La Syrie après Assad : jusqu’où la souveraineté a-t-elle été rétablie ?
Le régime est tombé en onze jours, entre le 27 novembre et le 8 décembre 2024. Vingt-deux mois plus tard, Damas a réorganisé ses institutions, obtenu l’intégration annoncée des forces du nord-est, renégocié les bases étrangères et obtenu la levée de l’essentiel des sanctions. Reste à savoir ce que cela fait d’un État. Cette planche soumet la Syrie de 2026 à quatre épreuves : ses forces, sa souveraineté extérieure, son territoire et sa justice.
Quatre dossiers mesurent la souveraineté retrouvée. Aucun n’est refermé.
Onze jours, puis la transition
Partie d’Idlib, l’offensive prend Alep, puis Hama, puis Homs, puis Damas. Bachar al-Assad quitte le pays. Onze jours auront suffi à défaire cinquante-quatre ans de pouvoir familial.
Ahmed al-Charaa, qui dirigeait le groupe armé venu d’Idlib, est désigné président par intérim en janvier. Une déclaration constitutionnelle, en mars, ouvre une transition de cinq ans.
Une Assemblée du peuple est constituée : cent quarante membres élus au suffrage indirect en octobre 2025, soixante-dix nommés par le président le 1er juillet 2026.
En janvier, les forces kurdes acceptent l’intégration après des revers militaires. En août, celle-ci est déclarée achevée et un protocole règle le sort des bases russes. Le même mois, Israël annonce qu’il ne quittera pas le mont Hermon.
Pourquoi onze jours ont suffi
L’armée n’a pas livré bataille. Des années de corruption l’avaient vidée : des officiers monnayaient les permissions et encaissaient la solde de conscrits renvoyés chez eux, et des unités entières étaient en sous-effectif réel. Alep, première ville économique du pays, est tombée en quarante-huit heures.
Au même moment, les trois appuis du régime étaient ailleurs ou diminués : la Russie engagée en Ukraine, l’Iran réduit à une présence de précaution après les frappes israéliennes, le Hezbollah affaibli par sa propre guerre.
Le pays, lui, était exsangue. Le produit intérieur brut avait reculé de 64 % depuis 2011. La livre syrienne, qui s’échangeait à 47 pour un dollar avant la guerre, en valait plus de 12,000. Plus de neuf Syriens sur dix vivaient sous le seuil de pauvreté, et 16,7 millions de personnes dépendaient de l’aide humanitaire. Ce n’est pas une armée qui s’est effondrée : c’est un État qui n’avait plus de quoi se défendre.
Les quatorze gouvernorats et les principaux lieux cités : la capitale, les deux emprises russes du littoral, et le mont Hermon, au sud-ouest, où l’armée israélienne s’est installée en décembre 2024. Cette carte ne représente pas le contrôle territorial.
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Limites administratives : geoBoundaries. Positions des trois sites : Wikidata. Fond administratif uniforme, aucune zone de contrôle représentée : aucun des dossiers de cette planche ne coïncide avec des limites administratives, et l’emprise israélienne, en particulier, ne couvre pas le gouvernorat de Qouneitra.
Quatre épreuves
| L’épreuve | Où cela en est | Ce que cela ne règle pas |
|---|---|---|
| Intégration annoncéeLes forces du nord-est | Les forces kurdes du nord-est acceptent l’intégration le 30 janvier 2026, après des revers militaires et sous pression de Damas. Le 20 août, leur commandant déclare l’intégration achevée, militairement et administrativement. | Une intégration déclarée achevée n’est pas une intégration constatée. Et elle a été obtenue par un rapport de forces autant que par une négociation. |
| Accord en applicationLes bases russes | Après dix-huit mois de négociation, un protocole du 9 août 2026 rend à l’État syrien les installations civiles de Hmeimim et Tartous et transforme les emprises militaires en centres conjoints. | Un accord encadre une présence, il ne la supprime pas. La réorganisation est en cours, et le statut juridique ne dit pas le poids stratégique. |
| Retrait non obtenuLe territoire | L’armée israélienne est entrée dans la zone tampon et sur le mont Hermon en décembre 2024. Les pourparlers sous médiation américaine n’ont pas abouti. | Aucun retrait n’a été obtenu. En août 2026, le ministre israélien de la Défense déclare que le mont Hermon et la zone de sécurité resteront sous contrôle israélien. |
| Premiers jugementsLa justice | Un premier procès public s’ouvre le 18 novembre 2025 à Alep pour les violences de la côte. Le 17 septembre 2026, un tribunal militaire prononce une condamnation à mort, une peine de vingt-cinq ans, une de vingt ans, et un acquittement. | Ces premiers verdicts ne couvrent qu’une partie des procédures : quatre prévenus jugés, pour des faits qui ont fait plus de mille quatre cents morts. Les responsabilités de la chaîne de commandement restent à établir, et les faits de Soueïda relèvent d’une procédure distincte. |
Les quatre épreuves ne se jouent pas de la même façon. Les deux premières dépendent d’accords que Damas pouvait rechercher. La troisième dépend de quelqu’un qui estime avoir plus à gagner au statu quo. La quatrième dépend de l’État lui-même, et l’oblige à juger ses propres forces.
Le retrait qui n’a pas été obtenu
Depuis la chute du régime, la Syrie a renégocié ses forces armées, ses institutions, ses bases étrangères et son régime de sanctions. Sur le territoire occupé, les pourparlers conduits sous médiation américaine n’ont pas permis d’obtenir un accord de retrait, et le ministre israélien de la Défense a déclaré en août 2026 que le mont Hermon resterait sous contrôle israélien.
Un accord se conclut quand il rapporte plus que le statu quo. En 2026, ce calcul n’a pas penché du même côté.
Une présence militaire étrangère peut faire l’objet d’un accord : Damas a ainsi renégocié le statut des bases russes. Aucun accord de retrait israélien n’a abouti. Ce que la planche constate est plus étroit, et daté : le maintien revendiqué des positions israéliennes donne à penser qu’à ce stade, les avantages attendus d’un accord ne l’emportent pas sur ceux du statu quo. Le président syrien a déclaré devant les Nations unies qu’une paix était possible, tout en affirmant que le Golan resterait syrien.
Les morts de 2025, et des chiffres qui ne se recouvrent pas
Deux épisodes dominent la première année de la transition. Sur la côte, du 6 au 9 mars 2025 : la commission d’enquête syrienne a retenu 1,426 morts et identifié 298 suspects ; l’Observatoire syrien des droits de l’homme comptait 1,376 civils, qu’il présentait comme un minimum.
À Soueïda, en juillet 2025 : la commission d’enquête internationale des Nations unies retient au moins 1,707 morts et estime que ces faits pourraient constituer des crimes de guerre et, dans certains cas, des crimes contre l’humanité.
Ces bilans ne couvrent ni les mêmes jours, ni les mêmes catégories, ni les mêmes méthodes. Leur écart ne diminue en rien la gravité des faits : il oblige à dire d’où vient chaque chiffre, et à poursuivre les enquêtes.
Exclusivité SAPERE. Chute du régime : analyses sur l’effondrement de l’armée syrienne, décembre 2024 ; données économiques des Nations unies et de la Banque mondiale pour le produit intérieur brut, la monnaie et la pauvreté. Transition et institutions : rapports du Conseil de sécurité et dépêches d’agence. Intégration des forces du nord-est : accord du 30 janvier 2026 ; déclaration du commandant des forces kurdes, 20 août 2026. Bases russes : protocole du 9 août 2026.
Procès : audience d’ouverture du 18 novembre 2025 à Alep ; verdicts du 17 septembre 2026. Retours : Haut-Commissariat pour les réfugiés, 3 septembre 2026. Carburants et manifestations : relevés de septembre 2026. Sanctions : abrogation de la loi César, décembre 2025 ; décisions européennes de 2025. Reconstruction : Banque mondiale, octobre 2025. Soueïda : commission d’enquête internationale des Nations unies. État constaté le 6 octobre 2026.
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