Le monde et ses silences en octobre 2026
Des frontières qu'on franchit. Des portes qu'on ferme.
Le 3 octobre 2026, le Nicaragua annonce son retrait « avec effet immédiat » du Parlement centraméricain, l'assemblée régionale où siègent des élus de plusieurs pays de l'isthme, du Guatemala au Panama↗. Il répond ainsi à l'Organisation des États américains (OEA), qui réunit presque tous les pays du continent, du Canada à l'Argentine. Le Nicaragua l'a quittée en 2023, mais elle continue de se prononcer sur son sort : la veille, ses ministres l'ont sommé d'organiser des élections libres et de libérer ses prisonniers politiques↗. Daniel Ortega avait prévenu en juillet qu'il n'y aurait plus d'élections dans le pays. Le traité fondateur du Parlement, signé en 1987, ne prévoit pourtant aucune clause de sortie. On claque une porte qui n'avait pas été conçue pour s'ouvrir dans ce sens.
Trois semaines plus tard, l'Assemblée nationale supprime la vice-présidence : la succession de Daniel Ortega sera confiée à des « désignés présidentiels » que la présidence choisira seule↗. Le couple présidentiel, Daniel Ortega et Rosario Murillo, décide seul de qui gouvernera après lui, comme il décide seul de ce que possèdent les habitants. Des retraités américains installés au Nicaragua en font l'expérience, à Playa Gavilán, sur la côte pacifique du pays : leurs maisons, confisquées en août sans explication, leur sont rendues en octobre par un simple appel téléphonique, sans aucun document qui leur garantisse qu'ils les garderont↗.
Ailleurs, le même geste se répète. Kinshasa interdit treize partis, la Malaisie raye du registre sa principale coalition d'opposition, le Koweït retire des centaines de nationalités, le Burkina Faso rétablit la peine de mort. Mais octobre est aussi le mois des frontières franchies : l'Algérie prépare son premier déploiement militaire à l'étranger depuis un demi-siècle, un pont achevé côté chinois il y a douze ans s'ouvre enfin vers la Corée du Nord, et des étudiants serbes entrent au Parlement.
Du Sahel à la mer Noire, ce numéro suit ces gestes, souvent discrets, par lesquels les États redessinent leurs lignes.
En Lettonie, la Liste unie d'Andris Kulbergs, pro-européenne, arrive en tête des législatives ; elle doit trouver des partenaires pour gouverner.
Le prix Nobel de la paix récompense la juriste sud-africaine Navi Pillay. Le même jour, Washington annonce des sanctions visant la Cour pénale internationale dans son ensemble.
Une frappe houthie sur l'aéroport de Riyad fait 12 morts et 309 blessés selon le Washington Post ; l'Arabie saoudite promet une réaction majeure.
Au Kazakhstan, Kassym-Jomart Tokaïev met fin par décret aux mandats de toutes les assemblées locales et convoque des élections anticipées.
À New York, Nicolás Maduro et son épouse plaident non coupables des accusations de torture portées contre eux par la justice américaine.
L'Ukraine lance l'une de ses plus importantes attaques de drones contre Saint-Pétersbourg ; un site pétrolier brûle.
Les électeurs de l'Alberta votent très largement pour rester au sein du Canada. À Oslo, l'envoyé américain Steve Witkoff rencontre Volodymyr Zelensky.
Au Brésil, Lula est réélu ; son adversaire Flávio Bolsonaro réclame l'annulation du scrutin.
Le 25 octobre, à Alger, le Parlement vote à l'unanimité une résolution autorisant le déploiement d'unités de l'armée à Madama, dans le nord du Niger, près de la frontière libyenne↗. Le lieu n'a rien d'anodin : Madama fut l'une des bases avancées de l'opération française Barkhane. Les soldats qui s'y installeront viendront d'un pays qui a fait de la non-intervention un article de foi, et qui n'avait plus envoyé de troupes hors de ses frontières depuis la guerre d'octobre 1973 contre Israël.
Le revirement a été rapide. L'an dernier encore, Niamey rappelait son ambassadeur à Alger. Puis la tentative de putsch de la fin août, brisée avec l'aide des soldats russes d'Africa Corps, a tout changé : l'Algérie a envoyé ses avions de combat au secours de l'armée nigérienne, et les visites officielles se sont enchaînées depuis. Derrière la sécurité, l'énergie : Sonatrach exploite des gisements au Niger et porte, avec lui et le Nigeria, le projet de gazoduc transsaharien.
La peine de mort revient, les jihadistes s'entretuent
À l'ouest, le 20 octobre, l'Assemblée législative de transition du Burkina Faso, dont les membres ne sont pas élus, adopte à l'unanimité un nouveau code pénal qui rétablit la peine de mort, abolie en 2018↗. Elle vise le terrorisme, l'espionnage et la trahison, et le même texte réintroduit des peines pour les délits de presse. Pour le ministre de la Justice, la clémence de l'ancien code aidait les groupes armés à recruter ; Amnesty International et Human Rights Watch y voient un instrument contre la dissidence.
Pendant que l'État durcit sa loi, ses ennemis se font la guerre. Dans la province de l'Oudalan, les combattants du JNIM, liés à Al-Qaïda, et ceux de l'État islamique au Sahel se livrent depuis l'été des batailles d'une violence inédite, dont personne ne peut établir le bilan↗. Leur rivalité ne protège personne. À la mi-octobre, de l'autre côté de la frontière malienne, dans la région de Ménaka, l'État islamique massacre des dizaines de villageois accusés d'avoir renseigné l'armée↗.
L'Éthiopie seule contre quatre
Plus à l'est, la guerre repart. Depuis le 23 septembre, l'armée éthiopienne affronte une alliance d'opposition menée par des Tigréens, dans l'escalade la plus grave depuis la guerre de 2020-2022. Addis-Abeba accuse l'Érythrée, l'Égypte et le Soudan d'armer ses adversaires et ferme son ambassade à AsmaraCapitale de l'Érythrée, le pays voisin au nord de l'Éthiopie, sur les hauts plateaux qui dominent la mer Rouge. ; l'Érythrée rompt ses relations diplomatiques↗. Le 4 octobre, à El-Alamein, le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi réunit ses homologues érythréen, somalien et soudanais. Leur déclaration réserve le contrôle de la mer Rouge aux seuls pays riverains et rappelle qu'aucun usage du Nil ne doit nuire aux pays en aval. Chaque phrase vise l'Éthiopie sans la nommer : son grand barrage sur le Nil et son rêve d'accès à la mer.
En République démocratique du Congo, l'ancien président Joseph Kabila annonce à Goma un « Front pour la refondation de la nation », que Kinshasa présente comme lié aux rebelles de l'AFC/M23 ; le gouvernement réplique en interdisant les activités de treize partis, dont celui de Joseph Kabila↗, tandis que l'épidémie d'Ebola, la plus meurtrière de l'histoire du pays, gagne le Kenya puis le Nigeria.
L'envers du récit : Anjouan, une île à vendre sans le savoir
Anjouan, l'une des îles des Comores, entre le Mozambique et Madagascar, exporte surtout de l'ylang-ylangArbre tropical dont les fleurs donnent une huile essentielle très recherchée en parfumerie ; les Comores en sont l'un des premiers producteurs mondiaux. et de la vanille. Son nom figure pourtant sur près de 1,500 licences de casinos en ligne, inscrites au registre d'une « autorité des jeux » d'Anjouan. Selon une enquête du Guardian publiée le 19 octobre et relayée par la presse spécialisée, ce ne sont pas les Anjouanais qui bafouent le droit : le nom de leur île semble avoir été accaparé par un petit groupe d'hommes d'affaires, pour la plupart britanniques, qui vendent ces licences depuis la banlieue de Londres↗.
La Banque centrale des Comores dénonce des activités illégales, et Moroni demande l'aide de Londres. L'affaire touche un archipel voisin de Mayotte et rappelle que la souveraineté d'un petit État peut se perdre sans conquête, par simple appropriation d'un nom.
Une île peut vendre des licences au monde entier sans jamais l'avoir décidé.Le 14 octobre, le Costa Rica inaugure une prison de très haute sécurité pour les chefs du crime organisé, sans aucune visite autorisée↗. Elle copie le CECOT, la prison géante où le président salvadorien Nayib Bukele enferme les membres des gangs. Que ce petit pays sans armée, réputé pour sa démocratie, imite son voisin le plus autoritaire montre à quel point le crime organisé fait peur en Amérique centrale. Le Honduras cherche à son tour un site pour sa propre prison de haute sécurité.
Le paradoxe tient dans le calendrier. Le 13 octobre, Bukele lui-même annonce vouloir libérer sous condition une partie des personnes incarcérées sous son régime d'exception, celles que son gouvernement juge coupables d'une collaboration « faible » avec les gangs↗. Des associations de défense des droits estiment que des dizaines de milliers de détenus pourraient être innocents. L'élection présidentielle salvadorienne a lieu dans un peu plus de trois mois.
Un procureur abattu devant son fils
Le 17 octobre, sur un terrain de sport de Guatemala City, des hommes armés tuent Juan Francisco Solórzano Foppa pendant qu'il entraîne une équipe de football↗. Ancien procureur puis chef de l'administration fiscale, il avait poursuivi certains des hommes politiques et des chefs d'entreprise les plus puissants du pays. Les deux suspects interpellés sont relâchés faute de preuves. Le président Bernardo Arévalo exige que les commanditaires soient jugés ; quatre jours plus tard, un autre avocat anticorruption dit avoir reçu des menaces de mort. Cet assassinat rappelle les risques encourus par les figures de la lutte anticorruption.
Soixante et onze ans sans visite d'État

Le 16 octobre, le président chilien José Antonio Kast arrive à La Paz. Aucun président chilien n'était venu en visite d'État en Bolivie depuis 1955, et les deux pays n'échangent plus d'ambassadeurs depuis 1978↗. Une vieille blessure les sépare : la Bolivie a perdu son accès à la mer au profit du Chili à la fin du XIXe siècle. Kast et son homologue Rodrigo Paz ouvrent des négociations sur le commerce, les ports et le lithium, sans trancher la question maritime. Le dégel arrive au moment où La Paz en a le plus besoin : l'économie bolivienne est en récession, la fin des subventions au gazole négociée avec le FMI alimente la colère, et les syndicats ont décrété l'état d'urgence contre la vie chère.
L'envers du récit : le Darién s'est vidé
Il y a deux ans, la jungle du Darién, entre la Colombie et le Panama, voyait passer des centaines de milliers de migrants en route vers les États-Unis. Selon l'Organisation internationale pour les migrations, elle n'en a vu qu'une poignée au début de 2026 : les passages ont presque disparu. Washington y voit le fruit de sa fermeté ; ils avaient pourtant déjà fortement baissé en 2024 sous l'effet des contrôles mexicains et panaméens.
Les migrants n'ont pas disparu pour autant. Ils restent, ou reviennent, expulsés, dans des pays d'Amérique centrale où la sécheresse liée à El Niño frappe les récoltes de maïs et de haricots.
Une route vide ne dit pas que le voyage est fini ; elle dit seulement où il s'arrête.Le 15 octobre, le nouveau pont sur le Yalu s'ouvre enfin entre la ville chinoise de Dandong et la Corée du Nord. La Chine avait achevé sa moitié de l'ouvrage en 2014 ; Pyongyang, méfiant envers toute dépendance, avait laissé l'autre rive en friche pendant douze ans. Le pont devient le principal passage terrestre entre les deux pays, quelques semaines après l'ouverture du premier pont routier entre la Corée du Nord et la Russie. Kim Jong-un joue sur les deux rives : le 24 octobre, il passe une journée à Dandong, où le reçoit l'un des plus hauts dirigeants chinois, pendant que ses missiles et les menaces de sa sœur entretiennent la tension sur la frontière avec le Sud.
Une piste chinoise au Laos, deux blocs de l'IA
À une cinquantaine de kilomètres au nord de Vientiane, un centre d'entraînement militaire sino-laotien est inauguré le 29 septembre. Des images satellites examinées par Reuters montrent qu'en un an, des terres agricoles sont devenues un complexe aéronautique moderne, où stationnent des avions d'entraînement chinois↗. Pékin assure que l'installation ne vise personne ; l'armée de l'air thaïlandaise annonce qu'elle la surveille de près.
La région se partage aussi sur un terrain moins visible, celui de l'intelligence artificielle. D'un côté, Pax Silica, lancée par Washington pour sécuriser les chaînes d'approvisionnement en puces et en minerais critiques, rassemble Singapour, les Philippines et le Japon. De l'autre, l'organisation lancée par Pékin en juillet attire la Malaisie, l'Indonésie, le Cambodge, la Birmanie et le Vietnam. Singapour, invitée à rejoindre aussi le bloc chinois, redoute d'être sommée de choisir, selon Nikkei Asia.
La moitié du territoire en sécheresse
Loin de ces rivalités de puissances, l'Inde affronte une menace plus ancienne, le manque d'eau. Selon l'observatoire de la sécheresse de l'Institut indien de technologie de Gandhinagar, la sécheresse s'est étendue entre janvier et septembre 2026 sur près de trois fois la surface touchée en 2025. Goa est atteinte en totalité, Delhi presque entièrement. La mousson a été la plus faible depuis plus de dix ans, aggravée par El Niño. New Delhi déclare cinq États sinistrés, et le ministre des Affaires étrangères, Subrahmanyam Jaishankar, évoque une « crise alimentaire majeure ».
Dans l'extrême est du pays, au Manipur, petit État frontalier de la Birmanie, la violence entre communautés ne s'éteint pas. Depuis 2023, les Meiteis de la vallée et les Kukis des collines s'y affrontent pour la terre et le pouvoir local ; cette année, un troisième peuple, les Nagas, a été entraîné à son tour dans les violences. La sécheresse au centre, les armes aux marges : l'Inde affronte en même temps la faim et ses fractures.
En Malaisie, le registre des associations raye le 20 octobre la coalition d'opposition Perikatan Nasional, à quelques jours d'un scrutin régional, après une plainte de l'un de ses propres membres↗. La coalition n'a pas été battue dans les urnes : elle a été radiée par une décision administrative.
L'envers du récit : le Sri Lanka refuse de choisir

Posée au milieu de l'océan Indien, sur la route du pétrole qui quitte le golfe Persique, l'île intéresse les deux camps de la guerre entre Washington et Téhéran. Le Sri Lanka a refusé à la fois l'atterrissage d'avions militaires américains et l'escale de navires de guerre iraniens, et son président, Anura Kumara Dissanayake, l'a rappelé en octobre, en ajoutant que son territoire ne servirait pas non plus contre l'Inde↗. Le même mois, Colombo organise le sauvetage et le rapatriement de marins iraniens bloqués au large de ses côtes.
Ce refus est d'abord un calcul. Le pays sort à peine de sa faillite de 2022 et vit sous programme du FMI ; il ne peut se permettre de se fâcher avec aucune grande puissance.
Pour un petit pays endetté, la neutralité est une ligne de survie.Belgrade, la victoire des étudiants
Le 25 octobre, les électeurs serbes congédient le pouvoir qui gouvernait le pays depuis 2012. Tout était parti d'un auvent de béton. Le 1er novembre 2024, à la gare de Novi Sad tout juste rénovée, il s'effondre et tue seize personnes. Pour des milliers d'étudiants, la catastrophe devient le symbole d'un régime qui bâtit à la hâte, distribue les contrats à ses proches et ne rend de comptes à personne. Pendant près de deux ans, ils occupent les facultés, marchent de ville en ville, bloquent les carrefours, et finissent par fonder leur propre liste. Elle remporte les législatives anticipées avec plus de la moitié des voix↗.

Aleksandar Vučić, l'homme fort qui avait quitté la présidence en septembre, reconnaît sa défaite. Bruxelles, qui l'avait longtemps ménagé au nom de la stabilité des Balkans, salue aussitôt une porte « ouverte » vers l'Union. Une génération qui n'avait connu qu'un seul pouvoir vient de le renvoyer, sans violence, par les urnes.
Des mines à la frontière, une forêt rasée au nord
Le 19 octobre, l'armée finlandaise annonce vouloir acheter des mines antipersonnel en masse, avec une production lancée dès 2028↗. C'est possible parce que la Finlande a quitté la convention d'Ottawa, le traité signé en 1997 par la plupart des pays du monde pour interdire ces mines, qui tuent et mutilent surtout des civils, souvent des années après les combats. Comme la Pologne et les pays baltes, Helsinki avait annoncé son départ en 2025 ; il est effectif depuis janvier. Une arme que l'Europe avait bannie revient sur la plus longue frontière de l'Union avec la Russie.
La même Finlande découvre un autre coût de l'époque. Pour bâtir des centres de données, la société représentant Google a abattu des centaines de milliers d'arbres dans le nord du pays, sans étude d'impact environnemental préalable↗. Les travaux sont suspendus, la police enquête, et Google reconnaît avoir « failli à ses propres exigences ». Le sujet s'invite dans la campagne des législatives d'avril.
Des cargos coulés, un vote qui ménage Moscou
Le 23 octobre, au large de Constanța, le grand port roumain, un drone coule le Khoryv, un cargo marchand, à la limite même des eaux territoriales de la Roumanie : un marin est tué, trois sont portés disparus. Le président roumain Nicușor Dan accuse la Russie. Ce n'est pas un cas isolé : selon gCaptain et Les Echos, huit navires ont été touchés en trois semaines dans ces eaux. Ces attaques n'ont pas empêché, le 1er novembre, juste après la période couverte par ce numéro, l'élection à la présidence bulgare d'Iliana Iotova, soutenue par le parti du Premier ministre Roumen Radev, réputé conciliant envers Moscou↗. Sur la mer qui borde deux membres de l'Alliance, on coule des navires sans déclarer de guerre ; sur la rive, on vote sans rompre avec celui qu'on accuse.
À Bakou, l'interdiction du voile à l'école provoque des manifestations, puis une brouille avec Ankara : le 21 octobre, l'Azerbaïdjan interdit son territoire à 31 ressortissants turcs, dont des députés↗. Les deux pays qui se disent « une nation, deux États » découvrent qu'un morceau de tissu peut les séparer.
L'envers du récit : Longyearbyen ne boit plus son eau
À Longyearbyen, la principale ville de l'archipel norvégien du Svalbard, les quelque 2,500 habitants ont reçu la consigne de ne plus boire l'eau du robinet. Le dégel du sol gelé en permanence, dans l'une des régions qui se réchauffent le plus vite au monde, met à nu une roche qui rend l'eau acide et y libère des métaux, au-delà des seuils recommandés↗.
Le supermarché distribue de l'eau purifiée gratuitement. Des spécialistes y voient un avant-goût de ce qui attend d'autres communautés de l'Arctique.
Le sol qui dégèle ne rend pas seulement des terres ; il rend ce qu'il retenait.Le vendredi 23 octobre, à Hammoud, un village du gouvernorat jordanien de Karak, des hommes armés pénètrent dans une église grecque-orthodoxe pendant des funérailles et ouvrent le feu. Le bilan s'établit à au moins neuf morts et une trentaine de blessés↗. Les autorités parlent de terrorisme et attribuent aux assaillants une idéologie proche de l'État islamique ; trois suspects sont arrêtés le 26 octobre. La Jordanie passait pour le pays le plus stable d'une région en feu, et ses chrétiens, présents bien avant l'islam, pour l'exemple d'une coexistence réussie. L'enquête devra dire s'il s'agit d'une cellule isolée ou du réveil d'une menace ancienne.
L'État et le Hezbollah face à face
Au Liban, la bataille pour le contrôle des armes se joue désormais au grand jour. Début octobre, les forces de sécurité saisissent des centaines de kilos d'explosifs sur les routes du pays, dont une partie acheminée à dos de mulet depuis la Syrie ; le Hezbollah reconnaît qu'ils lui appartenaient. Ses partisans bloquent ensuite des routes de Beyrouth, et le 19 octobre, des responsables du mouvement menacent le gouvernement d'un conflit civil s'il poursuit ses mesures contre lui. Un juge convoque deux d'entre eux.
L'État avance sur une ligne de crête. Il demande à Washington d'obtenir l'arrêt des frappes israéliennes, discute avec Paris de la présence internationale qui succédera aux Casques bleus dans le Sud, et reçoit du Qatar une offre pour relever sa production électrique. Mais l'Iran a versé au Hezbollah, selon Reuters, quelque 200 millions de dollars pour secourir les déplacés. Dans un pays à reconstruire, celui qui finance les secours garde aussi une part d'autorité.
Un pays qui vote et qui s'en va
Trois ans après l'attaque du Hamas du 7 octobre 2023 et la guerre qui l'a suivie, les Israéliens votent le 27 octobre ; Benyamin Netanyahou, qui gouverne presque sans interruption depuis 2009, brigue un nouveau mandat face à une société profondément divisée. À la veille du scrutin, le pays découvre un chiffre qu'il croyait réservé aux pays qu'on fuit : depuis 2024, les départs y dépassent les arrivées, une première dans son histoire, rapporte le quotidien suisse Le Temps. Les Israéliens partent, les Juifs de la diaspora viennent moins. La « yerida », la descente, l'emporte sur l'« alya », la montée. Un député travailliste y voit une « menace stratégique », et près d'un quart des Israéliens disent envisager de partir si Benyamin Netanyahou est réélu.
En Égypte, Washington renonce le 1er octobre aux conditions liées aux droits humains qui encadraient son aide militaire, en raison du rôle « utile » du Caire depuis le début de la guerre contre l'Iran. Quelques jours plus tard, la police égyptienne arrête toute l'équipe d'un site indépendant de vérification des faits.
L'envers du récit : au Koweït, la nationalité se retire par décret
Le 4 octobre, le journal officiel koweïtien publie six décrets qui retirent la nationalité à 415 personnes, sans qu'aucun nom soit rendu public ; plusieurs textes visent aussi leurs proches↗. Ces décrets prolongent une révision engagée en 2025, qui a retiré la nationalité à près de 50,000 personnes. Les autorités invoquent la fraude ; les critiques dénoncent une campagne qui fabrique des apatrides.
Le Koweït passait pour l'émirat le plus parlementaire du Golfe. Depuis mai 2024, son Assemblée est suspendue et l'émir gouverne par décret avec son gouvernement : l'appartenance à la nation est devenue une liste qu'on révise sans débat.
Être citoyen, au Koweït, c'est désormais vérifier le journal officiel.Octobre 2026 n'a pas connu de grand basculement, mais une suite de seuils, franchis ou refermés. Ces gestes n'ont pas de cause commune ; mis côte à côte, ils montrent un monde où chacun redessine ses lignes, au-dehors comme au-dedans.
Ce que le mois prend à chacun tient en quelques lignes. À Guatemala City, un père tué sous les yeux de son fils. À Karak, des funérailles qui tournent au massacre. Au Koweït, un nom effacé d'un registre. À Longyearbyen, l'eau du robinet qu'on ne boit plus.
En octobre, on a franchi des frontières qu'on croyait fixées pour longtemps.
Dans le même mouvement, on a fermé des portes qu'on croyait acquises.
Reste à savoir lesquelles, de ces lignes nouvelles, tiendront encore quand les portes se rouvriront.
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