Série Iran 2026 · Épisode hors-série · Avant la guerre

L’Iran tient. Malgré Washington. Malgré Tel Aviv.

Ce que sept ans de pression n’ont pas réussi à détruire

Le 28 février 2026, les premiers missiles ont frappé Téhéran à l’aube. Pour comprendre ce qui s’est passé ce matin-là, il faut remonter sept ans en arrière. Sept années d’escalade progressive, dont les protagonistes ont tiré des conclusions radicalement opposées. Les uns ont cru avoir vaincu l’Iran. L’Iran, lui, a choisi de résister en attendant. La réalité est plus complexe que les deux.

Note de méthode. Cet épisode s’appuie sur des sources contradictoires : communications officielles américaines et israéliennes, rapports de l’AIEAAgence internationale de l’énergie atomique, organe de l’ONU chargé de la vérification des programmes nucléaires civils et militaires., analyses de l’IFRIInstitut français des relations internationales, principal centre de recherche géopolitique français., sources diplomatiques européennes, évaluations indépendantes. Il ne s’agit pas de défendre l’Iran. Il ne s’agit pas de le condamner. Il s’agit de regarder les faits sans les plier à un récit préétabli.

« L’Iran dispose des capacités techniques pour recommencer à enrichir de l’uranium d’ici à quelques mois. »

Rafael Grossi, directeur général de l’AIEA · 29 juin 2025, une semaine après les frappes américaines sur Fordo, Natanz et Ispahan

I. La rupture originelle · 8 mai 2018

Trump déchire ce qu’Obama avait construit

Le 14 juillet 2015, à Vienne, six puissances mondiales et l’Iran concluent un accord historique sur le nucléaire. Pour la première fois depuis la révolution de 1979, Washington et Téhéran signent un même texte. L’Iran accepte de bloquer son programme d’enrichissement d’uranium bien en deçà du seuil militaire, et d’ouvrir ses sites aux inspecteurs internationaux. En échange, les sanctions économiques qui étranglent le pays depuis des années sont progressivement levées. Ce n’est pas la paix. C’est une architecture de contrainte mutuelle. Pendant deux ans, elle tient.

Le 8 mai 2018, Donald Trump, en plein premier mandat, retire unilatéralement les États-Unis de l’accord. Il appelle le JCPOAPlan d’action global commun, accord multilatéral sur le programme nucléaire iranien signé en 2015 par l’Iran, les États-Unis, la Russie, la Chine, la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne. « un deal horrible, unilatéral, qui n’aurait jamais dû être signé ». Son secrétaire d’État Mike Pompeo formule aussitôt douze conditions pour tout nouvel accord : fin totale du programme d’enrichissement, retrait des forces iraniennes de Syrie et d’Irak, dissolution de l’axe régional. Des conditions formulées de telle façon qu’elles ne peuvent être acceptées sans effondrement politique intérieur du régime iranien.

Ce retrait unilatéral constitue le point de départ analytique indispensable. Un accord multilatéral impliquant la Russie, la Chine, la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne est rompu par un seul État, sans que le cadre juridique international prévoie de mécanisme contraignant. Chaque étape suivante de l’escalade iranienne s’inscrit dans cette asymétrie première.

La logique iranienne après 2018 : pression réciproque graduée

L’Iran ne rompt pas l’accord immédiatement. Il attend un an, observe si les Européens compensent le retrait américain. Ils ne le peuvent pas : les entreprises européennes, dépendantes du système financier américain, quittent l’Iran sous peine de sanctions secondaires. En 2019, Téhéran commence à s’affranchir de ses engagements, étape par étape, en annonçant publiquement chaque franchissement. En 2021, les caméras de surveillance de l’AIEA sont débranchées. En 2023, l’accès des inspecteurs est réduit au minimum. Ce n’est pas une fuite en avant incontrôlée. C’est une stratégie de pression réciproque délibérée : quand Trump revient au pouvoir en janvier 2025, l’Iran enrichit à 60 % et a accumulé 441 kg d’uranium à ce taux, contre les 300 kg totaux autorisés par le JCPOA.

L’IFRI le formule sans ambiguïté : c’est le retrait de Trump du JCPOA en 2018 qui a ouvert la voie à la guerre actuelle. Ce diagnostic n’est pas une prise de position pro-iranienne. C’est une analyse causale.

Mais il ne suffit pas. Le retrait américain explique une condition initiale. Il n’explique pas les décisions qui suivent. Car Téhéran a ensuite fait un choix calculé : transformer son programme nucléaire en instrument de pression, en franchissant délibérément seuil après seuil, en expulsant les inspecteurs, en sachant pertinemment ce que ce chiffre de 441 kg signifierait à Washington et à Tel Aviv. Ce n’est pas la réaction d’un pays acculé. C’est la stratégie d’un acteur qui mise sur l’ambiguïté nucléaire comme levier de survie.

Trump a rompu le verrou. L’Iran a choisi d’enrichir jusqu’au seuil militaire. Israël a frappé lorsque le programme iranien a été jugé suffisamment avancé pour rendre le risque inacceptable, indépendamment de l’état des négociations. Trois rationalités distinctes. Un seul résultat : la guerre. Ce type de dynamique produit fréquemment ce type d’issue.

II. La mécanique de l’échec · Mars–Mai 2025

Cinq cycles, deux mois, une impasse structurelle

Le 7 mars 2025, Trump envoie une lettre à Ali Khamenei proposant de reprendre les négociations nucléaires. La Maison-Blanche fixe un délai de deux mois pour parvenir à un accord. Cette méthode porte en elle sa propre limite : fixer un ultimatum public à l’Iran, c’est exposer l’échec quand l’ultimatum expire. Aucun régime ne peut céder sous ultimatum sans perdre la face devant sa population. Téhéran peut négocier dans l’ombre. Il ne peut pas se soumettre en pleine lumière.

Cinq cycles se tiennent à Mascate et à Rome, entre avril et mai 2025. Steve WitkoffEnvoyé spécial de Donald Trump au Moyen-Orient, homme d’affaires de l’immobilier new-yorkais sans formation diplomatique, nommé négociateur en chef sur les dossiers iranien et palestinien. pour Washington, Abbas AraghchiMinistre iranien des Affaires étrangères depuis 2024, diplomate de carrière, ancien négociateur en chef du dossier nucléaire lors des accords de Vienne en 2015. pour Téhéran. Le format est indirect : chaque délégation dans une salle séparée, un médiateur omanais entre les deux. Ce protocole dit l’état réel de la relation : deux États qui refusent de se regarder en face depuis 1979.

Date Cycle
12 avr.1er cycle à Mascate. Format indirect. Décrit comme « constructif ».
19 avr.2e cycle à Rome. Même format. L’Iran refuse toute discussion directe.
26 avr.3e cycle à Mascate. Niveau experts. Début d’ébauche de cadre technique.
5 mai4e cycle. Les écarts persistent : zéro enrichissement (Washington) contre droit à l’enrichissement civil (Téhéran).
23 mai5e et dernier cycle. Le délai expire le 12 juin sans accord.

L’IFRI note que le cadre américain de 2025 « ressemblait fortement à l’accord négocié par Obama », au point qu’un expert nucléaire l’a décrit comme un « JCPOA au rabais ». C’est le même accord. Avec la même structure. Mais sans la confiance que sept ans de pression maximale avaient détruite. Le président Massoud Pezeshkian avait été élu en juillet 2024 précisément pour négocier. Il voulait négocier. Mais aucun dirigeant iranien ne peut renoncer à l’enrichissement sous ultimatum public. Ce n’est pas de l’intransigeance idéologique. C’est de la mécanique diplomatique.

III. La guerre des Douze Jours · 13–24 juin 2025

Ce que les frappes ont atteint. Ce qu’elles n’ont pas détruit.

Dans la nuit du 12 au 13 juin 2025, l’opération israélienne dite « Lion qui se lève » mobilise plus de 200 avions de combat contre une centaine de cibles : Natanz, Fordo, Ispahan, Arak, des bases militaires, des résidences de commandants. Le 22 juin, des bombardiers furtifs américains frappent Fordo avec des bombes à pénétration profonde. Un cessez-le-feu précaire est annoncé le 24 juin.

200+
avions de combat israéliens le 13 juin
441 kg
uranium enrichi à 60 % avant les frappes
12
jours de guerre ouverte

Les déclarations triomphales s’enchaînent. Benyamin Netanyahou assure que le programme nucléaire iranien a été « anéanti ». Donald Trump évoque un retard « de plusieurs décennies ». Ces formulations sont politiques, pas techniques. Elles entrent en contradiction directe avec les évaluations de l’organisme de référence.

Ce que l’AIEA et les diplomates européens établissent réellement

Sur la capacité de reconstitution

Rafael Grossi, directeur général de l’AIEA, déclare le 29 juin 2025, une semaine après les frappes, que l’Iran peut recommencer à enrichir « d’ici quelques mois ». L’écart avec « plusieurs décennies » (Trump) ou « anéanti » (Netanyahou) n’est pas une nuance. C’est une contradiction factuelle de premier ordre.

Sur les 441 kg d’uranium enrichi à 60 %

Le directeur de l’AIEA estime que les frappes ont vraisemblablement atteint les entrées des sites souterrains sans atteindre les stocks d’uranium, enfouis entre 100 et 200 mètres de profondeur. Ni confirmé détruit, ni confirmé intact.

Sur les éventuels sites clandestins

Plusieurs sources diplomatiques occidentales, citées par l’IFRI, évoquent la possibilité que l’Iran ait constitué des sites clandestins avant juin 2025. Ce scénario n’est pas confirmé. Il est jugé plausible par des acteurs qui ont accès aux renseignements alliés.

Le verdict européen

Deux sources diplomatiques européennes estiment que le programme iranien a été « gravement endommagé mais pas éradiqué ». La France et le Royaume-Uni posent le retour des inspecteurs de l’AIEA comme préalable à toute négociation. Ce préalable signifie, traduit : nous ne savons pas ce qui reste.

La différence entre « anéanti » et « gravement endommagé mais pas éradiqué » n’est pas sémantique. Elle est stratégique. Mais elle n’autorise pas non plus à conclure à l’échec total des frappes. Dans une logique de non-prolifération, retarder un programme nucléaire n’est pas l’éliminer : c’est parfois suffisant pour modifier un calcul stratégique. Que cette fenêtre ait été ou non saisie est une autre question.

Le TNPTraité sur la non-prolifération des armes nucléaires, signé en 1968, qui interdit aux États non nucléaires de se doter de l’arme atomique. crée une asymétrie structurelle : il contraint les États qui y adhèrent et les rend justiciables de leurs violations. Il ne s’applique pas aux États qui ont choisi de rester en dehors. L’Iran est signataire depuis 1970 et a été, à plusieurs reprises, en violation documentée de ses obligations. Israël n’a jamais signé et n’est soumis à aucun mécanisme de vérification. Ce n’est pas une injustice au sens juridique : c’est une limite structurelle du traité. Mais cette réalité alimente un sentiment d’inégalité stratégique à Téhéran et dans plusieurs capitales du Sud global.

Les frappes de juin 2025 étaient-elles légales ?

Israël et les États-Unis ont invoqué l’article 51 de la Charte des ONUOrganisation des Nations Unies., qui autorise la légitime défense. Ils s’appuient sur une doctrine de préemption : frapper avant qu’une menace ne devienne imminente. Israël l’a pratiquée depuis la destruction du réacteur irakien Osirak en 1981 : souvent critiquée sur le plan juridique, rarement sanctionnée dans les faits.

L’argument contraire est solide : l’Iran n’avait pas lancé d’attaque armée. Ses stocks d’uranium à 60 % ne constituent pas une arme nucléaire. L’AIEA n’avait pas conclu à l’existence d’un programme militaire avéré. Plusieurs États membres de l’ONU ont qualifié les frappes d’agression au sens de la résolution 3314 de l’Assemblée générale.

Le verdict pratique est ailleurs : le Conseil de sécurité ne peut pas condamner, les États-Unis disposant du droit de veto. Les frappes sont contestables en droit. Elles sont non poursuivables en fait. Ce décalage entre légalité et capacité d’application du droit est une constante des relations internationales : ce qui compte n’est pas seulement la règle, mais qui a le pouvoir de la faire respecter.

IV. La résilience du dispositif · Juillet–Décembre 2025

Ce que l’axe régional n’a pas fait. Et pourquoi.

Pendant la guerre des Douze Jours, l’axe de la résistance iranien reste silencieux. Ni offensive du Hezbollah depuis le Liban, ni vagues de drones depuis l’Irak, ni salves de missiles des Houthis depuis la mer Rouge. Ce silence a été interprété comme la preuve d’une neutralisation définitive. Cette lecture est partiellement exacte et entièrement insuffisante.

Ce que le silence révèle, c’est un calcul iranien délibéré. Engager l’ensemble du dispositif régional pendant les Douze Jours signifiait risquer son anéantissement complet. Téhéran a choisi de préserver ses réseaux pour l’après. Le résultat est documenté : en mai 2026, Washington reconnaît lui-même que l’Iran a reconstitué l’essentiel de son arsenal balistique. L’axe n’a pas été détruit. Il a été mis en réserve.

Pour comprendre la décision israélienne de frapper en juin 2025, il faut partir de sa doctrine de sécurité. Pour Tel Aviv, un Iran au seuil nucléaire n’est pas un risque parmi d’autres : c’est une menace existentielle. Dans ce cadre, le recours à la force est préventif par nature, fondé sur la conviction qu’attendre la certitude signifie attendre trop tard. Cette logique peut être contestée. Elle ne peut pas être ignorée.

Affaibli

Hezbollah

Pertes sévères en 2024, corridor syrien coupé après la chute du régime Assad.

Milices syriennes

Bases perdues. Réseaux Fatemiyoun et Zainabiyoun décimés.

Commandants CGRICorps des gardiens de la révolution islamique, armée idéologique parallèle aux forces régulières iraniennes.

Hauts gradés éliminés en juin 2025. Rupture partielle de la chaîne de commandement.

Maintenu ou reconstitué

Arsenal balistique

Reconstitution de l’essentiel selon Washington lui-même (mai 2026).

Houthis

Reprennent les frappes sur Israël dès mars 2026.

Milices irakiennes

Actives en 2026 sous le nom de Résistance islamique en Irak.

Sur le plan diplomatique, le mécanisme de rétablissement automatique des sanctions, prévu par le JCPOA lui-même, est déclenché le 27 septembre 2025. L’AIEA confirme en octobre n’avoir aucune information fiable sur l’état des stocks iraniens. Dix ans après Vienne, on efface Vienne, et on efface aussi la connaissance.

L’inflation atteint 43,3 % selon les projections du FMIFonds monétaire international, institution de l’ONU chargée de la stabilité financière mondiale.. Le rial s’effondre. Ces données sont réelles et graves. Mais l’économie iranienne vit sous sanctions depuis 1979. Ce que l’effondrement économique produit en 2025, ce n’est pas la capitulation du régime. C’est la rupture du contrat social avec sa population.

V. La fracture intérieure · Décembre 2025–Février 2026

90 % d’Iraniens qui jugent la situation intenable. Un régime qui tient quand même.

Le 28 décembre 2025, des manifestations éclatent dans plusieurs villes iraniennes. L’effondrement économique, l’humiliation de juin, la répression depuis 2022 : tout se cumule. Un sondage issu du ministère iranien de la Culture lui-même fait fuiter un chiffre : 90 % des Iraniens estiment la situation intenable, 30 % jugent le régime incapable de se réformer. Ces données ne viennent pas d’une organisation non gouvernementale étrangère. Elles viennent de l’État iranien sur lui-même.

La répression est massive. Les autorités iraniennes publient une liste officielle de 3 117 morts pour le seul mois de janvier 2026, dont environ 200 membres des forces de sécurité. Donald Trump avance le chiffre de 32 000 morts depuis le début du mouvement. L’écart entre ces deux chiffres dit quelque chose d’essentiel : dans un pays où l’AIEA ne peut pas inspecter les sites nucléaires, le décompte des victimes est lui aussi un terrain contesté, instrumentalisé.

Pourquoi un régime peut tenir avec 90 % d’impopularité

L’analyse « le régime est fini » revient régulièrement depuis 1979. Elle s’est trompée à chaque fois pour une raison structurelle : la République islamique ne gouverne pas par le consentement majoritaire. Elle gouverne par la segmentation sociale (base religieuse, réseaux économiques des CGRI, Bassidji), le monopole de la violence organisée, et la capacité à nationaliser l’ennemi extérieur. Les frappes de juin 2025 ont fourni au régime son meilleur argument de légitimation depuis des années. Ali Khamenei est décédé dans ce contexte. Mais l’appareil d’État, lui, n’est pas mort avec lui. Les CGRI, les réseaux économiques parallèles, les structures de contrôle territorial : ces dispositifs survivent aux individus. C’est précisément ce que les frappes n’ont pas atteint.

Le 28 février 2026, les missiles américains frappent Téhéran. Ce n’est pas la conclusion d’un succès. C’est l’aveu d’une insuffisance.

La lecture SAPERE

Deux récits s’affrontent sur 2025, et tous deux ont une part de vérité. Washington et Tel Aviv peuvent légitimement considérer avoir réduit une menace immédiate, retardé un programme, mis un régime sous pression maximale. Téhéran peut légitimement considérer avoir survécu, préservé ses structures, reconstitué ses capacités. Ce sont des gains relatifs réels, des deux côtés, sans victoire absolue d’aucun. C’est précisément ce résultat indécis qui rendait une nouvelle escalade hautement probable.

Washington a détruit un accord. Téhéran a transformé le vide en levier. Tel Aviv a frappé avant que le levier ne devienne bombe. Chacun avait ses raisons. Ensemble, ils ont produit une guerre.

La vraie question n’est pas de savoir qui a gagné la guerre des Douze Jours. Elle est de savoir si l’un quelconque des acteurs a tiré de cette séquence les conclusions qui éviteraient la suivante. L’AIEA, elle, attend toujours l’accès aux sites.


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1 réflexion sur “Série Iran 2026 : L’Iran tient. Malgré Washington. Malgré Tel Aviv.”

  1. Le régime iranien tient toujours parce qu’il a su combiner la répression intérieure avec des leviers stratégiques extérieurs particulièrement puissants. À l’intérieur, il s’appuie sur les Gardiens de la révolution, les Bassidjis, les services de renseignement et un appareil judiciaire implacable pour contenir la contestation, fragmenter l’opposition et maintenir la peur. Mais sa résilience ne s’explique pas seulement par la coercition. L’Iran a aussi développé un véritable savoir-faire technologique et militaire, notamment dans le domaine nucléaire, ce qui lui confère une capacité de dissuasion et de négociation considérable. À cela s’ajoute sa carte énergétique : malgré les sanctions, le pays demeure un acteur pétrolier important et peut faire planer la menace d’une déstabilisation du détroit d’Ormuz, passage vital pour l’économie mondiale. En somme, le régime ne survit pas parce qu’il est populaire, mais parce qu’il contrôle à la fois les instruments de la peur, les ressources de la résistance et des leviers géopolitiques capables d’inquiéter ses adversaires. Un autre élément, plus sensible, tient à la spécificité historique de l’Iran : héritier d’une civilisation ancienne, non arabe, doté d’une forte conscience nationale, le pays a toujours échappé à une lecture strictement arabe du Moyen-Orient. Cette singularité lui permet de se présenter, malgré la nature autoritaire de son régime, comme une puissance régionale autonome, distincte des monarchies du Golfe et des équilibres traditionnels du monde arabe.

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