L’eau et le gaz : pourquoi certaines négociations aboutissent, et d’autres non ?
Une ressource partagée ne produit pas d’accord par elle-même. Tout dépend de qui la contrôle, de qui peut l’exploiter, et de ce que chacun espère en tirer. Quatre dossiers de la région, deux d’eau et de gaz, ont donné quatre issues sans rapport : un provisoire qui dure, une frontière maritime tracée, un marché d’exportation ouvert, et un gisement toujours inexploité vingt-six ans après sa découverte.
Une ressource ne produit pas d’accord. Elle change ce que les parties ont intérêt à négocier.
Quatre dossiers, quatre issues
| L’enjeu | L’accord obtenu | Le résultat | |
|---|---|---|---|
| FigerL’eau de Cisjordanie | partager une nappe commune en attendant un statut final que la négociation devait fixer | l’article 40 des accords d’Oslo, le 28 septembre 1995, et un comité mixte où chaque partie dispose d’un veto | un cadre intérimaire devenu la référence durable : la période prévue s’est achevée en mai 1999, le cadre demeure |
| DélimiterLe gaz de Qana | explorer une zone maritime que personne n’avait délimitée, et que les deux rives revendiquaient | une ligne de démarcation maritime, le 27 octobre 2022, entre deux États sans relations diplomatiques | le forage de 2023 n’a pas confirmé le gisement espéré. La ligne, déposée aux Nations unies, tient toujours |
| CommercerLe gaz du Leviathan | écouler un gisement trop grand pour le seul marché israélien | en août 2025, un contrat entre les partenaires du gisement et un acheteur égyptien | un engagement portant sur environ 130 milliards de mètres cubes, estimé à 35 milliards de dollars ; la première tranche doit partir en 2026 |
| Rester bloquéLe gaz de Gaza | exploiter un gisement découvert en 2000 au large de Gaza, plus de mille milliards de pieds cubes | une licence dès 1999, des accords commerciaux, un accord de principe israélien en 2023 | aucune mise en production, vingt-six ans après la découverte |
Signer ne veut pas dire régler : un accord peut organiser un partage, tracer une frontière ou permettre un commerce sans résoudre le différend politique.
Notre lecture : ce qui fait la différence
L’eau est sur place et indivisible : aucune des deux parties ne peut l’exploiter sans l’autre, et le provisoire finit par être le seul régime praticable. Qana n’était qu’espéré : on pouvait en partager la perspective avant d’en connaître la valeur, et c’est cette incertitude qui a rendu le tracé acceptable.
Le Leviathan est prouvé, exportable, et vendu par des entreprises : le contrat n’engage pas les États. Gaza Marine est connu, mais personne ne réunit à la fois le champ, l’accès à la mer et le droit d’exporter.
Figer : un provisoire de cinq ans
Le partage de l’eau a été signé à l’intérieur d’une période intérimaire de cinq ans, le temps qu’une négociation de statut final aboutisse. Elle n’a pas abouti.
La période intérimaire s’ouvre le 4 mai 1994 et devait s’achever le 4 mai 1999. Le cadre de 1995 demeure la référence, malgré des arrangements ultérieurs sur le fonctionnement du comité mixte.
Délimiter : une ligne pour un gisement
La ligne convenue le 27 octobre 2022, reportée depuis les quatre points publiés aux Nations unies. Le prospect de Qana est à cheval sur cette ligne : c’est pourquoi elle existe. Autour, les grands gisements de la région.
Faites défiler pour voir la carte entière
Ligne de démarcation : quatre points en coordonnées WGS84 reliés par des lignes géodésiques, tels que publiés dans l’accord enregistré aux Nations unies sous le numéro 57582. Le tracé s’arrête à son point le plus oriental : au-delà, vers la côte, la frontière n’est pas délimitée, et la planche ne la prolonge pas.
Ligne rouge : frontière convenue. Points bleus : gisements, d’après Wikidata. Cercle pointillé : localisation indicative de Gaza Marine, à une trentaine de kilomètres au large, sans reprise du périmètre exact.
Un accord qui a survécu au forage
Le gisement espéré sous Qana a contribué à rendre possible ce que deux États sans relations diplomatiques n’avaient jamais accepté : une ligne maritime commune. Un an plus tard, le forage ne confirme rien. En janvier 2026, le même opérateur prend le bloc voisin.
Le forage n’a pas confirmé le gisement. La ligne, elle, existe toujours.
L’accord prévoyait que la production se ferait du côté libanais et qu’Israël serait dédommagé pour le gaz tiré de son côté. Il n’y a eu ni production ni dédommagement. Ce qui demeure est le tracé, déposé aux Nations unies, et l’acte de l’avoir accepté.
Exclusivité SAPERE. Eau : article 40 des accords d’Oslo II, annexe III, 28 septembre 1995 ; période intérimaire ouverte par l’accord du 4 mai 1994. Ligne maritime : accord enregistré aux Nations unies, n° 57582. Gaz : communiqués des opérateurs pour le forage de 2023, le bloc voisin en janvier 2026 et le contrat d’août 2025. État constaté le 6 octobre 2026.
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