Gaza, ce que la guerre a coûté
Il n’existe pas un coût de cette guerre, mais cinq familles de mesures qui ne se recouvrent pas, ne sont pas arrêtées aux mêmes dates et ne viennent pas des mêmes sources. Cette planche ne cherche donc pas le chiffre. Elle montre, famille par famille, ce que chaque mesure compte, qui la produit, à quelle date elle s’arrête, et quelles sont ses limites. Elle ne cherche pas à départager politiquement les sources, mais à comparer leurs méthodes et leurs périmètres.
Donner un chiffre unique du coût de cette guerre ne serait pas une simplification. Ce serait une erreur de méthode.
Cinq familles, cinq périmètres
relevé du 3 octobre 2026
Ce qui est compté : les décès et blessures enregistrés par les hôpitaux ou par déclaration familiale, depuis le 7 octobre 2023.
Limites et incertitudesle décompte ne distingue pas combattants et civils : il mesure les morts enregistrés et ne permet pas, à lui seul, d’établir cette part. Cette question est traitée plus bas. Les blessés n’ayant pu atteindre une structure de soins ne figurent pas, et aucune source ne dénombre les handicaps permanents.
et Banque mondiale, avril 2026
Ce qui est compté : le déplacement en cours à la date de l’évaluation, non le nombre de personnes déplacées au moins une fois.
Limites et incertitudesc’est un instantané : les mêmes personnes ont été déplacées plusieurs fois. Neuf sur dix l’ont été au moins une fois selon le bureau de coordination humanitaire, et plus de 60 % de la population a perdu son logement.
et évaluation conjointe, avril 2026
Ce qui est compté : des structures identifiables par satellite d’un côté, des unités d’habitation recoupées administrativement de l’autre. Deux objets différents.
Limites et incertitudesUNOSAT dénombre 328,627 logements touchés au 16 juin 2026, l’évaluation conjointe 371,888 en avril. Les deux ne sont pas comparables : dates et méthodes distinctes. Une structure détruite peut par ailleurs avoir été vide ou abriter plusieurs familles : le bâti ne renseigne pas sur les personnes.
et Banque mondiale, avril 2026
Ce qui est compté : des établissements, non des capacités de soin ou des places scolaires.
Limites et incertitudes« non fonctionnel » et « partiellement fonctionnel » ne se définissent pas de la même manière selon les sources, et aucun décompte ne mesure la capacité de soin réellement disponible.
et Banque mondiale, avril 2026
Ce qui est compté : des besoins estimés, non des dommages constatés. Ce sont deux grandeurs distinctes.
Limites et incertitudesune estimation de besoins repose sur des hypothèses de reconstruction qui ne sont jamais toutes explicitées : elle projette un coût, elle ne mesure pas une destruction.
Chaque valeur porte sa source, sa date d’arrêt et son périmètre à l’endroit où elle est lue. Les cinq familles vont du plus humain au plus matériel ; elles ne sont pas comparables entre elles, et leurs traitements graphiques diffèrent pour le rappeler. État constaté le 4 octobre 2026.
Les 201,290 structures recensées comme endommagées, réparties selon le degré de dommage. C’est une mesure issue de l’imagerie satellitaire, indépendante des déclarations administratives locales.
UNOSAT, évaluation complète au 16 juin 2026. Les 201,290 structures représentent environ 82 % de l’ensemble du bâti de la bande. Le nombre de structures détruites est supérieur de 9 % à celui de l’évaluation d’octobre 2025 : la destruction s’est poursuivie après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu.
Deux chiffres qui ne mesurent pas la même chose
Morts recensés nominativement par le ministère de la Santé de Gaza, sur trois ans de guerre. Les hôpitaux enregistrent, les familles déclarent.
Depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, le 10 octobre 2025, ce décompte a augmenté de 1,445 morts.
Morts estimés par une enquête de terrain représentative publiée dans The Lancet Global Health en février 2026, sur les quinze premiers mois seulement : environ 75,000 morts violentes, 8,450 morts non violentes et 12,200 disparus.
L’étude estime la sous-estimation des morts violentes à environ 35 % sur cette période, et à 40 % en incluant la mortalité indirecte.
Ces deux nombres ne mesurent pas la même chose et ne peuvent donc pas être comparés directement. C’est le point le plus important de cette planche. Le second couvre quinze mois et dépasse le premier, qui en couvre trente-six, parce qu’une estimation cherche aussi les décès que personne n’a pu enregistrer. L’un enregistre, l’autre estime. Les additionner, les opposer ou les présenter comme deux versions d’un même fait serait faux dans les trois cas.
Les raisons de l’écart sont documentées et tiennent à l’enregistrement, non à l’intention : des corps sous les décombres, des familles entières tuées sans personne pour déclarer les décès, un état civil qui a cessé de fonctionner par endroits. C’est pourquoi les épidémiologistes traitent les décomptes administratifs de guerre comme des planchers, et non comme des totaux.
Hors série · sur le même sujet Gaza 2026 : mais que disent vraiment les faits ? Cette planche ne dit pas ce que ces chiffres signifient, ni qui porte quelle responsabilité. C’est l’objet de cette page, qui n’appartient pas au parcours et répond à une autre question.Ce que compte le décompte du ministère
Le décompte du ministère de la Santé de Gaza est nominatif : il recense des personnes identifiées, par les hôpitaux et par déclaration familiale. Il ne distingue pas les combattants des civils, et il n’a jamais prétendu le faire.
Le décompte mesure les morts enregistrés. Il ne permet pas, à lui seul, d’établir la part des civils et des combattants.
Cette absence de distinction est une limite du décompte ; elle ne suffit pas, en elle-même, à démontrer une manipulation.
Le 29 janvier 2026, après deux ans de contestation, un officier israélien de haut rang a donné à la presse un ordre de grandeur de 71,000 morts, identique à celui du ministère ; l’armée a ensuite précisé que ces éléments ne constituaient pas des données officielles, et qu’elle cherchait encore à établir la répartition. Des données de renseignement divulguées indiquent au moins 83 % de civils. Trois niveaux de preuve, aucun arbitre.
Exclusivité SAPERE. Morts et blessés : ministère de la Santé de Gaza, relevé du 3 octobre 2026. Estimation de terrain : The Lancet Global Health, février 2026. Bâti et terres : UNOSAT, évaluations du 16 et du 24 juin 2026.
Logements, santé, école, économie, déplacement : évaluation conjointe des besoins de la bande de Gaza, Union européenne, Nations unies et Banque mondiale, avril 2026. État constaté le 4 octobre 2026.
Le Moyen-Orient en infographies Voir l’ensemble de la série→ Le parcours complet en six actes : où l’on est et qui veut quoi, d’où viennent les organisations armées, les terrains où tout se joue, le monde autour, ce qui fait finir une guerre, et le bilan.Similaire
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