Arrêté au 31 octobre 2026
Le pétrole passe. La guerre a changé de cible.
Le numéro précédent montrait un détroit rouvert par la seule force des escortes. Octobre confirme le résultat et en déplace le prix. Jamais l'Iran n'avait attaqué autant de navires en un mois ; jamais depuis février le Golfe n'avait exporté autant de pétrole. Le brut passe. Les coups tombent ailleurs : sur les porte-conteneurs, les aéroports saoudiens, les installations d'Aramco.
Washington paie le prix de bases devenues trop coûteuses à défendre, Riyad cherche des alliés hors de l'orbite américaine, Israël vote sans majorité. Reste une question que ce numéro ne tranche pas d'avance : l'Iran adapte-t-il sa stratégie, ou sa coercition s'use-t-elle ?
Les quatre équilibres qui structuraient l'avant-guerre
| Équilibre | Rompu depuis | Au 30 septembre | Au 31 octobre |
|---|---|---|---|
| Le passage d'Ormuz Liberté de transit reconnue par le droit international maritime | 28 février 2026 | Rompu, contourné par la force : convois escortés, sans autorisation iranienne | Rompu, contourné pour le pétrole seulement. Les porte-conteneurs sont visés, les mines reviennent, et Téhéran inscrit sa tutelle dans un projet de loi |
| Le prix du risque maritime Prime de guerre cyclique | Mars 2026 | Rompu, stable à haut niveau : le baril franchit cent dollars à la moindre frappe | Rompu, en aggravation. La crise pétrolière devient une crise du fret |
| La vérification nucléaire Inspections continues depuis 2003 | Juin 2025 | Rompu, en aggravation : dossier renvoyé au Conseil de sécurité | Rompu, en aggravation. Des voix du pouvoir iranien annoncent une fatwa « différente » et réclament la sortie du TNP |
| La garantie de sécurité américaine Bien public offert sans condition | Mars 2026 | Rompu, sans évolution : déploiements prolongés jusqu'en 2027 | Rompu, et dédoublé. Renforcée en mer, elle se rétracte à terre : bases visées, retrait d'Irak achevé, personnel rappelé d'Arabie saoudite |
Aucun n'a été rétabli. Le quatrième change de forme : jamais la puissance américaine n'a été aussi présente sur l'eau, ni aussi exposée à terre. Et un cinquième équilibre, qui paraissait acquis, cède en octobre : l'inviolabilité des grandes villes saoudiennes.
Les cinq faits qui ont compté
Octobre a battu le record des attaques dans le détroit. Le pétrole est passé quand même.
Octobre est le pire mois de la guerre en mer. Au 23, on compte 28 attaques contre la navigation commerciale dans le détroit et ses abords, et 113 depuis le 28 février. Ce sont des planchers : certaines attaques échappent aux décomptes.
Les coups portent, et d'abord sur ce que personne n'escorte. Au moins quinze porte-conteneurs sont attaqués en dix jours ; un vraquier et un porte-conteneurs sont coulés, les deuxième et troisième navires perdus depuis février. Le 17, les Gardiens de la révolution annoncent eux-mêmes que deux pétroliers ont pris feu sur des mines. Le 28, l'armée américaine conseille aux navires d'éviter les transits « non nécessaires ».
Le pétrole, lui, sort, par trois routes : les convois escortés le long de la côte omanaise, les « navettes » de petits pétroliers qui transbordent au large, et les oléoducs saoudien et émirien qui évitent le détroit.
Brut et condensats des producteurs du Golfe hors Iran, routes de contournement comprises, selon Kpler.
Même périmètre, même source. Le niveau d'avant-guerre est dépassé pour la première fois.
Part du brut non iranien du Golfe qui évite désormais le détroit, contre 17 % avant la guerre.
Une troisième carte s'ajoute : le droit. Le 2 octobre, une commission du Parlement iranien adopte un texte qui place le détroit sous gestion iranienne permanente : redevances, permis de transit, interdiction des navires israéliens ou « hostiles ». Le 7, Téhéran et Mascate s'accordent sur des couloirs « sûrs » à notifier à l'OMI. Une compagnie, non nommée, aurait même payé 1,7 million d'euros en bitcoins pour passer.
Deux lectures s'affrontent. Dès la fin septembre, Matt Smith, de Kpler, et Shane Croucher, de Newsweek, jugeaient que l'Iran perdait son emprise sur le détroit ; le record d'octobre, avec un pétrole qui passe quand même, va dans leur sens : la coercition iranienne s'use. Andreas Krieg, du King's College de Londres, voit plutôt un levier qui migre : l'Iran ne perd pas Ormuz comme monnaie d'échange, il perd la capacité d'en dicter les termes économiques.
Octobre donne en partie raison aux deux. Le levier maritime s'érode ; la capacité d'imposer un coût demeure. Un corridor garanti par la force ne garantit que ce que la force escorte. Le projet de loi montre, lui, que Téhéran écrit ce qu'il n'impose pas sur l'eau, en vue de la négociation. Un prélèvement régulier sur le transit dirait si Téhéran impose ses conditions en mer ; ce n'est pas le cas : le péage a été voté, institué et perçu au cas par cas, mais aucun barème n'a été publié ni aucun montant vérifié de façon indépendante. Mais l'Iran peut échouer en mer et réussir ailleurs : c'est l'objet du bilan qui clôt ce numéro.
Le 10 octobre, la guerre a frappé l'aéroport de Riyad. Les grandes villes saoudiennes ne sont plus à l'abri.
Le samedi 10 octobre, des missiles houthis frappent les terminaux intérieurs de l'aéroport King Khalid de Riyad : au moins douze morts et 309 blessés, l'attaque la plus meurtrière sur le sol saoudien depuis un attentat de l'État islamique en 2015. Parmi les victimes, une hôtesse égyptienne de 28 ans et une veuve syrienne d'Idlib qui rentrait de chez sa sœur.
Ce n'est pas un coup isolé. Visé une vingtaine de fois, l'aéroport ferme deux semaines, puis les frappes remontent la chaîne du pétrole, du siège d'Aramco aux terminaux d'exportation. Le brut saoudien continue pourtant de sortir. Ce qui vacille, c'est la promesse d'un sol à l'abri, celle qui attire touristes, investisseurs et grands sommets. Même le ciel des villes saintes n'y échappe plus, si l'on en croit Riyad, qui dit y avoir intercepté des engins ; les Houthis démentent.
Schéma de situation, non à l'échelle. La façade du Golfe et la façade de la mer Rouge sont touchées en même temps : il n'y a plus d'arrière.
Les limites du royaume apparaissent. Les deux tiers de ses missiles de défense aérienne avaient été consommés face à l'Iran avant même l'offensive houthie. Le « Davos du désert » et le sommet entre l'Union européenne et le Golfe sont reportés ; le 22, Washington rappelle son personnel non essentiel.
La guerre houthie a aussi ses propres ressorts. La trêve avec Riyad est rompue depuis juillet ; l'offensive des forces gouvernementales yéménites, lancée le 4 octobre, a précédé les frappes sur Riyad ; et les Houthis, maîtres depuis le 11 septembre de toute la côte yéménite de la mer Rouge jusqu'à la reprise de Mokha, revendiquée par le gouvernement les 5 et 6 octobre et démentie par eux, présentent leur campagne comme une défense nationale. Ils fabriquent avec des pièces chinoises leur propre version du missile iranien Kheibar Shekan, et des officiers des Gardiens guideraient leurs frappes ; Téhéran dément et propose sa médiation.
Deux logiques se superposent. Le contournement : plus le pétrole évite Ormuz, plus il traverse l'Arabie saoudite, et Ras Tanura, Abqaiq ou Yanbu deviennent des cibles. Le Yémen : une guerre que les Houthis mènent pour leur compte, avec un calendrier qui précède les frappes de Riyad. Le contournement rend la façade saoudienne stratégique ; les Houthis y mènent aussi leur propre guerre.
Une milice qui fabrique ses missiles et choisit son calendrier sert l'Iran sans forcément lui obéir. D'où l'hypothèse forte de ce numéro : la guerre que l'Iran alimente serait de moins en moins celle qu'il pilote. Elle reste à démontrer. Autonomie de fabrication et intérêts propres peuvent coexister avec une coordination étroite ; seule une frappe houthie contraire à un intérêt iranien la trancherait. Et la faiblesse saoudienne ne tient pas à son budget de défense, mais à son stock d'intercepteurs.
Une défense régionale s'organise sans Washington. Elle a l'autonomie politique, pas encore l'autonomie militaire.
Le pacte de La Mecque, signé le 7 août par l'Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan, passe son premier test. Dès le 5 octobre, réunis en urgence à Riyad, ses membres décident d'accélérer le déploiement de leurs forces, avant même la fin des ratifications. Le texte, rendu public fin octobre, n'a rien d'offensif : armement commun, renseignement partagé, forces capables d'opérer ensemble.
Autour du pacte, d'autres se rangent, et tous s'arrêtent à la même frontière, celle du Yémen. L'Égypte promet de « défendre le territoire saoudien », pas d'attaquer. Ankara envisage un soutien défensif et écarte tout rôle offensif ; Islamabad précise le 9 octobre que ses forces ne franchiront pas la frontière yéménite.
Londres envoie des Typhoon pour intercepter missiles et drones, sans frappe au Yémen ; Paris promet un SAMP/T pour Yanbu ; Washington, qui a renoncé à appuyer directement l'offensive contre les Houthis, s'en tient à deux batteries Patriot. Seuls les Émirats iraient plus loin, en finançant à nouveau des forces anti-houthies sur le terrain, ce qu'aucun des deux gouvernements n'a confirmé.
Le 26 octobre, le canal s'ouvre. Le ministre saoudien de la Défense, le maréchal pakistanais Asim Munir et le chef du renseignement turc sont reçus à Téhéran. Selon la presse israélienne, Riyad aurait offert un milliard de dollars aux Houthis par l'intermédiaire de l'Iran ; rien ne le confirme.
Trois jours plus tôt, le 23 octobre à Istanbul, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, retrouvait ses homologues allemand, britannique et italien, ainsi que ceux de la Turquie, du Pakistan, de l'Égypte et de l'Arabie saoudite : une réunion inédite sur les crises régionales, le programme nucléaire et balistique iranien en tête. Benyamin Netanyahou a par ailleurs demandé à Riyad, par l'intermédiaire de Washington, l'autorisation de joindre l'armée israélienne à la campagne saoudienne contre les Houthis ; Mohammed ben Salmane a refusé.
L'autonomie politique est affirmée, pas l'autonomie militaire : la décision se prend sans Washington, mais la défense saoudienne reste équipée et en partie renseignée par les Occidentaux. L'Observer Research Foundation relève d'ailleurs qu'un pacte signé à La Mecque a peu produit pendant que des débris tombaient sur les villes saintes.
C'est une alliance entre pays qui n'ont pas les mêmes ennemis : le Pakistan est le voisin de l'Iran. Mais elle nourrit l'hypothèse inverse d'un Iran qui s'adapte : selon Responsible Statecraft, la pression houthie pourrait pousser les voisins de l'Iran à s'aligner contre lui. Quant à l'Europe, que le N°9 disait absente, Istanbul oblige à corriger.
Washington renforce sa flotte, paie le prix de ses bases, négocie par lettre et desserre l'étau sur Moscou.
Le 8 octobre, Donald Trump promet de ne pas frapper l'Iran avant les élections de mi-mandat du 3 novembre. Le dispositif grossit pourtant : un troisième groupe aéronaval et environ 10,000 Marines sont attendus d'ici fin novembre. Les forces sont prêtes, et le président pencherait pour une attaque d'envergure après le scrutin.
À terre, le mouvement est inverse. Selon le décompte du Pentagone, 23 militaires américains sont morts depuis février, dont 11 sous le feu ennemi, et 865 ont été blessés, dont plus de la moitié depuis le 7 juillet, date à laquelle Washington a annoncé au Congrès la reprise de ses opérations contre l'Iran après le cessez-le-feu d'avril. Ses frappes ont cessé le 1er septembre ; le blocus naval, lui, continue.
Washington dispose d'au moins dix-neuf sites militaires dans la région, dont huit bases permanentes réparties entre Bahreïn, l'Égypte, l'Irak, la Jordanie, le Koweït, le Qatar, l'Arabie saoudite et les Émirats ; environ 40,000 militaires y stationnaient avant la guerre, renforcés depuis par près de 7,000 autres. Visées à répétition, ces bases deviennent une charge, et Washington envisage un retrait partiel. Des bombardiers B-1 quittent la base britannique de Fairford sur une menace de drones, et les derniers soldats de la coalition ont quitté l'Irak le 30 septembre.
Le 12 octobre, Donald Trump admet que les États-Unis sont peut-être « allés trop loin » en tuant les dirigeants iraniens : « nous ne savons plus du tout à qui nous avons affaire ». Fin octobre, JD Vance écrit à Mohsen Rezaei, ancien commandant des Gardiens nommé le 9 août secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale. Téhéran maintient ses préalables : levée du blocus, dégel de ses avoirs, reconnaissance de son autorité sur Ormuz. Le 25, le Qatar lui remet un projet de paix, jugé « inacceptable » le 28, révisé le 30.
Deux mécanismes distincts sont à l'œuvre à Washington. La vulnérabilité de ses bases transforme ses choix militaires ; la crise énergétique, elle, transforme ses arbitrages internationaux, et c'est elle qui mène jusqu'à Moscou.
La guerre d'Iran déborde jusqu'à l'Ukraine. Le diesel a bondi d'environ 70 % depuis février, et les élections approchent. Le 9 octobre, Donald Trump annonce un accord avec Vladimir Poutine : 4,8 millions de tonnes de diesel russe pourront être vendues aux États-Unis et sur le marché mondial, et les sanctions qui l'interdisaient depuis l'invasion de l'Ukraine sont suspendues jusqu'en avril 2027. En échange, Trump annonce une « trêve énergétique » entre Moscou et Kiev, dont Volodymyr Zelensky dit n'avoir pas été informé.
Une semaine plus tard, il suspend aussi, au nom de l'intérêt national, les sanctions et droits de douane que la loi Graham, signée en septembre, devait appliquer à la Russie et à ses acheteurs de pétrole. Le gain est mince : les livraisons prévues d'ici décembre couvriraient à peine trois jours de consommation américaine. Le geste, lui, pèse lourd. Trump impute désormais une part de la flambée aux frappes ukrainiennes sur les raffineries russes et, le 19, au lendemain d'une nuit de 269 drones sur l'Ukraine, juge que la Russie « s'est bien comportée ». Des sénateurs républicains tiennent l'accord pour illégal ; Giorgia Meloni le dit « très risqué ».
Les deux horloges du N°9 tournent toujours : l'une vise la chute du régime, l'autre un scrutin. Mais être vulnérable n'est pas être impuissant : le renfort naval expose davantage et dissuade davantage. L'Observer Research Foundation juge des frappes après le 3 novembre plus probables qu'un accord ; selon Raz Zimmt, de l'Institut d'études de sécurité nationale de Tel-Aviv, Téhéran s'y attend lui-même.
Ce qui change, c'est la géographie de la puissance américaine : dominante en mer, elle recule à terre, où chaque base devient un otage. Et négocier par lettre avec un homme dont on ignore s'il engage son pays, c'est l'aveu de cette guerre : à force d'éliminer les interlocuteurs, on a perdu l'adresse. Enfin, le diesel russe montre comment cette guerre déborde du Moyen-Orient. Ormuz n'explique pas tout : l'échéance électorale, la flambée du diesel à la pompe et le rapprochement déjà engagé avec Moscou pèsent aussi. Mais la crise née du détroit a fourni la raison, et le moment, de desserrer l'étau. Ormuz se paie aussi à Kiev.
Le 27 octobre, Israël a voté. Le Likoud arrive en tête, personne n'obtient de majorité.
Premières législatives depuis le 7 octobre 2023, et participation la plus forte depuis 1999. La règle est simple à énoncer, plus difficile à vivre : la Knesset compte 120 sièges et il en faut 61 pour gouverner. Le Likoud de Benyamin Netanyahou arrive en tête avec 27 sièges, devant les 21 de Yashar, le parti de centre droit de Gadi Eisenkot, ancien chef d'état-major de l'armée devenu son principal rival.
Mais en Israël, on ne gouverne qu'en coalition, et aucun camp ne passe la barre. Les alliés de Netanyahou, droite, extrême droite et partis religieux, tombent de 64 à 53 sièges. Le bloc d'opposition emmené par Eisenkot en réunit 48. Les 19 restants vont aux partis arabes, qu'aucune formation juive n'a voulu associer pendant la campagne.
C'est là qu'est la surprise. Les citoyens palestiniens d'Israël, environ un cinquième de la population, ont voté à près de 80 %, contre 53 % en 2022, galvanisés par ce qu'ils décrivent comme la politique raciste du gouvernement. Leurs élus ne forment pas un bloc : Raam a déjà gouverné, avec Naftali Bennett en 2021 ; la Liste commune, jamais. Les voilà pourtant arbitres. Netanyahou les accuse d'avoir « volé les élections » ; Eisenkot refuse de gouverner sous Netanyahou ; Yaïr Golan, chef des Démocrates, la gauche israélienne, l'appelle à s'allier aux partis arabes.
Le président Isaac Herzog doit désigner celui qui tentera de former un gouvernement ; d'ici là, Netanyahou gère les affaires courantes. La Knesset sera installée le 10 novembre ; Donald Trump dit vouloir « examiner » un gouvernement d'union. Netanyahou, hostile au mémorandum d'Islamabad signé en juin entre Washington et Téhéran, répète qu'il faut « faire tomber le régime » iranien, alors qu'Israël n'a plus frappé le territoire iranien depuis le cessez-le-feu d'avril. Après la mort de deux soldats près d'Hébron, le 23, il lance une opération en Cisjordanie : 2,000 Palestiniens chassés de chez eux selon les autorités israéliennes.
Le même jour, le Premier ministre d'Israël prépare publiquement son pays à être traité en paria. Il demande un plan d'« économie de contournement » : en cas de sanctions internationales, les banques israéliennes passeraient par les cryptomonnaies plutôt que par les circuits bancaires mondiaux. La menace n'a rien d'abstrait. Le Royaume-Uni et d'autres pays viennent de sanctionner des produits des colonies de Cisjordanie, et Londres, Paris, La Haye et Oslo tiendraient d'autres mesures en réserve pour l'après-scrutin.
Le lendemain, la banque centrale le désavoue, dans un communiqué d'une rareté qui en dit long : les cryptomonnaies « ne peuvent pas servir de voie de contournement des sanctions », et mieux vaut les prévenir que les déjouer. Une partie du patronat israélien avait déjà refusé l'idée. Ironie du calendrier : contourner les sanctions en cryptomonnaies est l'une des recettes de l'Iran pour survivre au blocus, celui-là même dont Netanyahou veut faire tomber le régime.
Le bloc Netanyahou garde un avantage relatif, mais aucune issue n'est écrite : union, gouvernement minoritaire, alliance avec un parti arabe ou nouvelles élections. D'ici là, le Premier ministre sortant gouverne. Une offensive contre l'Iran dépendrait d'abord de Washington. Le vote n'a pas décidé de la guerre. Il ne l'a pas rendue inévitable non plus.
Un gouvernement qui prépare ses banques à des sanctions ne se croit plus à l'abri de l'isolement. Que la banque centrale le désavoue dit l'état des institutions autant que celui de la diplomatie.
Le bilan d'octobre
La guerre arrive jusqu'aux approvisionnements français
La France, elle, fait ses courses sous escorte. Dans la nuit du 1er au 2 octobre, la frégate Languedoc abat au canon un drone qui menaçait un porte-conteneurs de CMA CGM à Bab el-Mandeb ; au printemps, les Rafale avaient tiré au moins 80 missiles pour défendre les Émirats.
Du 19 au 21 octobre, Emmanuel Macron fait la tournée du Golfe avec Engie et TotalEnergies. Il rapporte de Doha 2 térawattheures de gaz par mois cet hiver, environ 7 % de la consommation française d'un mois moyen, et de Riyad, au terme d'une escale imprévue de trois heures, la prolongation des livraisons supplémentaires de diesel saoudien. Dans le Golfe, la diplomatie française se mesure aussi au litre.
Qui gagne du pouvoir ? Trois mesures de la coercition iranienne
Les coûts de la guerre se redistribuent ; reste à savoir si le pouvoir suit. Un seul indicateur ne suffit pas : l'Iran peut échouer en mer et réussir à la table, ou l'inverse. Trois questions, donc, et trois réponses pour octobre.
| Dimension | La question | En octobre |
|---|---|---|
| Coercition maritime | L'Iran impose-t-il ses conditions de passage ? | Pas de façon établie. Les attaques battent un record, mais le pétrole passe sous escorte et aucun péage régulier n'est attesté. Les couloirs négociés avec Oman esquissent pourtant un contrôle sélectif des transits, et la tutelle sur Ormuz est inscrite dans un projet de loi. |
| Coercition diplomatique | Obtient-il ce qu'il n'aurait pas obtenu autrement ? | Pas encore. Aucun de ses préalables n'est satisfait. Mais Washington lui écrit et Riyad envoie une délégation à Téhéran : on lui parle davantage, sans rien lui céder. |
| Dissuasion militaire | Modifie-t-il durablement le comportement de ses adversaires ? | En partie, et pour des raisons mêlées. Israël ne frappe plus l'Iran depuis avril, Washington depuis le 1er septembre, et Donald Trump a promis le 8 octobre d'attendre ses élections. Mais la flotte américaine grossit, et ce répit doit autant au calendrier électoral qu'à la peur des représailles. |
En octobre, l'Iran pèse sur le calendrier de ses adversaires, pas encore sur leurs décisions. C'est toute la différence entre faire payer une guerre et en fixer l'issue.
Les blocs « Ce que cela révèle » sont des lectures, non des constats, et n'introduisent aucun fait absent du texte. Ce numéro corrige le N°9 sur l'absence de l'Europe et retient pour Gaza 64,9 % (Le Temps, 10 octobre), là où le N°8, sur une autre ligne de référence, donnait près de 70 %. Il est arrêté au 31 octobre 2026, dans l'attente de la réponse iranienne au projet qatari et à trois jours des élections américaines.
Le numéro précédent montrait un détroit rouvert par une marine. Celui-ci montre ce que coûte cette réouverture, et qui la paie : les porte-conteneurs, les aéroports saoudiens, les bases américaines. La multiplication des cibles permet-elle à l'Iran de rétablir sa dissuasion, ou précipite-t-elle la formation d'une coalition capable de la neutraliser ?
Fait 1 · Ormuz
- Al-Monitor, « Les attaques contre les navires à Ormuz atteignent un record en octobre », 23 octobre
- MarineLink (Reuters), 28 attaques en octobre et 113 depuis février selon le Washington Institute, 23 octobre
- Washington Institute, Noam Raydan, « Iraq's Energy Challenges Amid the Hormuz Crisis », 21 octobre
- Crisis Group, « On Our Radar », 16, 23 et 30 octobre
- gCaptain (Reuters), mines dans le détroit, 17 octobre
- gCaptain, consigne américaine d'éviter les transits, 28 octobre
- National Security Journal (Bloomberg, Kpler), 24,6 millions de barils par jour la semaine du 18 octobre, 23 octobre
- Kpler, « How Mideast Gulf crude exports returned to pre-war levels », 28 octobre
- CNN, analyse de Matt Smith (Kpler), 29 septembre
- Newsweek, Shane Croucher, avec l'avis d'Andreas Krieg, 30 septembre (repris dans l'édition internationale du 24 octobre)
- L'Opinion (Wall Street Journal), « Golfe Persique : les exportations de pétrole supérieures à leur niveau d'avant-guerre », 22 octobre ; « Le Golfe exporte son pétrole, l'Iran prépare l'escalade », 16 octobre (éditions imprimées)
- The Guardian, Patrick Wintour, porte-conteneurs attaqués, 20 octobre ; Les Echos, fret des supertankers, 13 octobre ; Le Figaro, Brent, 24 octobre, et paiements en bitcoins, 21 octobre (éditions imprimées)
- Projet de loi iranien (Tasnim, CBS News, Anadolu), 2 octobre ; accord irano-omanais sur les couloirs (IRNA), 7 octobre
Fait 2 · Arabie saoudite
- Washington Post, frappe sur l'aéroport de Riyad, 11 octobre
- Libération, entretien avec Antoine Basbous, 11 octobre
- The Maritime Executive, Ras Tanura, 27 octobre
- ThePrint (Reuters, Bloomberg), Ras Tanura, 27 octobre
- Oilprice.com, revendications houthies du 30 octobre
- Daily Sabah, démenti et offre de médiation iraniens, 17 octobre
- The Conversation, Laurent Bonnefoy, les Houthis et le récit de la défense nationale, 14 octobre
- Les Echos, Anne Bauer, 19 octobre ; Bloomberg (repris par ThePrint), incendie de Ras Tanura, 27 octobre ; Le Temps, siège d'Aramco, 15 octobre ; L'Opinion (Wall Street Journal), missile Kheibar Shekan, 15 octobre ; La Croix, 9 octobre (éditions imprimées)
Fait 3 · Pacte de La Mecque
- Defense News, Ankara écarte un rôle offensif, 8 octobre
- The Aviationist, Typhoon britanniques en mission défensive, 20 octobre
- Quai d'Orsay, réunion E3/R4 d'Istanbul, 23 octobre
- Ministère turc des Affaires étrangères, participants de la réunion, 23 octobre
- Dawn, communiqué de la réunion d'urgence du pacte, 5 octobre
- Dawn, ratification du pacte, 23 octobre
- Al-Monitor, réunion d'urgence du pacte, 3 octobre
- Al Jazeera, déploiement accéléré décidé le 5 octobre et position pakistanaise du 9 octobre, 20 octobre
- The News, pacte « défensif », dirigé contre aucun pays, 30 octobre
- Oilprice.com, engagement égyptien, 23 octobre
- Opex360, Typhoon britanniques, 20 octobre
- Observer Research Foundation, « Squeezing Riyadh », 28 octobre
- Responsible Statecraft, Mohammed Nail Abdulqader, le pacte de La Mecque face aux Houthis, 12 août
- Le Monde, Carole Dieterich, 28 octobre ; Le Temps, 26 octobre, et La Tribune, 27 octobre, désaveu de la banque centrale ; Le Figaro, Clara Galtier, contournement iranien en cryptomonnaies, 21 octobre ; Les Echos, Anne Bauer, batteries Patriot et SAMP/T, 5 octobre ; La Tribune, réunion E3-R4 d'Istanbul, 24 octobre ; AFP, huit pays réunis à Istanbul, 23 octobre ; Haaretz (via Times of Israel), 13 octobre ; Israel Hayom, 27 octobre ; The Guardian, 17 octobre
Fait 4 · Washington
- The Times of Israel, Lazar Berman, renfort américain et avis de Raz Zimmt, 27 octobre
- Defense News, coût de la guerre, 28 octobre
- The Globe and Mail, 9,000 soldats, 1er octobre
- Al Jazeera, carte des bases américaines au Moyen-Orient (Council on Foreign Relations)
- Al Jazeera, renforts américains depuis février, 2 octobre
- Critical Threats et ISW, « Iran Update », préalables iraniens, 29 octobre
- Stars and Stripes, bilan du Pentagone : 23 morts, 865 blessés, 29 octobre
- Newsweek, 11 morts sous le feu ennemi et 12 hors combat, 30 octobre
- Washington Post, retrait des bombardiers de Fairford, 5 octobre
- NDTV, 81 aéronefs perdus, 7 octobre
- NDTV (Wall Street Journal), forces prêtes, 28 octobre
- Al-Monitor (Reuters), nomination de Mohsen Rezaei, 10 août
- Al Jazeera, accord sur le diesel russe, 9 octobre
- Al Jazeera, « trêve énergétique » annoncée par Trump, 11 octobre
- Al-Monitor (Reuters), suspension des sanctions de la loi Graham, 17 octobre
- Mediapart, « Donald Trump sacrifie l'Ukraine pour un plat de lentilles », 11 octobre
- Daily Sabah (AFP, Wall Street Journal), lettre de JD Vance, 28 octobre
- Arab News, plan iranien et médiation qatarie, 28 octobre
- Le Monde, Olivier Faye, retrait partiel envisagé, 22 octobre ; Les Echos, accord sur le diesel russe, 13 octobre ; AFP, via Arab News, fin des frappes américaines au 1er septembre, 5 octobre ; Le Grand Continent, discours de Giorgia Meloni, 16 octobre ; L'Express, 29 octobre ; L'Opinion (Wall Street Journal), blocus, 8 octobre
Fait 5 · Israël
- Le Monde, Claire Gatinois et Louis Imbert, mesures européennes en réserve contre Israël, 1er octobre
- The Times of Israel, résultats définitifs et participation officielle, 30 octobre
- Jerusalem Post, résultats de la commission électorale centrale
- Al Jazeera, participation et estimation de la chaîne 12, 27 octobre
- Le Grand Continent, « Aucun gagnant clair en Israël », 28 octobre
- Al-Monitor, Trump et un gouvernement d'union, 28 octobre
- Arab News, participation arabe de 2022
- L'Opinion, Rémy Pigaglio, 26 et 29 octobre ; Le Temps, plan d'« économie de contournement », 26 octobre, et solde migratoire, 24 octobre ; Le Monde, 27 octobre (éditions imprimées)
Ce que le tout compose · la France
- Le Monde, Julien Bouissou et Jonathan Parienté, frégate Languedoc, 16 octobre ; La Croix, Laurent Larcher, dispositif militaire français, 20 octobre ; Les Echos, Clément Perruche, 19 octobre, et Hortense Goulard, 22 octobre ; Le Figaro, Georges Malbrunot, 22 octobre (éditions imprimées). Les sources des sept théâtres figurent dans l’infographie.
Ce qu'il faudra surveiller
- Les élections de mi-mandat du 3 novembre, après lesquelles Washington se dit prêt à frapper, et la réponse iranienne au projet qatari révisé.
- Le projet de loi iranien sur Ormuz, qui doit encore passer en séance puis devant le Conseil des gardiens, et la notification des couloirs irano-omanais à l'Organisation maritime internationale.
- Les stocks d'intercepteurs saoudiens et l'engagement réel des alliés du pacte de La Mecque face aux Houthis.
- La formation du gouvernement israélien, de la désignation par Isaac Herzog à une éventuelle offensive décidée par un Premier ministre en affaires courantes.
- La fin du mandat de la Finul, le 31 décembre, alors que l'armée libanaise affronte le Hezbollah sur son propre sol.
Le récit complet, sous l'onglet précédent : les cinq faits, le schéma des sites saoudiens visés, les chiffres documentés avec leur statut, la note de méthode et la liste des sources.
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