Le nucléaire : que prouve un uranium enrichi à 60 % ?
Un pourcentage d’enrichissement mesure la part d’uranium 235 dans l’uranium, et rien d’autre. Il ne dit ni la quantité disponible, ni ce qu’un État en fait, ni le temps qui le sépare d’une arme. Il dit en revanche quelque chose de contre-intuitif sur le chemin déjà parcouru, et c’est l’objet de cette planche : le niveau atteint et l’effort fourni pour y parvenir ne progressent pas du tout au même rythme.
À 60 %, l’essentiel du travail de séparation est déjà fait. Mais ce chiffre, à lui seul, ne prouve ni une arme ni une intention.
Ce que 60 % permet d’établir, et ce qu’il ne permet pas de conclure
Ce que 60 % permet d’établir
L’Iran a produit de l’uranium hautement enrichi. C’est, selon l’Agence, le seul État non doté de l’arme et partie au traité de non-prolifération à l’avoir fait : rapport GOV/2026/8, paragraphe 53.
Le travail de séparation qui reste à fournir pour atteindre 90 % est faible : 2.4 % de l’effort total, dans le scénario de calcul détaillé par la figure ci-dessous.
Le plafond de 3.67 % fixé par l’accord de 2015 est très largement dépassé.
L’Agence évalue ce stock au 13 juin 2025. Depuis les frappes, elle n’a plus eu accès aux usines d’enrichissement pour en vérifier la taille, la composition ni l’emplacement.
Ce qu’il ne permet pas de conclure
Que l’Iran possède une arme nucléaire.
Qu’un dispositif nucléaire fonctionnel a été fabriqué.
Qu’une charge puisse être emportée par un vecteur : c’est une étape distincte.
Combien de temps il faudrait pour y parvenir. Toute estimation dépend d’hypothèses sur les stocks, les installations, les centrifugeuses et le produit visé.
La colonne de gauche ne contient que des constats ; celle de droite ne contient que des conclusions que le chiffre ne porte pas. Aucune des deux ne dit ce que l’Iran veut faire : c’est une autre question, et une autre planche.
Le pourcentage est la part d’uranium 235 dans l’uranium. La première échelle est celle du niveau atteint, la seconde celle de l’effort déjà fourni pour y parvenir. Les deux ne coïncident pas, et c’est tout le problème : dans le scénario de calcul détaillé en note, les deux tiers du travail de séparation sont faits dès 3.67 %.
Parts d’effort calculées par la fonction de séparation usuelle, pour un kilogramme d’uranium à 90 % obtenu à partir d’uranium naturel, avec des rejets à 0.3 % : 193 unités de travail de séparation au total et 218 kilogrammes d’uranium naturel. Le détail : 64.2 % de l’effort pour atteindre 3.67 %, 26.2 % de plus pour atteindre 20 %, 7.2 % pour 60 %, 2.4 % pour 90 %, soit 100.0 % exactement. Arrondies à l’unité, ces quatre parts ne feraient que 99.
Les usages indiqués sont ceux qui sont établis : la planche ne donne aucun délai de fabrication. Ces estimations varient de plusieurs semaines à plusieurs mois selon la source, reposent sur des hypothèses dont une partie seulement est publique ou vérifiable, et sont le plus souvent publiées par des États parties au différend.
Exclusivité SAPERE. Calcul de l’effort : fonction de séparation usuelle, hypothèses détaillées sous la figure. Niveaux et usages : Agence internationale de l’énergie atomique. Stock iranien et date du dernier contrôle : rapport AIEA GOV/2026/8 du 27 février 2026. État constaté en octobre 2026.
Ce que l’histoire en dit
Le 16 octobre 1964, la Chine fait exploser sa première bombe à Lop Nor, cinq ans après le retrait de l’aide soviétique. Le programme coûte entre 1,5 % et 3 % du PIB par an, alors que les famines du Grand Bond en avant ont déjà fait des millions de morts. L’explosion qui a changé la Chine rappelle qu’un État déterminé franchit le seuil malgré l’isolement, et à quel prix.
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