Pourquoi l’armée israélienne est entrée au Liban en 1982 ?
En juin 1982, l’armée israélienne franchit la frontière libanaise et pousse jusqu’à Beyrouth. Peu de gens savent dire pourquoi. C’est pourtant la meilleure démonstration d’un mécanisme central : une guerre peut fabriquer les conditions de la suivante. Celle-ci a expulsé l’Organisation de libération de la Palestine de Beyrouth et profondément transformé le terrain politique libanais. Dans les années qui suivent, cette transformation et la prolongation de l’occupation israélienne favorisent l’essor du Hezbollah.
Le conflit israélo-palestinien se déplace au Liban et s’imbrique dans une guerre civile déjà libanaise
Éloigner de quarante kilomètres les tirs qui visent la Galilée depuis le sud du Liban.
- affaiblir durablement l’Organisation comme force militaire et politique,
- l’expulser de Beyrouth et du Liban,
- favoriser à Beyrouth un pouvoir susceptible de conclure un accord avec Israël.
La carte : les 40 kilomètres annoncés, et Beyrouth
Fond de carte : Natural Earth. La ligne des 40 km est un repère schématique mesuré depuis la frontière ; zone et tracés indicatifs. L’offensive comptait d’autres axes, notamment face à l’armée syrienne dans la Bekaa.
Deux bilans souvent cités, sur des périodes différentes
Sources : pour Israël, bilans officiels de l’armée israélienne pour la période 1982-1985. Pour le Liban, l’enquête du quotidien beyrouthin An-Nahar dans les registres de police et d’hôpitaux, reprise dans « The 1982 Israeli invasion of Lebanon : the casualties » (Race & Class, vol. 24, n° 4, 1983), et les chiffres de la police libanaise, discutés dans « The War of Numbers » (MERIP Reports, septembre 1982). Les deux colonnes ne couvrent pas la même période et ne doivent pas être lues comme un rapport.
Ce que 1982 a obtenu, et ce qui s’est retourné
Dans une partie des milieux chiites du Sud, l’hostilité à la présence armée palestinienne avait été forte. Après 1982, la prolongation de la présence israélienne nourrit à son tour une résistance croissante.
Ce basculement s’articule à d’autres facteurs : la révolution iranienne, la recomposition du mouvement chiite libanais, les réseaux religieux et l’appui actif de Téhéran. Des instructeurs iraniens arrivent dans la Bekaa la même année. Le Hezbollah rendra son manifeste public en 1985 : la « Lettre ouverte » aux déshérités du Liban et du monde, lue à Beyrouth le 16 février 1985.
Le déclencheur invoqué
Abou Nidal
Sabri al-Banna, chef de la dissidence
- Son groupe, le Fatah-Conseil révolutionnaire, est une dissidence du Fatah, principale composante de l’Organisation, devenue son ennemie jurée.
- Il a assassiné plusieurs de ses cadres.
- Le 3 juin 1982, ses hommes blessent grièvement l’ambassadeur d’Israël à Londres, Shlomo Argov.
- Trois jours plus tard, l’offensive est lancée.
C’est donc un rival de l’Organisation qui a fourni le déclencheur invoqué pour l’offensive lancée contre elle.
L’échec du projet
Yasser Arafat
chef de l’Organisation visée
- Contraint d’évacuer Beyrouth sous supervision internationale, il n’est pas éliminé : l’Organisation survit, et son centre politique se réinstalle à Tunis.
- Le président libanais élu Bachir Gemayel est assassiné avant d’entrer en fonction.
- Des miliciens phalangistes des Forces libanaises, alliées d’Israël, massacrent des civils palestiniens et libanais à Sabra et Chatila, tandis que l’armée israélienne tient l’encerclement extérieur des camps.
- La commission Kahan conclura à une responsabilité indirecte d’Israël, et à une responsabilité personnelle du ministre de la Défense Ariel Sharon pour n’avoir pas tenu compte du risque de massacre. Il quittera ce poste, tout en restant au gouvernement.
Le projet d’un pouvoir allié à Beyrouth échoue.
Retenez la mécanique : un succès opérationnel majeur en 1982, l’évacuation de l’Organisation hors de Beyrouth, mais des résultats politiques largement manqués, puis l’essor d’un nouvel adversaire dont l’invasion et l’occupation ont contribué à créer les conditions, avec un soutien iranien déterminant.
Exclusivité SAPERE. Références : rapport de la commission Kahan (1983) · Race & Class, vol. 24, n° 4 (1983) et MERIP Reports (septembre 1982) pour les bilans humains · J.-C. Lescure, « Le conflit israélo-palestinien en 100 questions » (Tallandier, 2018) · OpenEdition (Lettre ouverte du Hezbollah, 1985) · base de veille SAPERE.
Le Moyen-Orient en infographies Voir l’ensemble de la série→ Le parcours complet en six actes : où l’on est et qui veut quoi, d’où viennent les organisations armées, les terrains où tout se joue, le monde autour, ce qui fait finir une guerre, et le bilan.Similaire
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