiplication des autorités rivales aggravent cette situation : la flèche descend. Le changement de titre du dirigeant en avril 2026 ne rétablit pas de contre-pouvoir.
IXAutonomie stratégiqueFragile et dépendant↘Le pays a plusieurs partenaires, mais aucun remplaçant rapide pour ses armes, ses devises et son carburant.+
Pourquoi 1,8 ?
Ce qu’on observe

La Chine achète environ 23 % des exportations déclarées en 2024. Le Myanmar conserve donc plusieurs débouchés.

En septembre 2026, la mine d’étain de Man Maw redémarre sous le contrôle de l’armée de l’État Wa ; son minerai part vers la Chine.

Aucune donnée récente ne mesure les réserves en mois d’importations.6-7,10,12,32,40-41,53

Ce que dit la règle

La note est la moyenne de cinq appréciations : recettes publiques, exportations, sécurité, réserves et capacité de refus. Elle est plafonnée à 2,5 lorsque deux d’entre elles au moins sont à 2 ou moins.

Le jugement SAPERE

SAPERE conserve 1,8, moyenne de cinq appréciations. Les clients sont variés, mais les contraintes de sécurité, de paiement et d’accès réduisent la liberté de décision.

Ce qui tient
Le pays vend à plusieurs marchés asiatiques et européens.
Sa position entre l’océan Indien et l’Asie continentale intéresse plusieurs partenaires.
Ce qui fragilise
La sécurité fragmentée réduit l’autonomie de décision nationale.
Les restrictions de change et les passages contrôlés par les voisins limitent les solutions de remplacement.
Tendance depuis 2020.
En 2020, un pouvoir civil limité et une économie encore intégrée aux circuits financiers coexistaient avec les prérogatives de l’armée.
En 2026, les sanctions renouvelées, les restrictions de change et la fragmentation du territoire réduisent les choix : tendance en recul. La diversité des clients ne compense pas ces contraintes.

Des ressources réelles, un pays fragmenté

Quatre forces
FORCE 01 · Atout stratégique

La terre continue de nourrir et d’exporter

Le delta et les bassins agricoles fournissent du riz, des légumineuses et des emplois. Cette production entretient un tissu d’échanges même lorsque l’économie formelle recule. Encore faut-il que les récoltes circulent et que les revenus suivent : un pays qui exporte du riz peut avoir faim.42

FORCE 02 · Atout stratégique

Les ressources obligent les voisins à rester

Gaz, minerais et façade sur l’océan Indien donnent au territoire une utilité durable pour ses partenaires. Ceux-ci ont intérêt à conserver des passages et des installations. Cette valeur géographique garantit que le pays compte ; elle invite aussi chacun à traiter séparément avec qui tient le terrain.18-19,54

FORCE 03 · Atout stratégique

Des ateliers savent encore vendre

Les entreprises qui continuent de produire gardent des clients, des gestes professionnels et des liens logistiques. Ces savoir-faire sont des points d’appui pour une reprise. Un atelier qui tourne vaut plus qu’une zone industrielle annoncée : perdu, il mettrait des années à renaître.12,25

FORCE 04 · Atout en construction

La société conserve des relais

Des soignants, enseignants, réseaux communautaires et médias en exil maintiennent des liens que les institutions nationales ne garantissent plus. Ils peuvent porter une reconstruction du pays. Leur endurance reste exposée à la répression, à l’épuisement des ressources et aux déplacements.29,33

Quatre failles
FAILLE 01 · ●●●●● · Structurel

La guerre défait les liens entre les régions

Le contrôle d’une route, d’une ville ou d’un poste frontalier décide qui peut travailler et commercer. Une reprise militaire locale ne règle pas, à elle seule, la rivalité des pouvoirs. La fragmentation augmente les coûts pour tous, tout en créant des revenus pour ceux qui contrôlent un passage.3,41

FAILLE 02 · ●●●●● · Structurel

Un pouvoir qui ne se corrige pas

La coercition élimine les opposants et réduit l’information qui remonte au sommet. Une décision coûteuse dure, faute de juges, de journaux ou d’élections libres pour l’arrêter. Les autorités rivales imposent leurs propres règles, chacune sur son territoire.2,48

FAILLE 03 · ●●●●● · Moyen terme

Une génération paie la durée de la crise

Quitter une maison fait perdre un revenu ; quitter durablement l’école et les soins réduit les possibilités de toute une vie. Les familles doivent choisir la survie immédiate au détriment de la formation. La paix, même signée demain, ne rendrait pas ces années perdues.29,42

FAILLE 04 · ●●●● · Court terme

L’argent entre, les fournitures manquent

Le gaz vendu à l’étranger et le riz exporté font entrer de l’argent ; le gazole, les médicaments et le courant, eux, manquent dans de nombreux foyers. Les autorisations de change, les infrastructures endommagées et les ruptures de transport séparent les ressources du pays des besoins de sa population.10,55

Qui décide, qui peut peser

À l’intérieur

Un centre militaire et des autorités concurrentes

L’armée conserve le cœur de l’appareil coercitif et des administrations. Face à elle, le Gouvernement d’unité nationale, les forces de défense locales et les organisations ethniques ne forment pas un commandement unique. Les rapports de force changent selon les régions. Min Aung Hlaing, auteur du coup d’État du 1er février 2021, est élu président le 3 avril 2026 par un parlement issu d’élections sans vote dans 67 cantons. Il entre en fonction le 10 avril. Les autorités annoncent le transfert d’Aung San Suu Kyi en résidence surveillée le 30 avril 2026. Le CICR confirme lui avoir rendu visite le 3 août ; cette visite ne signifie pas une libération.49-52

Décision rapideRéprimer, imposer un contrôle, déplacer des forces dans les zones tenues.
Décision difficileGarantir un accord national et faire reconnaître partout une même règle.
Qui peut corriger ?Les contre-pouvoirs indépendants sont réprimés. La contestation prend des formes armées, civiques et diasporiques, sans arbitrage national reconnu.
Qu’est-ce qui lie encore ?Les échanges, les familles, les services professionnels et les solidarités locales.
2-3
À l’extérieur

Des partenaires protègent leurs propres accès

Les voisins veulent des frontières praticables, de l’énergie et des corridors. Les soutiens militaires cherchent à préserver leurs relations avec le pouvoir. Ces intérêts produisent des arrangements locaux, pas la paix.

Pressions activesPrix des carburants, sanctions, accès au change et fermetures de passages.
Ce que le pays peut opposerSa position géographique, ses ressources et des clients multiples.
De quoi dépend-il ?Des équipements étrangers, des carburants raffinés et de l’ouverture des routes commerciales.
Quelles alternatives ?Des fournisseurs existent ; les circuits financiers et la sécurité rendent leur substitution coûteuse.
10,32,41
Dépendances extérieures · appréciation SAPERE, de 1 à 5 points
Dépendances extérieures sur Myanmar, de 1 à 5 points : plus un acteur est proche du centre, plus la dépendance envers lui est forte.Chine, dépendance 5 sur 5 (déterminante), domaines : Frontière · commerce · ressources · diplomatie ; Thaïlande, dépendance 4 sur 5 (forte), domaines : Gaz · frontière · échanges ; Russie, dépendance 4 sur 5 (forte), domaines : Armement · soutien politique ; Singapour, dépendance 3 sur 5 (notable), domaines : Place commerciale · carburants · sociétés ; Inde, dépendance 3 sur 5 (notable), domaines : Débouché · frontière · corridor ; Japon, dépendance 2 sur 5 (modérée), domaines : Télécommunications · débouché ; Union européenne, dépendance 2 sur 5 (modérée), domaines : Sanctions · accès commercial ; Malaisie, dépendance 2 sur 5 (modérée), domaines : Diplomatie · retours de ressortissants ; France, dépendance 1 sur 5 (marginale), domaines : Sanctions européennes · commerce.Myanmar5🇨🇳 Chine4🇹🇭 Thaïlande4🇷🇺 Russie3🇸🇬 Singapour3🇮🇳 Inde2🇯🇵 Japon2🇪🇺 Union européenne2🇲🇾 Malaisie1🇫🇷 France

Plus un acteur est proche du centre, plus la dépendance envers lui est forte ; l’épaisseur du trait suit le nombre de points.

  1. Chinedéterminante
    • Frontière · commerce · ressources · diplomatie

    Premier partenaire commercial dans les deux sens en 2024, voisin des régions minières et acteur incontournable du règlement des conflits frontaliers. Ses intérêts relient les corridors, les matières premières et les soutiens de sécurité. Elle l’a montré à Lashio : prise en août 2024 par une armée ethnique proche de sa frontière, la ville est rendue à la junte le 22 avril 2025 sous l’œil d’observateurs chinois. Son influence varie d’une autorité birmane à l’autre.

    12,18,41,43
  2. Thaïlandeforte
    • Gaz · frontière · échanges

    Deuxième client en 2024, voisin de nombreux passages commerciaux ; PTTEP exploite des actifs gaziers birmans. Ces flux donnent un levier durable d’accès au marché et de continuité énergétique. Ils pèsent sur l’économie plus que sur la politique.

    12,19
  3. Russieforte
    • Armement · soutien politique

    La fourniture d’armes et le soutien diplomatique contribuent au maintien des capacités militaires du régime. La dépendance passe par les équipements et le soutien politique, pas par le commerce. Le projet de centrale nucléaire reste une annonce.

    41
  4. Singapournotable
    • Place commerciale · carburants · sociétés

    Deuxième fournisseur dans le relevé douanier ; la Banque mondiale décrit son rôle central dans l’approvisionnement en carburants. La place héberge également des sociétés investissant dans le pays. Une partie des capitaux et des produits ne fait qu’y transiter.

    10,12,56
  5. Indenotable
    • Débouché · frontière · corridor

    Achète notamment des légumineuses et développe la liaison Kaladan vers son Nord-Est. Le port de Sittwe est équipé ; la route qui doit le prolonger vers l’Inde reste à achever.

    12,54,57
  6. Japonmodérée
    • Télécommunications · débouché

    Le partenariat de MPT avec KDDI et Sumitomo relie une fonction de réseau à des entreprises japonaises ; le Japon est aussi un client important. L’influence reste limitée à ce réseau.

    12,58
  7. Union européennemodérée
    • Sanctions · accès commercial

    L’Union maintient les restrictions contre les responsables et entités visés, ainsi que les embargos sur les armes et équipements de répression. Ces restrictions laissent intacts les autres circuits d’armement.

    32
  8. Malaisiemodérée
    • Diplomatie · retours de ressortissants

    La rencontre du 8 octobre ouvre un canal bilatéral. Kuala Lumpur contrôle aussi les conditions de séjour et de retour de ressortissants birmans.

    Limite Le HCR conteste la possibilité de vérifier le caractère volontaire des renvois récents ; cette relation ne constitue pas à elle seule un règlement régional.

    7-8
  9. Francemarginale
    • Sanctions européennes · commerce

    La France participe au cadre européen ; ses échanges bilatéraux restent limités. TotalEnergies a quitté le Myanmar en juillet 2022 : son ancienne part dans le gisement de Yadana ne lui donne plus aucun levier.

    12,32,59

Les points combinent dépendance technologique, exposition financière, poids commercial et capacité de pression politique. Ce sont des appréciations explicites, pas des parts de marché. Ces appréciations décrivent des dépendances concrètes.

Ce qui relie encore le pays

  • Routes

    Le passage compte autant que le revêtement

    Les axes entre Rangoun, Mandalay et les frontières restent vitaux. Guerre, contrôles et carburant perturbent les trajets. Sur la carte, la route existe ; sur le terrain, c’est le poste de contrôle qui décide.

    10
  • Rail

    Une ossature intérieure sous contrainte

    Le réseau relie le centre du pays et ses principales villes. Aucune ligne ne franchit la frontière, et son état réel n’est pas publié.

    60
  • Fleuves

    Des voies d’eau qui dépendent de leurs accès

    L’axe de l’Ayeyarwady et le projet fluvial Kaladan donnent des alternatives au transport terrestre. Le port de Sittwe et le terminal fluvial de Paletwa existent ; la route qui doit rejoindre l’Inde reste à achever.

    54,57
  • Ports

    Rangoun reste une porte essentielle

    La logistique maritime maintient des échanges malgré les difficultés terrestres. Encore faut-il que les routes et les licences d’importation laissent passer les marchandises.

    10,60
  • Télécommunications

    Le câble et le contrôle politique

    MPT travaille avec KDDI et Sumitomo ; le câble SEA-ME-WE5 a subi une panne puis une réparation annoncée en juin 2024. Le réseau peut tomber pour trois raisons : une panne, la censure ou une coupure décidée par le pouvoir.

    58,61-62
  • Paiements

    L’argent circule par des réseaux privés

    Wave Money déclare Yoma Strategic et Yoma Bank comme actionnaires. Le paiement mobile fluidifie les échanges ; le manque de liquidités, la dépendance à internet et le contrôle des changes demeurent.

    10,56
  • Énergie

    Du gaz exporté, du carburant importé

    Les actifs gaziers exploités par PTTEP servent des marchés régionaux. Les carburants raffinés et le courant de secours restent essentiels aux transports et aux usines. La première phase de Thanlyin est inaugurée le 14 octobre 2026 ; son débit réel et sa contribution aux besoins civils restent à mesurer.

    6,10,19
  • Alimentation et soins

    Un pays qui exporte du riz et qui a faim

    Le Myanmar exporte des denrées alors qu’une partie de sa population manque de nourriture. Les prix, les déplacements et les barrages sur les routes expliquent ce paradoxe.

    29,42

Le capital entre encore, sous conditions

Les entrées nettes d’investissement direct représentent 1,0 milliard d’euros en 2024 selon la Banque mondiale. C’est l’argent réellement entré dans l’année, pas celui des annonces.14,63

Les engagements récents recensés par la Banque mondiale viennent surtout de Chine et de Singapour. Sur le terrain, on retrouve PTTEP dans le gaz, KDDI et Sumitomo auprès de MPT, Yoma dans les paiements.10,19,56,58

La question décisive est ce que l’investissement rend durablement possible : produire, transmettre des compétences et entretenir un service. Un protocole signé n’est encore qu’une promesse.

Une charnière entre deux espaces asiatiques

MyanmarChineIndeThaïlandeBangladeshLaosGolfe du BengaleBhoutanNépalVietnamCambodgeMer d’AndamanRangounSittweMandalayNaypyidaw, capitale

Faire défiler la carte horizontalement.

Projection Equal Earth, méridien central 84° E. Contours Natural Earth simplifiés ; les lignes de front n’y figurent pas. Le carré marque Naypyidaw, capitale depuis 2005 ; Rangoun reste la première ville et le premier port.

Chine

Les frontières du nord relient ressources, commerce et sécurité. La géographie donne à Pékin une capacité de pression qu’un partenaire lointain ne peut facilement remplacer.

Thaïlande

La longue frontière orientale relie emploi, échanges et gaz. Les passages peuvent servir d’amortisseur économique ou devenir un verrou.

Inde

La façade du golfe du Bengale ouvre une route potentielle vers le Nord-Est indien. La continuité entre port, fleuve et route reste le test matériel du corridor.

Bangladesh

La frontière occidentale porte une crise humaine durable avec l’accueil des réfugiés rohingya. Leur retour suppose des garanties de sécurité et de droits.

Laos

La courte frontière du Mékong place le Myanmar au cœur du Triangle d’or, loin derrière les grandes portes chinoises et thaïlandaises pour le commerce.

2,19,54

Six bascules à observer

Les habitants peuvent rester ou rentrer

La sécurité devient suffisamment durable pour que les retours soient volontaires, accompagnés de services et sans nouveaux déplacements.

Les routes cessent d’être des lignes de front

Les passages et le transport intérieur restent praticables au-delà d’un arrangement local ou d’une reprise de ville.

Le courant arrive de façon prévisible

Les ateliers et les ménages peuvent compter sur une alimentation régulière sans généraliser les générateurs de secours.

Les enfants retrouvent des services continus

École, vaccination et soins deviennent accessibles malgré le lieu de résidence et l’autorité locale.

Le change sert à nouveau la production

Les entreprises obtiennent les intrants et devises nécessaires dans des conditions prévisibles, sans privilège décisif d’accès.

Les règles peuvent être discutées sans coercition

Une négociation inclusive, des recours effectifs et une information indépendante commencent à réduire le coût des erreurs du pouvoir.

Trois chemins conditionnels

Favorable

Une sécurité négociée permet de reconstruire

Si les acteurs s’accordent sur la protection des civils et des accès, des services peuvent se reconnecter avant même un règlement institutionnel complet. Les ressources et ateliers financent alors une reprise plus largement partagée.

Central

Des reprises locales dans une crise nationale

Si le pouvoir consolide certains axes sans régler la concurrence des autorités, les échanges et quelques activités se redressent par endroits. La guerre, les restrictions et l’exode continuent toutefois de dégrader les capacités communes.

Défavorable

La fragmentation devient le fonctionnement ordinaire

Si les ressources servent surtout les appareils armés et si les services perdent leurs professionnels, chaque région dépend davantage d’un protecteur ou d’un passage. Le territoire conserve de la valeur pour les autres et en offre de moins en moins à ses habitants.

Comprendre l'échelle de robustesse, du plus solide au plus fragile
  1. Solidement ancré4,0 à 5,0 · Capacités prouvées sur la durée. Le pays absorbe les chocs sans risque de basculement.
  2. Résilient sous contrainte3,0 à 3,9 · Forces et faiblesses en tension, mais le système tient par ses propres moyens.
  3. Sous tension structurelle2,5 à 2,9 · Le pilier tient grâce à une béquille : une rente, un partenaire, un corridor. Il cède si elle cède.
  4. Fragile et dépendant1,5 à 2,4 · Vulnérabilité profonde. La fonction est assurée, mais sans maîtrise réelle des moyens.
  5. Défaillance critique1,0 à 1,4 · Risque d'effondrement de la fonction. Autorité ou capacité contestée sur l'essentiel.

L'échelle mesure la capacité à encaisser un choc, pas la richesse ni le potentiel. Le niveau de chaque pilier découle mécaniquement de son évaluation sur cinq points, selon les bornes ci-dessus.

Méthodologie et sources

Calcul du score. Grille SAPERE v3. Neuf piliers notés, 100 % des poids documentés. I, II, VI et VIII pèsent chacun 13,5 % ; III, IV, V et VII chacun 9 % ; IX pèse 10 %. On multiplie chaque note par son poids, on additionne, puis on arrondit au dixième le plus proche : 1,6. Le libellé dépend du score affiché. Aucune révision d’un seul pilier d’un dixième ne ferait changer la classe.

Grille SAPERE v3 : le pilier de souveraineté est la moyenne de cinq appréciations. Ici : recettes publiques, 2 ; exportations, 3 ; sécurité, 1 ; réserves et accès aux devises, 2 ; capacité de refus, 1. La moyenne est de 1,8. La note est plafonnée à 2,5 dès que deux composantes au moins sont à 2 ou moins. Quatre remplissent cette condition, mais le plafond ne réduit pas une moyenne déjà inférieure. Faute de chiffre récent sur les réserves, l’appréciation correspondante repose sur les restrictions de change observées.

Comment lire la trajectoire depuis 2020

La robustesse dit où en est le pays ; la trajectoire indique dans quel sens il évolue depuis 2020.

Chaque pilier compare 2020 à la dernière observation disponible. Sa flèche vaut +1 s’il progresse, 0 s’il reste stable et −1 s’il recule. Chaque pilier garde le même poids que dans la robustesse ; on additionne et on ramène le résultat entre −100 et +100.

Ce chiffre décrit une direction, pas une vitesse ni une variation de la note. Un résultat proche de zéro peut cacher des progrès et des reculs qui se compensent.

De +50 à +100 : En nette amélioration. De +15 à +49 : En amélioration. De −14 à +14 : Stable, ou Contrasté si au moins deux piliers progressent et deux reculent. De −49 à −15 : En dégradation. De −100 à −50 : En nette dégradation.

Trajectoire depuis 2020 : −82 · En nette dégradation. Ici : aucun pilier ne progresse, deux sont stables et sept reculent. Les piliers stables sont l’influence et l’innovation ; leurs justifications expliquent pourquoi.

Les notes des huit premiers piliers sont des appréciations documentées. La récession explique ici la faiblesse du pilier économique. Le raccordement électrique ne garantit pas la continuité du courant, et le commandement de l’armée ne garantit pas le contrôle national du territoire.

Les montants courants sont exprimés en euros au change moyen annuel de la Banque centrale européenne. Les comparaisons de pouvoir d’achat gardent leur unité internationale. Les calculs utilisent les valeurs précises ; les nombres affichés sont arrondis pour faciliter la lecture.

Limites. Réserves récentes en mois d’importations, stock d’IDE et principaux détenteurs comparables, longueur et revêtement routiers récents, rail exploitable, fret fluvial et plusieurs ventilations de produits bilatéraux : n.d. Les statistiques de guerre sont partielles et chaque chiffre garde sa date et son périmètre. Les cartes ne suivent pas le front au jour le jour.

Ce que le score mesure. Il répond à une seule question : dans quelle mesure le pays peut-il encaisser un choc ? Ni la richesse, ni la croissance, ni la qualité du gouvernement, prises séparément, ne donnent la réponse.

Un pays riche peut avoir un score bas s'il ne tient que par une rente ; un pays moins riche, un score honorable s'il dispose de capacités propres et de dépendances qu'il maîtrise. Une note ne bouge pas sur une impression : il faut un fait daté et vérifiable sur l'un des neuf piliers.

L'échelle, de 1 à 5. De 4,0 à 5,0, solidement ancré : le pays absorbe un choc sans vaciller. De 3,0 à 3,9, résilient sous contrainte. De 2,5 à 2,9, sous tension structurelle : le pays tient par une béquille, et cède si elle cède. De 1,5 à 2,4, fragile et dépendant : la fonction est assurée, mais sans maîtrise des moyens. De 1,0 à 1,4, défaillance critique.

Les notes de pilier. Chaque pilier reçoit une appréciation documentée, posée directement au dixième sur une échelle de cinq : un jugement argumenté, et non le produit d'une formule, sauf pour le pilier IX, dont la note est la moyenne de cinq sous-indicateurs, ramenée à 2,5 au plus dès que deux d'entre eux au moins sont à 2 ou moins. Le calcul du score ne commence qu'ensuite.

Quand une donnée manque. Un pilier qu'aucune source primaire ne documente n'est pas noté, et la fiche le dit. Le total est alors rapporté au poids des piliers réellement notés : une note absente ne compte ni pour ni contre le pays.

Le score perd en couverture, donc en degré de confiance, mais il reste sur la même échelle et avec les mêmes poids que les autres. Au-delà de trois piliers sans note, aucun score n'est calculé. La règle vaut pour toutes les fiches de la série.

Les neuf piliers, et ce que chacun pèse. Ils ne comptent pas à égalité : quatre d'entre eux portent à eux seuls 54 % de la note.

La pondération ne récompense pas le prestige d'un domaine, mais sa capacité à entraîner ou à fragiliser les autres : l'économie, l'industrie, la défense et la gouvernance conditionnent le reste. Elle est la même pour toutes les fiches de la série, ce qui rend les scores comparables entre eux.

PilierLe domainePoids dans la note
IÉconomie et finance13,5 %
IIIndustrie et technologie13,5 %
IIIDémographie et capital humain9 %
IVDiplomatie, influence et information9 %
VÉnergie et ressources9 %
VIDéfense et sécurité13,5 %
VIIInnovation et savoir9 %
VIIIGouvernance et institutions13,5 %
IXAutonomie stratégique10 %

Ce que mesure chaque pilier

Posséder du pétrole, une armée nombreuse ou une jeunesse abondante est un potentiel. Les neuf piliers regardent ce que le pays sait en faire, c'est-à-dire la différence entre ce qu'il possède et ce qu'il sait faire de ce qu'il possède.

I · Économie et finance

Ce qui est regardé : la croissance, l'inflation, la dette, les réserves, l'accès au crédit. Pourquoi : un État qui ne peut plus emprunter, payer ses fournisseurs ni honorer ses échéances encaisse mal le premier choc venu.

II · Industrie et technologie

Ce qui est regardé : ce que le pays fabrique, transforme et répare lui-même. Pourquoi : exporter une matière première et importer les machines, c'est laisser la valeur se créer ailleurs. L'industrie transforme une ressource en capacité.

III · Démographie et capital humain

Ce qui est regardé : l'école, la santé, l'accès à l'eau, l'emploi, la structure par âge, le départ des compétences. Pourquoi : une jeunesse nombreuse est une force si elle est formée et employée. Sinon elle devient une pression de plus sur l'État.

IV · Diplomatie, influence et information

Ce qui est regardé : les alliances, les médiations, le poids dans les organisations, l'image du pays et sa capacité à faire circuler une information crédible. Pourquoi : tout ne se règle pas par l'argent ou par les armes. Savoir convaincre, négocier et se faire entendre donne des marges qu'un poids économique ne donne pas.

V · Énergie et ressources

Ce qui est regardé : l'accès à l'électricité, la fiabilité du réseau, la dépendance aux carburants importés, le mix énergétique et la maîtrise des ressources stratégiques. Pourquoi : avoir une ressource et pouvoir s'en servir sont deux choses. Un pays peut produire du pétrole et importer son carburant, avoir des barrages et laisser des provinces sans courant.

VI · Défense et sécurité

Ce qui est regardé : le contrôle réel du territoire, y compris dans le cyberespace, l'état du matériel, la logistique, les dépendances extérieures. Pourquoi : une force qu'on ne peut ni ravitailler ni déployer ne protège pas. On mesure une capacité, pas un inventaire.

VII · Innovation et savoir

Ce qui est regardé : la recherche, les universités, les brevets, la formation, le maintien des talents. Pourquoi : acheter une technologie n'est pas la maîtriser. L'industrie sait produire, l'innovation sait inventer.

VIII · Gouvernance et institutions

Ce qui est regardé : l'efficacité de l'administration, l'état de droit, la corruption, les contre-pouvoirs, la continuité des règles, les inégalités et la cohésion sociale. Pourquoi : des ressources ne deviennent de la robustesse que si un État sait les administrer, si ses décisions survivent à ceux qui les prennent, et si la société qu'il gouverne n'est pas fracturée.

IX · Autonomie stratégique

Ce qui est regardé : d'où viennent les recettes publiques, à qui le pays vend, de qui dépend sa sécurité, combien de mois d'importations ses réserves couvrent, et s'il peut refuser une pression extérieure. Pourquoi : aucun pays n'est indépendant. La question est de savoir si ses dépendances se négocient, ou si elles décident à sa place.

Aucun pilier ne suffit seul, et c'est le principe : une économie solide finance une armée, une industrie réduit les importations, de bonnes institutions transforment une rente passagère en infrastructures. À l'inverse, deux ou trois faiblesses profondes peuvent annuler plusieurs atouts.

La tendance portée par chaque pilier ajoute la seconde information. Elle distingue un pays fragile qui se redresse d'un pays mieux noté qui commence à céder.

Le climat n'est pas un dixième pilier : il agit à travers les autres. Une sécheresse touche d'un coup l'agriculture, l'électricité, les comptes publics et la santé.

SAPERE ne demande donc pas « quel pays est le plus puissant ? », mais : si quelque chose se dérègle demain, qu'est-ce qui continue de fonctionner, qu'est-ce qui cède, et de quoi le pays dépend-il pour tenir ?

Les références, dans l’ordre du texte

  1. Banque mondiale, Population
  2. Freedom House, année 2025, édition 2026
  3. ISP-Myanmar, contrôle territorial en 2025
  4. USGS, séisme de magnitude 7,7 près de Mandalay
  5. ONU Myanmar, séisme du 28 mars 2025, bilan à un mois
  6. Ministère de l’Information, MNA · inauguration de Thanlyin, phase I, 14 octobre 2026
  7. Premier ministre de Malaisie · conférence de presse du 8 octobre 2026
  8. HCR · inquiétudes sur les retours de Malaisie, 30 septembre 2026
  9. Mécanisme d’enquête de l’ONU · frappe de Kyauktaw du 28 septembre 2026
  10. Banque mondiale, Economic Monitor, juin 2026
  11. HCR · déplacés internes au 31 août 2026
  12. ONU Comtrade, marchandises, partenaires, 2024
  13. Banque mondiale, PIB nominal
  14. BCE, moyennes annuelles dollar/euro 2024 et 2025
  15. Banque mondiale, PIB en PPA
  16. Banque mondiale, Exportations de marchandises
  17. Banque mondiale, Importations de marchandises
  18. USGS, terres rares, Mineral Commodity Summaries 2026
  19. PTTEP, activités au Myanmar
  20. Banque mondiale, Vaccination DTP3
  21. Banque mondiale, Dépenses de recherche
  22. Banque mondiale, Accès à l’électricité
  23. Banque mondiale, point économique du 16 juin 2026
  24. FMI · dette publique, WEO d’avril 2026, série conservée
  25. Banque mondiale, Valeur ajoutée manufacturière
  26. Banque mondiale, Exportations manufacturières de haute technologie
  27. Banque mondiale, Population de 65 ans ou plus
  28. Banque mondiale, Mortalité infantile
  29. UNICEF, bilan janvier-juin 2026
  30. Lowy Institute, Asia Power Index 2025
  31. Bernama, entretien avec l’envoyée de l’ASEAN, 12 juillet 2026
  32. Conseil de l’Union européenne, sanctions prorogées en avril 2026
  33. DVB, enquête transfrontalière publiée en août 2026
  34. Al Jazeera · Narendra Modi reçoit Min Aung Hlaing, 1er juin 2026
  35. Al Jazeera · visite d’État à Pékin, 16 juin 2026
  36. Banque mondiale, Production électrique au gaz
  37. Banque mondiale, Production hydroélectrique
  38. Banque mondiale, Importations énergétiques nettes
  39. Banque mondiale, In the Dark, août 2023
  40. Freedom House, année 2020, édition 2021
  41. Human Rights Watch, rapport mondial 2026
  42. FAO, situation alimentaire, 18 septembre 2026
  43. RFA, retour de l’armée à Lashio, 22 avril 2025
  44. OMPI · indice mondial de l’innovation 2025, ancien repère
  45. Banque mondiale, Chercheurs par million
  46. OMPI · indice mondial de l’innovation 2026, profil Myanmar
  47. Transparency International, IPC 2025
  48. Reporters sans frontières, classement 2026
  49. BNI, résultats des élections annoncés le 3 février 2026
  50. Al Jazeera, Aung San Suu Kyi assignée à résidence, 30 avril 2026
  51. Ministère de l’Information · élection présidentielle du 3 avril 2026, rappelée le 10 avril
  52. CICR · visite à Aung San Suu Kyi du 3 août 2026
  53. The Star, d’après l’AFP et Crisis Group · redémarrage de la mine de Man Maw, 10 septembre 2026
  54. Consulat indien de Sittwe, relations et projet Kaladan
  55. Banque mondiale, secteur électrique, juin 2024
  56. Wave Money, actionnariat déclaré
  57. Autorité portuaire birmane, état du projet Kaladan
  58. MPT, partenariat avec KDDI et Sumitomo
  59. TotalEnergies, retrait effectif du 20 juillet 2022
  60. Banque mondiale, transports, juin 2024
  61. MPT, réparation de SEA-ME-WE5, juin 2024
  62. Consortium SEA-ME-WE5
  63. Banque mondiale, Investissements directs étrangers

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SAPERE · Les Forces et les Failles · Cadre d’évaluation SAPERE 2.2, grille v3

Ce que l’histoire en dit

En avril 1955, la Birmanie siège à Bandung parmi les neutralistes : ni Washington ni Moscou. Une voix sans armée, fondée sur la souveraineté et la non-ingérence. Soixante et onze ans plus tard, le Myanmar a perdu l’une et l’autre : l’armée, les résistances et les armées ethniques se disputent le territoire, et la Chine achète près d’un quart de ses exportations.


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