LE MOYEN-ORIENT
EN INFOGRAPHIES

Moyen-Orient : qui a nommé cette région ?

Le Moyen-Orient : on emploie cette expression partout sans presque jamais la définir. Après avoir situé la guerre et ses acteurs, cette série revient sur le nom même de la région. Il n’est pas neutre : il naît d’un débat stratégique anglo-américain lié à la défense des routes de l’Inde britannique et du golfe Persique, et il dit d’abord une distance à l’Europe.


« Moyen-Orient » n’est pas une région naturelle, mais une catégorie stratégique devenue administrative

I.Qui a inventé le mot, et pourquoi

Le terme naît dans les milieux stratégiques préoccupés par la défense des Indes britanniques face à la Russie. L’officier britannique Thomas Edward Gordon l’emploie en 1900. Le stratège naval américain Alfred Thayer Mahan le popularise en 1902. Valentine Chirol, journaliste du Times, le diffuse à partir de la fin de 1902, puis dans un ouvrage publié en 1903. Il désigne alors un espace stratégique centré sur le golfe Persique et les voies d’accès à l’Inde.

Après 1918, les administrations britanniques déplacent progressivement ce périmètre vers l’ouest : l’Égypte, la Palestine et la Mésopotamie entrent au cœur du « Moyen-Orient » impérial. En 1921, Winston Churchill, secrétaire d’État aux Colonies, fait créer au Colonial Office un Middle East Department chargé d’administrer les mandats : la catégorie stratégique devient un service de l’État.

II.Une boussole posée à Londres et à Paris

Proche, Moyen, Extrême : trois degrés d’éloignement, mesurés depuis l’Europe. Aucun de ces trois noms ne dit ce qu’est la région : ils disent où elle se trouve par rapport à celui qui parle.

L’usage français disait Proche-Orient. Londres crée un commandement du Moyen-Orient au Caire dès 1939, et le terme s’impose ensuite avec la puissance américaine. Ce nom n’invente pas les sociétés ni leurs liens : il choisit le point depuis lequel on les regroupe.

Carte 1Un Orient gradué depuis l’Europe

Proche, Moyen, Extrême : trois distances mesurées depuis Londres. En 1902, le « Moyen-Orient » désigne un espace centré sur le golfe Persique et les voies d’accès à l’Inde ; en 1920, il glisse vers l’ouest.

Londres PROCHE MOYEN EXTRÊME le golfe Persique et les voies d'accès à l'Inde, 1902 les Indes Russie 1920 : le mot glisse vers l'ouest Océan Indien Méditerranée
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L’Europe qui nomme (Londres, Paris)
« Moyen-Orient » au sens de 1902 : la Perse, l’Afghanistan et les rivages du Golfe
Ce que le mémorandum de 1920 y ajoute : Égypte, Palestine, Mésopotamie, Arabie
« Proche-Orient » : les espaces ottomans les plus proches de l’Europe
Les Indes britanniques, à défendre
L’Empire russe, la menace perçue
« Extrême-Orient »

Schématisation des usages stratégiques européens du début du XXe siècle : ces périmètres n’ont jamais eu de frontières universellement admises. Tracés aux frontières actuelles. Fond de carte : Natural Earth.

III.Les noms venus de l’intérieur

Dans les usages arabes, d’autres repères organisent l’espace : le Machrek, là où le soleil se lève, et le Maghreb, là où il se couche. La boussole n’est plus celle des chancelleries européennes : elle suit la course du soleil.

Mais l’arabe, le turc, le persan et l’hébreu emploient aussi la traduction littérale de Middle East. Le mot des autres est devenu celui de tout le monde.

IV.Un périmètre qui n’a jamais été fixe

Au sens courant, il va de l’Égypte à l’Iran. La catégorie MENA lui ajoute l’Afrique du Nord. Le « Grand Moyen-Orient », popularisé au début des années 2000, l’a étendu à l’Afghanistan et au Pakistan. Depuis juillet 2025, la Banque mondiale reprend cette extension dans sa catégorie MENAAP, qui associe explicitement Moyen-Orient, Afrique du Nord, Afghanistan et Pakistan.

Les catégories statistiques de l’ONU ne connaissent pas davantage un « Moyen-Orient » unifié : elles répartissent cet espace entre Asie occidentale, Afrique du Nord et Asie méridionale. L’Égypte y devient africaine, l’Iran sud-asiatique.

Nations uniesEt l’ONU, comment l’appelle-t-elle ?
Ses statisticiensAsie occidentale18 pays

Dans la nomenclature statistique M49, du Caucase au Yémen, Chypre comprise. L’Iran est rangé en Asie du Sud, l’Égypte en Afrique du Nord.

Sa commission de BeyrouthCESAO21 États membres

Le même nom, une autre carte : neuf de ses vingt et un membres sont africains, de la Mauritanie à la Somalie ; Israël, la Turquie et l’Iran n’en font pas partie.

Son Conseil de sécuritéMoyen-Orient

L’ordre du jour porte toujours sur « la situation au Moyen-Orient, y compris la question palestinienne ».

Trois usages, trois périmètres : même l’institution qui classe le monde n’a pas fixé les limites de cette région.

Carte 2La boussole du soleil : Machrek et Maghreb

Deux grands repères du monde arabe, vus depuis lui-même : le couchant à l’ouest, le levant à l’est. Leurs limites demeurent variables ; l’Iran, la Turquie et Israël restent hors de ces deux repères.

la course du soleil le levant le couchant MAGHREB MACHREK Turquie Iran Israël Mauritanie Méditerranée
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Maghreb, « là où le soleil se couche »
Machrek, « là où le soleil se lève »
Hors du monde arabe : Iran, Turquie, Israël

Emprises indicatives ; le Grand Maghreb inclut la Mauritanie. Fond de carte : Natural Earth.

Trois périmètres du Moyen-Orient, pour un même espace


Carte 3Trois périmètres qui se recouvrent sans coïncider

Le même espace, trois découpages qui se recouvrent sans coïncider : plus la teinte est foncée, plus le pays appartient de périmètres. Le Moyen-Orient anglo-saxon englobe le Proche-Orient et lui ajoute le Golfe et l’Iran ; la MENA y ajoute le Maghreb. Trois conventions fréquentes, sans définition universelle.

Maroc Algérie Tunisie Libye MAGHREB Égypte Irak Arabie Iran Turquie Levant Yémen Oman Djibouti Érythrée Méditerranée Golfe Mer Rouge Océan Indien
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Proche-Orient, usage français classique
Moyen-Orient, usage anglo-saxon dominant
MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord), institutions internationales
La Turquie : incluse dans beaucoup de définitions du Proche et du Moyen-Orient, mais exclue de plusieurs classifications institutionnelles, et retenue par ce dossier
Voisinage : Djibouti, Érythrée

Le Yémen et Oman relèvent du Moyen-Orient et de la MENA, mais pas du Proche-Orient : ils restent donc en teinte moyenne, comme le Golfe. « MENA » n’a pas de définition institutionnelle unique : l’ONU (nomenclature M49) ne connaît aucune région de ce nom, et depuis juillet 2025 la Banque mondiale emploie la catégorie MENAAP, qui ajoute l’Afghanistan et le Pakistan et inclut Djibouti. Frontières actuelles, Palestine représentée. Fond de carte : Natural Earth.

Ce que ce dossier appelle Moyen-Orient

La Turquie, l’Iran, l’Irak, la Syrie, le Liban, Israël et les territoires palestiniens, la Jordanie, l’Égypte et les États de la péninsule Arabique, dont le Yémen. Ni le Maghreb, ni l’Afghanistan, ni le Pakistan.

Nommer une région, c’est déjà dire d’où on la regarde.

Ce dossier emploie « Moyen-Orient » faute de mieux, et parce que vous le rencontrerez partout. Pas parce qu’il est juste.

Pourquoi l’équivalence est impossibleMachrek et Maghreb ne sont pas les traductions de Proche et Moyen-Orient. Ce sont des repères issus des usages arabes, organisés autour du levant et du couchant, aux contours eux aussi variables, et ils excluent l’Iran, la Turquie et Israël. Les deux vocabulaires se recoupent sans se superposer.
Des mots locaux, mais discutésLes versions locales de Middle East existent, mais l’appartenance reste politiquement discutée : l’Iran comme la Turquie mobilisent plusieurs identités régionales selon les contextes, et les institutions internationales les classent différemment.
Les références de cette planche Ouvrages
Hamit Bozarslan, Sociologie politique du Moyen-Orient, La Découverte, 2011
Clayton R. Koppes, Captain Mahan, General Gordon, and the Origins of the Term « Middle East », Middle Eastern Studies, 1976
Roderic H. Davison, Where Is the Middle East ?, Foreign Affairs, 1960
Henry Laurens, La Question de Palestine, t. 2 : Une mission sacrée de civilisation, Fayard
Jean-Claude Lescure, Le conflit israélo-palestinien en 100 questions, Tallandier, 2018
Sources institutionnelles et cartographiques
Banque mondiale, catégorie MENAAP, depuis juillet 2025
Nations unies, nomenclature statistique M49
Nations unies, Commission économique et sociale pour l’Asie occidentale (CESAO), liste des États membres, consultée le 30 octobre 2026
Parlement britannique, débats des Communes sur les Middle Eastern Services, 14 juin 1921
Natural Earth, fond cartographique des trois cartes

Exclusivité SAPERE. Les périmètres cartographiés sont des conventions d’usage : aucun n’a de définition universellement admise.

Le Moyen-Orient en infographies Voir l’ensemble de la série→ Le parcours complet en six actes : la carte des positions, ce qui rend la guerre possible, la fabrique des frontières, la Palestine, le Liban, l’Iran, et ce qui pourrait dénouer le conflit.
© SAPERE · 2026Acte premier

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