Chine L’usine du monde devenue créancière universelle
Le 11 novembre 2001, à Doha, au Qatar, le ministre chinois du Commerce extérieur Shi Guangsheng signe le protocole d’adhésion de son pays à l’OMC. Quinze ans de négociations s’achèvent. Pékin promet de ramener ses droits de douane moyens sous 10 %, d’ouvrir peu à peu ses banques, de respecter brevets et marques. Le 11 décembre, la Chine devient le 143e membre de l’organisation. Ses usines ont désormais le monde pour marché.
Le pari est gagné au-delà de ce qu’imaginaient ses négociateurs. Vingt ans plus tard, la Chine est le premier exportateur du monde, le premier détenteur de réserves de change et le premier prêteur public des pays pauvres. Elle a accumulé tant d’excédents qu’elle est devenue créancière du reste du monde.
Puis l’élan se brise. En 2021, le promoteur Evergrande ne paie plus ses dettes. En 2022, les investissements étrangers atteignent leur sommet et commencent à refluer. En dollars courants, c’est-à-dire au prix et au taux de change de chaque année, l’économie chinoise, qui pesait 77 % de l’économie américaine en 2021, n’en pèse plus que 64 % en 2024.
La Chine fabrique toujours plus. Elle attire moins, s’endette davantage et vend ses produits moins cher. Cinq indicateurs mesurent ce passage de l’atelier triomphant au créancier inquiet.
L’atelier du monde face à ses propres dettes
Pour chaque indicateur, six points de repère (2000, 2004, 2009, 2014, 2019, 2024) dessinent l’évolution, puis un classement situe la Chine dans le monde. Une frise colorée dit, pour chaque date, si le chiffre sert ou dessert la puissance chinoise.
Ce pilier applique une règle de méthode SAPERE : hiérarchiser les ruptures. Toutes les cassures ne se valent pas. Certaines sont acquises pour longtemps, d’autres se réparent, d’autres encore restent ouvertes.
Les chiffres qui montent ne racontent pas toujours une puissance qui grandit.
La mesure A est commune aux deux séries : quelle part de leurs réserves les banques centrales du monde gardent-elles dans chaque monnaie ? C’est le test de la confiance qu’inspire une monnaie hors de ses frontières. Le dollar et le yuan y sont lus avec la même série.
La mesure B est propre à la Chine. Les réserves de change sont les devises qu’une banque centrale garde pour défendre sa monnaie et payer ses importations en cas de coup dur. Les États-Unis n’ont pas besoin d’un tel coffre : ils émettent la monnaie que les autres accumulent. Les deux mécanismes ne se comparent pas terme à terme.
La tendance lourdeL’accumulation chinoise combine plusieurs mécanismes :
Ces réserves sont surtout placées en dollars. La SAFE a publié une seule fois leur composition : 79 % en dollars en 2005, 58 % en 2014. La Chine finance ainsi la dette du pays qu’elle concurrence, et s’en éloigne lentement.
Le stock ne bouge pas seulement au gré des achats et des ventes de la banque centrale. La SAFE rappelle que les variations de change entre monnaies et la valeur des titres détenus le font aussi monter ou baisser.
La ruptureLe 11 août 2015, Pékin dévalue le yuan par surprise. Les capitaux fuient, et les réserves fondent de près de 1,000 milliards de dollars en dix-huit mois, surtout parce que la banque centrale vend des dollars pour tenir sa monnaie. Le coffre a servi, et il ne s’est jamais rempli de nouveau.
Le 1er octobre 2016, le yuan entre dans le panier des DTS du FMI, aux côtés du dollar, de l’euro, du yen et de la livre. La consécration est symbolique. Huit ans plus tard, il pèse moins de 3 % des réserves des autres.
Pourquoi si peu ? Une banque centrale ne garde une monnaie que si elle peut l’acheter, la vendre et la placer facilement, sans craindre de restriction imprévue. Il lui faut trois choses : pouvoir sortir librement ses capitaux, être sûre que ses avoirs seront protégés par le droit, et trouver un grand marché d’obligations où placer et revendre à tout moment. Le dollar offre les trois. Le yuan n’en offre encore aucune pleinement.
La Chine est devenue indispensable au commerce mondial. Sa monnaie, elle, ne l’est pas encore. Pékin a les moyens de protéger le yuan ; il lui manque les institutions qui en feraient une monnaie que le monde a envie de garder.
Cette part ne résume pas à elle seule l’usage international du yuan, qui progresse davantage dans les paiements commerciaux, notamment avec la Russie, que dans les réserves. Ce que le coffre représente en mois d’importations, et comme bouclier contre des sanctions, se lit au Pilier IX, Autonomie stratégique.
Le coffre, lui, reste un Atout : premier détenteur mondial, près de trois fois les réserves du Japon. Un coffre qui ne grossit plus reste un atout majeur, mais pas un bouclier sans condition : son efficacité dépend de sa liquidité, de sa part en dollars et de ce que des sanctions pourraient en geler (voir Pilier IX).
| Périmètre | 2019 | 2024 |
|---|---|---|
| Dette publique au sens étroit Article IV 2024, estimation | n/d | 60,5 % |
| Administrations publiques, courbe A WEO octobre 2026, valeur historique | 59,9 % | 90,5 % |
| Dette « augmentée » : périmètre élargi construit par le FMI, dont une partie des sociétés de financement locales Article IV 2024, estimation | 86,3 % | 124,0 % |
La dette brute additionne tous les emprunts des administrations publiques. Un ratio supérieur à 100 % signifie que le stock de dette dépasse la valeur d’une année de production, sans préjuger de ses échéances ni de sa soutenabilité. Pour repère, la France est à 113 %.
Les deux séries de ce pilier, chinoise et américaine, utilisent la même mesure du FMI, dans la même édition. Cette harmonisation comptable ne couvre pas nécessairement l’ensemble des engagements publics ou quasi publics, notamment certains engagements des gouvernements locaux chinois. C’est pourquoi la dette « augmentée » est présentée à part, sans être raccordée à la courbe.
La tendance lourdeJusqu’en 2008, la dette chinoise reste basse : une croissance de 10 % par an efface les déficits. Le 9 novembre 2008, face à la crise financière venue de New York, Pékin lance un plan de relance de 4,000 milliards de yuans, environ 420 milliards d’euros de l’époque. Il sauve la croissance chinoise, et change sa manière de croître.
Trois étages d’endettement se superposent ensuite :
En août 2020, Pékin impose aux promoteurs trois « lignes rouges » pour limiter leur endettement. Le crédit se ferme. En décembre 2021, Evergrande est déclaré en défaut sur environ 300 milliards de dollars de dettes. Country Garden suit en octobre 2023. L’immobilier, qui pesait avec ses activités liées environ un quart du PIB, s’effondre.
Le choc touche les familles avant l’État : le logement représentait près de 60 % du patrimoine des ménages urbains, selon une enquête de la Banque populaire de 2019. Et il touche les collectivités, privées de leurs ventes de terrains.
En novembre 2024, Pékin annonce un dispositif de 10,000 milliards de yuans, environ 1,300 milliards d’euros. Il relève de 6,000 milliards le plafond de dette officielle des collectivités sur trois ans, et y ajoute 4,000 milliards d’obligations spéciales sur cinq ans. Le but : remplacer des dettes cachées, chères et courtes, par des dettes officielles, moins chères et plus longues.
Ce ne sont pas des dépenses nouvelles. Trois choses se passent à la fois : la dette est reconnue dans les comptes, elle est refinancée à meilleur coût, mais le risque n’est pas effacé. Il passe des sociétés de financement aux collectivités, et des collectivités vers l’État.
De l’autre, refinancer n’efface pas les pertes. Les recettes foncières des collectivités ont fondu, une partie des dettes des sociétés de financement reste mal recensée, et le coût se paie autrement : une croissance plus lente, moins d’investissement public local, un patrimoine des ménages amputé par la baisse de l’immobilier. Si les banques continuent de prêter à des projets qui rapportent peu, l’argent manque pour les investissements utiles. Le danger n’est pas seulement un effondrement soudain : c’est une économie qui avance de plus en plus lentement sous le poids de ses anciennes dettes. Ce risque d’usure compte autant, dans la qualification, que la capacité de refinancement.
Même périmètre statistique ne signifie pas même risque : le coût de la dette, la monnaie d’émission, la croissance et les engagements hors budget diffèrent. La Chine n’a pas le privilège d’une monnaie de réserve ; les États-Unis paient des taux d’intérêt plus élevés.
Limite : le périmètre du WEO inclut une partie des dettes des sociétés de financement locales, la mesure augmentée du FMI en couvre davantage, selon sa propre définition. Aucune des deux ne vaut garantie de l’État sur toutes ces dettes.
Un investissement direct, c’est une usine construite, un concurrent racheté, une filiale agrandie. À la différence d’un placement en Bourse, il se retire difficilement : c’est un pari sur dix ou vingt ans. Pour repère, la France a reçu 42 milliards de dollars en 2024.
La série de la CNUCED est la même pour les deux pays : c’est la comparaison internationale standard. Une précaution de lecture : une partie des investissements « étrangers » en Chine vient d’entreprises chinoises passées par Hong Kong, pour profiter d’avantages réservés aux capitaux étrangers. L’ampleur de ces allers-retours n’est pas mesurée avec précision.
La tendance lourdePendant vingt ans, les entreprises du monde entier viennent pour trois raisons :
Volkswagen, Apple, Tesla : chacun fait de la Chine un pilier de son modèle. En 2019, Tesla ouvre à Shanghai la première usine automobile entièrement détenue par un étranger.
La ruptureLes investissements directs ne sont qu’un signal parmi d’autres du comportement des investisseurs. Une baisse des flux peut traduire une moindre attractivité, mais aussi des choix de financement, des réorganisations de groupes ou des effets statistiques.
Plusieurs facteurs ont contribué au recul, sans qu’on puisse mesurer la part de chacun :
La série de la CNUCED retenue ici donne 116 milliards de dollars pour 2024. Le ministère chinois du Commerce publie de son côté 114,8 milliards de dollars d’investissements « effectivement utilisés » : les deux chiffres sont proches, sans que leur périmètre soit nécessairement identique. La SAFE publie une autre mesure, tirée de la balance des paiements : 18,6 milliards de dollars d’engagements nets, parmi les plus faibles depuis le début des années 1990.
La balance des paiements et ces deux séries ne comptent pas nécessairement les mêmes opérations : la première déduit les désinvestissements et les remboursements, et traite à sa manière les bénéfices réinvestis et les prêts entre filiales. Les écarts peuvent refléter des différences de couverture, de traitement des opérations et de révision ; les séries sont donc présentées séparément. Elles vont toutes trois dans le même sens.
Une partie des projets se déplace vers le Vietnam, l’Inde ou le Mexique. Mais entre 2022 et 2024, la hausse des flux reçus par ces trois pays reste sans commune mesure avec le recul chinois (CNUCED).
Moins de nouveaux investissements ne signifie pas que les entreprises étrangères quittent la Chine. Beaucoup y gardent leurs usines, leurs équipes et leurs clients ; d’autres agrandissent ce qui existe plutôt que de créer du neuf, ou réinvestissent leurs bénéfices sur place. Le recul dit un changement de prudence, pas une perte générale de confiance. Il deviendrait structurel si, plusieurs années de suite, les nouvelles implantations, les emplois créés et les transferts de technologie reculaient aussi.
| Pays | 2000 | 2009 | 2024 |
|---|---|---|---|
| Chine | 0,08 | 0,11 | 0,08 |
| États-Unis | 0,09 | 0,09 | 0,10 |
| Allemagne | 0,10 | 0,08 | 0,10 |
| Japon | 0,14 | 0,12 | 0,16 |
La part dans les exportations mondiales dit combien pèse un pays sur les étals de la planète. Elle ne dit ni à qui il vend, ni de quels composants importés il dépend : ces deux questions relèvent des Piliers IX et II. Une part élevée donne un pouvoir de marché potentiel, qui s’examine produit par produit, selon les concurrents, les acheteurs et les substituts. Pour repère, la France pèse 2,6 % des exportations mondiales de marchandises. Les services ne sont pas comptés.
La tendance lourdeLa Chine ne vend plus les mêmes produits qu’en 2000. Elle a commencé par les jouets, le textile et l’assemblage d’ordinateurs conçus ailleurs. Elle vend aujourd’hui des voitures, des batteries, des panneaux solaires et des machines.
| Produits | Vers 2000 | 2024 |
|---|---|---|
| Textile, jouets, chaussures | Premier fournisseur | En recul face au Vietnam et au Bangladesh |
| Électronique | Assemblage | Conception et fabrication |
| Modules solaires | Marginal | Plus de 80 % de la production mondiale |
| Automobiles | Marginal | Premier exportateur mondial depuis 2023 |
La rupture n’est pas dans la part, qui monte encore, mais dans ce qu’elle cache. L’excédent commercial chinois frôle 1,000 milliards de dollars en 2024, un record. Il dit deux choses à la fois. D’abord une force réelle : la Chine gagne des marchés parce qu’elle maîtrise de plus en plus de chaînes industrielles. Ensuite un déséquilibre : ses usines produisent davantage que ce que ses propres ménages peuvent acheter, et doivent trouver des clients ailleurs.
Trois tensions accompagnent ce record :
La mesure B nuance le tableau. Par produit, la Chine exporte un éventail plus large que les États-Unis ou le Japon : ses recettes dépendent moins d’un petit nombre de produits. Ce n’est pas une immunité : un produit modeste en valeur peut être critique dans une chaîne, et l’indice ne dit rien de la concentration des clients ni des composants importés. Sa concentration a augmenté dans les années 2000, avec l’essor de l’électronique, puis a baissé à mesure que les voitures, les machines et les produits de la transition énergétique prenaient le relais.
Les services disent l’autre moitié du commerce. Mesurée sur le même total que pour l’Union européenne et les États-Unis, la part de la Chine dans les exportations mondiales de services plafonne autour de 5 %, et elle a même légèrement reculé. Premier atelier du monde pour les biens, la Chine pèse peu dans la finance, l’ingénierie, les logiciels ou le tourisme, et elle importe plus de services qu’elle n’en exporte, d’abord à cause des voyages et des études de ses habitants à l’étranger.
| Part des exportations mondiales de services | 2010 | 2024 |
|---|---|---|
| Union européenne | 22,2 % | 23,5 % |
| États-Unis | 17,4 % | 16,0 % |
| Chine | 5,3 % | 4,8 % |
Ni une part mondiale élevée ni une forte diversification ne disent quelle part de la valeur reste en Chine : un téléphone assemblé à Shenzhen contient des puces, des écrans et des brevets venus d’ailleurs. Cette question relève du Pilier II.
La Chine gagne des parts de marché en vendant moins cher. Cela renforce sa place dans le commerce mondial, et cela la rend plus dépendante de marchés étrangers qui se ferment. La diversité de ses clients se lit au Pilier IX, Autonomie stratégique.
Trois mouvements : l’ouverture, la relance, le reflux
La Chine entre dans l’OMC et devient l’atelier du monde. Les capitaux étrangers arrivent, les exportations triplent de part, la dette publique reste faible. Tous les voyants sont au vert et se renforcent les uns les autres.
Le modèle a pourtant déjà ses limites : il dépend des clients étrangers, et les ménages chinois épargnent beaucoup et consomment peu.
La crise financière de 2008 frappe l’Occident. Pékin répond par un plan massif et maintient sa croissance. La Chine devient premier exportateur mondial en 2009, ses réserves culminent en 2014, et en 2016 elle dépasse les États-Unis en volume de production.
Mais la croissance se paie désormais à crédit. Les collectivités empruntent hors budget, les promoteurs s’endettent, et la dévaluation d’août 2015 rappelle que le coffre peut se vider vite.
L’immobilier s’effondre. La part dans les exportations mondiales et la part en volume montent encore ; la part en dollars, les investissements étrangers et la place du yuan reculent. La Chine gagne encore des marchés, tandis que plusieurs signaux de confiance, dont les flux d’investissements étrangers, se dégradent.
Le dépassement en volume de 2016 est le plus solide : observé dans le millésime retenu, il repose sur des usines, des routes et des ouvriers qui existent. La rupture immobilière de 2021 est grave, mais intérieure. L’État dispose d’instruments, refinancement des dettes locales, crédit des banques publiques, rachat de logements invendus, mais chacun a un coût : une croissance plus lente et une dette qui passe d’un bilan à l’autre. Le reflux des capitaux étrangers depuis 2022 est le plus incertain, parce qu’il ne dépend pas seulement de Pékin.
Hiérarchiser les ruptures, c’est distinguer ce que la Chine a gagné pour longtemps de ce qu’elle peut encore perdre.
Trois trajectoires structurent la décennie.
Dans une première trajectoire, de référence, fondée sur les projections du FMI, la croissance ralentit jusqu’à 3,3 % en 2030, la part en volume approche 20 % du PIB mondial en 2030, et la dette des administrations publiques dépasse 115 % du PIB. La Chine reste la première usine du monde, plus endettée et plus seule.
Dans une deuxième trajectoire, plus favorable, Pékin réussit à faire consommer ses ménages : retraites, santé, droits des migrants. La croissance repose moins sur les exportations, les tensions commerciales s’apaisent, et la part en dollars repart à la hausse.
Dans une troisième trajectoire, la Chine glisse vers un scénario « à la japonaise » : prix en baisse, dette en hausse, population qui vieillit (voir Pilier III). La croissance tombe sous 3 % avant 2030, et la part en dollars recule durablement.
La vraie question chinoise de la décennie n’est donc pas seulement de retenir les capitaux étrangers. C’est de rééquilibrer sa croissance, moins de béton et moins d’exportations, plus de consommation, sans affaiblir la base industrielle qui a fait sa puissance.
La Chine sait produire pour le monde. Son prochain défi est de faire vivre davantage son économie grâce à ses propres habitants.
Conséquence possible pour l’Europe : tant que les ménages chinois consomment peu, le surplus des usines chinoises cherchera des débouchés. Plus ouvert que le marché américain aux voitures électriques et aux machines chinoises, le marché européen y est particulièrement exposé.
Deux confiances sont en jeu, et elles ne se gagnent pas de la même façon. Les investisseurs étrangers jugent la prévisibilité de la Chine : règles du jeu, accès au marché, rentabilité, géopolitique. Les ménages chinois jugent leur sécurité économique : emploi, revenus, logement, retraite et santé. Pour qu’ils dépensent davantage, il leur faut des revenus plus sûrs, une meilleure protection et un patrimoine moins suspendu au prix de l’immobilier. Ce qui rassure les premiers ne suffit pas à faire consommer les seconds.
Les seuils des indicateurs de bascule ci-dessous sont des repères de suivi SAPERE, pas des seuils de crise établis. La part de la consommation se lit avec son évolution en volume : elle peut monter simplement parce que l’investissement recule.
La Chine remplace-t-elle l’immobilier et les exportations par la demande de ses propres ménages ?
Le FMI projette 3,3 % en 2030. La croissance tient-elle par la demande intérieure ?
Le FMI projetait 148 % en 2029. La réforme du financement local avance-t-elle ?
Les flux d’investissements étrangers repartent-ils ?
Signal secondaire : la monnaie chinoise gagne-t-elle une place dans les réserves des autres ?
La Chine a gagné la bataille des usines.
Il lui reste à gagner celle de la confiance : celle des investisseurs étrangers, et celle de ses propres ménages.
Sources des données, une par valeur. IND1 : FMI, World Economic Outlook d’octobre 2026 (mise à jour du 8 octobre 2026, extraction du 29 octobre 2026), séries PPPSH (part en PPA) et NGDPD (PIB en dollars, rapporté au total mondial) ; valeurs historiques et estimations pour 2000-2024 selon le statut des séries du FMI, 2025 estimé, projections identifiées séparément. La part en dollars est un calcul SAPERE (PIB du pays rapporté au PIB mondial, même édition).
IND2 : A, FMI, COFER, série révisée par le FMI fin 2025 sur tout l’historique (extraction du 31 octobre 2026), yuan suivi à part depuis fin 2016 ; B, SAFE, réserves de change hors or en fin d’année, et rapport annuel pour la composition en devises 2005-2014.
IND3 : A, FMI, WEO d’octobre 2026, série GGXWDG_NGDP, même édition que la série États-Unis ; B, FMI, consultation de 2024 au titre de l’article IV (dette au sens étroit et dette augmentée, estimations et projections de 2024).
IND4 : CNUCED, UNCTADstat, flux d’IDE, version du 19 octobre 2026 ; ministère chinois du Commerce, 2024 ; SAFE, balance des paiements 2024 et position extérieure fin 2024 (stock).
IND5 : CNUCED, UNCTADstat, commerce de marchandises, version du 8 octobre 2026, d’après l’OMC ; CNUCED, indices de concentration, version du 24 juin 2026. Services : Banque mondiale, exportations de services et Eurostat, échanges de services de l’Union, calcul SAPERE (échanges entre pays de l’Union retirés du total mondial).
Méthode. Six points de repère par indicateur (2000, 2004, 2009, 2014, 2019, 2024), points intermédiaires signalés quand un sommet tombe entre deux dates. La photographie 2024 n’utilise que des faits antérieurs à fin 2024 ; les faits postérieurs figurent dans les encadrés « Depuis 2024 ». Les projections 2030 ne figurent que lorsqu’une institution les publie, ou qu’un calcul SAPERE simple en découle, signalé comme tel. Sur les courbes, chaque année est placée à sa date réelle entre 2000 et 2024, sommets intermédiaires compris ; la projection 2030, quand elle existe, est séparée par un trait pointillé et n’est pas à l’échelle.
Dette publique. Pour les comparaisons internationales, SAPERE retient la dette brute des administrations publiques en pourcentage du PIB, issue d’un même millésime du World Economic Outlook du FMI. Les mesures nationales complémentaires sont présentées séparément, sans être raccordées à cette série. Les particularités de couverture et les engagements hors budget sont signalés lorsqu’ils affectent l’interprétation.
Grille de qualification. Atout : indicateur favorable à la puissance. Neutre : sans impact stratégique décisif. Vigilance : signal préoccupant à surveiller. Piège : indicateur structurellement défavorable. Chaque qualification se lit en trois temps (position, dynamique, jugement), selon les mêmes seuils que la série États-Unis.
Suite de la série. Prochain épisode : Pilier II, Industrie et technologie.
La série · Chine 2000-2024, les piliers de la puissance
- Chine Pilier 1 : Économie et finance (vous êtes ici)
- Chine Pilier 2 : Industrie et technologie
- Chine Pilier 3 : Démographie et capital humain
- Chine Pilier 4 : Diplomatie, influence et information
- Chine Pilier 5 : Énergie et ressources
- Chine Pilier 6 : Défense et sécurité
- Chine Pilier 7 : Innovation et savoir
- Chine Pilier 8 : Gouvernance et institutions
- Chine Pilier 9 : Autonomie stratégique
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La part en dollars convertit la production chinoise au taux de change du marché. C’est la mesure des marchés financiers et des négociations : ce que la Chine peut acheter à l’étranger, ce qu’elle pèse dans un rapport de force monétaire.
La part en PPA neutralise les écarts de prix. Une coupe de cheveux coûte bien moins cher à Chengdu qu’à Lyon, mais c’est le même service. La PPA compare donc la taille des économies en corrigeant les différences de prix : elle approche mieux les volumes produits, sans dire ce que le pays peut acheter à l’étranger. Pour repère, la France pèse environ 2,2 % du PIB mondial en PPA.
La tendance lourdePendant vingt ans, la Chine a connu une croissance exceptionnellement rapide parmi les grandes économies. Sa part en volume a presque triplé, sa part en dollars plus que quadruplé.
Trois moteurs ont tourné en même temps :
Ces trois moteurs s’entretiennent : les exportations financent l’investissement, l’investissement attire les ouvriers, les ouvriers font baisser les coûts, et les coûts bas attirent de nouvelles commandes.
La ruptureLa première rupture est en volume. En 2016, selon les séries actuelles du FMI, la Chine dépasse les États-Unis en PPA. La date longtemps citée, 2014, venait d’anciennes estimations des prix, révisées depuis. Dans le millésime retenu, ce dépassement ne s’est pas inversé depuis.
La seconde rupture est en dollars, et elle va dans l’autre sens. Depuis 2021, mesurée en dollars, la Chine ne se rapproche plus des États-Unis. Cela ne veut pas dire qu’elle produit moins. Trois choses se combinent : sa croissance ralentit, ses prix baissent, c’est la déflation, et le yuan perd de la valeur face au dollar. Une économie qui vend moins cher ce qu’elle produit pèse moins lourd en dollars, même quand elle produit autant.
La Chine continue donc de grandir, mais elle ne rattrape plus les États-Unis au même rythme. Sa puissance industrielle demeure ; c’est la vitesse de son ascension qui pose désormais question. Le Pilier I de la série États-Unis lit la même bascule depuis l’autre rive.
Limites : les parts en PPA dépendent des enquêtes internationales de prix, dont la dernière (2021) a été publiée en 2024 et a déplacé la date du dépassement, pour les deux pays. Les comptes nationaux sont révisés : fin 2024, Pékin a relevé de 2,7 % son PIB de 2023 après un recensement économique.